Vivian Street
Mercredi 13 mars
3h15Munch savait qu’il faisait une erreur. Il aurait dû appeler ses collègues dès qu’il avait eu l’adresse de Grey mais sa frustration face à la mort de cet homme l’empêchait de réfléchir correctement. Il voulait sauver Collins, quel que soit le prix à payer et il sentait qu’il perdrait un temps précieux s’il attendait ses collègues. L’immeuble devant lequel il s’était garé était passablement miteux avec ses briques rouges abîmées, son escalier aux marches cassées et sa porte d’entrée qui avait été posée dans le couloir car ses gonds avaient cédés. John descendit de voiture et gagna rapidement l’entrée. D’après Suzy, la carte de crédit récupérée sur Grey, encore une entorse au règlement songea-t-il avec une légère grimace, était domiciliée à cette adresse.
Il grimpa rapidement les marches pour atteindre l’appartement 12B, ignorant le tapis aux couleurs passées qui assourdissait le bruit de ses pas. Hormis les cris d’un bébé quelques étages plus haut, tout était calme. Munch sortit son arme, plus par précaution que par peur du danger, et frappa deux coups brefs à la porte. Comme il s’y attendait, personne ne vint lui ouvrir. Il essaya la poignée et constata qu’elle tournait. Le battant était à peine entrouvert que John réalisa son erreur. Une violente déflagration le projeta contre le mur derrière lui. Les alarmes incendies se déclenchèrent et les habitants de l’immeuble se précipitèrent dans le couloir pour évacuer. Personne ne s’arrêta pour voir comment allait l’homme aux cheveux grisonnants qui était allongé devant l’appartement qui venait d’exploser.
***
Croisement de Baker Lane et Fulton Street
Mercredi 13 mars
3h18Stabbler et Benson venaient de quitter le magasin d’informatique avec la précieuse information qu’ils étaient venus chercher. Tandis qu’Elliot fonçait vers l’appartement de Grey, Olivia était en ligne avec le capitaine.
— Vous êtes certains de l’adresse ?
— Le ticket correspond avec la bande vidéo, répondit Benson qui n’osa pas demander à son partenaire d’adopter une conduite un peu moins brusque. Il n’a acheté que le transmetteur et l’émetteur ici. Je pense qu’il a acheté des pièces dans plusieurs magasins pour éviter d’être retrouvé.
— Ce gars était futé. Je crois qu’il serait plus sage d’envoyer la brigade de déminage. Nous savons qu’il sait construire des bombes, il aurait très bien pu piéger son appartement pour nous empêcher de trouver des indices conduisant à Collins, déclara Cragen. Une seconde… où m’as-tu dit qu’il habitait ?
— Un vieil immeuble sur Vivian Street, au 1284 exactement.
— Il vient d’y avoir une explosion à cette adresse, annonça le capitaine en lisant le mot qu’un officier venait de lui apporter.
— Le transmetteur aurait été pour lancer la destruction de son appartement ? Suggéra Elliot après que Benson lui ait annoncé la nouvelle.
— Je ne crois pas, reprit Cragen.
— Il aurait pu programmer une bombe. Il devait bien se douter qu’il ne pourrait pas tuer Munch sans problème.
— Quoi ? S’écria le capitaine après avoir eut de nouvelles informations. Comment… ? John est sur place, il est en train de se faire soigner par l’équipe médicale.
— C’est grave ? l’interrogea Olivia.
— Je n’en sais pas plus pour le moment. Donnez-moi des nouvelles dès que possible.
***
Vivian Street
Mercredi 13 mars
3h42Lorsque Benson et Stabbler arrivèrent devant l’immeuble de Grey, les pompiers venaient de finir d’éteindre le feu. Les habitants étaient regroupés en un demi-cercle mal formé, observant une partie des appartements détruits. Plusieurs ambulances étaient sur les lieux et avaient pris en charge les blessés. Dans l’une d’elles, Elliot et Olivia trouvèrent Munch, assis sur le brancard, un masque à oxygène lui couvrant la bouche et le nez.
— Je sais ce que vous allez dire, fit Munch en le retirant.
— Ça va ? Demanda Olivia en notant une plaie assez importante sur la tempe droite de son collègue.
— J’ai la peau dure, répondit-il en haussant les épaules.
— Il a eu beaucoup de chance, répondit le secouriste qui l’avait soigné. Il n’a que quelques égratignures.
— Comment as-tu eu cette info ? L’interrogea Elliot.
— Disons que j’ai eu toujours eu une bonne intuition, éluda John avant de remercier l’infirmer qui s’était occupé de lui et de se remettre debout, récupérant son manteau parsemés de taches de plâtre et trempé.
— Munch…, soupira Benson.
— Si on allait voir ce qu’on trouve ? Répliqua-t-il en voyant que les pompiers commençaient à remballer leur matériel.
— Tu ferais mieux de rester ici.
— Elliot…, protesta John.
— Je ne plaisante pas. Cragen était furieux en apprenant que tu étais là.
Munch soupira mais emboîta le pas de ses deux collègues qui, après accord du chef des pompiers, furent autorisés à fouiller l’appartement de Grey. Stabbler ne savait pas qui de l’eau ou de l’explosion avaient fait le plus de dégâts sur des preuves éventuelles. Benson passa en revue la chambre, sans rien trouver de particulier. Elliot examina le salon tandis que Munch visitait la cuisine. Alors que ses deux partenaires revenaient bredouilles de leurs recherches, il leur montra un reçu en parfait état.
— Où as-tu trouvé cela ? L’interrogea Stabbler.
— Sous un des tiroirs de la cuisine, il a dû glisser quand il l’a refermé.
— De quoi s’agit-il ? demanda Olivia.
— D’un reçu daté du mois dernier de la société Parker & son, répondit Munch.
— Mon ex-beau-frère a fait appel à eux il y a quelques temps. Ils louent des locaux de stockages sur Emerson.
— On dirait que Grey a fait de même. Ça vaut le coup d’y faire un tour, décida Benson.
***
Unité spéciale des victimes
Mercredi 13 mars
4h08— Il faut que tu tiennes le coup, répéta Tutuola qui sentait Collins commencer à perdre espoir.
— Facile à dire, répondit Valérie qui avait maintenant de l’eau jusqu’aux épaules. J’ai froid.
— Elliot, Olivia et John sont en train de fouiller le local de stockage que Grey à louer.
— Je sais, tu me l’as déjà dit. Capitaine ?
— Je suis là, répondit aussitôt Cragen qui avait élu domicile dans le bureau avec Tutuola et Brown, de la scientifique.
— J’ai besoin de parler à Fin en privé avant que…
— Valérie, je te promets que l’on va te sortir de là, répliqua le capitaine qui la sentait aussi baisser les bras.
— C’est important.
— Très bien. Brown va arrêter l’enregistrement et nous allons sortir.
— Merci. Je n’ai jamais eu l’occasion de vous le dire mais… vous êtes le meilleur capitaine que je connaisse.
— On en reparlera lorsque nous nous verrons, répondit Cragen visiblement ému avant de sortir en compagnie de Brown.
— Ils sont sortis, annonça Odafin en sentant que ce dont elle allait lui parler n’allait pas lui plaire.
— Oda, je…
— Tout ce que je te demande c’est de ne pas renoncer, Val, l’interrompit-il brusquement. Rien n’est joué et…
— Je voulais revenir sur notre dispute de ce matin… non, hier matin, reprit la jeune femme en réalisant que cela faisait une dizaine d’heures qu’elle était enfermée dans cette maudite caravane.
— Ce n’est pas…
— Si c’est la peine. Ton fils est un homme bien, Oda. Et ta manière d’agir avec lui ces derniers temps…
— Je n’ai jamais prétendu être un bon père, répondit Fin qui savait qu’elle avait raison mais c’était plus fort que lui, il n’arrivait pas à se faire à l’homosexualité de Ken.
— Ce n’est pas un reproche mais il t’a offert la deuxième chance que tu souhaitais et tu es en train de tout gâcher en refusant de rencontrer son compagnon.
— J’ai besoin de temps avant de…
— Oda, si ma situation doit t’apprendre quelque chose, c’est qu’on a moins de temps qu’on peut le croire au premier abord.
Fin soupira sans savoir que répondre. Il fourra la main dans sa poche à la recherche d’un chewing-gum et en ressortit un papier froissé qu’il déplia. Il déchiffra rapidement l’écriture de l’officier du standard qui avait pris le message pour lui. Il se rappela que c’était Huang qui lui avait donné peu avant la tentative d’assassinat sur Munch. Il l’avait mis dans sa poche sans même prendre le temps de lire.
— C’est trop tard, lança-t-il après avoir pris connaissance de son contenu.
— Je ne comprends pas.
— Ken a laissé un message pour moi. Il a du en avoir assez de patienter.
— J’avais complètement oublié, c’était hier soir que nous devions les voir… rappelle-le et explique lui que…
— Non. Cela ne servirait à rien. Combien de fois me suis-je servi de mon travail comme excuse ?
— J’ai une confession à te faire, annonça Valérie après un long silence en maintenant le téléphone le plus loin possible de l’eau.
— Je ne veux pas…
— Laisse-moi finir, s’il te plait. Je t’ai dit que j’avais déjeuné avec mon amie Rafaela la semaine dernière mais je t’ai menti. Je suis allée chez Ken et Billy.
— Tu as fait quoi ? S’emporta Tutuola incrédule.
— Ton fils sait que nous sommes ensemble depuis qu’il m’a vu sortir de ta chambre le matin où il est passé à l’improviste pour t’inviter pour le petit-déjeuner. Nous nous sommes revus au central la semaine suivante et tu voulais que je fasse quoi, que je l’ignore ? Nous avons discuté un peu et il m’a parlé de ton refus de rencontrer Billy.
— Ta mission a donc été de me convaincre de le voir. Je dois dire que tu as été brillante, lança Fin amer.
— Prends-toi en à moi si tu veux mais ton fils tient beaucoup plus à toi que tu ne le penses et il est heureux que tu fasses à nouveau partie de sa vie. Il aimerait juste que tu acceptes…
— Je ne peux pas ! s’écria Fin en tapant du poing sur la table. Pas plus que je ne puisse accepter de te savoir en train de te noyer sans que je ne puisse rien faire ! Je me fiche que tu aies arrangé ce rendez-vous, je veux juste pouvoir te prendre dans mes br…
— Oda, je t’en prie, l’interrompit Valérie d’un ton suppliant, les larmes aux yeux. Je ne veux pas entendre ça… je ne peux pas. rien qu’à l’idée que c’est peut-être la dernière fois que je te parle…
— Tu n’as pas le droit de dire cela.
— Voyons les choses en face. Même dans l’hypothèse où vous arriveriez à me localiser, vous arriveriez trop tard. Je suis condamnée et je l’accepte mais je ne pourrais pas le faire si tu commences à me dire… ce genre de chose.
— Comment peux-tu…
— Avec la même force que lorsque tu as été pris dans une fusillade dans cette épicerie de quartier. Quand j’ai su que tu étais blessé… je crois que c’est à ce moment-là que j’ai véritablement pris conscience de mes sentiments. Je t’aime Odafin Tutuola et…
Seul la tonalité caractéristique de fin d’appel résonna à l’oreille de Fin qui raccrocha avec rage le combiné sur son socle. Elle ne pouvait pas… pas encore. L’eau montait, certes, mais elle avait encore au moins une heure d’après son estimation. Le téléphone avait-il été mouillé malgré ses efforts pour le maintenant hors de l’eau. Il ne savait pas ce qui le rendait le plus fou, son impuissance ou l’impossibilité d’avoir des réponses à ses questions. En désespoir de cause, il se prit la tête entre les mains et se remémora les vieilles prières que lui avait appris sa grand-mère maternelle. Il n’y avait plus que cela à faire : prier.
***
Société Parker & son
190 ouest 134e Street
4h42Munch descendit à peine la voiture conduite par Elliot arrêtée. Olivia le suivit tandis qu’il rejoignait Casey Novak, l’assistante du procureur en charge des affaires du SVU. La jeune femme sortit de son véhicule et tendit le mandat qu’elle avait obtenu en réveillant le juge Petrovsky. Dès qu’elle avait su que la perquisition du local de Grey pouvait permettre de localiser l’inspecteur Collins, le juge avait oublié qu’elle venait d’être réveillée au beau milieu de la nuit et apposer sa précieuse signature sur le mandat.
— Voila, j’ai fait aussi vite que j’ai pu.
— Merci Casey, répondit John.
— Vous pensez vraiment trouver des indices probants ? Demanda-t-elle tout en emboîtant leur pas pour rejoindre Elliot qui parlementait avec le vigile de nuit.
— Nous l’espérons. Grey a forcement conçu la bombe quelque part et ce n’était pas chez lui, déclara Olivia.
— Ecoutez, vous êtes peut-être des flics mais je dois appeler le patron avant de faire entrer n’importe qui dans…
— Je suis le procureur Casey Novak, voici un mandat nous autorisant à fouiller le local loué par Ryan Grey. Vous aurez tout le temps d’appeler votre patron après nous avoir conduit là-bas.
— Le temps presse, rajouta Olivia, un officier de police est en danger de mort.
— Mais…
— Comme vous voulez, Elliot, embarquez-le pour entrave à la justice, lança Novak d’un ton sec.
— Non… non, ça va, lança aussitôt le vigile avec un regard noir à l’assistante du procureur. Je vous y conduis.
L’homme sortit de sa guérite et ouvrit la porte donnant sur l’entrepôt. Ils empruntèrent un étroit couloir sur quelques mètres avant que le vigile ne s’immobilise devant une porte de couleur crème.
— J’ai pas la clef, annonça-t-il.
— Des outils ? Demanda Elliot.
— Non, je suis pas censé entrer dans le local la nuit.
— Merde ! Jura Munch en donnant un coup de pied dans la porte.
— On dirait qu’elle a bougé, nota Olivia.
— A trois, on y va, fit Elliot qui avait aussi remarqué.
Les deux femmes reculèrent tandis que Stabbler et Munch prenaient un peu d’élan avant de frapper violemment la porte de l’épaule. Ils durent s’y reprendre à trois fois avant que la serrure ne cède. Elliot mit des gants, à l’instar de ses deux collègues, avant d’allumer la lumière. La pièce faisait environ trois mètres sur quatre. Les murs étaient couverts de photographies, anciennes et récentes, de Munch et Collins. Visiblement, Grey savait se servir d’un appareil photo. Sur chaque cliché était indiqué le jour et la date ainsi qu’une note manuscrite du photographe, généralement un commentaire assez cru. Olivia fouilla les boites rangées contre le mur du fond tandis que Munch s’occupait d’une table de travail sur laquelle Grey avait visiblement construit sa bombe.
— Un véritable arsenal de terroriste, commenta John.
— Mais rien qui ne puisse nous aider, constata Elliot avant de s’attarder sur un prospectus froissé accroché au mur à la va-vite. Grey n’habitait pas Greenpoint ?
— Non, pourquoi ? Demanda Benson qui venait de trouver une feuille avec les paroles de Raw raw your boat griffonnées plusieurs fois.
— Il y a une affiche annonçant une fête de quartier de l’association Greenpoint. Ça date de la semaine dernière.
— Greenpoint… je ne sais pas pourquoi mais ce nom me dit quelque chose, fit Munch songeur avant de décrocher son portable. Fin ? J’ai besoin d’un renseignement sur Grey.
— J’ai son dossier sous les yeux, répondit aussi Tutuola, que veux-tu savoir ?
— Est-ce qu’il y est fait mention de Greenpoint ?
— Oui, répondit son équipier avant même d’avoir vérifié. Si j’ai bonne mémoire, il travaillait pour…
— Greenpoint Pyrotechnics ! Ça vient de me revenir, il y était commercial.
— Vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ?
— Difficile à dire, répondit Munch qui sentait la frustration et l’impuissance de son partenaire. Comment va-t-elle ?
— J’ai perdu le contact depuis dix minutes. Si je reste ici, je vais devenir dingue, je vous rejoins.
— Tu ferais mieux de rester… au cas où elle rappelle.
— Je ne crois pas que…
— Fin, fais-moi confiance, déclara Munch d’un ton plus confiant qu’il ne l’était réellement.
— J’ai quelque chose, annonça Olivia triomphante. Une facture pour la caravane datée d’il y a quatre jours.
— Une adresse ? L’interrogea Elliot.
— Oui, un garage sur Eckford Street.
— Pourquoi acheter la caravane si loin de chez lui ? Se demanda Munch. Cela n’a aucun sens.
— Sauf s’il l’a immergée près du garage où il l’a acheté, nota Tutuola toujours au téléphone. On tient sûrement quelque chose avec Greenpoint !
A suivre...
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Save the cheerleader, save the world...
