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 Mort / Vivant par valm.csi

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Lady Heather
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MessageSujet: Re: Mort / Vivant par valm.csi   Jeu 27 Juil - 22:01

Chapitre 14

Chicago - septembre 2006

Toute confrontation comportait des risques. C'est pourquoi elles étaient toujours si bien surveillées. Qu'ils soient suspects, coupables, victimes ou bien témoins, tous avaient un point commun: ils la redoutaient.

Mac tournait en rond, dans la pièce blanche. Une pièce réservée à ce genre de visite à haut risque, dans l'enceinte même de la prison. Danny était assis tranquillement à la table, située au centre, sur une des cinq chaises, qui seraient bientôt toutes occupées. Tranquillement? En apparence, seulement. Après la coke, Danny était passé à la nicotine. Pour se détendre, s'occuper les mains, et l'esprit. Cette nouvelle habitude restait toutefois occasionnelle, et réservée aux situations stressantes, comme cette confrontation.

Sur la table, le cendrier se remplissait. La bouteille d'eau se vidait peu à peu. Le temps passait. Le silence régnait.

Du mouvement. Un bruit. Quelqu'un derrière la porte. Elle s'ouvrit. Le moment était venu.

"J'ai parlé à l'avocate de Byers. On devrait pouvoir conclure un arrangement intéressant pour les deux parties."

"Très bien", répondit Mac.

Le conseiller juridique du département de police de New York, Stuart Dingel, s'assit près de Danny. Son client, pour ainsi dire. Il en avait beaucoup entendu parler, mais ne l'avait rencontré que quelques jours plus tôt. Et il savait déjà qu'il n'oublierait jamais cet homme et que toute cette histoire serait la plus marquante de sa carrière. Il suivait cette affaire depuis ses prémices, et en connaissait les moindres détails. Il avait défendu Don Flack, face à Mo' Wilkins et ses cerbères. Il avait perdu une bataille, certes. Mais il avait une sacrée revanche à prendre.

"Vous êtes prêt?" demanda-t-il à Danny.

Celui-ci écrasa son mégot dans le cendrier, en expirant une volute de fumée qui s'évanouit dans les airs. Et puis il hocha lentement la tête, sans même un regard à Dingel.

Mac les savait prêts, tous les deux. Ils avaient simplement une façon très différente d'appréhender cette fameuse rencontre. Tandis que Dingel l'attendait de pied ferme, résolu à en démordre jusqu'à son dernier souffle, Danny la redoutait, calmement et en silence. Le pire pour lui était de ne pas savoir à quoi s'attendre. Il ignorait même quelle allait être sa propre réaction, face à l'homme qui avait appuyé sur la détente, un jour d'octobre 2005. Celui qui avait manqué de le tuer. D'un rien. Celui dont l'avocate entra finalement dans la pièce. Byers la suivait, menottes aux poignets, dans son habit rouge de détenu, et il s'assit sur la chaise la plus éloignée du mort, vivant.

Dès cet instant, Jimmy Byers et Danny Messer ne se quittèrent plus du regard.

Ils se souvenaient l'un de l'autre, à un point qu'ils n'avaient sans doute pas soupçonné jusqu'à maintenant. Chacun devait à l'autre, sans le savoir, un tas de nuits blanches et de cauchemars.

"On abandonne les charges qui pèsent sur mon client", disait l'avocate de Byers. "En échange, il vous dit tout ce qu'il y a à savoir sur Wilkins et sa bande."

"Vous voulez parler du vol à main armée pour lequel on l'a arrêté et de la tentative de meurtre qu'on pourrait lui coller sur le dos", vérifia son confrère new yorkais. "Tentative de meurtre commis sur la personne de Daniel Messer, ici présent."

Une précision qui ne surprit personne mais qui fit son petit effet. Ils n'avaient pas fait le déplacement depuis Manhattan pour entendre des exigences, et des promesses. Ils voulaient du solide.

"Il témoignera au procès", assura l'avocate en supplément. "Vous pourrez juger Wilkins pour ses exactions commises à New York. C'est ce que vous voulez, non?"

"Plus que jamais," sourit Dingle, en se tournant vers Byers. Celui-ci lâcha: "Je sais comment Wilkins fabrique ses alibis."

"Intéressant."

"Sortez-moi de là, et je balance tout", ajouta-t-il, les yeux toujours fixés sur Danny, et la cicatrice sur son front.

"Il est inutile de préciser que mon client n'est pas en sécurité, ici," ajouta l'avocate. "Il lui faut une protection".

"Cela va sans dire", confirma Dingle. "Il sera en sécurité jusqu'au procès."

"Et après?" s'inquiéta Byers.

Dingle lui sourit: "Et bien si nous obtenons la condamnation de Wilkins et ses complices, nous ferons en sorte que le programme de protection des témoins suive son cours. Avec changement d'identité, nouveaux papiers, nouvelle vie et tout le tralala."

Ça semblait lui convenir. Quant à son avocate, elle venait tout simplement d'obtenir tout ce qu'elle avait espéré pour son client. Restait plus qu'un petit détail, dont Dingle s'occupa: "Danny, il me faut votre accord".

Mac vit Byers tressaillir, et pâlir d'un coup. Il se rendait soudain compte que sa liberté, sa vie, reposait sur la décision d'un homme qu'il avait en théorie assassiné froidement, un an auparavant. Un homme qui maintenant le regardait fixement, non pas avec colère, haine, ou reproche. Mais plutôt avec... intérêt, et curiosité.

Tout était déjà réfléchi, pour Danny. D'un côté il avait un adolescent qui avait obéit aux ordres. Le simple exécutant, qui prenait aujourd'hui le risque de se racheter en balançant les siens. Un adolescent qui pouvait espérer repartir de zéro et recommencer une vie meilleure. De l'autre, il y avait Wilkins. Un truand irrécupérable. Le commanditaire. Un trafiquant de drogue sans foi ni loi, à qui il devait des mois et des mois de souffrances, presque un an de sa vie. Et sans doute plus. Un type qu'il voulait voir derrière des barreaux, au moins autant que Don. Rien que pour ça, ça ne valait même pas la peine d'hésiter. Pour la première fois, il prit la parole, et lança: "Où je dois signer?"

Épilogue

Don Flack pénétra silencieusement dans la pièce du labo, et se plaça de l'autre côté de la table sur laquelle Stella et Danny étudiaient les empreintes relevées sur l'arme d'un crime. Il patienta quelques instants, attentif, laissant le temps aux deux experts de scanner une de ces empreintes afin de la comparer aux fichiers informatisés de la base de données. C'était important pour Danny. Il réapprenait son boulot, mine de rien.

Finalement, Stella hocha la tête d'un air satisfait:

"Danny, tu peux rentrer chez toi, maintenant. Je m'occupe du reste."

Dans le regard de la jeune femme, Flack perçut une insistante détermination. Apparemment, ce n'était pas la première fois qu'elle tentait de renvoyer Danny chez lui. Après la longue journée qu'il avait traversé, et son périple à Chicago, il était encore étonnant de le voir ici à cette heure tardive. Il avait de quoi être fatigué. Mais grâce à Don, elle n'imaginait pas essuyer un nouveau refus, ou entendre un autre prétexte douteux pour rester un peu plus longtemps.

"OK, à demain", abdiqua subitement Danny. Facilement. Très facilement. Trahissant ainsi le fait qu'il avait attendu que le détective finisse enfin sa journée, et vienne le chercher.

Elle eut comme une impression de passage de relais, et sans tout à fait l'inquiéter, ça lui fit un petit pincement au coeur. Depuis son retour de Philadelphie, Danny semblait éviter à tout prix de se retrouver seul avec des inconnus. Que ce soit à l'extérieur, sur une scène de crime, où même au labo, il esquivait ce genre de situation avec une habile discrétion, mais qui n'échappait pas aux regards avertis.

Stella espérait seulement qu'il finirait par s'en sortir pour de bon, peu à peu, à mesure qu'il retrouvait la mémoire et gagnait en assurance. Il ne méritait pas de souffrir davantage. "A demain, Danny", lui répondit-t-elle avant qu'il disparaisse. "Don?"

Celui-ci s'arrêta sur le seuil et se tourna vers elle. Il devina sa question, et la rassura: "T'inquiète pas, ça lui passera."

Elle lui sourit, et lui adressa un petit signe d'au revoir. Ils se saluèrent, et elle les regarda s'éloigner à travers les parois de verre. Non, ces deux-là ne méritaient pas de souffrir davantage.

Mac croisa les deux hommes, en grande discussion, vers le chemin des vestiaires. Ils se mettaient d'accord sur l'endroit où ils passeraient la soirée.

Don savait déjà tout ce qui s'était passé à Chicago, et tout ce qui allait en découler. Mais il ne savait pas encore comment ça s'était passé. Et il était de ceux qui voulait tout savoir. Absolument tout. Quant à Danny, il n'avait rien à lui cacher. Surtout pas à lui. Et surtout pas en ce moment.

"Mo' Wilkins est sous les verrous", leur annonça Mac. "Et croyez-moi, avec notre affaire et le dossier que la police de Chicago a monté contre lui pendant ces derniers mois, il n'est pas prêt d'en sortir."

Ils accueillir la nouvelle avec une joie contenue et un profond soulagement. Ils échangèrent un regard complice. La journée se terminait à merveille.

"Tous les deux", ajouta Mac, "vous mériteriez une médaille..."

Danny n'eut pas l'air très emballé par cette perspective: "Je me contenterai d'une bière chez Sulli", confia-t-il.

"Il y a un type qui fait de très bons hot-dogs sur la 42ème", intervint ensuite Don.

Mac fit une moue affirmative, et posa sa main droite sur l'épaule du détective, et sa gauche sur celle de Danny: "Comptez sur moi", promit-il. "Dès que l'occasion se présentera, je m'en souviendrai."

De cela, ils ne doutèrent pas un seul instant.

"Passez une bonne soirée, on se voit demain," conclut Mac avant de s'éloigner, léger et serein, vers d'autres horizons. Son bureau, probablement.

Danny et Don pensèrent que si quelqu'un méritait une médaille, c'était bien Mac. Parce qu'il n'avait jamais baissé les bras, qu'il avait toujours été là, pour l'un comme pour l'autre, et que ça ne changerait jamais. Quoi qu'il arrive.

"Qu'est-ce qu'on disait?" fit Don.

"On va chez toi", lui rappela Danny.

Don fronça les sourcils. Il esquissa un sourire: "Et juste avant?"

"Avant? Je m'en souviens pas..." fit mine de réfléchir Danny. "Je sais pas de quoi tu parles."

Il fila aux vestiaires, afin d'y récupérer ses quelques affaires, et rejoignit son ami aussitôt après. Bien sûr qu'il s'en souvenait. Et Don aussi. Comment pouvaient-ils oublier le temps qu'il leur restait encore à rattraper...

FIN

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Mort / Vivant par valm.csi

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