Chapitre 2Westchester - Chambre de Scott/Jean - 1h30- Scott…, murmura la voix ensommeillée de Jean.
Elle tendit la main vers la place de son amant, elle était froide. La mutante se réveilla complètement et regarda autour d'elle. Il était assis sur le rebord de la fenêtre, semblant contempler les milliers étoiles qui brillaient dans le ciel. Jean se leva et le rejoignit. Elle fit mine d'ignorer le tressaillement de Scott quand elle posa sa main sur son épaule.
- Tu ne dors pas ? Demanda-t-il d'une voix neutre.
- Non, tu n'étais plus là et…
- Epargne-moi cette comédie, s'il te plait, répondit Scott d'une voix sèche.
- Je ne comprends pas. Je croyais que…
- Tu croyais quoi Jean ? Que j'allais oublier tout ce qui s'est passé ?
- Mais il ne s'est rien passé justement, protesta la jeune femme.
- Nieras-tu l'attirance que vous avez l'un pour l'autre ? Dès le soir de son arrivée, je vous ai vu dans sa chambre, tu étais très proche de lui.
- Je venais d'essayer de lire dans son esprit, se défendit Jean. Je voulais l'aider !
- Bien sûr.
- Tu es injuste. Tu sais que je t'aime, Scott, et si ta fierté t'empêche de le voir, je ne vois ce que nous faisons ensemble.
- Ce n'est pas une question de fierté. C'est du bon sens. Je ne pense pas que l'arrivée de Sarah ait modifié la donne, cela a juste repoussé l'inévitable.
- Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?
- Parce que j'ai vu ton regard quand il l'a ramené.
- Qu'est-ce que…
- Tu étais jalouse, Jean, la coupa durement Cyclope.
Sa réponse la déstabilisa. Effectivement, elle avait éprouvé de la jalousie mais tout cela était du passé. Jean ne pouvait nier que Logan l'attirait mais c'était une attirance physique, pas quelque chose de profond comme ce qu'elle ressentait pour Scott. Il ne pouvait pas ne pas voir à quel point elle l'aimait.
- Ton silence est plus qu'éloquent.
- Je ne nie pas qu'il m'ait attiré mais c'était une réaction physique, cela n'a rien à voir avec ce que je peux ressentir pour toi, se défendit Jean.
- Cela fait tellement de temps que nous sommes ensemble… es-tu certaine d'avoir encore des sentiments pour moi ou as-tu peur de voir la réalité ?
- Je t'aime Scott, murmura Jean en s'asseyant près de lui.
Elle vit son reflet dans ses lunettes de quartz. Son visage n'exprimait aucune émotion. Il ne semblait pas avoir entendu ce qu'elle venait de lui dire. Avec lenteur, Jean s'approcha de lui et déposa un baiser sur ses lèvres. D'un geste brusque, Scott lui répondit en un baiser ardent, la serrant contre lui à lui faire mal avant de la relâcher inopinément.
- Même la saveur de tes baisers a changé, souffla Scott dédaigneux avant de retourner se coucher.
Jean resta quelques secondes interdite. Elle ne pouvait croire qu'il ne l'aimait plus. Qu'il la rejette avec force alors qu'elle se livrait à lui, qu'elle était prête à se soumettre à sa volonté concernant leur couple du moins. Jean sentit des larmes qu'elle ne pouvait réfréner couler lentement sur ses joues. Elle ne pouvait pas pleurer devant lui, elle ne pouvait pas lui montrer à quel point il l'avait blessé. Elle attrapa sa robe de chambre et sortit précipitamment. Scott regarda la porte se fermer, un léger sourire sur les lèvres.
***
Westchester - Chambre de Logan/Sarah - 2hUne légère brise entrait par la fenêtre entrouverte, faisant voleter les voilages blancs. Sarah reposait sur l'immense lit, le drap dévoilant sa nuque, la courbure de son dos, le bas de ses reins. Elle frémit à peine quand quelqu'un s'allongea près d'elle pour la contempler avant de laisser une main explorer sa peau soyeuse. La caresse était douce, légère, aérienne. Elle gémit quand les doigts repoussèrent le drap et effleurèrent ses fesses. Des lèvres vinrent baiser sa nuque, son oreille, sa tempe bientôt remplacée par une langue avide de goûter sa peau. Dans un demi-sommeil, la jeune femme se retourna sur le dos. Son compagnon happa la pointe d'un sein tandis que sa main glissait entre ses cuisses avant de remonter jusqu'à sa gorge.
- Pourquoi tu es partie, garce, chuchota une voix à son oreille.
La main serra soudainement son cou tandis que les dents mordaient jusqu'au sang le sein d'albâtre. Un cri étranglé tenta de franchir les lèvres de Sarah tandis qu'elle reconnaissait son agresseur.
- Nonnnnnn !!!!! Hurla-t-elle en se redressant brusquement.
Sa respiration était haletante, elle tâtonna à la recherche de l'interrupteur de la lampe de chevet. Cette voix… il y avait des années qu'elle ne l'avait pas entendue. Elle se leva et attrapa un lourd vase posé sur la commode avant de vérifier qu'il n'y avait personne dans la chambre. Elle finit par refermer la fenêtre avant de passer un chaud pull bleu par-dessus le tee-shirt de Logan.
- Un cauchemar… c'était un cauchemar…
Sarah regarda l'heure indiquée sur le radio-réveil. Deux heures… elle n'avait plus du tout sommeil. Elle jeta un dernier regard sur la chambre vide avant de sortir dans le couloir. Il n'y avait qu'une chose qui lui permettait d'oublier ses peurs nocturnes.
***
Westchester - Cuisine - 2h30Sarah avait parcouru les couloirs silencieux jusqu'à la cuisine. Elle sourit en se rappelant qu'elle y avait fait une omelette pour Logan, peu après son arrivée. Elle aurait voulu voir sa tête quand elle l'avait laissé en lui demandant de faire la vaisselle. Il avait dû la détester… un court moment. L'aimait-il ? Toujours la même question, toujours le même blanc pour la réponse. Le seul qui aurait pu le combler n'était pas là. Sarah leva la main pour allumer la lumière quand elle perçut un bruit. Elle tendit l'oreille et écouta. Des sanglots étouffés.
- Il y a quelqu'un ?
Pas de réponse mais les pleurs avaient subitement cessé. Quelqu'un avait besoin d'aide et il n'était pas dans les habitudes de la mutante de s'enfuir dans ce genre de cas. Elle alluma la lumière et eut la surprise de découvrir Jean, assise entre le réfrigérateur et le mur, les pieds nus, le visage baigné de larmes. Sans réfléchir plus en avant, Sarah s'agenouilla devant elle et la prit dans ses bras tout en évitant le moindre contact peau à peau. Jean fut déconcertée par ce geste mais réussi à se laisser aller au bout de quelques minutes. Elle fit un constat effarant, en dehors de Scott et Ororo, elle n'avait aucun amis proches. Personne avec qui parler de sa vie, de ses peurs, de ses doutes… Ses sanglots se calmèrent peu à peu. Les deux femmes se séparèrent sans un mot, sans un bruit. Sarah lui dédia un léger sourire avant de se lever.
- Vous aimez les crêpes ?
Jean la regarda étrangement. Elle n'était pas certaine d'avoir bien entendu. Que venait faire des crêpes à un moment pareil ?
- Pardon ?
- Je ne connais qu'un moyen pour chasser les cauchemars et les pleurs, une bonne pile de crêpes nappées de chocolat chaud. Je pense qu'on devrait trouver tout ce qu'il faut ici, fit Sarah en examinant le contenu d'un placard.
Jean regarda la mutante réunir tous les ingrédients sur le plan de travail avant de se lever pour s'asseoir à la table. Sarah prépara sa pâte dans un silence total. Elle ne semblait pas offusquée que sa compagne n'ait pas envie de lui confier ses problèmes. Après tout, elles étaient presque des étrangères l'une pour l'autre. Avec Ororo, les choses avaient été différentes. La métisse avait accepté Sarah dès le départ comme faisant partie temporairement de leur petit groupe. Elles s'étaient découvertes plusieurs points communs, notamment un peintre hollandais, Van Gogh, et plus particulièrement une de ses toiles impressionnistes, Nuit étoilée. Elles étaient naturellement passé du vouvoiement au tutoiement au cours des heures qu'elles avaient passé à voir les cours que Sarah pouvait donner. Mais les choses avec Jean étaient différentes. Bien qu'elles se voyaient régulièrement pour suivre l'évolution du fœtus, elles en restaient à des banalités.
Jean eut l'impression de revenir des années en arrière, quand elle ne savait pas encore qu'elle était une mutante, avant l'accident d'Annie, avant qu'elle ne soit traînée de psychiatre en psychiatre, avant sa rencontre avec le professeur Xavier. C'était si loin et si proche à la fois, ces moments où elle regardait sa mère, Elaine, cuisiner à des heures incongrues. Sa mère était sujette à des insomnies et pour ne pas déranger son mari, John, elle avait pris l'habitude de s'occuper à la cuisine. Plusieurs fois après avoir fait un cauchemar, Jean était descendue voir sa mère. Elles passaient des moments complices qui semblaient merveilleux à la petite fille. Elle voyait toujours ses parents, bien que ce ne fut que rarement, mais quelque chose avait changé depuis qu'elle avait ressenti psychiquement la mort d'Annie. Ils ne la voyaient plus vraiment de la même façon et elle en souffrait. Sarah alluma la cuisinière et commença à faire cuire les crêpes. Elle n'était pas empathe mais sentait Jean à des lieux de Westchester. La nuit était propice aux confidences, songea la jeune femme d'un air décidé.
- Vous ne m'aimez pas beaucoup, n'est-ce pas ? Attaqua Sarah.
- … pardon ? S'excusa Jean qui n'avait pas fait attention.
- Je vous demandais si c'était à cause de Logan que vous ne m'appréciez pas, reformula la mutante tout en faisant sauter une crêpe.
- Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?
- Votre attitude envers moi, la façon dont vous le regardez… ne vous braquez pas, Jean, je cherche juste à comprendre ce qu'inconsciemment vous me reprochez. Vous les aimez bien cuites ?
- Quoi…
- Les crêpes, bien cuites ou non ?
- Oui, répondit Jean légèrement déstabilisée.
- Nous avons au moins un point en commun.
Le silence s'installa de nouveau entre les deux femmes. Sarah avait-elle raison ? Ne put s'empêcher de se demander Jean. Oui, dans un certain sens. Elle avait des sentiments pour Logan et que ce dernier ne soit plus " disponible " la gênait quelque peu, bien qu'elle ne veuille pas céder à ses avances. Tout cela était compliqué et le comportement de Scott ne l'aidait pas. Elle comprenait qu'il puisse être jaloux. Logan et lui ne s'étaient pas entendu dès leur première rencontre mais Cyclope devait bien admettre qu'elle avait eu un comportement exemplaire. Elle n'avait pas été infidèle si ce n'était par quelques pensées.
- Et voilà, je finirais les autres après, déclara Sarah en ramenant deux piles de crêpes dans deux assiettes.
Elle s'assit après avoir ramener des couverts et tendit une assiette à Jean.
- Flûte, j'ai oublié le chocolat, constata Sarah.
- Ce n'est pas un problème, répondit Jean en lui faisant signe de rester assise.
La mutante se concentra et fit voleter la casserole jusqu'à la table.
- Mmm pratique comme pouvoir, commenta Sarah avec un sourire en coin.
- Pas autant que vous semblez le croire.
- Expliquez-moi.
- Non.
- Bien alors on peut toujours parler de la pluie et du beau temps mais on va vite avoir fait le tour du sujet.
- Je ne le contrôle pas toujours totalement, expliqua Jean après un long silence.
- Je ne comprends pas.
- Il m'arrive de percevoir les pensées des gens, les sensations qui les traversent. C'est… déstabilisant, avoua la mutante à voix basse.
- Je crois que je peux le comprendre. Quand je touchais… quand je touche quelqu'un, j'aspire, en même temps que son essence, ses plus intimes pensées, ses souvenirs.
- Je suis désolée que vous puissiez plus le contrôler.
- Merci mais peut-être était-ce ma destinée. Dieu m'a peut-être trouvé trop arrogante à vivre parmi les hommes.
- Vous avez la foi ? S'étonna Jean.
- Non. Depuis bien des années mais c'est une manière de me consoler. Je trouve rassurant quelque part, de penser que nous ne sommes pas maître de notre destin mais guider, tel des marionnettes, par un maître du jeu impitoyable.
- Cela veut-il dire que rien n'est écrit, que nous partons à l'aveuglette dans ce monde ?
- Serait-il mieux que le destin soit tracé, que notre évolution en soit l'étape suivante mais que, puisque tout est écrit, Il est décidé de nous éliminer ?
- Pourquoi ?
- Parce qu'Il ne supporterait pas qu'une race ait des pouvoirs à sa mesure. Qui vous dit que Dieu n'était pas un mutant ?
- Je crois que vous allez un peu loin, répondit Jean avec un sourire.
- Peut-être, il n'empêche que nous venons d'avoir notre première conversation qui touche à un autre sujet que ma santé ou les élèves de l'institut.
- Vous êtes diabolique, commenta la mutante en regardant Sarah sourire.
- Non, juste quelqu'un qui ne vous veut aucun mal, quelqu'un qui aimerait être votre amie, Jean.
- Elles sont délicieuses.
- Quoi ?
- Tes crêpes.
- Oh… tu sais que tu es en train de me piquer mon truc pour déstabiliser les gens ?
- Quoi ? Changer brutalement de conversation ?
- Oui, cela marche assez bien en général.
- Je l'avais remarqué, déclara Jean avec un hochement de tête.
Elle se regardèrent un instant avant de pouffer de rire dans la cuisine trop silencieuse. La glace était brisée.
- Tu sais ce qu'il manque pour agrémenter les crêpes ?
- Non, fit Sarah intriguée.
- Un bon chocolat chaud.
- Bonne idée.
Cette fois se fut Sarah qui regarda Jean s'activer autour de la cuisinière. La jeune femme lui rappelait énormément sa mère. Des cheveux aussi roux et des yeux noisette qui semblaient s'illuminer dès que Sarah entrait dans la pièce où elle était.
Flash backLa maison des MacLane était silencieuse en cette fin de soirée. Andrew, le père, lisait son journal dans son fauteuil préféré près de la cheminée tandis que Sarah faisait un puzzle non loin de lui. La sonnerie du téléphone les tira de cet instant presque parfait de sérénité.
- Allô ?
- Sarah ? C'est Carol, passe-moi ton père s'il te plait.
L'adolescente trouva que l'amie de ses parents, adjointe du shérif, avait un ton bizarre mais elle obéit. Elle regarda son père pendant qu'il s'entretenait avec elle. Son visage devint brutalement blême. Andrew posa le combiné et croisa le regard de sa fille.
- Je dois… il faut… Sarah, je dois sortir… je veux que tu restes à la maison.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien… rien de grave je pense, c'est… Je t'expliquerais en revenant, promit Andrew en prenant son manteau et les clés de la voiture.
- Mais maman…
- S'il te plait, Sarah. Je vais revenir aussi vite que possible.
L'adolescente avait lentement hoché la tête. Elle avait attendu que son père soit sortit dans la rue pour prendre son blouson et foncer jusqu'à son vélo, le suivre n'avait pas vraiment été un problème. Sarah avait senti son cœur se serrer quand elle avait découvert l'ambulance, les pompiers et le shérif. Elle avait abandonné son vélo et avait lentement avancé vers le lieu de l'accident.
- Oh mon dieu, Elisabeth.
La voix de son père lui parvint à travers un brouillard épais. Elle continuait d'avancer, des gens cachaient la scène à ses yeux. Son père, il fallait qu'elle se concentre sur son père.
- Andrew, répondit la voix douce et à peine audible de la mère de Sarah.
Elle s'approchait, une voiture cachait ses parents. L'adolescente sentit quelqu'un poser sa main sur son épaule mais se dégagea vivement et contourna la voiture. Le monde venait de brutalement s'écrouler sous ses pieds. Sous ses yeux innocents, elle découvrit le spectacle de sa mère, coincée entre un arbre et la voiture qui lui avait foncé dessus.
- Elle a plusieurs côtes cassées mais surtout, l'aorte est perforée, expliquait Carol, le médecin assure que lorsqu'on retirera la voiture, l'hémorragie va…. Je suis désolée, Andrew.
- Elle… elle sait que…
- Oui. Elle est consciente de ce qui l'entoure mais de plus en plus faible.
- Pourquoi vous ne l'avez pas sorti plus tôt ! Cria Andrew rageant de son impuissance.
- Je…
Carol venait de remarquer Sarah qui avançait vers eux. Elle semblait maîtresse d'elle-même hormis un léger tremblement des mains.
- Maman…
Les mots s'étranglèrent dans sa gorge en voyant sa mère à demi-allongée sur le capot de la voiture, une couverture de survie posée sur elle.
- Sarah, je t'avais…
Que pouvait-il dire ? Il devait profiter de ces derniers moments avec Elisabeth au lieu de reprocher à sa fille de l'avoir suivit. Il tendit la main à Sarah et tous deux s'approchèrent de celle qui comptait tant pour eux. Elisabeth était simplement sortie pour faire son jogging, prétendant qu'elle avait quelques kilos en trop, Andrew avait pris l'habitude de gentiment se moquer de son obsession. Et maintenant… elle allait mourir, songea Andrew, le laissant avec une adolescente de 14 ans qui avait encore besoin de sa mère. Pourquoi le destin avait-il mis cette voiture et son conducteur ivre sur son chemin ?
- Sarah, murmura Elisabeth en les voyant près d'elle. Ma chérie, je… je t'aime très fort.
- Maman, s'écria la jeune fille les larmes aux yeux.
- Andrew, prends soin de notre enfant. J'ai… passé les plus belles années de ma vie près de toi.
- Je t'aime Beth, dit-il d'une voix étranglée.
- S'il te plait… je… j'ai mal.
- Je sais, murmura Andrew en caressant une des boucles rousses de sa femme. Je vais leur dire de…
- Je serais toujours avec toi, mon ange.
- Maman !
D'un léger signe de tête et les larmes aux yeux, Andrew demanda à Carol de dégager sa femme, sachant qu'il la condamnait à mort. Sarah se débattait entre ses bras pour rejoindre sa mère. Elle réussit à échapper à son emprise et toucha la main d'Elisabeth au moment ou celle-ci succombait à ses blessures. La douleur fut atroce, l'adolescente hurla tandis que sa mère lui adressait un dernier sourire. Andrew vit sa fille s'évanouir et tomber lentement à terre.
Fin flash-back- Sarah ?
La voix de Jean la ramena brutalement à la réalité. Sarah ferma les yeux un instant, essayant de chasser ce mauvais souvenir. C'était ce soir là qu'elle avait découvert ce qu'elle était vraiment. Elle avait sentit l'amour de sa mère, la douleur, le désespoir, toutes ses émotions l'avaient traversé et habité de longues semaines après son décès. C'était comme si Elisabeth vivait en elle. Son père n'avait pas comprit, personne n'avait comprit.
- Est-ce que ça va ? Insista Jean devant la pâleur de Sarah.
- Oui… je crois, balbutia la jeune femme en rouvrant les yeux.
- Tiens, dit la mutante en posant deux tasses de chocolat chaud sur la table.
- Et s'il ne le trouve pas ?
- De quoi est-ce que…
- Si mon oncle est incapable de m'aider ou pire, s'il est mort ?
- Il y a la possibilité de te faire une césarienne et…
- Je ne pourrais jamais le toucher, constata tristement Sarah, je ne pourrais jamais toucher mon enfant.
- Personne n'a dit que les choses seraient faciles mais tu connais Logan, il n'abandonnera pas tant qu'il y aura une chance de…
- Non, je ne le connais pas, railla la jeune femme. Pourquoi diable est-il intervenu ce soir là ? Pourquoi a-t-il fallu que je tombe amoureuse de lui, Jean ? Continua Sarah en larmes. Je n'ai jamais demandé à vivre ce genre de chose, je n'ai même jamais rien demandé à personne !
Jean ne sut quoi répondre. C'était injuste, elle le savait, mais que pouvait-elle y faire ? Rien. Ce constat d'impuissance lui laissait un goût amer en bouche. Avec douceur, elle enlaça Sarah et la laissa pleurer sur son épaule.
- Je suis désolée, murmura cette dernière après quelques minutes.
- Chacune son tour on dirait, se contenta de répondre Jean avec une petite moue.
- Pourquoi est-ce… Non, ne dit rien, je ne veux pas être indiscrète, se reprit Sarah en s'écartant.
- Scott, murmura la mutante en poussant un long soupir.
- Oh.
- Oui… oh.
- Nos chocolats sont froids, fit Sarah pour changer de sujet.
Elles mangèrent quelques crêpes en silence. Chacune perdue dans leurs pensées, les problèmes étaient différents mais ils concernaient deux hommes qui n'avaient pas conscience d'être le centre de leur monde.
- Jean, si je peux t'aider… c'est ça ! S'exclama soudain Sarah.
- C'est ça quoi ?
- Attends, avant si tu as besoin de parler, je suis là.
- Merci mais j'ai l'impression que tu viens de découvrir la 8e merveille du monde alors " ça " quoi ?
- Quelle est la chose que Logan ignore sur lui ?
- Tout ce qui a trait à son passé avant que quelqu'un ne lui fasse sa greffe d'adamantium.
- Exact. Et quelle est la seule chose qui le relie à son passé ?
- Ses plaques de l'armée mais on a déjà tenté de faire des recherches sans succès.
- Parce que vous ne saviez pas où chercher.
- Tu trouves que le pentagone n'était pas un bon endroit ?
- Si, mais il ne faut pas rentrer par la grande porte. Et je sais exactement à qui m'adresser, fit Sarah en se levant brusquement. Pourquoi est-ce que je n'y ai pas pensé avant !
- Je ne sais pas, répondit Jean qui n'avait rien compris.
- Un ordinateur ! S'écria Sarah qui était excitée comme une puce.
- La salle informatique,
- Tu es géniale !
Sarah attrapa Jean par le bras et l'entraîna vers la salle en question. Il y avait plusieurs postes de travail. Elles s'installèrent devant le plus proche de la porte que Sarah prit soin de fermer à clé.
- Mieux vaut que rester discrètes.
- Hum… se promener dans l'institut à trois heures du matin, c'est cela que tu appelles rester discrètes ?
La jeune femme sourit avant de s'installer devant l'ordinateur. Elle était impatiente de se mettre au travail et marmonnait contre le pc qui n'allait pas assez vite. Jean observa Sarah tandis qu'elle pénétrait sur un site composé d'une simple page noire. La jeune femme fit descendre sa souris dans le coin inférieur droit et un petit carré blanc apparu. Elle cliqua dessus, tapa cinq lettres avant d'être redirigée sur une autre page. Une longue liste de chiffre apparut, Jean n'y comprenait rien mais Sarah chercha l'adresse de ses " amis ". Ils en changeaient régulièrement mais il y avait un moyen simple pour les initiés de retrouver les " Lone Gunmen ".
- Qui est… Angel, demanda Jean en voyant le nom clignoter sur l'écran.
- Moi. Ils sont en train de sécuriser la ligne.
- Ils ?
- C'est un peu compliqué à expliquer. L'essentiel, c'est qu'ils ont les moyens de chercher ce que je veux.
- C'est à dire ?
- Des informations sur le passé de Logan. Parfait, ils sont là.
A suivre…