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 Rencontre d'un certain type - Scilia

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Scilia
Propriétaire exclusive de Viggo
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MessageSujet: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 17:54

Rencontre d'un certain type


Auteur : scilia@club-internet.fr

Archives : www.bricbrac.fr.st

Genre : RPS, passage NC17 et slash

Note de l'auteur : Euh... ben voila, je suis légèrement dingue d'un certain Viggo Mortensen. A tel point qu'il m'empeche de dormir la nuit afin que j'invente... des moments de notre vie ensemble. Pas la peine de vous le dire, vous le savez déjà, je suis cinglée shakng2 . La ou je crois l'etre encore plus, c'est que je suis en train d'écrire une fic avec tout ce bazar qui va inclure pas mal des acteurs du seigneur des anneaux. Je me croyais pas capable d'écrire un RPS mais apparemment je me trompais.

***

Los Angeles, 9 mai 2009

— Mme Valérie Mortensen ?
— Oui ?
— Je suis le docteur Kovac du Cedar Sinaï Hospital, j’ai bien peur d’avoir une mauvaise nouvelle à vous annoncer.
— Pardon mais… je ne comprends pas, déclara la jeune femme dont l’inquiétude grandissait depuis qu’elle avait décroché.
— Vous êtes bien l’épouse de Viggo Mortensen ?
— Oui. Il n’est pas là mais si vous voulez…
— Hum…, l’interrompit le médecin, votre mari a été accueilli aux urgences il y a une heure environ.
— Viggo mais… j’arrive tout de suite ! Fit-elle en raccrochant.

Elle sortit précipitamment de son bureau et tomba sur Maria, la gouvernante qui venait l’avertir que le dîner était prêt.

— Madame…
— Je dois partir, Maria.
— Mais que…
— Vous pouvez rentrer chez vous. Je suis désolée mais j’ai reçu un appel de l’hôpital et…
— L’hôpital ? Monsieur est souffrant ?
— Je ne sais pas, répondit Val les larmes aux yeux avant de sortir de la maison et de foncer vers le garage.

Le trajet, qui prenait généralement vingt minutes, fut rapidement expédié en dix. Valérie se gara sur le parking des urgences et coupa le moteur de sa jaguar. Ses mains tremblaient sur le volant. Elle inspira profondément plusieurs fois avant de sortir pour constater que quelques journalistes faisaient déjà le pied de grue devant les portes coulissantes.

— Il ne manquait plus qu’eux, grommela-t-elle avant de se diriger vers l’entrée.
— Madame Mortensen, l’assailli dès qu’il la vit un journaliste du Tribune, que savez-vous de l’état de santé de votre mari ?
— Est-ce qu’il est gravement blessé ?

Valérie tenta tant bien que mal de passer les vautours, ainsi que les appelait Viggo, afin de rejoindre l’entrée. Elle fut aidée par un gardien de la sécurité du Cedar Sinaï.

— Merci, murmura-t-elle avec reconnaissance avant de se diriger vers l’accueil. Excusez-moi, je cherche mon mari…
— Asseyez-vous un instant, je vais appeler le docteur Kovac, répondit la réceptionniste avec un sourire gêné.

Loin de la rassurer, ce sourire glaça le sang de la jeune femme qui fit néanmoins ce qu’on lui avait demandé. Son regard erra sur la dizaine de personnes qui attendaient, l’air las, dans la salle d’attente. Qu’était-il arrivé à Viggo ? Il avait passé l’après-midi avec Henry, qui allait maintenant sur ses 22 ans, et avait prévu de faire un saut chez son agent avant de rentrer. Val n’avait eu aucune nouvelle mais cela n’était pas vraiment inhabituel. Elle avait travaillé toute la journée sur son dernier livre et avait débranché son portable pour ne pas être dérangé. Et quand elle avait rebranché, elle avait reçu cet étrange appel. Et si jamais il était… non, c’était impossible. Ils avaient tellement de projets, de chose à vivre ensemble. Ils avaient 15 ans d’écart mais cela ne voulait pas dire qu’il serait forcement le premier à partir. Ce n’était pas grave, l’hôpital l’avait prévenu parce que le règlement l’exigeait mais ce n’était pas grave, répéta-t-elle plusieurs fois en pensée.

***

New York, Juin 2001

— Tu es ridicule.
— Pourquoi ? S’enquit Valérie en finissant de se changer.
— Je sais bien que tu t’es entiché de cet acteur, qui est loin d’être repoussant, je te le concède, mais de la à aller voir son expo.
— Oh Raf, je ne vais pas acheter un de ces tableaux ! Tu sais très bien que cela n’est pas dans mes moyens, répondit-elle à sa colocataire, je veux juste les voir de près. Je vais rentrer dans la galerie, faire le tour et ressortir.
— Bien sûr et tu ne vas pas regarder si tu vois un charmant blond répondant au doux nom de Viggo ?
— Mais euh !!!!!! Tu déformes toujours tout ! De toute façon, d’après l’une des ml, il n’est venu que pour l’inauguration avant-hier. Il doit déjà être de retour à Los Angeles.
— Rien de ce que je pourrais te dire ne vas te dissuader d’y aller ?
— Non, j’en ai peur mais je te promets de ne pas parler aux inconnus et de ne pas monter avec eux en voiture, maman !
— Tu es bête ! Grommela Raf en regardant sa meilleure amie mettre sa veste. Tu ne pourrais même pas te payer le paillasson de la galerie !
— Oui mais c’est comme cela que tu m’aimes. Et je t’aime aussi ma puce. Je ne devrais pas rentrer tard, fit Valérie en lui faisant un clin d’œil.

***

Elle y était. Elle connaissait le nom de la galerie grâce à un mail qu’elle avait reçu de la part de Perceval Press et maintenant cela faisait deux fois qu’elle passait devant sans oser y entrer. « Voyons, que veux-tu qu’il t’arrive ? » Se morigéna-t-elle. « Tu entres, tu regardes et tu ressors, c’est pas difficile ! » Val songea que Raf aurait trouvé son attitude ridicule. Elle poussa un soupir pour trouver du courage et poussa la porte de verre. Un silence apaisant régnait dans la galerie. Les murs totalement blancs étaient recouverts des peintures qu’elle connaissait si bien et si mal à la fois. Dans le fond de la longue pièce, il y avait un miroir et une porte qui était entrouverte. Elle attendit quelques instants mais personne ne vint à sa rencontre, aussi décida-t-elle d’errer dans la galerie vide.

Elle retrouva la plupart des tableaux qu’elle avait déjà vus sur Internet et dont certains servaient de toiles de fond à son site. Il y en avait cependant de nombreux qu’elle n’avait jamais vu et qui confirmèrent le talent de l’acteur. Ses yeux se posèrent sur sa toile préférée, non loin du miroir et de la porte toujours entrouverte. Val resta en admiration devant Elendil. La toile lui fit un effet encore plus apaisant en nature qu’elle n’en avait le pouvoir via son ordinateur. Il y avait une telle pureté dans les traits, dans les couleurs.

— Je crois qu’on a une nouvelle amatrice, déclara David Palynch, propriétaire de la galerie, ou une nouvelle fan hystérique qui a eu envie d’essayer de voir son acteur préféré en chair et en os.
— La rançon de la gloire, soupira Viggo en observant distraitement la jeune femme par le miroir sans tain.
— Elle est plutôt mignonne.
— Elles le sont toujours jusqu’à ce qu’elles aient ce qu’elles veulent.
— Depuis quand es-tu devenu cynique ? S’enquit David.
— Peu importe, murmura Viggo qui se leva pour prendre congé. Tu me tiens au courant ?
— Bien sûr. Tu es certain de ne pas vouloir accepter la proposition d’Elisabeth Taylor ?
— Oui, Elendil n’est pas à vendre. Je le lui ai répété des dizaines de fois et elle s’obstine mais je ne reviendrais pas sur ma décision.
— Pourtant le montant qu’elle propose dispose de 6 zéros et…
— Crois-tu vraiment que l’argent soit ma priorité ? Demanda Viggo.
— Non, je le sais bien mais…
— Au revoir, David.

Il sortit du bureau sans plus écouter un mot de ce que pouvait dire son ami. La jeune femme était toujours immobile devant la même toile, complètement perdue dans ses pensées. Viggo allait la dépasser sans y prêter plus d’attention quand il s’aperçut qu’elle avait les larmes aux yeux. Il resta interdit et s’arrêta brusquement à quelques pas de l’inconnue.

— Cette toile semble vous troubler, murmura-t-il d’une voix douce. Pourquoi ?
— C’est difficile à expliquer, répondit Valérie au bout d’un long moment durant lequel Viggo se demanda si elle l’avait entendue. Il y a une telle beauté dans ce tableau, une telle pureté. Tout semble simple et en même temps désorganisé. Les couleurs pastels sont apaisantes, on croit avoir découvert l’ensemble de la toile quand un détail inattendu apparaît soudainement, remettant en cause l’intérêt de la personne qui l’observe. C’est un peu confus, excusez-moi, conclut-elle avant de se tourner vers la personne qui lui avait parlé.
— Je ne trouve pas, au contraire, répondit Viggo en constatant que l’inconnue avait légèrement pâli en voyant à qui elle s’adressait.
— Vous êtes… vous êtes vraiment, bredouilla Val incrédule.
— Un artiste qui aimerait avoir plus de critiques sincères de ce genre, mademoiselle…
— Beaumont, Valérie Beaumont, se présenta-t-elle en serrant la main qu’il lui tendait.
— Accepteriez-vous de faire le tour de la galerie avec moi pour me donner votre avis ? S’enquit Viggo avec un sourire timide. A moins que vous n’ayez d’autres projets, ce que je comprendrais.
— Oui… non… enfin je suis certaine que nombres de critiques ont déjà commenté vos toiles et je ne suis pas la mieux placée pour le faire.
— Personne n’a jamais mis une telle fraîcheur dans ses propos. Dites oui, je vous en prie et pour vous remercier, je vous invite à dîner.

Valérie acquiesça d’un sourire. Comment aurait-elle pu faire autrement alors qu’elle avait devant elle Viggo Mortensen, un acteur qu’elle adorait depuis qu’elle l’avait découvert dans Meurtre parfait. Ils parcoururent ainsi la galerie, faisant une pause devant chaque toile. Encore troublée par la rencontre et la proximité de l’acteur, Valérie arriva peu à peu à retrouver son comportement habituel. A son grand étonnement, elle ne voyait pas l’acteur mondialement connu mais l’homme qu’il était. David vint les interrompre vers 20h. Il comptait fermer la galerie mais Viggo lui assura qu’il s’en occuperait une fois la visite terminée. Son ami lui lança un regard étonné sans pour autant faire le moindre commentaire.


Un peu plus d’une heure plus tard, Valérie était sur le trottoir, morte de faim, flottant à quelques centimètres du sol tandis que Viggo fermait la galerie. Elle avait encore du mal à réaliser ce qui lui était arrivée et songeait que sa meilleure amie ne la croirait jamais. Son esprit ne tarda pas à dériver sur les photos qu’elle possédait de l’acteur, notamment certaines ou il était quelque peu… dénudé.

— Vous avez une préférence ?
— Une préférence, répéta la jeune femme encore dans ses photos en pensée.
— Pour le repas.
— Ah… euh… je ne suis pas difficile, assura-t-elle en rougissant brusquement.
— J’ai une idée mais je ne sais pas si vous aller accepter.
— De quoi parlez-vous ? Demanda Val avec suspicion.
— Ce n’est pas une proposition indécente, la rassura-t-il avec un sourire désarmant de gentillesse. Mon atelier est à quelques pas. Nous pourrions prendre quelques plats à emporter et dîner là-bas.
— Vous m’invitez à voir votre atelier ? Répéta-t-elle incrédule.
— Oui sauf si cela vous pose un problème.
— Non. C’est juste que… je croyais que les artistes n’aimaient pas faire visiter leurs antres ?
— Ce n’est pas mon cas, comme vous pouvez le constater, répondit Viggo d’une voix douce, mais je comprendrais que vous retrouvez seul avec un inconnu…
— Vous n’en êtes pas vraiment un, avoua Val. Enfin nous ne nous connaissons pas mais… j’ai bien peur d’être l’une de vos nombreuses fans.
— Et cela devrait être un problème ?
— Non mais…, commença-t-elle avant de proposer, Chinois, cela vous tente ?
— Parfait, il y en a un sur la route, déclara Viggo ravi qu’elle est acceptée de rester avec lui bien qu’il ne s’expliquait pas vraiment la raison de cette invitation.

Il la guida jusqu'à une Bentley noire et l’aida à s’installer avant de prendre le volant. Après un arrêt rapide chez un traiteur chinois, ils parcoururent plusieurs pâtés de maisons. Viggo s’engagea dans une rue qu’elle ne connaissait pas et pressa un bouton sur le tableau de bord. La porte du garage s’ouvrit et il s’engagea dans les profondeurs d’un immeuble. Quelques minutes plus tard, il faisait pénétrer Valérie dans son antre new-yorkais comme il l’appelait. Il déposa les plats dans le coin cuisine tandis qu’elle restait indécise dans le couloir. Devant elle se trouvait la réplique exacte d’un loft qu’elle avait vu dans l’un des films de l’acteur avec un lit qui trônait au fond de la pièce et des dizaines de tableaux entassés. Il y avait été rajouté une table et deux chaises dans le coin-cuisine, un canapé, une chaîne hi fi et une impressionnante collection de cd.

— Il est encore temps de fuir, fit Viggo amusé en enlevant sa veste.
— Non… excusez-moi c’est juste que…
— La réponse à votre question est oui, c’est bien le loft qui a servi pour le tournage de Meurtre parfait. Il ne m’appartenait pas à l’époque, je l’ai acheté quelque temps après.
— Je dois être ridicule, excusez-moi, s’empourpra-t-elle soudainement en détournant son regard vers les nombreuses toiles qui étaient appuyées à même les murs nus.
— Je suppose que j’aurais eu la même réaction devant l’un des mes acteurs préférés quand j’étais enfant.
— Le problème étant que je n’en suis plus une.
— Parlez-moi de vous, demanda-t-il tout en l’invitant à s’asseoir et en prenant place face à elle.
— Il n’y a pas grand chose à dire, fit Valérie gênée.
— Je suis certain du contraire. Que faites-vous ?
— Je travaille avec ma mère. Elle a acheté un café, le Newday, quand nous sommes arrivées à New York.
— Vous n’en êtes pas originaire ? S’étonna l’acteur.
— Non, j’ai passé mes quinze premières années en France, je suis née à Paris. Nous nous sommes installées à New York après le décès de mon père. Ma mère voulait retourner dans son pays, confia-t-elle.
— Je suis désolé.
— Cela remonte à loin maintenant. C’est de l’histoire ancienne et les États-Unis sont devenus ma nouvelle patrie.
— Vous retournez en France ?
— De temps en temps, j’y ai encore un peu de famille. Vous connaissez ?
— J’ai bien peur que mes connaissances se limitent à Paris, Cannes et Nice.
— C’est un début.

Ils dînèrent en parlant des pays qu’ils avaient visité, des lieux qu’ils préféraient à New York et d’une infinité d’autres choses. Plus le temps passait et plus Valérie se sentait à l’aise avec lui, oubliant jusqu’à l’heure qu’il était et son amie probablement inquiète de ne pas la voir revenir. Après le dîner, Viggo lui proposa de voir quelques photos qu’il avait fait sur le tournage du seigneur des anneaux. Ils s’installèrent sur le canapé et la jeune femme découvrit nombre de clichés qu’elle ne connaissait pas. Orlando Bloom, Dominic Monaghan, Billy Boyd, Elijah Wood et bien d’autres encore pris sous différents angles, avec toujours une expression intense et troublante.

— Comment faites-vous ?
— Quoi ? Demanda Viggo.
— Pour être à la fois acteur, photographe, peintre et musicien. Et j’oubliais poète.
— Je ne sais pas. Je prends le temps de voir des choses que les gens ignorent.
— Elles sont superbes. J’aime particulièrement celle-ci d’Elijah, fit Val en montrant celle ou l’acteur se tenait sous la neige.
— Une tempête de neige nous avait empêché de poursuivre le tournage.
— La Nouvelle-Zélande semble être un endroit magnifique.
— Elle l’est, confirma-t-il, et la culture Maoris est passionnante. C’était un tournage éprouvant mais durant les quelques heures de liberté que j’avais, j’en ai profité pour découvrir l’île.

Il se leva et alla chercher un autre album qu’il tendit à la jeune femme. Les paysages qu’elle y découvrit étaient indescriptibles et leur beauté transparaissait d’autant plus avec le talent du photographe. Elle allait faire un commentaire quand la sonnerie d’un téléphone se fit entendre. Viggo haussa un sourcil interrogateur en entendant la musique de la guerre des étoiles. Val s’excusa avant d’attraper son portable.

— Allô ?
— Où diable es-tu ? Il est près de minuit ! S’exclama la voix inquiète de Raf.
— Je vais bien.
— Tu ne devais pas rentrer tard et te voilà à jouer les cendrillons !
— C’est exactement ça.
— Quoi ?
— Je t’expliquerais tout à l’heure.
— Val, ne fais pas ce que je pense que tu vas faire ! La prévint la voix énervée de sa colocataire.
— Et que crois-tu que je vais faire ?
— Me raccrocher au nez et éteindre ton téléphone.
— Bingo ! A tout à l’heure !
— Val…….

La jeune femme remis son cellulaire dans son sac et se tourna vers Viggo qui était toujours assis sur le canapé.

— J’imagine que vous devez rentrer ?
— Euh… oui, acquiesça Valérie avec un triste sourire.
— Il n’a pas du apprécier votre absence. Je suis navré de vous avoir causé des problèmes.
— Il ? Oh non, ce n’est pas ce que vous croyez. C’était ma colocataire qui s’inquiétait de mon retard. Elle a tendance à se montrer très… protectrice et… il est minuit et…
— Cendrillon est censée quitter son prince avant que son carrosse ne se retransforme en citrouille, déclara Viggo qui s’était levé et faisait face à la jeune femme.
— Oui… en quelque sorte, murmura-t-elle incapable de détacher ses yeux de ceux azurs de l’acteur.
— Je vais vous raccompagner, souffla-t-il avant de se pencher légèrement pour effleurer les lèvres de la jeune femme.

Elle rêvait, c’était la seule explication possible. Jamais dans la vie réelle, il n’aurait pu être attiré par elle. Sans vraiment chercher à comprendre, elle répondit au timide baiser de Viggo qui l’enlaça avec lenteur. Il goûtait ses lèvres avec douceur, ne cherchant pas à précipiter les choses pour lui donner un baiser enflammé. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait éprouvé le besoin de l’embrasser mais elle ne l’esquiva pas. Ses joues étaient en feu quand il la libéra de son étreinte et Val reprit difficilement ses esprits. Son cœur battait à tout rompre et il lui semblait qu’elle flottait littéralement au-dessus du sol.

— Je suis désolé.
— De quoi ? Demanda Valérie qui avait peur d’avoir mal compris.
— Je n’ai pas l’habitude d’embrasser les femmes que j’invite à dîner pour la première fois, s’excuse maladroitement Viggo.
— Je ne crois pas m’en être plainte, répondit-elle avec un sourire.
— Votre amie va s’inquiéter.
— Oui… et je commence tôt demain pourtant… je n’ai pas envie de partir, avoua Val.
— Nous avons tout le temps pour apprendre à nous connaître. Je ne voudrais pas que vous pensiez que j’utilise ma notoriété pour séduire des jeunes femmes sans défense.
— Et si je vous assure que ce n’est pas le cas ? Fit-elle avec un sourire malicieux.
— Je vous répondrais que je serais ravi de vous revoir demain.

Le sourire de la jeune femme s’agrandit un peu plus. Il voulait la revoir ! Elle accepta la main qu’il lui tendit et glissa ses doigts entre ceux, immenses, de l’acteur. Ils allèrent jusqu’au parking ainsi.

Le trajet fut relativement silencieux, Valérie l’interrompant seulement pour indiquer la direction de son appartement. Viggo arrêta la voiture devant un immeuble couleur brique qui avait une lourde porte en fer forgée. Il descendit et alla ouvrir la portière de sa compagne. Val se leva et se retrouva coincée entre la voiture et l’acteur, ce qui n’était pas pour lui déplaire car ce dernier captura ses lèvres avec tendresse. De l’autre coté de la rue, à la fenêtre du 2e étage, Raf faisait les cent pas dans le living-room. Pour la dixième fois en moins de deux minutes, elle alla à la fenêtre et écarta le rideau. Elle failli échapper sa tasse de chocolat à moitié vide en découvrant son amie embrassée par un inconnu.

— Tu as intérêt à avoir une sacré bonne explication, Valérie Beaumont, si tu ne veux pas que je te tue ! Pourquoi diable ne m’as-tu pas dit la vérité ?

Son corps s’était embrasé tout entier quand la langue de Viggo s’était insinuée dans le temple de sa bouche, cherchant la sienne dans une lutte qui semblait sans fin. Ils se séparèrent hors d’haleine, front contre front.

— Je… mon dieu, souffla Val avec un sourire.
— Je dois donner une interview au Plaza à 17h. Tu pourrais m’y rejoindre vers 19h ?
— Oui, je le suppose.
— Suite 512, murmura Viggo avant de lui donner un dernier baiser.
— Tu es vraiment certain que… tu auras envie de me revoir ? Demanda Valérie d’une toute petite voix.
— Que puis-je faire pour t’en convaincre ?
— Excuse-moi mais cela paraît si… fou. Je veux dire…
— Je comprends ce que tu ressens car cela l’est aussi pour moi, avoua-t-il en plantant ses yeux céruléens dans ceux de la jeune femme. J’ai vraiment envie de te revoir, Valérie. Je ne sais pas ou cela va nous mener mais cela m’importe peu pour le moment.
— J’ai l’impression de rêver.
— Tiens, reprit-il après avoir cherché quelque chose dans ses poches. C’est mon numéro de portable, appelle-moi pour être certaine que ce n’était pas le cas.

Elle sourit avant de sortir une carte de visite de son sac et de la glisser dans la poche de la chemise de Viggo. Ils échangèrent un dernier baiser avant qu’il ne consente à libérer la jeune femme. Elle se dirigea vers l’immeuble et se retourna avant d’en franchir le seuil, dédiant un geste de la main à l’acteur. Elle soupira en appelant l’ascenseur. Qu’allait-elle dire à Raf ? Allait-elle la croire quand elle lui aurait raconté cette improbable rencontre ? Val rejoignit leur palier et allait glisser sa clef dans la serrure quand la porte s’ouvrit brusquement.

— Bien, je vois que tu es entière, je vais enfin pouvoir aller me coucher, déclara Rafaela d’un ton glacial.
— Bonsoir aussi, répondit Val d’un ton sarcastique.
— Bonne nuit, fit son amie en se dirigeant vers sa chambre.
— Raf !
— Quoi ? Ecoute, je suis crevée et demain je me lève tôt alors bonne nuit !
— Ah, tu m'attends jusqu'à 1h du matin pour ne pas me parler ?
— Voulais juste être sûre que ça allait mais, d'après ce que je peux voir, tu es en parfaite santé donc j'ai plus à m'en faire.
— Laisse-moi au moins t'expliquer, tu ne devineras jamais qui j'ai rencontré !
— Si c'est celui qui t'embrassait à pleine bouche non, ce n’est pas la peine, j'en ai assez vu pour comprendre.
— A pleine bouche... tu exagères !
— C’est ça, j'exagère.
— Oui, ce n'était pas aussi...
— A peine ! Un peu plus, il t'aurait violée sur le capot de la voiture !
— Tu as toujours eu l'art d'exagérer les choses et me faire violer par Viggo Mortensen, cela doit être loin d'être désagréable !
— Si tu le dis !!! Je pense que tu vas pas tarder à le savoir vu ton air, répliqua Raf acerbe.
— Mais qu'est-ce que j'étais censée faire ? Je l'ai rencontré à la galerie et il m'a invité à dîner. Je devais fuir en courant ? Je sais que j'aurais du t'appeler mais sur le moment...
— C’était plus simple de me raccrocher au nez, de couper ton portable et de continuer à jouer les jolis cœurs.
— Je t'ai dit que j'allais bien !
— Et tu crois que ça suffit ?
— Tu voulais quoi ? Que je te fasse un résumé de la soirée alors qu'il écoutait ?
— Non, mais tu savais parfaitement que me raccrocher au nez comme tu l'as fait n'allait que me rendre plus inquiète encore !
— Tu t'inquiètes pour un rien de toute façon ! Je vais bien, je ne suis pas morte et j'ai rencontré Viggo Mortensen, dit Val qui ne put retenir un sourire.
— Je sais, suis trop bête par moments ! La prochaine fois, j'irais me coucher au lieu de me faire un sang d'encre et de passer pour une idiote !
— Mais tu ne passes pas pour une idiote. Tu m’écoutes oui ou non ? Je l'ai vu ! Je lui ai parlé !
— Et alors ??? Je vais me coucher. Bonne nuit !

Val fut sur le point de piquer une crise de nerfs. Elle se doutait que Raf lui en voudrait mais elle mettait particulièrement de la mauvaise volonté ce soir. Elle ouvrit la porte de la chambre de sa colocataire et entra.

— Ecoute, je ne voulais pas t'inquiéter mais rappelle-toi l'état dans lequel tu étais quand tu as rencontré Garett Maggart ou Mikaël Shanks. J'ai complètement switché le reste du monde quand je l'ai vu devant moi. Tu peux comprendre cela, non ?
— Oui, bien sûr, et c’est pour cela que tu lui sautes dans les bras dès votre première rencontre ? Cingla Raf tout en mettant son pyjama avant de se mettre au lit et d’éteindre la lumière.
— Non, ce n'est pas cela, fit Valérie en rallumant. Je ne sais pas pourquoi on s'est embrassé. On a beaucoup discuté et une chose en amenant une autre...
— Je suppose que tu as couché avec ?
— Nonnnnn !!!!!!!!!! Absolument pas !
— C’est cela. Vu la manière dont il se frottait contre toi…
— C'était purement... tendre. Je ne sais pas comment l’expliquer, j'ai senti quelque chose entre nous, c'est tout, et il n'y a eu que quelques baisers.
— Mouais, bon, tu as fini ? Je peux dormir maintenant ?? Je te signale qu'il est plus d'une heure et que mon réveil sonne à 6 !
— Oui, le mien aussi mais... Bon laisse tomber. Je suis désolée, bonne nuit.
— Bonne nuit et ferme la lumière en sortant.
— Non, je vais laisser allumer et je vais mettre la radio à fond ! Lâcha Val avant de claquer la porte de rage.

Elle donna un coup furibond dans un nounours que Raf avait laissé traîner avant de rejoindre sa propre chambre. Elle venait juste de mettre sa chemise de nuit quand son portable sonna. Valérie rouvrit la porte en hâte, espérant que sa colocataire ne l’entendrait pas et saisit son sac qu’elle avait laissé dans l’entrée.

— Allô, fit-elle une fois entrée dans sa chambre.
— Tu sembles essoufflée, déclara la voix de son interlocuteur.
— Qui… Viggo ? S’étonna la jeune femme.
— Tu ne m’as pas encore oublié, c’est bon signe.
— Je… toi non plus à ce que je peux constater, répondit-elle avec un sourire.
— Je viens de rentrer à l’hôtel et ma chambre m’a paru étonnement vide ce soir. J’ai eu envie de t’appeler mais si cela pose problème…
— Non, le problème doit être en train de dormir à l’heure qu’il est, soupira Val.
— Ton colocataire ?
— Oui, elle s’est inquiétée de mon… retard. Et, continua-t-elle gênée, elle nous a vu nous embrasser.
— Ce qui est embarrassant ?
— Non, nous nous sommes disputées mais… si nous parlions d’autre chose ?

***

Raf grogna quand son réveil sonna. Elle pesta contre lui avant de se rendre compte que le véritable fautif n’était pas ce pauvre réveil mais l’amie qui l’avait forcée à se coucher si tard. Elle s’en voulait un peu d’avoir été aussi dure mais il se passait tellement de choses tragiques dans les colonnes des journaux. Elle s’en serait voulue toute sa vie s’il lui était arrivé malheur. Au bout de dix minutes, elle repoussa les couvertures et daigna se lever. L’appartement était calme à part le chuchotement de la TV, elle en déduisit que sa colocataire était levée. Raf poussa un bâillement sonore avant de sortir de sa chambre pour constater que le salon était vide et la télé éteinte. Elle se dirigea vers la source du bruit qu’elle entendait et arriva derrière la porte de Val. Celle-ci semblait en pleine conversation téléphonique.

— A 6h, elle exagère, grogna Rafaela en gagnant la cuisine pour prendre son petit-déjeuner.

Elle eut largement le temps de le prendre, de se doucher et de s’habiller avant que son amie ne sorte de sa chambre. Malgré ses traits marqués par la fatigue, elle semblait rayonnante dans son jean et tee-shirt noir qui portait le logo du Newday.

— Salut, fit Rafaela avant de prendre sa veste et son sac.
— Bien dormi ?
— Pas assez à mon goût. A plus tard, répondit-elle avant de disparaître.
— Bonne journée à toi aussi, murmura Val à la porte close.

***

La journée passa beaucoup moins vite qu’elle ne l’avait espérée. Les clients du café étaient plutôt rares ce matin-là et Valérie ne pouvait s’empêcher de bailler malgré les litres de café qu’elle avait avalé. Elle songea à la longue conversation qu’elle avait eu avec Viggo et poussa un soupir que sa mère remarqua en passant près d’elle.

— Tu parais bien songeuse ce matin, et fatiguée.
— J’ai… mal dormi, prétendit Val avec un léger sourire.
— Encore passé la nuit sur ton ordinateur ?
— En quelque sorte, bredouilla la jeune femme avant de s’empresser d’aller prendre la commande d’un client qui arrivait.

Midi sonna et avec celui-ci le coup de feu habituel car le Newday, en plus de proposer plusieurs variétés de café et de pâtisseries, offrait de nombreux sandwichs variés aux travailleurs du quartier qui aimaient s’y retrouver pour déjeuner. Val n’eut plus une minute à elle jusqu’à 14h, ce qui lui redonna de l’énergie et lui fit oublier sa fatigue. Elle finissait de ranger le comptoir pendant que sa mère faisait la caisse quand cette dernière remarqua quelque chose.

— Au fait, Raf n’est pas venue ce midi.
— Elle avait… une réunion avec son patron. Il compte agrandir la clinique.
— Déjà ? Elle est ouverte depuis quoi, un an ?
— Oui mais le docteur Macnichols s’est fait une solide réputation, la clinique vétérinaire marche très bien.
— Il devrait attendre un peu tout de même.
— Oui, maman. Je vais y aller à moins que tu n’aies autre chose à me faire faire, déclara Valérie en retirant son tablier.
— Non. A demain, ma chérie et essaye de dormir ce soir, lança sa mère en la voyant disparaître par la porte menant aux cuisines.

Elle récupéra sa veste et son sac avant de saluer Lou, le cuisinier, et de rejoindre son appartement. Il était à peine 15h et elle voulait dormir un peu avant de rejoindre Viggo, un immense sourire éclaira son visage à la pensée de l’acteur et elle parcouru les trois pâtés de maison jusqu’à son appartement en moins de dix minutes.

***

Rafaela était épuisée autant par sa journée que par son « déjeuner » avec son patron. Elle soupira en se demandant une fois de plus comment elle avait pu devenir la maîtresse de Bryan Macnichols. C’était dû en parti à son physique de tombeur, yeux bleus clairs, corps bien entretenu malgré ses 40 ans et des cheveux bruns mi-longs, mais aussi à sa grande gentillesse. Elle avait eu du mal à décrocher cet emploi, aussi Raf n’hésitait pas à faire des heures supplémentaires quand besoin était et, un soir où elle l’avait assistée pour une opération sur un Doberman, l’impensable c’était produit. Cette relation était un sujet de discorde avec Valérie qui lui avait conseillé d’arrêter cette relation dès le début mais Raf n’avait jamais su résister à un homme tendre et attentionné. Elle entra dans l’appartement et poussa un long soupir. Enfin à la maison, songea-t-elle tout en se disant que cela aurait été plus agréable si elle ne faisait pas la tête à sa meilleure amie. Raf venait juste de poser son sac que Val émergea en grommelant des choses incompréhensibles, elle entra dans la salle de bain sans même avoir remarqué la présence de sa colocataire. Elle en ressortit trente minutes plus tard, habillée d’un jean, d’un caraco beige et d’un gilet assorti.

— Salut, lança Raf depuis le canapé où elle avait décidé de pique-niquer devant la télé.
— Salut.
— Tu sors ?
— Oui sauf si tu…
— Non, non. Rassure-toi, je te laisserai tranquille cette fois.
— Raf…, tenta Valérie.
— Tu vas être en retard. Bonne soirée, cingla celle-ci avant de porter son attention sur l’épisode de Starsky et Hutch qu’elle regardait.

Val poussa un soupir avant d’attraper sa veste et son sac. Elle sortit de l’appartement avant d’y rentrer aussitôt pour prendre le plan pour aller jusqu’à l’hôtel. Le trajet lui prit environ 30 minutes. Elle pénétra avec hésitation dans le majestueux hall de marbre blanc. Des lustres gigantesques éclairaient celui-ci, un comptoir faisait toute la longueur d’un mur où travaillait plusieurs employés en uniforme qui ne lui prêtèrent aucune attention. Partout où son regard se posait, elle ne voyait que luxe et richesse. Elle se dirigea vers les ascenseurs et fut étonnée d’y découvrir un liftier en livrée qui lui demanda son étage. Elle bredouilla suite 512 avant que les portes ne se referment sur une femme vêtue d’un manteau de fourrure qui ne dédia pas un seul regard à l’employé quand elle lui indiqua le sien.

— Sur votre droite, mademoiselle, lui indiqua ce dernier quand il annonça son étage.

Valérie le remercia d’un hochement de tête avec de poser le pied sur la moquette grenat du couloir. A chaque pas, son angoisse montait d’un cran et elle arriva devant la porte de la suite 512 en tremblant de tous ses membres. « Allons ma fille, il t’attend, tout va bien se passer ! » Se dit-elle pour se donner du courage. Elle sonna et patienta, se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir lui dire. A son grand regret, ce ne fut pas Viggo qui ouvrit la porte mais un homme brun de haute taille qu’elle ne connaissait pas.

— Oui ?
— Je… j’ai rendez-vous avec Monsieur Mortensen, expliqua Val avec un aplomb qu’elle ne ressentait pas.
— Et vous êtes ?
— Valérie Beaumont.
— Désolée, je ne suis pas au courant. Bien essayé mais faudra trouver quelque chose de plus imaginatif la prochaine fois, conclu l’inconnu en faisant mine de fermer la porte.
— Mais attendez ! S’écria Val offusquée qu’il ne la croit pas. Il pourra vous le confirmer, je devais le rejoindre pour 19h.
— Monsieur Mortensen, reprit l’homme qu’elle devina être un garde du corps, est actuellement en interview et je ne vais pas aller le déranger pour lui demander si une fan hystérique a bien rendez-vous avec lui.
— Je ne suis pas hystérique !
— Au revoir, mademoiselle, rétorqua-t-il glacial avant de lui claquer la porte au nez.

Elle resta interdite un long moment, fixant le numéro de la suite et tentant de comprendre ce qui venait de se passer. Si cet homme était le garde du corps de Viggo, il devait être au courant des gens qu’il devait voir or il ne l’était pas ce qui signifiait… Ce qui ne signifiait rien du tout, songea-t-elle, ce gros balourd n’était qu’un abruti fini. A moins que… A moins qu’il n’ait pas eu envie de la voir et qu’il ait demandé à l’homme de faire barrage. Peut-être que la soirée d’hier n’avait rien eu de spécial pour lui ? C’est sur cette pensée qu’elle tourna les talons et décida de rentrer chez elle le cœur brisé.

***


Viggo sourit à la journaliste qui venait de lui poser la question habituelle concernant sa vie privée. Etait-il célibataire ? Il lui donna une réponse évasive tout en ne pouvant s’empêcher de penser à une certaine jeune femme. Il jeta un coup d’œil discret à sa montre. 19h15. Elle devait l’attendre dans le salon voisin. Il était impatient de la retrouver et, en même temps, se demandait ce que signifiait son comportement. Il ne croyait pas au coup de foudre pourtant il devait bien avouer qu’il avait ressenti le besoin de l’appeler pour entendre sa voix une fois rentré à son hôtel. Il n’avait pas vu le temps passer tandis qu’il parlait avec elle et, aussi étrange que cela puisse lui paraître, elle lui manquait.

— Viggo ? Répéta la journaliste pour la deuxième fois.
— Excusez-moi vous disiez ? Demanda-t-il avec un sourire charmeur.
— Quels sont vos projets ? Avez-vous déjà reçu des propositions pour d’autres films ?
— Oui, quelques-unes dont je ne préfère pas parler pour le moment.
— J’ai entendu dire que vous aviez accepté le rôle d’Aragorn grâce à votre fils, Henry.
— C’est exact, il est fan de Tolkien et quand je lui ai parlé de cette proposition, il m’a vivement encouragé à l’accepter.
— Vous regrettez votre choix ?
— Oui et non. La célébrité est quelque fois pesante mais j’ai rencontré des personnes formidables pendant le tournage tel Peter, Orlando, Billy, Dominic ou Elijah et j’en oublie beaucoup.
— Vous revoyez-vous encore ?
— Oui, nous essayons de nous retrouver le plus possible.
— Bien, je crois que j’ai tout ce qu’il me faut. Je vous remercie de m’avoir consacré un peu de temps, déclara la journaliste en récupérant son sac.

Viggo lui serra la main en lui décernant un dernier sourire avant de la regarder disparaître. Gary, son garde du corps, frappa discrètement avant d’entrer dans le second salon de la suite.

— Tout s’est bien passé ?
— J’aimerai un jour qu’on me pose d’autres questions que : Aimez-vous Tolkien ? Avez-vous de bonnes relations avec vos partenaires ? Et le fameux, êtes-vous célibataire ?
— Vous pouvez toujours rêver, répondit le garde du corps avec un sourire.
— Merci, Gary, cela me réchauffe le cœur. Si tu la faisais plutôt entrer.
— Faire entrer qui ? Demanda-t-il.
— Il n’y a pas une jeune femme du nom de Valérie Beaumont qui a demandé à me voir ? S’enquit Viggo avec une pointe de déception.
— Si mais…, commença Gary en ressentant une immense boule se former dans sa gorge.
— Mais ?
— Eh bien, vous ne m’avez pas prévenu et, comme vous n’aviez pas fini avec la journaliste…
— Ne me dis pas que tu l’as renvoyé.
— Je l’ai prise pour une de vos fans, ce n’est pas la première fois que…
— Bon sang, maugréa Viggo tout en prenant son portable qu’il ralluma avec un soupçon de colère. J’aurais dû te prévenir mais je pensais en avoir fini avant son arrivée.
— Je suis désolé, s’excusa Gary.

Viggo composa le numéro de téléphone de la jeune femme et fut passablement désappointé quand il tomba sur son répondeur. « Je ne suis pas disponible, laissez-moi un message, je vous rappellerais ». C’était court et direct, tout à fait elle, songea-t-il en passant dans sa chambre pour prendre sa veste et ses clefs de voiture.

***


Dernière édition par le Mar 14 Sep - 18:22, édité 1 fois
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 17:56

Rafaela ne savait pas quoi faire. Elle en voulait toujours à Valérie mais de l’avoir vue entrer en larmes l’avait remuée autant que la marmotte quand elle mettait des bulles dans son chocolat. Il était 19h30 quand elle avait entendu la clef dans la serrure et avait vu sa colocataire entrer pour aller directement dans sa chambre. Elle ne lui avait pas adressé la parole mais Raf avait senti que quelque chose n’allait pas, son rendez-vous semblait avoir tourné court. Le divin Viggo n’était, semblait-il, pas aussi parfait qu’il le paraissait. Il était un peu plus de 20h et elle avait bien du faire dix fois le chemin entre le canapé et la porte de la chambre de sa colocataire. Raf s’était enfin décidée à mettre leur querelle de coté quand la sonnette de la porte d’entrée se fit entendre. Elle se demanda qui pouvait les déranger puisqu’elles n’attendaient personne. Elle jeta un coup d’œil dans le judas et crut que son cœur allait arrêter de battre. Un second coup de sonnette résonna avant que Rafaela ne se décide à ouvrir.

— Bonsoir, je suis un ami de Valérie, déclara Viggo en regardant la jeune femme qui lui faisait face, vêtue d’un superbe pyjama Snoopy.
— Je sais qui vous êtes mais je crois que vous n’avez rien à faire ici, rétorqua Raf en colère.
— Elle est là ?
— Bien sûr mais je doute qu’elle veuille vous voir.
— Ne pourriez–vous pas me laisser entrer quelques minutes et lui dire que je suis là ? Il y a eu un malentendu avec mon garde du corps et son portable n’est pas allumé.
— Vous ne croyez pas qu’il y a une raison à cela ?

Rafaela poussa un long soupir avant de s’effacer pour le laisser passer. Elle allait s’en vouloir, elle le savait mais ce n’était pas à elle de repousser ou non l’acteur. Raf n’eut pas le temps de rajouter un mot que la porte de la chambre de Valérie s’ouvrit. Elle jeta un regard intrigué sur son amie qu’elle avait entendu parler à travers la porte.

— Je peux savoir pourquoi tu…, commença Val avant de s’arrêter brusquement avant de faire demi-tour.
— Il faut qu’on parle, dit Viggo en la rattrapant rapidement et l’empêchant de fermer sa porte du pied.
— Je crois avoir clairement compris le message, merci.
— Il y a eu un malentendu. Laisse-moi entrer. S’il te plait, rajouta-t-il d’une voix douce.

Elle savait qu’elle avait tort, qu’elle souffrirait encore plus si elle accédait à sa demande et lui parlait mais il semblait réellement ennuyé par la situation. Val poussa un soupir et ouvrit la porte, l’invitant à pénétrer dans sa chambre. Raf secoua la tête avant de rejoindre la sienne. Sa meilleure amie la critiquait parce qu’elle sortait avec son patron mais elle n’avait même pas le courage de repousser cet acteur. Oh il était séduisant, elle ne pouvait pas le nier mais l’instinct de la jeune femme le trouvait dangereux.

— Je n’ai pas eu le temps de prévenir Gary de ta visite et…
— Il a fait son job. C’est gentil d’être venu jusqu’ici pour me dire cela mais je crois que tu devrais t’en aller, déclara Valérie en évitant le regard azur qui ne le quittait pas.
— J’espérais que nous pourrions aller dîner.
— Je ne crois pas que cela soit une très bonne idée.
— Pourquoi cela ? Demanda l’acteur en haussant un sourcil interrogateur.
— Parce que tu es quelqu’un de connu, que je ne suis rien et que je n’arrive pas à comprendre ce que tu…

Viggo ne lui laissa pas le loisir de finir sa phrase. Il captura les lèvres de la jeune femme qui se sentit perdre pied quand il posa ses mains sur elle. C’était la première fois depuis longtemps qu’il éprouvait un tel désir pour une femme. Il ne l’expliquait pas. Tout ce qu’il savait, c’est que depuis qu’il l’avait vue, il avait eu envie de l’embrasser. Et il constatait avec bonheur qu’elle ne le repoussait pas. Il sentit son désir monter d’un cran et se détacha d’elle avant d’aller trop loin.

— Je suis un gentleman mais j’ai des limites, murmura-t-il d’une voix rauque qui donna des frissons à Val.
— J’étais sérieuse en parlant des différences qui nous séparent, reprit-elle après un long moment.
— Je le sais mais je ne pense pas qu’il faille s’y attarder. J’ai envie d’apprendre à te connaître, de passer du temps avec toi et je crois justement que c’est parce que tu n’es pas « connu », si cela peut vraiment signifier quelque chose, que j’apprécie autant ta compagnie.

Val ne sut quoi répondre. Il était tellement attentionné comme le prouvait sa visite impromptue. Elle le détailla longuement du regard, de ses cheveux bruns qui lui arrivaient aux épaules, sa fine cicatrice au-dessus des lèvres, sa chemise bleue qui faisait ressortir ses yeux céruléens fixés sur elle, à son pantalon beige. Elle venait à peine de terminer qu’une voix se fit entendre dans la pièce « Hello, I am Viggo Mortensen, welcome on the lord of the ring site ». La jeune femme rougit de la tête au pied avant de se précipiter vers son ordinateur tandis que Viggo la regardait en se demandant si, finalement, elle ne représentait pas la fan hystérique typique. Elle ferma un programme et le bureau de son pc apparu, dévoilant une photo de l’acteur.

— C’est… enfin…, bredouilla Valérie en cherchant une explication satisfaisante qu’elle ne trouva pas.

Il jeta un regard approfondit sur la chambre, découvrant au-dessus de l’ ordinateur un tableau d’affichage sur lequel était accroché plusieurs photos de la jeune femme en compagnie d’inconnus, une photo dédicacée par… un autre inconnu ainsi que des passes pour des conventions, des plaques de l’armée et divers autres choses. Son regard se porta ensuite sur les quelques photos qui décoraient la chambre et qui étaient toutes de Melissa Warner, une célèbre photographe spécialisée dans le nu masculin. Il remarqua aussi une immense bibliothèque qui couvrait un pan de mur et qui débordait de dvd, cd, k7 et livres. Il s’attarda sur le lit double avant de découvrir une photo de lui sur la table de nuit. La couverture d’un livre posé à côté attira son attention. Les sables d’automne de Valérie Beaumont.

— Tu écris ?
— Euh… oui. C’est mon premier roman, il a été publié il y a quatre mois. Je suis désolée pour… je dois vraiment avoir l’air d’une imbécile mais si on m’avait dit qu’un jour tu viendrais dans ma chambre…
— Tu te serais hâté de tout enlever ? Demanda Viggo avec un sourire malicieux en prenant la jeune femme dans ses bras.
— Sans doute. Je ne voudrais pas que tu t’imagines que je suis allée à la galerie hier dans l’espoir de te voir. J’étais persuadée que tu étais déjà retourné à Los Angeles.
— Je trouve injuste que tu connaisses autant de choses sur ma vie alors que je ne connais quasiment rien de la tienne.
— Cela peut facilement s’arranger, le rassura Valérie avec un sourire amusé. Si nous allions dîner, tu pourras me poser toutes les questions que tu veux.

***

Ils avaient choisi un restaurant italien, non loin de l’appartement de Valérie. La soirée passa beaucoup trop vite à leur goût. Viggo apprit néanmoins beaucoup de choses sur la jeune femme qui répondit à chacune de ses questions comme elle l’avait promis. Notamment qu’elle espérait finir son second livre le mois suivant et que son agent semblait optimiste quant à la publication. Elle lui parla de ses idées, de ses envies, de ses goûts pour la solitude, les longues promenades mais aussi les soirées cocooning devant un bon feu. De sa famille aussi, lui avouant que la France lui manquait atrocement par moments et qu’elle se sentait déracinée à New York. Ils furent interrompus plusieurs fois par des fans de l’acteur qui lui demandèrent des autographes mais, contrairement à ce qu’avait imaginé Viggo, cela ne dérangea pas sa compagne. Au contraire, elle tenta de lui communiquer la timidité de ses fans, les hésitations à déranger, la surprise de voir la personnalité devant soi et surtout la joie de repartir avec l’autographe de son idole.

Finalement Viggo la reconduisit en bas de son immeuble, en ayant l’impression de revenir 25 ans en arrière quand il avait raccompagné sa première petite amie chez ses parents. Ils discutèrent encore un moment avant qu’il ne se décide à lui annoncer ce qui allait apparaître comme une mauvaise nouvelle à la jeune femme.

— Je ne voulais pas gâcher notre soirée mais je dois retourner à Los Angeles demain.
— Oh, fit Val visiblement désappointée. Je me doutais que tu devrais partir mais pas si vite.
— J’ai des engagements que je ne peux pas repousser.
— Eh bien… j’ai été ravi de te rencontrer et…
— Valérie, j’ai dit que je m’en allais, pas que je ne reviendrais pas, la rassura-t-il.
— Oui, bien sûr. Je devrais rentrer, il est tard et tu as un avion à prendre, répondit-elle avec un sourire forcé.

Sa façon de réagir était stupide, et elle le savait, mais l’annonce de son départ lui avait fait l’effet d’un ouragan. Il était totalement absurde, après seulement le deuxième jour de leur rencontre, de s’attacher ainsi à lui mais elle savait qu’il allait lui manquer. Elle se blottit dans ses bras avant de déposer un chaste baiser sur les lèvres de l’acteur.

— Merci pour… tout, murmura Valérie avant de s’éclipser dans le hall de l’immeuble.

Viggo la regarda tandis qu’elle attendait l’ascenseur. Il comprenait sa réaction bien qu’il regrettait de ne pas avoir pu la rassurer sur ses intentions. Il se promit de la revoir bientôt, il savait même à quelle occasion et comment l’inviter.

***


Cela faisait une semaine que Valérie marchait « au radar ». Son univers se limitait à son travail, sa chambre et les coups de téléphone de Viggo. La situation avec Raf ne s’était toujours pas améliorée au grand dam de cette dernière qui n’arrivait pas à faire le premier pas, ni à comprendre cette obsession qu’avait Val pour l’acteur. Elle savait qu’il l’appelait chaque soir et qu’ils parlaient jusqu’à une heure avancée de la nuit mais sa colocataire gardait le silence, se limitant à phrases anodines et sans conséquences, jusqu’au soir où elle retrouva Rafaela en larmes dans le salon alors qu’elle allait chercher un yaourt.

— Hey, qu’est-ce qui ne va pas ?
— Rien.
— Raf, ne me mens pas. Tu ressembles à une madeleine et tu as vidé la boite de mouchoirs !
— En quoi ça t’intéresse ?
— Tu as décidé de me faire la tête encore longtemps ? Parce que je commence vraiment à en avoir assez, tout cela parce que je ne t’ai pas appelé et que…
— Il est marié, la coupa Raf en larmes.
— Hein ? Qui est marié ?
— Ce stupide Bryan, cet imbécile de Bryan, ce crétin de Bryan avec qui je travaille !
— Ton patron est marié, répéta Valérie incrédule.
— Oui ! Madame Macnichols est venue ce midi pour faire une surprise à son mari mais je crois que la mienne a été plus grande.
— Je ne sais que dire.
— Il n’y a rien à dire sauf que je n’aurais jamais dû tomber dans ses bras, grommela Raf en lançant son mouchoir vers la poubelle qu’elle rata.
— Je ne vais pas dire que je te l’avais dit, cela ne changera rien au problème. Tu penses faire quoi ?
— Je lui ai déjà dit que nos relations ne seraient plus que professionnelles mais il m’a juré qu’il allait bientôt se séparer de sa femme, qu’elle tentait de sauver leur mariage mais qu’il n’y avait plus d’espoir.
— Ben voyons, comme c’est pratique, commenta Val en ayant une furieuse envie de coller son poing dans la figure du séduisant docteur Macnichols. Et j’imagine qu’il comptait t’en parler ?
— Pendant notre week-end dans le New Jersey.
— Tu pars en week-end avec lui ? S’étonna Valérie.
— Non, j’ai annulé, la rassura Raf, et si je ne t’en ai pas parlé… Je suis désolée d’avoir été si dure avec toi.
— Je suis désolée pour Bryan, fit-elle avant de prendre son amie dans ses bras.
— Ce que je peux être stupide par moments ! Il doit y avoir écrit « bonne poire » sur mon front pour que j’attire autant de type stupide.
— Fais voir, la taquina Val en observant son front. Nan, y a rien mais je dois avoir un feutre si tu veux on peut le mettre.
— T’es bête !
— Tu m’as manqué. Que dirais-tu de passer un moment avec monsieur Haggen Daz ? Je connais rien de mieux contre les chagrins d’amour.
— Vanille, noix de pécan, caramel et chantilly ?


***

Quelques jours plus tard, après avoir fait la fermeture du Newday, Valérie rentra à l’appartement pour trouver une Raf complètement défaite. Son patron la poursuivait de ses assiduités sans relâche lorsqu’ils se retrouvaient en tête-à-tête. Val proposa une soirée vidéo à son amie, en espérant que voir ses acteurs préférés lui remonterait le moral. Il était près de minuit mais elles ne travaillaient pas le lendemain et pouvaient se permettre de se coucher plus tard. Tandis que Raf choisissait quelques dvd dans leur collection, Valérie alla chercher de quoi sustenter leurs envies de grignotage.

— Tu as choisi quoi ? Demanda-t-elle en voyant Raf entrer dans la cuisine.
— Speed
— Pas mal pour un début.
— 58 minutes.
— Mmmm les muscles de Bruce Willis.
— Dirty dancing.
— Patricccckkkkkk !!!! Tu veux me faire avoir une crise cardiaque devant tant de beaux mecs ?
— Si tu préfères, je dois avoir la vie des fourmis en Patagonie sur une cassette, plaisanta Raf en lui tirant la langue.
— Je crois que ces messieurs seront beaucoup plus… comment dire… passionnants que de petites fourmis, se rétracta Val en prenant le saladier de pop corn et les paquets de gâteaux qu’elle avait sorti.

Elles allaient s’installer sur le canapé quand Valérie remarqua un gigantesque paquet carré, assez plat, posé près de la porte.

— Qu’est-ce que c’est ?
— Ça m’était complètement sorti de l’esprit, on a livré ça pour toi en début de soirée, expliqua Raf.
— Pour moi ? Je n’attends rien pourtant.
— Le livreur voulait te le remettre en main propre mais j’ai réussi à le convaincre de le laisser ici.

La jeune femme récupéra le paquet et vint s’asseoir près de son amie. Il n’y avait pas d’erreur son nom et son adresse figuraient sur l’emballage. Elle déchira le papier pour trouver un carton sur lequel était scotchée une lettre portant son prénom. Raf observait la scène silencieusement, se doutant de l’identité de l’expéditeur de ce paquet, et fronçant les sourcils en découvrant que son amie tenait un billet d’avion dans la main.

— C’est pas vrai, murmura Valérie incrédule.
— Quoi ?
— Il m’invite à Miami le week-end prochain.
— Miami ? Tu veux dire en Floride ?
— Regarde, fit Val en lui montrant le billet.
— Départ le 1 juillet, retour le 5, New York - Miami - New York, lut Raf. Tu vas accepter ?

Elle regarda son amie en constatant que celle-ci ne répondait pas. Valérie avait ouvert le carton et se tenait, stupéfaite, devant Elendil, la toile qu’elle avait admirée lors de leur première rencontre.

— C’est un de ses tableaux ?
— Oui.
— Ce n’est pas ton préféré ?
— Si.
— Et il te l’offre ?
— On dirait. Raf, il faut que je boive quelque chose.
— De l’eau ?
— Non, quelque chose de plus fort.

Rafaela alla chercher la bouteille de rhum, seul alcool en leur possession, dont elles se servaient quand elles faisaient des crêpes. Val lui prit la bouteille des mains et en but une longue rasade.

— Dis-moi que je ne suis pas en train de rêver. Aieee, s’écria-t-elle quand Raf la pinça pour lui montrer que cela n’était pas le cas.
— C’est plus convainquant que les explications, se défendit la jeune femme.

Elle s’apprêtait à rajouter quelque chose quand le portable de Val sonna. Rafaela sut d’instinct que leur soirée était compromise. Elle poussa un soupir en regardant sa colocataire répondre.

— Allô ?
— Bonsoir, fit la voix devenue familière de Viggo.
— Tu es fou.
— J’en déduis que tu as reçu mon cadeau ?
— Oui mais… je ne peux pas le garder. C’est… c’est…, bredouilla Valérie en cherchant comment ne pas le froisser.
— C’est un cadeau et j’aimerai que tu l’acceptes. Tout comme j’espère que tu vas accepter mon invitation pour le week-end du 4 juillet.
— Mais tu ne peux pas m’offrir une de tes toiles, protesta la jeune femme.
— Je vais devoir te laisser mais tu pourras m’expliquer tout cela lorsque nous nous verrons.
— Je n’ai pas dit oui.
— Tu n’as pas dit non, répliqua Viggo avec un sourire amusé. Je te rappellerais demain. On m’attend pour un dîner.
— Tu ne t’en sortiras pas aussi facilement si je viens.
— Je l’espère bien, répondit-il d’un ton langoureux. Fais de beaux rêves.

Val contempla son téléphone un long moment avant de se rendre compte qu’elle n’était pas seule. Rafaela croisa son regard et constata avec regrets que sa meilleure amie ne passerait pas les fêtes du 4 juillet avec elle, elle allait se retrouver seule une nouvelle fois. Elle fit comme si de rien n’était et tenta d’oublier sa peine pendant qu’elles regardaient leurs films, mais le cœur n’y était pas.

***


Valérie récupéra sa valise-cabine et suivit le flot des passagers qui descendaient de l’avion. Le vol avait duré un peu moins de trois heures et avait été tranquille. La jeune femme avait été surprise quand l’hôtesse lui avait indiqué son siège en 1e classe. Elle réalisait une nouvelle fois les différences qu’il y avait entre l’acteur et elle. Le peu de voyages qu’elle avait effectué se déroulaient en 2e classe et dans des hôtels assez moyens. Elle suivit le couloir menant à l’aéroport et chercha des yeux la personne qui devait l’attendre, Viggo l’ayant prévenue qu’il ne pourrait le faire en personne. Val repéra une pancarte portant son nom et se figea quelques instants en découvrant l’homme qui l’avait congédiée du Plaza quelques semaines plutôt.

— Bonsoir, mademoiselle Beaumont, fit Gary quand elle arriva à sa hauteur. Vous avez d’autres bagages ?
— Non, répondit-elle tandis qu’il la délestait de sa valise.
— Je vous conduis à votre hôtel, monsieur Mortensen devrait vous y rejoindre à 19h.
— Bien, murmura-t-elle tandis qu’il la guidait vers la sortie.
— Vous avez fait bon voyage ?
— Oui. C’était parfait.

Faisait-il semblant de ne pas la reconnaître ? Elle se posa la question tandis qu’il l’invitait à s’installer dans une berline noire. Il devait voir tellement de visages au cours de ses journées qu’elle décida de ne rien dire. Gary lui servit de guide, décrivant les différents endroits devant lesquels ils passaient. Il se gara finalement devant un hôtel gigantesque, le Ritz-Carlton Key Biscayne.

— Il doit y avoir une erreur, déclara Valérie en le suivant dans le hall entièrement en marbre blanc.
— Monsieur Mortensen vous a réservé une suite dans cet hôtel.
— Ça, un hôtel, murmura Val pendant que le garde du corps allait chercher sa clef, on dirait un palais de conte de fée.

Le décor ressemblait d’une certaine manière au Plaza de New York, il était aussi luxueux et majestueux. Un grand escalier avec des rampes en fer forgé se trouvait sur sa droite, plusieurs petits salons étaient disséminés dans le vaste hall, occupés par des gens vêtus à la dernière mode. Plusieurs grooms s’affairaient avec les valises d’un groupe qui venait d’arriver tandis qu’une flopée de réceptionnistes officiait derrière un immense comptoir. Gary revint vers elle et l’accompagna jusqu’à sa chambre. Elle le remercia d’un sourire quand il prit congé. Valérie posa sa valise près du lit à baldaquin qui trônait dans l’immense chambre avant d’ouvrir la porte-fenêtre donnant sur une terrasse. La vue était à couper le souffle. Une plage de sable fin s’étalait à ses pieds, léchée par la mer d’un bleu si clair qu’il offrait un contraste saisissant avec le ciel. Elle s’assit un moment sur le fauteuil en rotin de la terrasse et se laissa baigner par le calme des lieux. Elle revint ensuite dans la chambre aux murs beiges, passant sa main sur la commode fraîchement cirée, les chaises qui formaient un petit salon, l’armoire, dans laquelle elle rangea les quelques affaires qu’elle avait apporté, avant de passer dans la salle de bain. Une immense baignoire blanche occupait la moitié de la pièce et Valérie n’y résista pas. Il était 18h, Viggo ne devant pas arriver avant une heure, elle remplit la baignoire et y rajouta l’essence de lilas qui était à disposition. Elle se déshabilla rapidement, noua ses cheveux roux en queue de cheval et se glissa avec délice dans l’eau. Elle ferma les yeux et évita de penser à l’angoisse qui montait en elle à l’idée de revoir Viggo. Elle n’avait pas peur de lui, elle commençait à le connaître grâce à leurs discussions téléphoniques mais elle se demandait toujours pourquoi il s’intéressait à elle sans oser lui poser la question. Elle avait peur de ce que pourrait devenir leur relation et se doutait que lors de ce week-end les choses risquaient d’évoluer entre eux mais elle ne savait pas ce qu’elle souhaitait vraiment. C’était une chose de fantasmer sur un acteur, cela en était une autre de nouer une relation avec lui. Elle en était là de ses pensées quand on frappa à la porte. Pestant contre l’importun qui troublait son bain, elle en sortit et passa l’un des moelleux peignoirs, aux armoiries de l’hôtel, mis à sa disposition. Trois coups se firent encore entendre avant qu’elle n’atteigne la porte.

— Oui ?
— Une livraison pour mademoiselle Beaumont.

Valérie ouvrit la porte et fut étonnée de découvrir Viggo sur le seuil, une boite rectangulaire dans les mains.

— Il est déjà 19h ? Paniqua Val en cherchant une pendule des yeux.
— J’ai pu me libérer un peu plus tôt mais si tu préfères que je revienne, la taquina-t-il avec un sourire.
— Non, c’est juste que… je ne crois pas que le peignoir soit la tenue appropriée pour recevoir quelqu’un.
— Tu as tort, il te va très bien, répondit l’acteur en laissant son regard caresser les courbes de la jeune femme.

Valérie baissa les yeux en sentant le rouge lui monter aux joues. Viggo posa son paquet sur la commode avant de prendre la jeune femme dans ses bras. Il était superbe en costume gris clair et chemise blanche, songeât-elle quelques secondes avant qu’il ne l’embrasse. Elle en avait autant envie que lui et répondit avec ardeur à son baiser, glissant ses mains dans les cheveux bruns, totalement à sa merci. Il délaissa un instant ses lèvres, le temps de la soulever pour la porter jusqu’au lit. Il la posa avec douceur avant de s’allonger près d’elle, capturant de nouveau la bouche de la jeune femme. Valérie se sentait déroutée par la puissance des émotions qu’il fit naître en elle. Son cœur battait la chamade sous les baisers passionnés de l’acteur et faillit rater un battement quand la main de celui-ci dénoua la ceinture de son peignoir.

— Viggo, gémit Valérie sans savoir si elle souhaitait qu’il poursuive ou arrête son exploration.

Il délaissa ses lèvres pour laisser sa langue courir sur la poitrine offerte, taquinant chaque sein avec douceur, avant de poursuivre son chemin vers le ventre plat, le nombril et l’intimité de sa compagne qu’il frôla de ses lèvres avant d’y plonger pour goûter son nectar. Valérie se cambra à ce contact en ne pouvant retenir un gémissement de plaisir. Il la conduisit avec habileté jusqu’au plaisir ultime avant de conquérir sa bouche. Viggo sourit quand il observa sa compagne. Une lueur nouvelle brillait dans ses yeux émeraudes, sa bouche était encore humide des baisers qu’ils avaient échangé et son sourire indescriptible.

— Tu devrais te préparer, fit-il en caressant une mèche de cheveux roux entre ses doigts.
— Nous sommes bien ici, répondit Val en l’embrassant tendrement.

Viggo rompit leur baiser à regret. Il aurait aimé poursuivre leurs jeux mais, comme il l’expliqua à sa compagne en s’asseyant, il devait se rendre à une soirée donnée pour la sortie de La communauté de l’anneau.

— J’espère que cela ne te dérange pas de m’accompagner.
— Pas du tout. Tu m’expliques ? Demanda Val en s’asseyant sur les genoux de Viggo.
— Que je t’explique quoi ?
— Ce que tu viens de me faire, non pas que je m’en plaigne, dit-elle en rougissant, mais… je vais de surprise en surprise avec toi.
— Cela se résume en un dicton maori : « avant de recevoir, il faut savoir donner ».
— Très bon dicton, confirma la jeune femme en l’embrassant.
— Si tu allais te préparer. Il y a quelque chose pour toi là-dedans, indiqua-t-il en montrant la boite qui attendait toujours sur la commode.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Il n’y a qu’un moyen de le savoir.

Valérie eut un sourire avant de se lever pour prendre le paquet. Elle dénoua le lien qui le fermait et souleva le couvercle pour découvrir une robe noire griffée. Avec hésitation, elle la sortit et la tint un moment devant elle.

— Je ne peux pas mettre cela.
— Me serais-je trompé de taille ?
— Non mais… elle est trop belle. Jamais je n’oserais.
— Ce que j’aime chez toi, c’est la pureté et la fraîcheur de tes réactions. N’importe quelle femme aurait accepté sans remords ce cadeau mais toi, non. Va l’essayer, je te promets qu’elle ne mord pas, termina-t-il en déposant un baiser dans le cou de la jeune femme.

Elle hocha lentement la tête. C’était encore mieux qu’un rêve, elle n’aurait jamais imaginé qu’il puisse lui faire de tels cadeaux. Elle se prépara rapidement, coiffant sa crinière rousse en un chignon lâche qui dégageait ses épaules et le dos nu de la robe. Quand elle revint dans la chambre, elle vit une lueur de désir s’allumer dans les yeux céruléens de Viggo et en conçu un immense plaisir.

— Magnifique mais il manque quelque chose, déclara-t-il en sortant un écrin de sa poche.

Valérie le regarda approcher, ouvrant la boite ocre, et en sortir un collier de diamants tel qu’elle n’en avait jamais vu.

— La bijouterie de l’hôtel me l’a prêté.
— Il est magnifique, murmura Val qui en avait le souffle coupé.
— Il le sera encore plus sur toi.

Viggo l’accrocha au cou de la jeune femme et contempla le résultat avec satisfaction. Le collier, de la maison Cartier, évoquait une guirlande végétale, tressée de feuille de diamants. Il la laissa mettre les boucles assortis et lui proposa son bras quand ils furent prêt à partir.

— J’ai l’impression d’être Cendrillon allant au bal, avoua Valérie dans l’ascenseur.
— Sauf que ton carrosse ne va pas se transformer en citrouille, plaisanta Viggo avec un sourire.

Ils rejoignirent Gary dans le parking, qui attendait près d’une somptueuse limousine noire. Ce dernier nota la transformation de Valérie sans pour autant faire le moindre commentaire. Le trajet jusqu’à la soirée leur prit presque vingt minutes. Tandis qu’ils attendaient derrière la longue file de limousine, Viggo proposa à sa compagne d’éviter les journalistes en passant par une entrée plus discrète.

— C’est gentil mais ils font partie de ta vie et j’ai envie de tout connaître de toi, même les inconvénients de ton métier.
— Tu en es certaine ? Demanda l’acteur qui était étonné par cette réponse.
— Oui, sauf si tu tiens à garder ton image de séduisant célibataire.
— Je tiens juste à t’épargner un moment désagréable, répondit-il avec sérieux.
— Je sais mais tu ne pourras pas toujours me protéger, constata Valérie.
— Nous affronterons donc les vautours ensemble, la taquina-t-il avant d’ouvrir la porte de la limousine.

***

Ce fut pire que ce qu’elle avait imaginé. Les flashs les aveuglèrent de toute part dès qu’ils descendirent. Viggo posa une main dans son dos pour la guider le long du tapis rouge, souriant et posant pour quelques photographes. Valérie sentait des nœuds se former dans son ventre tandis qu’ils avançaient. Ils étaient presque arrivés à l’entrée quand Val vit un fou se précipiter sur Viggo. Ce dernier éclata de rire tandis qu’Orlando le prenait dans ses bras pour le saluer.

— Comment vas-tu ?
— Bien. Tu as l’air en forme, constata Viggo tandis que les flashs crépitaient autour d’eux.
— Super ! Mmmm qui est-ce ? Demanda Orlando en désignant Valérie.
— Une amie, répondit-il avant de faire les présentations.
— Faites un sourire, fit Orly avant de passer un bras autour des épaules de la jeune femme qui n’osait pas dire un mot, complètement pétrifiée par la proximité de l’acteur.

Ils restèrent quelques minutes devant la presse avant de consentir à entrer. L’eut-elle voulu, Valérie n’avait aucune chance de faire demi-tour, tenue d’un coté par Viggo et de l’autre par Orlando. Ils passèrent le porche et arrivèrent en haut d’un escalier de fer forgé qui donnait une vue parfaite sur la réception. Au milieu d’un immense patio se trouvait une gigantesque fontaine au centre de laquelle trônait Aphrodite. Les invités étaient répartis tout autour, parlant avec animation. Une piste de danse avait été improvisée près d’une piscine où se baignaient plusieurs jeunes femmes modérément vêtues. Ils descendirent l’escalier et furent aussitôt assaillis par des journalistes désireux d’avoir une interview des deux acteurs. Valérie en profita pour s’éclipser près du buffet et tenter de maîtriser les tremblements qui avaient pris possession d’elle. « Ce n’est pas le moment de faire une crise de panique », se raisonna-t-elle en respirant profondément. Il n’y avait qu’une personne qui pouvait l’aider. Elle se mit un peu à l’écart et prit son portable dans son sac. Elle composa un numéro et pria pour que son correspondant réponde.

— Allô ? Fit une voix féminine sèchement.
— Raf ?
— Val, c’est toi ?
— Oui, je te dérange ?
— Euh… non, répondit la jeune femme en murmurant quelque chose d’incompréhensible à voix basse.
— Tu es seule ?
— C’est la télévision qui est un peu forte, mentit maladroitement Rafaela.
— Pitié, ne me dis pas que tu as craqué.
— Tu voulais quoi ? Eluda-t-elle.
— Te parler un moment, te dire que j’étais bien arrivée et…
— Non, s’écria Raf avant d’éclater de rire.
— C’est Bryan ?
— Oui, je sais ce que tu vas dire alors épargne-moi le couplet.
— Désolée de t’avoir dérangée. Je vous souhaite un bon week-end, répondit Valérie avant de raccrocher.

La jeune femme resta un long moment immobile, le regard dans le vide, se demandant comment son amie avait pu succomber de nouveau aux charmes de Bryan alors qu’elle lui avait juré que tout était fini. Elle sursauta quand une main se posa sur son épaule, laissant échapper son téléphone qui alla s’écraser dans le jardin, un niveau plus bas.

— Et mer… credi, se reprit Valérie en voyant qui lui faisait face.
— Je suis désolé, fit Orlando. Je ne voulais pas vous faire peur. Je vais ramasser… les morceaux.
— Laissez, je vais y aller. De toute façon, j’ai besoin de marcher un peu.
— Je peux vous accompagner ? Je venais vous dire que Viggo en avait encore pour un moment.
— Avec plaisir.

Ils descendirent jusqu’au jardin et contemplèrent d’un œil critique le portable qui gisait en multiples morceaux sur le sol.

— Eh bien quand vous cassez quelque chose, vous avez l’art de faire en sorte qu’on ne puisse le réparer, la taquina Orlando.
— Et toujours quand il ne faut pas.
— Si vous devez passer un appel, je peux vous prêter mon portable.
— Merci mais je ne vais pas me risquer à déranger une nouvelle fois ma colocataire. Je dois vous ennuyer avec mes histoires, vous ne seriez pas mieux en haut avec vos amis ?
— Vous savez, quand on a assisté à ce genre de réception une fois, on les a toutes vues et je suis investi d’une mission spéciale.
— Vraiment ? S’étonna Valérie.
— Oui, je suis chargé de vous tenir compagnie.
— Vous feriez mieux d’aller profiter de la fête, je suis une grande fille.
— Je comprends ce qui lui plait en vous, répondit Orlando avec un sourire. La majorité des femmes se damnerait pour passer un moment en ma compagnie mais vous, non. Mon charme n’agit pas sur vous.
— Rassurez-vous sur ce point, vous êtes charmant. C’est juste que je suis assez… impressionnée. Tous ces acteurs réunis ce soir et moi, pauvre petite new-yorkaise, perdue au milieu de la foule.
— Je comprends. La première fois que j’ai rencontré les autres, j’avais l’impression d’avoir des nœuds dans l’estomac, expliqua-t-il tandis qu’ils avançaient dans le jardin. Mais j’ai trouvé un truc pour remédier à ce problème.
— Un truc ?
— Oui, je les ai tous imaginés en sous-vêtements.
— Vous plaisantez ?
— Pas du tout. Venez, on va essayer, proposa Orlando en la prenant par le bras.

Ils remontèrent au niveau du patio et s’installèrent près du buffet. Bloom alla chercher deux coupes de champagne et en tendit une à Valérie.

— Alors, par qui commençons-nous ?
— Je ne sais pas.
— Voyons-voir, Ian McKellen est du genre à mettre des porte-jarretelles à votre avis ?
— Non, pouffa Val en imaginant l’acteur jouant Gandalf ainsi vêtu.
— A vous, l’incita Orlando avec un sourire.
— Mais…
— Laissez-vous aller un peu. Oubliez qu’ils sont acteurs, riches et célèbres.
— Eh bien… je verrais bien Sean Astin avec un string léopard.
— Bien ! Elijah ne porte pas de sous-vêtements.
— Dominic Monaghan a un string clouté.
— Et Billy Boyd en a un en cuir !

Ils continuèrent un long moment, passant tous les acteurs présents en revue. Valérie sentait le stress diminuer au fur à mesure. Orlando était un compagnon des plus agréables. Après avoir épuisé les idées concernant les sous-vêtements de ses pairs, il posa quelques questions à la jeune femme, se découvrant de nombreux points communs avec elle dont une passion pour internet. Valérie se sentait détendue avec l’acteur qui faisait preuve d’humour et de gentillesse. Il lui apprit qu’il devait passer quelques jours à New York le mois suivant et lui proposa de la voir tant le courant passait bien entre eux. Val avait l’impression de le connaître depuis toujours et cette sensation était réciproque. Orlando était en train de lui donner sa carte quand Viggo vint les rejoindre.

— Me voilà. Je suis désolé.
— Ce n’est pas grave, elle t’a trouvé un remplaçant, le taquina Orlando.
— Ah les femmes, soupira Viggo en portant la main à son cœur.
— Viggo, l’interpella une voix masculine. Pourrais-tu venir un moment ?

L’acteur se retourna pour découvrir Peter Jackson près de lui. Il lui expliqua qu’il voulait le présenter à une vieille connaissance. Viggo hocha la tête avant de suivre le réalisateur, décochant un regard navré à Valérie.

— Tu veux danser ? Demanda Orlando qui avait naturellement adopté le tutoiement.
— Pourquoi pas, répondit Val en prenant son bras.

Ils rejoignirent la piste de danse sous les regards intéressés de plusieurs personnes qui cherchaient à savoir qui était l’inconnue au bras d’Orlando. Ce dernier n’y prêta aucune attention et incita sa compagne à faire de même.

— Comment peux-tu supporter tous ces regards ? Tu les imagines aussi en sous-vêtements ?
— Non, je fais comme s’ils n’étaient pas là. Oublie leur présence, les flashs et les regards. Tu verras, tu t’y habitueras avec le temps.
— J’en doute. Je n’aime pas ce coté « exhibitionniste » du métier d’acteur.
— Exhibitionniste ? Tu y vas un peu fort. La plupart des acteurs ne demandent pas à être suivi par des paparazzis, tu sais. C’est parfois fatiguant de ne plus pouvoir faire un pas sans avoir un photographe derrière toi.
— Je veux bien le croire.
— Puis-je vous emprunter votre cavalière ? Demanda Viggo d’un air solennel quand il put enfin se libérer.
— Tu me la rendras ? Le taquina Orlando.
— Ça, je ne sais pas. Cela sera à elle de décider.
— Si elle refuse, j’aurais le choix des armes ?
— Si tu veux, s’esclaffa Viggo avant prendre Valérie dans ses bras.

Orlando s’éloigna avec un sourire tandis que la chanson suivante commençait. Un slow égrena ses premières notes que Val reconnut comme étant Still loving you des Scorpions.

— Je suis navré de t’avoir abandonné.
— Orlando a été un agréable substitut.
— Tu ne t’es pas ennuyée ?
— Non, je suis juste un peu embêtée par le suicide de mon portable.
— Le suicide ? Reprit Viggo amusé.
— Il a sauté du premier étage. J’ai ramassé les morceaux avec Orlando mais je crois qu’il va avoir droit à une jolie cérémonie funèbre. Tu as vu tous les gens que tu devais voir ?
— Oui, nous pouvons partir si tu veux.
— Je ne voudrais pas t’empêcher de t’amuser ou de rester avec tes amis.
— Je ne reste jamais très longtemps dans ce genre de soirée. Je ne m’y sens pas vraiment à l’aise, la rassura-t-il.

Ils quittèrent la piste de danse et se dirigèrent vers la sortie, se pliant une dernière fois aux appels des photographes. Gary fit rapidement amener la limousine dans laquelle ils s’installèrent.

— Viggo, murmura Valérie d’une voix douce.
— Oui ?
— Est-ce que…, commença-t-elle avant de lui murmurer le reste au creux de l’oreille.

Avec un sourire, il remonta la vitre de séparation qui les isolèrent du chauffeur et de Gary. Val s’approcha et l’embrassa tendrement, glissant une main dans les cheveux longs de l’acteur qui répondit âprement à son baiser. Le cœur de Valérie battit à tout rompre quand la main de Viggo se posa sur sa poitrine. Elle s’enhardit à la pensée du moment qu’ils avaient partagé dans sa chambre et glissa sa main jusqu’à l’entrejambe de son amant. Encouragée par le grognement qu’il poussa, elle délaissa ses lèvres pour s’occuper d’une certaine partie de son anatomie. Ne lui avait-il pas enseigné qu’avant de recevoir, il fallait savoir donner ? Viggo fut surpris par la hardiesse de sa compagne qui le mena, avec autant de dextérité et de savoir-faire qu’il en avait fait preuve, jusqu’à la jouissance. La limousine s’arrêta quelques minutes plus tard devant l’hôtel. Valérie eut un sourire tandis que l’acteur reprenait une tenue convenable. Ils parcoururent le hall de marbre main dans la main, n’ayant aucune envie de rompre le charme de cette soirée. Ils profitèrent du fait que l’ascenseur soit vide pour échanger quelques baisers passionnés.

— Je devrais te laisser. Tu dois être fatiguée, proposa Viggo quand ils arrivèrent devant la porte de la suite de la jeune femme.

Valérie ne répondit pas, elle déverrouilla l’accès et poussa la porte du pied tout en tirant son compagnon par sa chemise. A peine eurent-ils franchit le seuil qu’elle l’embrassa passionnément, collant son corps svelte contre celui de l’acteur. Leurs vêtements parsemèrent le sol de la suite tandis qu’ils se dirigeaient, sans cesser de s’embrasser, vers la chambre. Veste, robe, pantalon,… Ils ne leur restaient plus rien quand ils tombèrent en riant sur le lit. Ils firent une première fois l’amour avec fougue, impatients de mêler leurs deux corps affamés, avant de prendre le temps se découvrir. Les premières lueurs de l’aube apparurent quand ils s’endormirent, provisoirement repus, dans les bras l’un de l’autre.

***


Les jours suivants passèrent beaucoup trop rapidement à leur goût. Viggo avait fait en sorte de n’avoir aucune obligation professionnelle, aussi ne se quittèrent-ils quasiment pas, faisant de grandes promenades le long de la plage, visitant les coins pittoresques de la ville, déjeunant dans de petits restaurants en bord de mer. Leur dernière soirée ensemble vint beaucoup trop vite à leur goût. Après avoir dîner dans un restaurant de fruits de mer, ils allèrent sur la plage pour voir le feu d’artifice, comme nombre de gens autour d’eux, réunis pour fêter le 4 juillet. Ils s’installèrent un peu à l’écart. Viggo s’adossa à un arbre et invita sa compagne à s’installer entre ses jambes. Il déposa un baiser dans son cou tout en l’entourant de ses bras. Valérie posa sa tête sur son épaule et poussa un lourd soupir.

— J’aimerai que cette nuit ne finisse jamais, murmura-t-elle.
— Je sais. Je n’ai pas envie de te laisser partir.
— Viggo…, commença sérieusement la jeune femme en se tournant pour observer son visage, est-ce que… est-ce que tout cela n’est qu’un jeu pour toi ? Demanda-t-elle finalement au bout d’un long moment. Je suis bien avec toi mais j’aimerai savoir si c’est le cas parce que je ne suis pas sûre de vouloir jouer si…
— Regarde-moi, répondit Viggo en lui relevant le menton de la main.
— Je suis désolée de gâcher ce moment mais…
— Laisse-moi parler, s’il te plait. J’ai décidé il y a quelques années de mettre de coté ma vie sentimentale au profit de ma carrière. Je n’ai pas pour autant fait acte d’abstinence mais j’ai toujours prévenu les femmes qui ont partagé ma vie ces dernières années de ne pas se faire trop d’illusions.
— Je vois, murmura Valérie en tirant ses propres conclusions.
— Non, je ne crois pas. Je suis incapable d’expliquer pourquoi mais il y a quelque chose de différent en toi. Cette chose qui t’a émue quand tu étais devant Elendil m’a attiré, m’a fait faire le premier pas et plus je te découvre, plus j’apprécie la femme que j’ai rencontré ce soir là. Je ne pensais pas pouvoir trouver quelqu’un comme toi. Cependant, je ne peux rien te promettre excepté que je suis sincère et que je ne souhaite pas arrêter notre relation.

La jeune femme avait les larmes aux yeux tandis qu’il prononçait les derniers mots. Elle avait tellement craint que ce week-end à deux ne marque la fin de leur liaison. C’était totalement irréel mais elle lui était très attachée, sans pouvoir pour autant prononcer les paroles fatidiques et si communes à tous les amoureux du monde. Pour le moment, il lui suffisait de savoir qu’il était bien avec elle et qu’ils allaient se revoir, même si elle ne savait pas quand. Viggo essuya une larme du pouce sur le visage de sa compagne avant de joindre ses lèvres aux siennes tandis que les premiers feux d’artifices éclairaient le ciel de Miami.
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 17:58

Le lendemain matin, ils essayèrent vainement de ne pas penser au départ de Valérie prévu en début d’après-midi. Ils passèrent la matinée au lit avant de prendre un brunch sur la terrasse qui dominait la plage. Malheureusement, les heures passèrent et Gary les appela pour les prévenir que la limousine était prête. Le trajet jusqu’à l’aéroport se fit dans un silence quasi-religieux que ni l‘un ni l’autre ne savait comment briser. Viggo ne lâcha pas la main de sa compagne jusqu’à leur arrivée. Gary se chargea de l’enregistrement tandis que le couple rejoignait un salon privé donnant sur les pistes.

— J’ai passé un merveilleux week-end.
— J’en suis heureux. Je devrais retourner à New York d’ici deux semaines.
— Je sais. Tu me l’as dit hier, répondit Val en caressant le revers de sa veste.

Une voix féminine se fit entendre à travers les haut-parleurs invitant les derniers passagers pour New York à se présenter à l’embarquement, sonnant le glas de leur week-end.

— Tu restes jusqu’à jeudi, c’est cela ?
— Oui, acquiesça Viggo, après je rentre à Los Angeles pour une audition.
— Je t’appeler…

Il l’empêcha de poursuivre en l’embrassant avec fougue et passion, un baiser digne des plus grands films hollywoodiens qu’ils rompirent en entendant les toussotements de Gary. A contre cœur, ils se séparèrent. Le garde du corps tendit son billet à la jeune femme tandis qu’un membre du staff de l’aéroport s’approchait d’eux.

— Mademoiselle, il va falloir embarquer, déclara-t-il en s’approchant, je vais vous accompagner.
— Merci.
— Fais bon voyage, dit Viggo en se rendant compte de la stupidité de ce genre de phrase et de son attitude. Il avait 42 ans et se sentait aussi à l’aise qu’un adolescent boutonneux à la fin du bal de fin d’année quand il se demande s’il peut embrasser sa cavalière.

Elle lui sourit avant de suivre l’employé qui portait sa valise. Gary eut un nouveau toussotement. Viggo le regarda et lui montra le sachet qu’il tenait dans la main droite. L’acteur le saisit et rejoignit Valérie avant qu’elle ne passe la porte menant à la piste.

— Tu l’ouvriras dans l’avion, murmura Viggo avant de lui donner un dernier baiser.

Elle saisit le sac, intriguée, avant de suivre l’employé qui commençait à s’impatienter. Viggo la regarda rejoindre l’avion et grimper la passerelle. Elle lui dédia un dernier regard avant de s’engouffrer dans l’appareil. Une hôtesse la conduisit en 1e classe sous le regard impatient des autres voyageurs qui se demandait qui elle était pour leur faire perdre quelques précieuses minutes de leur temps. Valérie les ignora, ses pensées n’allaient que vers une seule personne dont elle pouvait distinguer la forme derrière le hublot. L’avion commença à se mettre en mouvement et il disparu de sa vision. Elle porta alors son attention sur le sac qu’elle avait posé sur ses genoux. C’était un sachet-cadeau duquel dépassait une sorte de crépon rose. Elle l’ouvrit et en sortit un écrin qui fit battre son cœur encore plus vite. Il n’avait pas… Elle connaissait déjà la réponse et ne fut guère surprise de trouver le collier et les boucles d’oreilles qu’il avait prétendu avoir emprunté à la bijouterie du Ritz-Carlton Key Biscayne. Sa conscience lui interdisait d’accepter ce présent mais elle ne résista pas à caresser délicatement les diamants. Elle les rangea précautionneusement en entendant l’hôtesse arriver. Cette dernière lui proposa de boire quelque chose mais elle refusa. Le sac était encore lourd sur ses genoux, elle y enfouit sa main et en sortit une petite boite rectangulaire enveloppé de papier cadeau. Intriguée, elle l’ouvrit rapidement et se retrouva avec un téléphone portable flambant neuf entre les mains.

— C’est… il est fou, murmura Valérie en fixant l’appareil.
— Vous ne pouvez utiliser votre téléphone dans l’avion, mademoiselle, la prévint l’hôtesse qui revenait à ce moment-là, mais je peux vous en apporter un.
— Euh… oui, s’il vous plait.

Cette dernière revint rapidement et lui tendit l’appareil en lui souriant. Elle la prévint qu’une collation serait servit pendant le vol avant de la quitter. Valérie composa le numéro qu’elle connaissait par cœur. Il décrocha à la 2e sonnerie.

— Allô ?
— Je ne peux pas accepter.
— Je me doutais que tu dirais cela, répondit Viggo qui n’avait aucun doute sur l’identité de son interlocutrice. Le problème, c’est qu’à moins d’emprunter un parachute, tu vas devoir garder mes présents quelques semaines.
— Comment peux-tu être aussi…
— Adorable ?
— Viggo, tu te rends compte qu’il y en a pour une fortune, déclara Val à voix basse.
— Ce collier te va beaucoup mieux qu’à moi.
— Ça, je demande à voir, le taquina-t-elle.
— Cela peut s’arranger. Si tu le considérais comme un prêt au lieu d’un cadeau.
— Je ne comprends pas.
— Eh bien, tu me le rendras lorsque nous nous reverrons et je te le rendrais quand nous serons obligés de nous séparer.
— Tu es fou.
— Disons plutôt que je suis un acteur excentrique, rétorqua-t-il en riant. Je vais devoir te laisser, je suis arrivé.
— Cette conversation n’est pas terminée.
— Très bien, meleth !
— Comment m’as-tu appelé ?
— Meleth, c’est un mot elfique que je te traduirais la prochaine fois que nous nous verrons. Je dois vraiment y aller.
— Ok.
— A bientôt.
— Viggo, je…, dit précipitamment Valérie.
— Oui ?
— Non, rien. Au revoir.

Elle coupa la communication en se traitant d’idiote. Elle avait failli lui dire que… qu’elle l’aimait tout simplement mais les choses n’étaient hélas pas aussi simples que ces trois petits mots. Elle poussa un profond soupir avant de s’installer confortablement dans son fauteuil. Quand l’hôtesse passa, quelques minutes plus tard, elle lui rendit le téléphone et dédaigna la collation qu’elle lui proposait. Elle ferma les yeux et laissa ses pensées dérivées sur le week-end magnifique qu’elle venait de passer.

***

Valérie était rentrée la veille dans un appartement vide. Raf n’était pas là et n’était pas réapparue de la soirée. La jeune femme avait été déçue mais n’avait pas osé l’appeler sur son portable. Elle était majeure et vaccinée, et si elle considérait qu’elle pouvait de nouveau sortir avec Bryan, qu’y pouvait-elle ? Viggo l’avait appelée en début de soirée et elle s’était endormie deux heures plus tard en rêvant de lui.

— Salut Lou, fit Val en pénétrant dans le Newday par la porte arrière.
— Salut la belle, tu es resplendissante ce matin, répondit le vieux cuisinier tandis qu’elle déposait un baiser sur sa joue parcheminée.
— Je n’ai pas à me plaindre. Tout s’est bien passé pendant mon absence ?
— Oui… on peut dire ça comme ça, éluda-t-il avec un sourire énigmatique.

Valérie lui sourit avant de passer en salle. Sa mère était derrière le comptoir en train de rendre la monnaie à un client.

— Salut maman.
— Bonjour ma chérie.
— Ça va ?
— Oui. Et ton week-end ?
— Euh… bien, très bien même, bredouilla Val qui n’avait pas donné beaucoup de détails sur sa destination.
— Je m’en doute, Miami ne doit pas être désagréable à cette période de l’année.
— Effectivement mais je ne crois pas que…
— Viens dans mon bureau, Tom devrait s’en sortir tout seul, déclara Mme Beaumont.

Valérie la suivit, mal à l’aise. Elle n’avait pas parlé de sa destination à sa mère car elle savait qu’elle l’aurait empêchée de partir, ou tout au moins aurait tenté de la dissuader. Elle s’était contentée de dire qu’elle allait voir un ami sans préciser de destination. Comment diable sa mère avait pu apprendre qu’elle était allée en Floride ? Raf lui en aurait-elle parlé ? Valérie en doutait mais cela n’était pas impossible.

— Mme Evans est venue hier.
— La vieille dame qui prend toujours un moka avec son muffin aux myrtilles ?
— Oui. Elle m’a donné cela en me disant qu’elle trouvait une étrange ressemblance entre la jeune femme de la photo et toi. Je lui ai répondu que c’était impossible, que tu m’en aurais parlé si tu étais allée à Miami.
— Eh bien…, commença Val gênée.
— Qui est ce… Viggo Mortensen et comment l’as-tu rencontrée ?
— Maman…
— Il n’y a pas de maman qui tienne, tu étais à 2000 km d’ici et tu ne m’en as même pas parlé. Et s’il t’était arrivé quelque chose ?
— Il ne m’est rien arrivé, répondit Valérie en songeant qu’elle avait eu le même genre de conversation avec Raf quelques semaines plus tôt.
— Et dans le cas contraire ?
— Maman, si je t’en avais parlé, tu m’aurais dit que c’était de la folie.
— C’était de la folie ! Rétorqua sa mère avec colère. Depuis quand t’affiches-tu au bras de ce genre d’homme ?
— Je l’ai rencontré il y a quelques semaines, dans une galerie à New York. Et il m’a invité en Floride parce que…
— Parce qu’il veut profiter de toi et qu’il te jettera une fois qu’il aura eu ce qu’il veut !
— Viggo n’est pas comme cela, riposta Valérie qui sentait la moutarde lui monter au nez.
— Bien sûr, ils disent tous de belles paroles, ils te font de beaux cadeaux mais une fois que tu ne leur plais plus, ils t’oublient sans remords et passent à la suivante ! Comment peux-tu être aussi idiote ?
— Je ne le suis pas. Il y a quelque chose entre nous et je me fiche que Mme Evans ou toi, ou même le monde entier, fassiez des remarques désobligeantes. J’ai 26 ans, je ne suis plus une gamine !
— On ne dirait pas vu ton attitude.
— Je crois t’avoir entendu dire qu’il n’y avait pas beaucoup de monde aujourd’hui, déclara froidement Valérie, tu n’auras donc pas besoin de moi, rajouta-t-elle en tournant les talons et en claquant la porte du bureau.

Mme Beaumont en resta bouche bée, jamais sa fille n’avait osé lui parler de la sorte. Elle jeta un dernier regard sur le journal à scandales qui était sur son bureau et caressa l’image de sa fille. Elle était magnifique sur la photo au bras de cet acteur certes séduisant mais beaucoup trop agé pour elle. Mme Beaumont poussa un soupir avant de ranger le journal dans un tiroir de son bureau et de retourner travailler.

***

— Qu’est-ce que tu fais là, s’étonna Raf en voyant Valérie rentrer chez elles.
— Tiens, tu as quitté les bras de ton cher Bryan ? Fit-elle sarcastique.
— Je ne sais pas ce qu’il t’arrive mais tu n’as pas à t’en prendre à moi.
— Ouais… bien sûr, répondit Val en entrant dans sa chambre.

Raf n’hésita qu’un court instant avant de la suivre. Elle entra dans la pièce sans frapper et se tint debout devant le lit sur lequel Valérie s’était affalée.

— De quel droit oses-tu me parler ainsi ?
— Pourquoi tu es retournée avec lui ? Demanda Val en ignorant la question.
— Je ne vois pas en quoi cela te regarde.
— Bon dieu, Raf, il est marié et tu m’as juré que tu ne te laisserais plus faire !
— Et qu’étais-je censée faire ? Passer le week-end à déprimer, seule dans mon coin ? Je suis contente pour toi mais je déteste ton acteur à la noix ! Explosa Rafaela contrairement à son habitude. Depuis que tu le connais, il n’y a plus que lui qui compte. Et moi, je deviens quoi ? Je comprends que tu puisses être attirée par lui mais j’existe moi aussi et j’avais besoin de quelqu’un mais tu n’étais pas là, termina Raf avant de tourner les talons.

Val n’eut même pas le temps de réagir qu’elle entendait la porte de l’appartement se refermer. Elle n’avait pas pensé à sa meilleure amie. Il était vrai qu’elle l’avait délaissée depuis quelques semaines, depuis sa rencontre avec Viggo, mais elle n’avait pas voulu la blesser. Elle était même à mille lieux d’imaginer que Raf puisse souffrir de cette relation. Elle la croyait heureuse pour elle, comme elle l’aurait été dans le cas contraire. La jeune femme sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle se pelotonna sur son lit. Pourquoi les deux personnes qu’elle aimait le plus n’étaient pas heureuses pour elle ?

***


Deux semaines passèrent. Les relations entre Valérie et Rafaela étaient loin d’être au beau fixe. Elles évitaient tout sujet fâcheux, ce qui incluait Bryan et Viggo, se contentant de parler de la pluie et du beau temps. Leur complicité manquait à l’une comme à l’autre mais aucune n’était décidée à faire le premier pas. Valérie évitait aussi le sujet « Viggo » avec sa mère, seul Lou semblait la soutenir. Il lui avait demandé plusieurs fois de lui raconter sa soirée avec les acteurs du seigneur des anneaux. Il était fan de Tolkien et avait dévoré tout ce qu’il avait écrit et il était allé voir La communauté de l’anneau. Tom, un ancien joueur de football américain, brun aux yeux bleus, était aussi de son coté. Il travaillait au Newday depuis presque un an. Il était homosexuel, le prônait ouvertement, et avait craqué sur Orlando Bloom. Sachant que Valérie avait passé quelques heures près de son idole, il lui demandait sans cesse des détails sur l’acteur.

Contrairement à ce qu’avait prédit Mme Beaumont, Viggo continuait d’appeler régulièrement Valérie. Il était de retour à New York pour deux jours et était ravi de retrouver la jeune femme. Il l’avait emmenée dîner dans un restaurant italien, assez intime, et se trouvait actuellement avec elle devant la porte de son appartement.

— Tu… ne veux pas… entrer, murmura Val entre plusieurs baisers.

Viggo eut un sourire fugace avant de replonger sa langue dans la bouche offerte de sa compagne. Ses baisers, la chaleur de son corps contre le sien, sa présence, … Tout cela lui avait manqué durant leurs deux longues semaines de séparation. La perspective d’entrer était loin de lui déplaire. Il avait encore en tête des images des nuits qu’ils avaient passé ensemble en Floride.

— Qu’est-ce que c’était ? Demanda Valérie en interrompant brusquement leur étreinte.

Viggo tendit l’oreille et entendit des cris de femme qui semblaient provenir de l’appartement de sa compagne. Valérie ouvrit précipitamment la porte et resta sans voix en découvrant la scène qui se déroulait dans le salon. Raf était allongée au pied du canapé, son corsage était déchiré en plusieurs endroits, Bryan était assis sur ses jambes et lui maintenait les bras au-dessus de la tête.

— Je t’interdis de…
— Voyons, Rafaela, ma chérie, mon amour, tu ne peux pas me repousser ! Pas après notre week-end !
— C’était une erreur que je ne veux plus commettre, lâche-moi !
— Tu ne peux pas me quitter, je te l’interdis !

Viggo fut plus prompt que Valérie à réagir. Il fut près du couple en quelques enjambées et attrapa Bryan par le col de sa veste.

— Que…

La stupéfaction de se retrouver face à un acteur le figeât quelques secondes que Viggo mit à profit pour relever l’inconnu.

— Ne me touchez pas, cria Bryan en recouvrant ses facultés.
— Je crois que cette jeune femme vous a demandé de partir, tonna la voix glaciale de l’acteur.
— Elle dit n’importe quoi ! Elle a besoin de moi ! Cria-t-il en se dégageant de l’étreinte de Viggo.
— Va-t-en et ne reviens jamais, s’écria Raf incapable de retenir ses larmes tandis que Valérie la prenait dans ses bras.
— Vous avez entendu ?
— De quoi est-ce que vous voulez mêler d’abord ? Aller baiser sa copine et foutez-moi la paix !

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Viggo, d’habitude si rétif à la violence, lança son poing sur le visage de Bryan qui se retrouva les quatre fers en l’air.

— Espèce d’enfoiré, pesta Bryan en constatant que sa lèvre saignait.

Il se releva maladroitement et tenta de frapper l’acteur qui esquiva. Viggo l’attrapa par le col de sa veste et le traîna jusqu’à la porte d’entrée sous le regard ébahi des deux femmes.

— Vous préférez la manière douce ou la manière forte ? Demanda l’acteur d’un ton sec.
— Je vais vous tuer !
— Je crois que cela sera la forte, constata-t-il avec un léger rictus.

Il envoya Bryan dans le couloir qui alla s’écraser contre la porte de l’ascenseur. Viggo ferma celle de l’appartement et sortit son portable.

— Qu’est-ce que vous faites ? S’enquit Raf partagée entre le soulagement et la peur.
— J’appelle la police. Vous avez été victime d’une agression, répondit-il en passant la main dans ses cheveux bruns.
— Non ! Surtout pas !
— Rafy, tu ne peux pas le laisser s’en tirer comme ça, insista Valérie.
— Mais tu ne comprends pas, il va… il…
— Vous devez porter plainte contre cet homme.
— Vous ne comprenez pas, fit Raf en secouant la tête, cela va être sa parole contre la mienne. C’est un docteur respectable, il va dire que je l’ai harcelée, que…
— Vous oubliez que nous avons été témoins de l’agression.
— Je vais perdre mon travail.
— Tu en trouveras un autre, la rassura Val. Tu ne peux pas continuer à travailler avec ce… ce monstre. Si nous n’étions pas arrivés, qui sait ce qu’il t’aurait fait !
— Je connais un inspecteur au 15e district, annonça Viggo.

Rafaela sursauta en entendant Bryan donner de grands coups dans la porte. Elle ne pouvait plus continuer comme ça. Elle était à bout de force et savait d’avance qu’elle ne pourrait plus travailler avec lui.

— Tu vas ouvrir sale garce ! Bon dieu, tu vas pas t’en tirer comme ça !
— Appelez-le… s’il vous plait.

Viggo hocha la tête et composa le numéro de l’inspecteur Kelly, qui avait été son voisin avant qu’il ne s’installe à Los Angeles, et avec qui il avait gardé contact. Ce dernier fit envoyer une patrouille quand l’acteur lui confirma que l’agresseur était toujours en train de s’acharner sur la porte d’entrée. Bryan ne semblait pas apprécier d’avoir été jeté dehors et continuait d’insulter Rafaela. Il résista quand deux policiers l’interpellèrent et tenta même de s’enfuir. Tandis que ses collègues embarquait Bryan, l’inspecteur Kelly, accompagné de son partenaire l’inspecteur Sipowic, entra dans l’appartement. La déposition de Raf prit moins de 20 minutes. Kelly lui demanda de passer le lendemain matin au poste pour la signer. Il rassura la jeune femme en lui disant que Bryan allait passer le reste de la nuit au poste. Rafaela tremblait toujours quand les policiers partirent. Valérie voulait l’emmener à l’hôpital mais cette dernière refusa. En désespoir de cause, Val parvint à lui faire accepter de recevoir leur généraliste, un ancien petit ami de Raf, qui arriva en moins de dix minutes et lui donna un tranquillisant.

— Elle dort, fit Valérie en rejoignant Viggo qui était assis sur le canapé. Merci… sans toi, Bryan l’aurait probablement…

Le mot se bloqua dans la gorge de la jeune femme. Viggo la fit asseoir sur ses genoux et la serra contre lui, caressant ses cheveux d’un geste protecteur. Ils restèrent un long moment enlacés, silencieusement. Viggo sentit le corps de sa compagne trembler contre le sien et comprit qu’elle n’avait pu refouler ses larmes. Il resserra son étreinte en lui murmurant des paroles apaisantes. Il constata, après un long moment, qu’elle s’était endormie dans ses bras. Il la souleva sans peine et alla l’allonger sur son lit. Viggo la recouvrit d’une couverture et la contempla un long moment. Il prit une des feuilles de l’imprimante et griffonna quelques mots dessus avant de la poser sur la table de nuit. Il déposa un baiser sur le front de la jeune femme et quitta l’appartement sans faire de bruit.


***


Le mois d’août tirait à sa fin. New York était étouffante et les habitants attendaient impatiemment la fin de l’été. Les touristes ne semblaient pas se plaindre des températures élevées et déambulaient dans Central Park, Time Square et tous ces endroits qui deviennent familiers à force de les voir dans des films ou à la télévision. Rafaela avait quitté la clinique de Bryan le lendemain de l’agression et avait porte plainte contre lui sur l’insistance de Valérie et de l’inspecteur Kelly. Elle avait retrouvé un emploi, qu’elle considérait comme temporaire, grâce à Mme Beaumont, dans la librairie de Brenda Heckles, qui était située non loin du Newday. Raf appréciait la gentillesse de Brenda, une vieille dame d’une soixantaine d’années qui avait ouvert son magasin quelque vingt ans plus tôt avec son époux désormais disparu, mais elle avait du mal à supporter son bavardage incessant. Elle quitta Brenda avec joie à la fin de la journée et se dépêcha de rentrer chez elle. Valérie lui avait fait promettre de l’accompagner à un dîner. La jeune femme n’en avait pas vraiment envie, d’autant plus qu’elle avait essayé plusieurs fois de connaître le nom de cet ami mais que sa colocataire était restée volontairement évasive.

Val était déjà rentrée et cherchait quelque chose à se mettre devant son armoire grande ouverte. Rafaela l’observa un moment silencieusement. Son amie avait tellement changé en quelques semaines. Le bonheur lui allait à ravir. Raf songea qu’elle avait échappé de peu à la catastrophe. Si Viggo et Valérie n’étaient pas revenus de leur dîner, Bryan l’aurait probablement violé. Cela remontait à trois semaines mais les souvenirs de l’agression étaient toujours présents dans son esprit et elle se réveillait souvent au beau milieu de la nuit. Rafaela s’en voulait de se laisser miner par cette histoire, elle aurait voulu tourner la page plus facilement. La seule chose positive avait été son rapprochement avec Valérie. Elles avaient retrouvé leur complicité d’antan et passaient plus de temps ensembles.

— Tu penses vider toute ton armoire ? Demanda Raf avec un sourire amusé.
— Ah super, te voilà ! Tu préfères la robe noire ou le tailleur-pantalon beige ?
— Si tu me disais où nous allons, je pourrais certainement mieux te répondre, lança Rafaela dans l’espoir d’en apprendre un peu plus.
— D’après ce que je sais, un restaurant assez chic. Tu devrais mettre ton ensemble rose, tu es à croquer dedans.
— Val, si c’est un rendez-vous arrangé, je ne viens pas. Tu sais que je déteste ça.
— Non, ça n’a rien à voir. Je te promets de ne pas m’éclipser, je serais collée à toi toute la soirée, répondit-elle en joignant le geste à la parole. Je suis assez près ?
— Arrête, tu m’étouffes, s’esclaffa son amie.
— Tu n’es jamais contente ! Aller, file te préparer, il sera là d’ici une heure.
— Il ?
— Tu ne sauras rien alors ne perds pas de temps en question inutile, répliqua Valérie avec un sourire mystérieux. Alors robe ou tailleur ?
— Tailleur, le beige te met en valeur. J’imagine qu’il ne s’agit pas de Viggo sinon je n’aurais pas été invité.
— Pourquoi dis-tu cela ?
— Parce que je n’ai pas envie de tenir la chandelle.
— Je vois. Non, ce n’est pas Viggo, il est à Los Angeles.
— Tom ?
— Tu imagines Tom nous emmener au restaurant ?
— Euh… non.
— Je te donne un indice : c’est un homme, déclara Val avec un sourire mutin.
— Espèce de bourrique, grommela Raf en envoyant un oreiller sur son amie.
— Beeeeeeehhhhhh, imita Valérie morte de rire.

Rafaela quitta la chambre et alla se préparer. Elle hésita longuement devant son miroir mais suivit finalement le conseil de sa colocataire. Son ensemble se composait d’une tunique vieux rose légèrement décolleté et d’une jupe évasée. Elle retrouva Val dans le salon qui était au téléphone avec Viggo d’après ce qu’elle comprit.

— Tu es superbe, s’exclama Valérie après avoir raccroché.
— Tu n’es pas mal non plus, répondit Raf en détaillant du regard sa compagne dont le tailleur mettait discrètement ses formes en valeur. Alors où est notre carrosse ?
— Il ne devrait plus…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que la sonnette de l’interphone retentit. Val regarda par la fenêtre et eut un sourire.

— En route, ce soir nous allons faire la fête !
— Mouais, grommela Rafaela peu convaincue.

Elles descendirent rapidement les deux étages et arrivèrent à la porte-cochère qui donnait sur la rue. Instinctivement, Raf prit le bras de son amie avant que celle-ci ne l’ouvre. Elle se sentait victime d’un coup monté et n’aimait pas du tout cela. Quand elle vit la limousine noire qui attendait devant leur immeuble, elle comprit qu’elle avait raison. Un chauffeur en livrée ouvrit la portière arrière et Rafaela sentit son cœur battre un peu plus vite en découvrant la personne qui en descendit. Son stress se traduisit par le « meurtrissage » du bras de Valérie qui retint un gémissement de douleur. L’homme les regardait avec un sourire éclatant. Il était vêtu d’un pantalon noir, d’une chemise blanche, entrouverte sur une chaîne en or, et d’une veste également noire. Il était visiblement heureux d’être là et son rire cristallin retentit quand il prit Valérie, libérée provisoirement de Raf, dans ses bras.

— Je suis content de te voir ! S’exclama-t-il avec un léger accent.
— Moi aussi. Tu as fait bon voyage ?
— A part avoir été harcelé pendant une bonne partie du vol par les hôtesses et quelques fans, je n’ai pas eu à me plaindre.
— Je voudrais te présenter ma meilleure amie, déclara Valérie en revenant soudain sur terre.

Elle se retourna vers Rafaela qui hésitait entre prendre ses jambes à son cou et rester transformée en statue ad vitam eternam.

— Raf, je te présente Orlando Bloom, Orly, Rafaela.
— Ravie de te rencontrer, fit l’acteur en lui serrant la main.
— Euh… moi… aussi, bafouilla Raf.
— Il y a un problème ? S’enquit l’acteur en voyant le visage écarlate de la jeune femme.
— J’ai juste… « oublié » de mentionner ton identité et, Rafaela étant l’une de tes admiratrices, elle se sent un peu…
— Oh, je vois. Si cela peut te rassurer, dit Orly qui avait adopté le tutoiement d’office, je ne mords pas.
— Tant mieux, répondit Raf en jetant un regard noir à Valérie.
— Si nous y allons, proposa cette dernière en voyant deux adolescentes approcher en reconnaissant Orlando.


L’acteur invita les deux jeunes femmes à monter dans la limousine tandis qu’il signait des autographes aux deux adolescentes qui le regardèrent partir avec un sourire immense sur le visage. Ils allèrent dîner dans l’un des magnifiques restaurants du Plaza où Orlando était descendu. Rafaela avait beaucoup de mal à participer à la conversation du fait de sa timidité. Valérie et Orly tentèrent plusieurs fois de l’aider mais la jeune femme sentit poindre une migraine épouvantable due au stress. Aussi, quand Orlando proposa de continuer la soirée dans un club qu’il connaissait, Rafaela préféra-t-elle décliner l’invitation et rentrer se reposer. Val était déçue car elle pensait que son amie arriverait à surmonter sa timidité pour profiter de la soirée. Elle lui offrit de rentrer avec elle mais Raf refusa, prétextant qu’il devait y en avoir au moins une qui devait s’amuser. Orly demanda à son chauffeur de la raccompagner malgré ses protestations. Rafaela fut contrainte d’accepter mais en fut aussi soulagée car ses finances n’étaient pas au mieux depuis qu’elle avait quitté son emploi à la clinique vétérinaire. Alors qu’elle allait monter dans la limousine, Orlando la rappela.

— Au fait, j’ai quelque chose pour vous.
— Pardon ? Fit Raf étonnée.
— Voilà, dit Orly en lui tendant une photo qu’elle reconnut immédiatement. J’aime beaucoup ce que vous faites.

Rafaela le regarda, stupéfaite. Il lui avait dédicacé l’un des montages photos qu’elle avait fait sur Legolas. Son regard se porta de la photo à l’acteur plusieurs fois avant de croiser celui de Valérie qui lui souriait. Raf sentit des larmes lui monter aux yeux. Elle remercia chaleureusement Orlando et monta dans la limousine.

— Merci pour elle.
— Ce n’était pas grand chose. Je l’ai imprimé avant de partir. Je dois repasser dans ma chambre, tu m’accompagnes ?
— Si je ne te connaissais pas mieux, je dirais que c’est une proposition indécente, répondit Valérie avant de le suivre à l’intérieur de l’hôtel.
— Je ne veux pas de problème avec Viggo. Je ne suis déjà pas certain que nos discussions par Internet ne le rendent pas légèrement jaloux, alors s’il apprend que je t’ai attiré dans ma chambre…
— Pour abuser honteusement de moi, le taquina Val en attendant l’ascenseur.
— Je croyais que je n’étais pas ton genre.
— Exact mais j’en connais une qui aurait été plus qu’heureuse de se retrouver entre tes bras d’Apollon.
— Ton amie ? Elle avait pourtant l’air terrorisé.
— C’est sous les apparences les plus calmes que se cachent les plus grands dangers, honorable étranger, fit-elle en prenant un accent chinois.
— Tu n’as sans doute pas tort, Valérie-san. Voudrais-tu me faire l’honneur de pénétrer dans ma modeste chambre, l’imita Orlando.

La jeune femme éclata de rire devant la mimique de l’acteur. Elle pénétra dans sa suite où elle l’attendit tandis qu’il passait quelques instants dans sa chambre.

— J’ai reçu un message de Dominic et Billy. Ils sont aussi à New York.
— Je ne savais pas. Il faut dire que je les connais très peu.
— Ils sont allés au Limelight sur la 6e avenue. Ça te tente ?
— Je ne connais pas, avoua Valérie, mais je peux te laisser si tu veux les retrouver.
— Aurais-je dit que je ne voulais plus de toi ? Demanda Orlando avec un sourire charmeur. Je suis déjà content de pouvoir te voir, il est hors de question que je te laisse t’échapper.
— Ma présence ne risque pas de gêner Dominic et Billy ?
— Ce que vous pouvez poser des questions bêtes, les femmes, par moments !
— Hey, je te permets pas, s’écria Valérie en lui envoyant un coussin.
— Je ne me bats pas avec plus petit que moi… petit scarabée, la taquina Orly.
— Ce que tu peux être horripilant !
— C’est pire en vrai que sur Internet, n’est-ce pas ?

Pour toute réponse, Val lui tira la langue avant d’éclater de rire. Ce n’était que leur deuxième rencontre mais les longues heures qu’ils avaient passé sur le web avaient dissipé toute la timidité de la jeune femme. Orlando était devenu, en quelques semaines, un ami proche avec qui elle avait plaisir à parler et la réciproque était vraie. Ils prirent un taxi jusqu’au Limelight et n’eurent aucun problème pour entrer dans le club. Dès que l’acteur était apparu, des fans avaient hurlé son nom sur son passage en lui demandant des autographes qu’il avait volontiers donnés. Ils mirent quelques minutes avant de retrouver Dominic et Billy qui étaient en train de faire les fous sur la piste de danse. En voyant Orlando, ils quittèrent la piste au grand dam des deux demoiselles qui dansaient avec eux.

— Salut les gars !
— Hey, on croyait que tu ne viendrais plus, s’exclama Dom en prenant son ami dans ses bras.
— Tu te fais désirer ces derniers temps, renchérit Billy avec un sourire.
— Je ne savais pas que vous seriez à New York.
— On a décidé de faire un peu de tourisme, expliqua Dominic.
— J’ai l’impression de vous avoir déjà vu, fit Billy en observant Valérie qui se tenait légèrement en retrait.
— Je manque à tous mes devoirs, se morigéna Orly en se tapant le front. Messieurs, Valérie, Val, les deux affreux dont je t’ai parlé tout à l’heure.
— On est pas affreux, protesta Dom en donnant une pichenette à son ami.
— On est même charmant, adorable, sexy… tout comme Merry et Pippin !
— Bien sûr… je me rappelle pourtant d’un certain soir, après le tournage ou vous…
— Chut, plus un mot, tu vas l’effrayer !
— Ça y est, s’exclama Billy, vous étiez avec Viggo à Miami.
— Euh… oui, bafouilla Valérie en sentant le rouge lui monter aux joues.
— Bravo Dick Tracy ! Ricana Orlando. Si on s’asseyait ?

Ils s’installèrent à une table légèrement en retrait et commandèrent une bouteille de champagne. Ils levèrent leurs coupes et Dom proposa un toast en l’honneur de New York, du seigneur des anneaux et de leur rencontre avec Valérie. Celle-ci, légèrement impressionnée au départ, finit par passer un excellent moment. Dom semblait survolté par moments et avait tendance à imaginer les pires bêtises. Val ne put se retenir d’éclater de rire quand il commença, avec l’aide de Billy et d’Orlando, à lui raconter quelques anecdotes concernant le tournage.

— Si, si, je t’assure, renchérit Billy. Dom et Elijah ont vraiment « repeint » la loge d’Orly avec de la mousse à raser !
— Vous êtes complètement dingues, commenta Valérie avec un sourire. Ta vengeance a dû être terrible, dit-elle en s’adressant à Orlando.
— J’avoue avoir trouvé une idée géniale. J’ai recouvert, avec l’aide de quelques elfes, la caravane de Dom avec du papier toilette.
— Et cela s’est arrêté là ?
— Tu plaisantes ? Répondit Dominic. Il avait en plus choisis un motif horrible !
— C’est quand même Viggo qui a eut le canular le plus… odorant, nota Billy.
— Ben quoi, le mélange poisson pourri et crottin de cheval, c’est pas si terrible, fit Orlando avec un sourire innocent.
— Je vois que vous ne vous êtes pas ennuyés.
— C’est vrai qu’on a eu une bonne ambiance dès le départ, confirma Dom.
— Ouais, je me serais quand même passé des œufs pourris et de la nourriture avariée, fit Billy avec une grimace de dégoût.
— Oh, ne te plains pas, on a signé une trêve après ce dernier coup, expliqua Orlando. Peter commençait à en avoir assez.
— Dites, si on allait ailleurs, proposa Dominic qui commençait à être agacé par les fans qui venaient les interrompre.
— Bonne idée, acquiesça Orlando.

Ils quittèrent le Limelight et retrouvèrent une rue fourmillante. Même à trois heures du matin. New York était une ville qui ne dormait jamais. D’un commun accord, le petit groupe remonta la 6e avenue en direction de Central Park. Dom ne trouva rien de mieux, pour amuser ses camarades en attendant qu’ils puissent traverser, que de jouer les mimes, récoltant un certain succès. Une jeune femme alla même jusqu’à glisser un billet de 10$ dans le col de son t-shirt avant de l’embrasser sur la bouche et de partir en courrant retrouver ses amies.

Ils mirent un peu moins de trente minutes avant d’arriver au parc par l’entrée Sud. Ils s’installèrent à « Cop Cot », un kiosque de bois entouré d’arbres et non loin de la 6e avenue. Le bruit des voitures et de la ville n’étaient qu’un murmure autour d’eux. L’endroit était désert aussi en profitèrent-ils pour se mettre à l’aise. Dom et Billy s’installèrent à même le sol, côte à côte, tandis qu’Orlando et Valérie s’installaient face à eux.

— On aurait un jeu de carte, on aurait pu faire un poker, fit remarquer Dominic.
— Tu veux encore qu’on te plume ? Demanda Billy avec un sourire amusé.
— Je suis certain que vous avez triché ! S’exclama son comparse.
— C’est un mauvais perdant, expliqua Orly qui se rappelait fort bien cette partie endiablée.
— Ce n’est pas vrai, c’est juste que j’ai remarqué des clins d’œil entre Ian et Karl.
— Peut-être qu’ils…, commença Valérie avant de subitement se taire en songeant que parler slash avec des acteurs ne seraient pas forcement une bonne idée.
— Oui ? Fit Orlando intéressé.
— Non, rien, répondit-elle en remerciant la pénombre de cacher le rouge qui lui était monté aux joues.
— Action, vérité, dit Dominic.
— Pardon ?
— Ou tu nous dis à quoi tu pensais, ou tu as un gage.
— Euh… vous ne croyez pas qu’on est un peu vieux pour ce genre de jeu ? S’enquit Val mal à l’aise.

Les trois garçons se regardèrent avant de secouer la tête pour lui faire comprendre que non. C’était l’un de leur passe-temps favori sur le tournage quand ils n’avaient rien à faire entre deux prises. Ce qui avait d’ailleurs obligé un jour Sean Astin à improviser un spot de publicité, pour une célèbre marque de rasoir, en plein milieu d’une scène dramatique sur la Montagne du Destin. Peter avait failli avaler son café de travers quand l’interprète de Sam avait déclamé le plus sérieusement du monde : « Bonjour, je suis Sean Astin. Je joue le rôle de Sam Sagace Gamegie dans le Seigneur des Anneaux. Contrairement aux hobbits, les êtres humains ont de la barbe qui pousse. Quand je suis sur la Montagne du Destin et que j’ai besoin d’un rasage impeccable, j’utilise le nouveau rasoir… ». Toute l’équipe avait explosé de rire et chaleureusement applaudit Sean.

— Alors, tu choisis quoi ? Demanda Dom impatient.
— On ne sera pas méchant, tenta de la rassurer Billy.
— Du moins au début, la taquina Orlando.
— J’ai droit à un joker ?
— Non, répondirent les trois acteurs en chœur.
— Bon, très bien, capitula Valérie au bout d’un moment. Action.
— Mmmm…, fit Dom en réfléchissant. Tiens-toi sur un pied pendant cinq minutes.
— C’est… ridicule, protesta-t-elle.
— Ouais, confirma Orly mais tu as accepté le jeu. En plus, c’est à toi d’interroger l’un de nous.

En ayant l’impression d’être redevenue adolescente, la jeune femme obtempéra et réfléchit à une question pour Billy qui venait de faire son choix.

— Est-ce que tu portes quelque chose sous ton kilt ? C’est une question qui tourmente beaucoup de femmes, expliqua Valérie avec un sourire tandis que Dom et Orly éclataient de rire, et dont Liv et Andy ont la réponse, si j’en crois une photo que j’ai vu.
— Mon dieu, je leur avais dit de ne pas faire ça devant les photographes, soupira Boyd.
— Pourquoi elle était sympa cette photo, le taquina Dom. Et tu n’as pas répondu à la question.
— Bien sûr que je porte quelque chose dessous.
— Tu viens de briser le fragile espoir de millions de femmes, plaisanta Valérie.
— A mon tour, fit Billy avec un large sourire. Dis-moi Orlando, il paraît que tu as fui devant un charmant porcelet il y a quelque temps et que… tu as fini dans une piscine ?
— Hey, tu ne m’as pas laissé choisir, protesta l’intéressé en essayant de détourner la conversation.
— C’est pas vrai, Orly ? Demanda Val en pouffant.
— Si et ce n’est pas drôle ! J’ai une phobie concernant ces animaux et celui avait décidé de me mordre ! Expliqua l’acteur en se renfrognant devant les éclats de rire de ses trois amis. Bien, changeons de sujet, Dom, action ou vérité ?
— Action.
— Touche le bout de ton nez avec ta langue.
— Pardon ?
— Tu as bien entendu.

Dom essaya plusieurs fois de réaliser ce défi mais du bien constater que sa langue avait des limites quant à ce qu’elle pouvait faire. Ses essais firent en tout cas beaucoup rire les autres. Ils continuèrent ainsi un long moment. Le soleil se levait quand ils mirent fin à leur jeu, ayant épuisé les questions et les idées de gage. Orlando s’étira tandis que Billy émit un bâillement sonore. Une franche camaraderie régnait malgré leur nuit blanche et, quand Valérie leur proposa un copieux petit déjeuner au Newday, ils acquiescèrent comme un seul homme.

***


Lou s’affairait depuis un bon moment dans les cuisines, chantant en même temps que la radio qui diffusait l’une de ses chansons préférées. Il avait déjà préparé et fait cuire plusieurs variétés de muffins, et s’attaquait aux donuts, quand il entendit frapper à la porte arrière. Il regarda sa montre. Il n’était que 6h30 et Tom, qui faisait l’ouverture ce matin-là, ne devait pas arriver avant 7h. Intrigué, il alla ouvrir et fut surpris de découvrir Valérie sur le seuil.

— Désolée de t’embêter, j’ai laissé mes clés chez moi.
— Qu’est-ce que…, commença Lou avant de découvrir les trois hommes qui accompagnaient la jeune femme.
— Laisse-moi te présenter des amis : Dominic, Billy et Orlando.
— Bonjour, firent les trois acteurs en chœur.
— Euh… entrez, dit Lou en s’effaçant pour laisser passer les interprètes de Merry, Pippin et Legolas.
— Je leur ai dit que tu faisais les meilleurs muffins de New York. On est affamé.
— Tu as passé la nuit dehors ? S’étonna le cuisiner.
— On va s’installer, éluda Valérie en prenant la tête du petit groupe.

Elle guida ses trois compagnons jusqu’à la salle déserte et les invita à s’installer à une table ronde qui était légèrement en retrait.

— Que voulez-vous boire ? Demanda-t-elle en restant debout.
— Qu’est-ce que tu nous proposes, répondit Orlando avec un sourire.
— Plusieurs sortes de café, thé, chocolat, cappuccino, moka, …
— Ma parole, tu travailles ici, s’exclama Billy impressionné.
— Monsieur Boyd vient de gagner un muffin gratuit pour son impressionnante perspicacité, le taquina Valérie.
— Hey et nous, on a droit à rien ? Protesta Dominic.
— Si, de vous décider afin que j’aille préparer vos boissons, messieurs.

Après de longues minutes de délibération, pendant lesquelles Lou apporta plusieurs assiettes garnis de muffins aux myrtilles, pépites de chocolat et vanille, et de donuts au sucre, chocolat et fraise, les trois garçons optèrent pour du café de java. Valérie poussa un long soupir quand ils en arrivèrent à cette conclusion avant d’aller préparer ledit café. Lou vint la rejoindre derrière le comptoir.

— Ce sont vraiment… eux ?
— Oui, confirma la jeune femme.
— Mais comment tu as pu les… oh je vois. Ton Viggo.
— Ce n’est pas Mon Viggo, protesta Val avec un sourire.
— C’est pourtant pas avec moi qu’il sort, la taquina Lou. Tu devais pas le voir d’ailleurs ?
— Il vient le week-end prochain.
— Tu crois que… enfin qu’ils accepteraient de…

Valérie regarda le vieil homme avec émotion. Malgré son âge, il avait gardé une certaine timidité qui faisait une partie de son charme. Elle l’adorait. Il l’avait beaucoup aidée quand elle était arrivée de France, la prenant sous son aile. Elle ne travaillait pas encore au café mais y passait beaucoup de temps. Sa mère l’avait inscrite dans un lycée français et l’avait obligée à poursuivre sa scolarité. Les meilleurs souvenirs de Valérie concernant son adolescence à New York, elle les avait vécus dans la cuisine avec Lou. Il l’aidait pour ses devoirs, lui apprenait plein de choses et elle ne serait sans doute jamais devenue aussi fan de séries et de films sans lui.

— Je vais leur demander.
— Je ne veux pas les déranger mais…
— Lou, tu sais très bien que si je peux faire quelque chose pour toi, je le ferais et ils sont adorables.
— Tu es un ange.
— Tu devrais le rappeler plus souvent à ma mère. Tu as quelque chose à faire signer ?
— Hélas, non.
— Mmmm… attends, je crois que j’ai ce qu’il faut. Tu peux surveiller le café ?

Lou hocha la tête et la regarda disparaître dans l’arrière-salle. Elle revint quelques minutes plus tard avec un magazine qui contenait plusieurs photos et posters du seigneur des anneaux.

— Prends ce que tu veux la-dedans, dit-elle tout en récupérant le pichet de café.

Il choisit deux cartes postales à la fin du magazine. Une de Merry et Pippin et l’autre de Legolas. Avec hésitation, il suivit la jeune femme quand elle le lui demanda. Ils allèrent rapidement jusqu’à la table des trois acteurs qui étaient en train de déguster leurs deuxièmes muffins.

— Délicieux ! S’exclama Billy en souriant au cuisinier. Je n’en ai jamais mangé de meilleurs, Valérie avait raison.
— Merci, fit humblement Lou.
— Dites, les gars, j’ai un petit service à vous demander, commença Val tout en servant le café.
— Tout ce que tu veux ma belle, répondit Orlando en humant la bonne odeur de café qui envahissait la salle.
— Vous pourriez signer un autographe à Lou ? Il a dû voir La communauté de l’anneau dix fois depuis qu’il est sorti.
— Mais ça peut attendre, rajouta le cuisinier avec embarras, je ne veux pas vous déranger pendant que…
— Vous préférez qui de Merry et Pippin ? Demanda Dom pendant que son acolyte signait la carte postale.
— Eh bien… dans le livre, je crois que j’ai une préférence pour Pippin mais vous êtes très bien tous les deux.
— Et moi alors, soupira Orly, personne ne m’aime.
— Mais si, moi, répondit Valérie en ébouriffant sa chevelure.
— Pfff tu n’as d’yeux que pour Viggo !
— Hey, même pas vrai !

Le petit groupe éclata de rire tandis que la porte donnant sur l’arrière-salle s’entrouvrait. Tom passa la tête et regarda pourquoi il y avait autant d’agitation alors que le café aurait du être vide. Il ouvrit de grands yeux en découvrant Orlando, Billy et Dominic et referma aussitôt la porte. Lou remercia chaleureusement les acteurs pour les autographes et leur promit une autre assiette de muffins aux pépites de chocolat. Il venait juste de passer la porte de séparation quand Tom se jeta sur lui.
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 18:06

— Dis-moi que je rêve et que ce n’est pas eux !
— Tu ne rêves pas et c’est eux, fit le cuisinier avec un sourire.
— Mon dieu ! Mon dieu ! Mon dieu ! S’écria Tom légèrement hystérique. Il est encore plus beau que sur les photos, dit-il après avoir regardé une nouvelle fois par la porte entrebâillée.
— Et ils sont très sympathiques. Tiens, tu veux bien leur porter ça ? Demanda Lou en lui tendant une assiette.
— Je ne pourrais jamais ! Tu ne te rends pas compte, c’est Orlando Bloom ! Débita rapidement Tom.
— Euh… oui. Tu sais que tu es censé ouvrir le café ce matin ?
— Oui mais… comment est-ce que…

Lou le regarda avec un air amusé. Il semblait vraiment terrifié par la présence de son idole dans la salle voisine. Le vieux cuisinier le vit vérifier au moins trois fois sa tenue, un jean noir avec le t-shirt du Newday, et sa coiffure avant qu’il ne consente à emmener l’assiette de muffins jusqu’à la table.

— Chest délichieux, fit Dom la bouche pleine de son troisième donut.
— Le café aussi, déclara Orlando qui en était à sa quatrième tasse.
— Je vais aller en refaire, proposa Valérie.
— Non, reste avec nous, tu n’as quasiment rien mangé, protesta Billy. Elle est maigre comme un clou !
— Tu veux me gaver ? Demanda Val en voyant Boyd poser trois muffins devant elle.
— Cot cot cot, imita Dom hilare.
— Attention, Viggo va nous en vouloir si on lui rend un muffin sur patte ! Plaisanta Orlando.
— Vous vous voyez toujours ? Demanda Billy. Enfin, je veux pas être indiscret mais étant donné que tu es la première femme qu’il amenait à une soirée…
— La première, répéta Valérie étonnée.
— Et oui, confirma Orly, figure-toi qu’il est toujours venu seul aux soirées officielles. Tu as eu l’immense honneur d’être la première, d’où les déchaînements de la presse à scandale.
— Qui ne m’a pas encore retrouvé, dieu merci, murmura Val. Et pour répondre à ta question Billy, oui, nous nous voyons encore.
— Ça veut dire qu’on va se revoir alors, fit l’Anglais ravi.
— On a besoin de Viggo pour cela ? Demanda la jeune femme avec un sourire avant de remarquer que Tom approchait. Oh mon dieu, j’avais complètement oublié.
— Oublié quoi ? S’enquit Orly en levant un sourcil.
— Salut, Tom.
— Bonjour, fit ce dernier en manquant échapper l’assiette qu’il tenait.
— Voici Dominic, Billy et Orlando.

Les trois acteurs le saluèrent tandis que Valérie se levait et raccompagnait Tom vers le comptoir. Elle avait pensé que c’était sa mère qui faisait l’ouverture ce jour-là et non Tom et son obsession pour Orlando.

— Pitié, ne lui saute pas dessus ! Supplia-t-elle.
— Hein ? S’exclama Tom qui rêvait justement d’un moment de ce genre.
— Je t’en prie, prends sur toi, fais l’ouverture, oublie que nous sommes là.
— Mais…
— Tom, Orlando n’est pas gay.
— Tu as vérifié ?
— Non !
— Ben alors comment…
— Tom, non, non et non. Je t’interdis de dire ou faire la moindre chose qui pourrait…
— Oh ça va, je sais me tenir, protesta-t-il.

Valérie le laissa en espérant qu’il disait vrai. Elle n’aimait pas du tout le regard qu’il portait sur Orlando. Elle revint à table tout en gardant un œil discret sur Tom.

— Quel est le programme aujourd’hui ? Demanda Billy.
— On doit visiter le Guggenheim, l’Empire State Building et Ellis Island.
— Vous nous accompagnez ?
— J’ai plusieurs interviews cet après-midi, expliqua Orlando.
— Val ?
— Je dois travailler d’ici… une heure, déclina-t-elle après avoir consulté sa montre.
— Nous voilà donc seuls, abandonnés et bientôt perdus dans New York, fit Dom d’un ton théâtral.
— Je suis sûr que vous allez vous en sortir, dit Orly avec un sourire.

Après avoir fini leur petit-déjeuner, Dom, Billy et Orlando prirent congés de Valérie qui avait décidé de rester sur place pour aider Tom, vu le nombre croissant de clients qui arrivaient. Dom héla un taxi tandis que Billy tendait sa carte à la jeune femme en lui faisant promettre qu’ils dîneraient ensemble avant leur départ de New York. Orly fut le dernier à saluer la jeune femme. Il la prit dans ses bras en la remerciant d’avoir passé la nuit avec eux et lui promit de l’appeler ou de la contacter par internet. Valérie regarda le taxi s’éloigner tandis que les trois acteurs lui faisaient de grands signes de la main par la vitre arrière. Elle éclata de rire en voyant Dom faire des oreilles de lapin avec sa main au-dessus de la tête de Billy. Son rire se figea soudain quand elle découvrit sa mère près d’elle. Sans un mot, elle retourna à l’intérieur du café et alla se changer, en espérant que la journée passerait vite, très vite.

***

20 Octobre 2001

Valérie s’arrêta dans une station-service sur l’autoroute menant à Boston. Elle venait de rouler trois heures et se sentait fourbue. Elle avait encore une heure de route afin d’atteindre cette ville qu’elle ne connaissait pas mais qui abritait, pour quelques jours, l’homme qu’elle aimait. Il était 19h, constata-t-elle à l’horloge au-dessus des machines à café. Elle sourit en pensant à Viggo et à leur dernière rencontre. Cela remontait à trois semaines. Ils avaient passé le week-end dans un petit hôtel du Maine, au bord du lac Kennebec. Le travail de l’acteur les avait empêchés de se revoir depuis. Elle finit son café et regagna sa voiture, se demandant comment il allait réagir quand il la verrait. Elle avait tout prévu, du moins l’espérait-elle. Elle savait où il était descendu, qu’il devait dîner avec une productrice dont elle n’avait pas retenu le nom et donc ne pas être dans sa chambre avant une certaine heure. C’était aujourd’hui son 43e anniversaire et elle avait bien l’intention de lui faire une surprise dont il se souviendrait longtemps.

Il était vingt et une heure quand elle avait rejoint l’hôtel où il séjournait. Ignorant les réceptionnistes, elle avait gagné le 3e étage et se demandait comment entrer dans la suite de l’acteur quand la réponse était apparue au bout du couloir.

— Excusez-moi, fit Valérie en interpellant la femme de chambre qui avançait. C’est idiot, je suis dans cette chambre avec un ami. Il devait m’attendre mais apparemment il est sorti, est-ce que vous pourriez m’ouvrir ?
— Vous devez aller à la réception, madame, répondit aimablement la femme de chambre.
— Ils n’accepteront jamais de me laisser entrer, soupira Val. Pour tout vous dire, je voulais lui faire une surprise. C’est son anniversaire aujourd’hui et…
— Ne seriez-vous pas Valérie Beaumont ? La coupa-t-elle après l’avoir longuement détaillée.
— C’est exact.
— Et c’est la chambre de monsieur Mortensen.
— Oui mais…
— Je vais vous ouvrir, fit la femme de chambre avec un clin d’œil.
— Je ne comprends pas.
— Je vous ai vu dans plusieurs journaux. Vous faites un très beau couple et de voir qu’une jeune femme aussi simple que vous a pu séduire une des stars d’Hollywood, ça me laisse de l’espoir.
— Je… merci, la remercia chaleureusement Valérie. Je ne sais pas comment…
— Ne vous inquiétez pas pour cela. Je sais ce que c’est de vivre une belle histoire d’amour, rajouta-t-elle en s’éloignant.

Valérie la regarda un moment bouche bée avant de finalement entrer dans la suite. Un désordre organisé y régnait. Plusieurs livres reposaient sur la commode, un ordinateur portable éteint était posé sur la table basse, des post-it entouraient la glace près de la porte d’entrée. Elle passa dans la chambre et déposa son sac près du lit. Puis elle se prépara pour l’arrivée de Viggo. Val était certaine que sa tenue lui plairait. Elle ne gardait sur elle que le collier de diamants qu’il lui avait offert quelques mois plus tôt, masquant sa nudité sous un imperméable noir. Ensuite, ne sachant que faire pour tromper l’ennui de l’attente, elle fit les cent pas dans la chambre avant de finalement prendre un magazine sur lequel elle ne put se concentrer.

Près de deux heures plus tard, Valérie entendit des bruits provenant du salon. Elle entrouvrit la double-porte coulissante de la chambre et aperçut Viggo en compagnie d’une femme d’une quarantaine d’années, sophistiquée et habillée d’un tailleur haute-couture.

— Charmant, je ne suis jamais descendue dans cet hôtel, fit-elle en jetant un regard autour d’elle.
— Que puis-je vous proposer ?
— Du champagne. Dites-moi que vous acceptez ma proposition, Viggo.
— Laissez-moi le temps de l’étudier, Catherine, répondit posément l’acteur tout en déposant une coupe et une bouteille de champagne sur la table basse.
— Mais vous êtes intéressé au moins ?
— Bien sûr, sinon je ne serais pas ici.
— Vous ne buvez pas avec moi ? Demanda Catherine en constatant qu’il n’y avait qu’un verre.
— Je préfère un Cognac, expliqua-t-il après avoir servi son invitée.
— Cela serait formidable si vous acceptiez le premier rôle. Vous ferez un merveilleux Wilfried !

Viggo eut un sourire, tout en se servant son cognac, que la productrice ne put voir. Le dîner avait été agréable et il avait appris tous les détails concernant la pièce dans laquelle il était susceptible de jouer d’ici quelques mois. Le théâtre était l’un de ses premiers amours, bien avant le cinéma, et l’idée de retourner sur les planches l’intéressait beaucoup, d’autant plus que la pièce se jouerait à Broadway, ce qui le rapprochait d’une certaine jeune femme avec qui il aurait préféré passer la soirée. Il alla s’asseoir sur le canapé, près de son invitée qui n’avait cessé son bavardage.

— Vous vouliez me parler d’autre chose, je crois, fit-il dans l’espoir qu’elle lui apprenne ce qu’elle désirait et le laisse se reposer.
— Oui. Viggo vous êtes quelqu’un de très… intéressant, commença Catherine en posant sa coupe sur la table basse, et je me disais que nous aurions pu… approfondir nos relations.
— Je ne crois pas que…
— Laissez-moi terminer, le coupa-t-elle en posant un doigt sur les lèvres de l’acteur et en se rapprochant ostensiblement de lui. Nous pourrions envisager une relation autre que professionnelle.
— J’ai bien peur que non, répondit froidement Viggo en se redressant vivement quand elle tenta de l’embrasser.
— Pourquoi cela ? Demanda Catherine qui n’avait pas l’intention de se laisser repousser sans combattre.
— Je ne mélange jamais le travail et le plaisir.
— C’est un tort, murmura-t-elle en venant se coller contre lui.

Valérie se sentit bouillir. Elle avait assisté à toute la scène et s’était retenue d’intervenir, ne voulant pas mettre Viggo dans une situation compliquée. Elle serra les poings et sentit à peine ses ongles s’enfoncer dans ses paumes.

— Ecoutez, Catherine, je suis intéressé par cette pièce mais pas dans le cas ou je doive passer par votre lit pour obtenir le rôle.
— Mais vous mélangez tout, cela n’a rien à voir. Le rôle est à vous, je vous l’ai dit !
— Alors à quoi tout ceci rime-t-il ?
— Comment un homme tel que vous peut ignorer l’effet qu’il fait aux femmes ? Vous êtes sexy, Viggo.
— Je ne suis pas certain que cela soit un compliment et cela ne change rien au problème. Je ne suis pas libre.
— Vous parlez de cette petite avec qui vous avez une liaison ? Elle n’est pas là il me semble et elle ne l’apprendra jamais si vous ne lui dites pas, déclara Catherine qui espérait le convaincre.
— Je le saurais et je ne pourrais plus la regarder dans les yeux.
— La belle affaire ! J’ai un mari et je ne me gêne pas pour le tromper.
— C’est peut-être votre conception de l’amour mais ce n’est pas la mienne, répondit gravement Viggo.
— Ne me dites pas que vous aimez cette petite dinde ! Qui est-elle comparée à vous ? Rien et…
— Il me semble qu’il est grand temps de mettre fin à cette entrevue, annonça-t-il en la prenant par le bras pour la reconduire.
— C’est donc cela, vous êtes amoureux d’elle ! Vous êtes pitoyable ! S’écria Catherine tandis qu’il ouvrait la porte.
— Peut-être mais je préfère être amoureux d’une femme comme elle que de quelqu’un comme vous, répliqua Viggo avant de fermer calmement le battant.

Il revint dans le salon de la suite et finit son cognac d’une traite. Comment avait-elle osé… Même alors qu’il débutait, personne n’avait eu le culot de lui proposer un rôle en échange de sexe. Pourtant il était beaucoup moins pointilleux sur le choix de ses partenaires dans sa jeunesse. Viggo poussa un soupir avant de chercher son portable. Il avait besoin d’entendre sa voix, de lui parler pour oublier la fin catastrophique de son dîner. Il leva un sourcil étonné en entendant une sonnerie de téléphone provenir de sa chambre. Valérie se mordit la lèvre inférieure. Elle avait complètement oublié de couper son portable au cas ou quelqu’un tenterait de la joindre. Elle était en train de le chercher dans son sac quand la double-porte coulissante s’ouvrit.

— Surprise, fit-elle d’un ton peu convaincu.

Viggo resta un moment immobile, son portable toujours à l’oreille, quand il se rendit compte que la personne qu’il essayait de joindre se trouvait devant lui. Valérie se redressa, se demandant si venir avait été une aussi bonne idée qu’elle l’avait cru.

— Je… j’aurais dû te prévenir.
— Cela n’aurait plus été une surprise, nota Viggo en déposant son téléphone sur une commode.
— Non, effectivement, fit la jeune femme avec un léger sourire.
— Si tu m’expliquais ?
— Eh bien… c’est ton anniversaire et… enfin je crois que j’aurais mieux fait de m’abstenir.
— Non, pourquoi ? Tu as entendu, déduisit-il en songeant à Catherine.
— Je suis désolée.
— De quoi ? D’avoir pensé à moi ? Je dois dire que je suis plutôt flatté, déclara-t-il d’une voix grave en se rapprochant d’elle.
— M’en veux-tu d’être venue ? Demanda Valérie d’une petite voix.
— Enormément, souffla Viggo avec un sourire taquin avant d’embrasser la jeune femme.

Valérie se blottit entre ses bras et se sentit fondre sous ses baisers. Elle glissa ses mains derrière la nuque de l’acteur qui la colla un peu plus contre lui, savourant la caresse de sa langue contre la sienne. Il quitta ses lèvres pour déposer une myriade de baisers sur le visage offert de sa compagne avant de lui mordiller le lobe de l’oreille. Valérie soupira de plaisir et se força à quitter cette douce étreinte pour faire quelques pas en arrière.

— Je crois qu’il est temps que je t’offre ton cadeau, déclara-t-elle d’une voix rendue rauque par le désir.

Viggo lui lança un regard interrogateur. Il savait parfaitement ce qu’il désirait : lui faire l’amour toute la nuit, il n’avait pas besoin d’autre chose. Pourtant quand elle défit la ceinture de son imperméable et le laissa lentement glisser sur le sol, il sut qu’il se trompait. La pénombre éclairait le corps laiteux de la jeune femme et en faisait un spectacle féerique. Les diamants qu’elle portait rehaussaient sa beauté. Ses cheveux roux cascadaient librement sur ses épaules. Il ne le savait pas mais il allait garder cette image d’elle jusqu’à la fin de sa vie. Elle lui sourit quand il s’approcha, osant à peine toucher cette beauté parfaite.

— Merci, murmura-t-il avant qu’elle ne se penche vers lui pour l’embrasser.

***


Danemark – Janvier 2002

Valérie observait les lumières de Copenhague à travers le hublot. Elle était fourbue des douze heures de vol entre New York et Paris. Elle avait pu néanmoins se dégourdir les jambes dans la capitale française car le vol pour Copenhague avait été retardé de deux heures à cause d’une alerte à la bombe. L’aéroport Charles de Gaulle avait été entièrement évacué. Elle songea à Raf, restée à New York, qui était contre ce voyage, comme tout ce qui concernait Viggo. Ils se fréquentaient pourtant depuis six mois mais ni Rafaela ni sa mère ne prenait leur histoire au sérieux. La jeune femme ne voyait qu’un seul chose pour arriver à les convaincre : le temps. Elle sourit en repensant au dernier week-end qu’elle avait passé avec son amant, ce qui remontait à plus d’un mois. Ils avaient passé les fêtes chacun dans leur famille respective. Valérie et Rafaela avaient invité Tom, Mme Beaumont et Lou tandis que Viggo fêtait Noël et le Jour de l’An avec son fils et ses parents. Il ne se passait un jour sans qu’ils ne se parlent au téléphone. Viggo avait eu un début d’année chargé qui l’avait empêché de passer quelques jours à New York. Il lui manquait cruellement mais, ne voulant pas être un obstacle pour sa carrière professionnelle, Valérie ne disait rien et attendait. Elle en profitait pour passer plus de temps auprès de Rafaela, profitant de sa « liberté » pour l’emmener au cinéma, au théâtre. Son amie rechignait souvent à sortir mais elle était ravie de passer du temps avec Val. Cette ambiance amicale dura jusqu’à ce que la jeune femme reçoive un billet d’avion de la part de Viggo. Il l’invitait à passer quelques jours au Danemark dans le but de la présenter à son fils, Henry, et à ses parents. Au départ tétanisée par ce voyage, Valérie comprit qu’il s’agissait d’un pas de plus dans leur relation et que l’acteur lui montrait ainsi qu’il tenait à elle, à défaut de le lui dire. Cette fois, Val joua franc-jeu avec sa mère et lui annonça son départ pour Copenhague. Mme Beaumont ne le vit, bien évidemment, pas d’un bon œil mais se retint de dire le moindre mot. Elle savait que, quoiqu’elle dirait, sa fille irait rejoindre l’acteur dont elle était éprise. A la grande surprise de celle-ci, elle l’aida même à préparer son voyage et l’accompagna à l’aéroport le jour de son départ.

— Tu es certaine que cela va aller ? S’enquit Mme Beaumont inquiète.
— Oui. Rassure-toi.
— Mais si…
— Maman, tout ira bien. Je t’appellerai de Paris.
— S’il y a quoi que se soit qui…. Je t’aime ma chérie et je veux que tu sois heureuse, tu le sais.
— Oui, répondit Valérie étonnée par cette déclaration qui ne ressemblait pas vraiment à sa mère.
— Si c’est vraiment l’homme de ta vie… appelle-moi, se reprit-elle en sentant les larmes lui monter aux yeux.
— Je ne sais pas où va nous mener notre relation mais je l’aime, maman.

Elle s’était séparée sur une étreinte. Sa mère n’avait pu s’empêcher de lui donner quelques derniers conseils avant qu’elle n’embarque.

« Nous allons bientôt atterrir à l’aéroport de Copenhague. La température extérieure est de – 2°C, il est 22h, heure locale. Nous espérons que vous avez passé un agréable voyage et vous revoir bientôt sur nos lignes. »

La voix de l’hôtesse tira la jeune femme de ses pensées. Enfin elle allait arriver et le revoir. Son cœur s’emballa tandis que l’avion se posait sur la piste et se dirigeait vers la passerelle. Son anxiété grandit quand elle sortit de l’appareil, saluant distraitement le personnel de bord, et suivant le flot de passagers qui inondaient l’aéroport. Autour d’elle, des familles et des couples se reconstituaient dans un joyeux brouhaha mais elle ne vit nulle trace de celui qu’elle espérait. L’aérogare se vida peu à peu, les passagers se dirigeant vers le hall 3 pour récupérer leurs bagages. Elle se sentit perdue, dans ce pays qu’elle ne connaissait pas, et l’angoisse qui l’avait étreint depuis qu’elle avait atterrit fit place à de la peur. Résignée à l’idée qu’il devait avoir eut un contre-temps, elle se dirigeait d’un pas lourd vers le hall 3 quand elle se figea brusquement. Un homme venait de franchir les portes coulissantes, faisant entrer quelques flocons de neige, vêtu d’une parka kaki dont la capuche était relevée et cachait son visage. Il consulta le tableau d’affichage et jeta un œil distrait sur l’aérogare. Un sourire orna ses lèvres quand il la vit. Valérie laissa tomber son sac et se jeta dans ses bras.

— J’ai cru que…

Viggo ne la laissa pas continuer. Il la serra contre lui tout en capturant ses lèvres pour un baiser passionné qui les laissa haletants.

— Je suis désolée pour le retard, dit Valérie en plongeant dans les yeux azurs de son compagnon.
— Peu importe. Tu es là, répondit-il en déposant un baiser sur ses lèvres.
— Oui, j’ai du mal à y croire mais me voilà à Copenhague alors que j’étais à New York il y a à peine 20h.
— Tu dois être fatiguée, supposa Viggo tout en récupérant le sac de Val.
— Pas vraiment. Il n’est que 18h pour moi.
— C’est demain que tu vas ressentir les effets du décalage horaire, fit-il en lui prenant la main pour la guider vers le hall 3.

Ils récupérèrent la valise de la jeune femme et se dirigèrent vers le parking. Viggo installa sa compagne dans un vieux 4x4 noir et déposa son bagage à l’arrière avant de prendre place derrière le volant.

— Je suis heureux de te voir, murmura-t-il avant de l’embrasser de nouveau. Avant que je n’oublie, sur le siège arrière, il y a panier avec un thermos de café et… à vrai dire, je ne sais pas trop ce que ma mère t’a préparé, avoua-t-il avec un sourire.
— C’est gentil mais je n’ai pas très faim.
— Il va nous falloir une bonne heure pour rejoindre le chalet, peut-être que tu changeras d’avis.
— Nous allons où ?
— Près de Hillerod, au Nord de Copenhague, répondit-il en quittant le parking de l’aéroport.

Valérie regarda par sa fenêtre la neige qui voltigeait doucement autour d’eux. La nuit était tombée depuis longtemps et elle ne vit que quelques lumières quand ils passèrent près de la capitale danoise. Le temps passa assez vite car ils discutèrent durant le trajet. Viggo la rassura en lui certifiant que tout le monde devait être couché et qu’elle n’affronterait sa famille que le lendemain. Il comprenait son angoisse mais sentait d’instinct que la jeune femme n’avait pas à s’en faire. Elle allait leur plaire et, si tel n’était pas le cas, il s’était promis que cela ne changerait rien entre eux. Il était aussi conscient d’avancer vers une relation plus concrète en l’invitant et ne l’avait fait qu’après y avoir longuement réfléchit. Henry commençait à lui poser des questions sur Valérie. Il avait, malgré que son père le lui ait interdit, regardé quelques photos de journaux à scandales que ses camarades avaient ramenés à l’école.

— Je ne crois pas t’avoir dit que Christine venait aussi. Elle est arrivée ce matin avec son… petit ami.
— Christine ?
— Mon ex-femme.
— Euh… non, je ne savais pas.
— Nous sommes devenus d’excellents amis depuis notre divorce, expliqua Viggo, bien plus que nous ne l’étions mariés, et ma mère l’a invitée, elle voulait réunir la famille pour quelques jours.
— Je ne vais pas…
— Non, la coupa Viggo qui savait ce qu’elle allait dire. Elle… ils sont tous ravis à l’idée de te connaître.
— Je le suis aussi mais… je suis pitoyable, s’excusa-t-elle en se tournant vers sa vitre.
— Je ne pense pas. Je crois que tu es contente d’être là, avec moi, mais que tu es terrorisée à l’idée de rencontrer mes proches, répondit-il en posant sa main sur celle de la jeune femme.
— Cela se voit tant que cela ? Ironisa-t-elle avec une petite moue.
— Tout va bien se passer, je te le promets.

Valérie réalisa soudain qu’il venait de garer le 4x4 devant un chalet de trois étages entièrement recouvert de neige. Ils étaient vraisemblablement arrivés et son angoisse reprit.

— Tu as confiance en moi ? Demanda Viggo en l’observant de ses yeux céruléens.
— Oui, bien sûr.
— Alors tu verras que j’avais raison et ils vont t’adorer.

Elle lui sourit sans conviction avant de descendre de voiture. Viggo prit sa valise et la conduisit jusqu’au chalet qui semblait endormi. Ils se débarrassèrent de leurs parkas dans l’entrée avant de pénétrer dans une vaste salle de séjour au milieu de laquelle se dressait une immense cheminée dont le feu était presque éteint. Le mobilier était entièrement en teck. Une partie de la pièce servaient de salle à manger tandis que l’autre était pourvue d’accueillants canapés et d’un poste de télévision.

— J’ai oublié le panier dans la voiture, je reviens.

Valérie le regarda partir avant de jeter un coup d’œil autour d’elle. Il y avait de nombreuses photos disséminées un peu partout dans le coin-salon. Sur plusieurs d’entre elles, elle reconnut Viggo en compagnie de deux autres garçons. Il y avait aussi des clichés d’un couple en compagnie des trois enfants. Val sursauta en sentant l’acteur glisser ses bras autour de sa taille, elle ne l’avait pas entendu revenir.

— Mes frères, Charles et Walter, précisa-t-il en montrant une photo datant d’une vingtaine d’années où ils étaient tous les trois à cheval.
— Ce sont tes parents ? Demanda Valérie en montrant un autre cliché.
— Oui. Quelques mois avant leur divorce.
— Je ne savais pas que…
— Ils se sont séparés quand j’avais 11 ans et se sont remis ensemble une dizaine d’années plus tard. Tu veux manger quelque chose ?
— Oui, je commence à avoir faim.

Il la conduisit dans la cuisine aménagée, également en teck, et la fit asseoir tandis qu’il ramenait quelques victuailles. Une fois ce repas improvisé terminé, Viggo rangea la cuisine et constata que sa compagne montrait quelques signes de fatigue.

— Si je te montrais ta chambre, proposa-t-il doucement.
— Je dirais que c’est une bonne idée, répondit Valérie en étouffant un bâillement.

Il lui sourit et récupéra la valise qu’il avait laissé dans l’entrée. Il la guida jusqu’à une chambre du second étage dans laquelle se trouvait déjà un sac de voyage.

— Tu es certain de ne pas t’être trompé ? Demanda Valérie en le voyant.
— Oui, absolument, certifia-t-il après avoir déposé le bagage près de l’armoire.
— Mais… oh, je vois, fit-elle en comprenant soudainement la situation. Ils ne vont pas dire que…
— Valérie, j’ai 40 ans passés, mes parents savent depuis longtemps que je ne pratique pas l’abstinence et je ne t’ai pas vu depuis un mois. Crois-tu vraiment qu’ils espéraient… que nous ne… dormirions pas… ensemble ? Demanda-t-il en ponctuant sa phrase de baisers.
— Tu m’as manqué, murmura-t-elle avant de glisser ses mains derrière la nuque de l’acteur.

Viggo eut un sourire taquin avant de lui ôter le pull ocre qu’elle portait. Ne consentant qu’à donner de maigres baisers à sa compagne, il la déshabilla lentement, caressant chaque partie dévoilée de ses lèvres gourmandes. Valérie frémit quand il explora son nombril de sa langue qu’il fit remonter jusqu’aux pointes tendues de ses seins. S’il ne l’avait pas tenue entre ses bras, elle se serait effondrée, ses jambes ne la portant presque plus. Il l’étendit avec douceur sur le couvre-lit à fleurs avant de se déshabiller rapidement pour la rejoindre. Ils s’unirent avec autant de passion que les autres fois, ressentant un plaisir immense à être ensemble, à partager un moment unique qui leur appartenait. Un puissant sentiment de volupté s’empara d’eux quand ils atteignirent les sommets du plaisir charnel. Ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, épuisés mais repus.

***


Quand elle se réveilla le lendemain matin, Valérie constata qu’elle était seule. Elle mit plusieurs minutes avant de réaliser où elle était. Un sourire effleura ses lèvres quand elle se remémora la nuit dernière. Elle paressa quelques minutes au lit avant de regarder sa montre et de constater qu’il était près de 11h. Val passa rapidement dans la salle de bain et s’habilla en s’efforçant d’ignorer les crampes qui lui nouaient l’estomac. Elle descendit l’escalier et se retrouva dans le séjour. La voix de Viggo la guida jusqu’à la cuisine où il prenait un café tout en parlant à une femme que Valérie supposa être sa mère.

— Bonjour, fit-il en se levant pour l’accueillir et en déposant un baiser sur ses lèvres. Bien dormi ?
— Comme une marmotte, si j’en juge l’heure.
— Ne vous inquiétez pas pour cela, le voyage a dû vous épuiser, déclara Grâce Mortensen avec un sourire.
— Moder, voici Valérie. Val, ma mère, les présenta Viggo.
— Je suis ravie de faire votre connaissance.
— Moi de même, répondit-elle avant d’être conduite d’office vers la table.
— Tu veux un café ?
— Euh… oui.

Viggo alla lui en verser une tasse tandis que Grâce continuait de préparer le déjeuner. Valérie en profita pour l’observer discrètement. Elle devait avoir une soixantaine d’années, ses cheveux blonds étaient coupés courts et bouclés, ses gestes étaient précis et surs. Quand elle la regarda de nouveau, Valérie constata que Viggo tenait ses yeux si particuliers de sa mère. Ils semblaient bien s’entendre et continuèrent à discuter tandis qu’elle sirotait son café.

— Christine et… comment s’appelle-t-il déjà ?
— Hank.
— Ah oui, Hank. Ils ne sont pas encore levés ?
— Non, tu connais Christine, elle ne se lève jamais avant midi.
— Et où est Henry ?
— Devine.
— Encore fourré dans l’atelier avec son grand-père, répondit Grâce avec un sourire.
— Gagné.
— Si vous alliez les voir ? Suggéra-t-elle.
— Ça, c’est le signal pour nous de quitter la cuisine au plus vite, expliqua Viggo, sous peine d’être de corvée de vaisselle jusqu’à la fin de notre séjour. Viens.

Valérie le suivit, légèrement gênée d’abandonner la mère de l’acteur mais il lui expliqua, tout en la conduisant à l’extérieur, qu’elle préférait depuis longtemps être seule pour cuisinier. Cela fit sourire la jeune femme car sa mère faisait exactement la même chose quand elle était plus jeune, prétextant avoir besoin de quelque chose au marché pour se débarrasser d’elle et de son père.

— Il fait bon, s’étonna Val qui n’avait qu’un léger pull sur elle.
— Il n’y a guère que les nuits qui sont…, commença Viggo avant de recevoir une boule de neige sur le torse.

Un rire amusé se fit entendre de derrière une dépendance que Valérie identifia comme l’atelier. Plusieurs boules de neige furent lancées dans leur direction mais Viggo les esquiva et conduisit sa compagne derrière le muret qui bordait le garage. Ils se cachèrent et attendirent en silence tandis que l’acteur préparait quelques munitions.

— Ben, où ils sont ?
— Aucune idée, répondit une voix masculine teintée d’un léger accent.
— Tu es prête ? Chuchota Viggo à sa compagne.

Valérie hocha la tête et l’imita quand il se dressa brusquement et lança sa boule sur son père. Val visa l’adolescent qui se mit aussitôt à lui rendre la monnaie de sa pièce. Ils continuèrent un long moment cette bataille de neige, s’amusant comme des fous, jusqu’à ce que Viggo senior demande grâce.

— Ça suffit !
— Hey, bedstefader, tu es censé être avec moi !
— Tu ne crois pas que c’est assez, fit Viggo qui avait rejoint son fils et son père.
— C’est elle ? Demanda Henry en voyant une jeune femme approcher.
— Non, c‘est la vilaine sorcière de l’Ouest, le taquina-t-il. Fader, Henry, je vous présente Valérie.
— Ravi de vous connaître, fit Viggo senior en lui serrant la main avec chaleur.
— Moi de même. Tu es un sacré combattant, dit-elle en saluant Henry.
— Tu te débrouilles pas trop mal pour une fille. Tu joues à Mortal Kombat sur PS ?
— Euh… oui.
— C’est qui ton préféré ?
— Sub-zero, répondit Valérie sans comprendre ou il voulait en venir.
— Pas mal. Viens, fit Henry. On va voir ce que tu vaux.

La jeune femme lança un regard à Viggo qui lui fit signe d’aller avec lui. Elle s’excusa d’un sourire auprès du père de l’acteur et suivit Henry qui l’attendait de pied ferme devant l’entrée.


***

Ils étaient confortablement installés dans le coin salon, sur le canapé, Henry maîtrisait à la perfection Rayden tandis que Valérie tentait de se souvenir des coups spéciaux de sub-zero. Ils jouaient depuis environ dix minutes quand Henry lança la conversation d’une manière relativement directe.

— Mon père et toi, vous allez vous marier ?

Val faillit en lâcher sa manette de jeu et quitta l’écran des yeux le temps de chercher une réponse appropriée, ce qui permit à l’adolescent de prendre un net avantage sur elle.

— Non… enfin… je ne sais pas. Cela ne fait pas longtemps que je le connais, tu sais.
— Et alors ?
— Tu as une petite-amie ?
— Non, les filles m’intéressent pas, fit Henry en poussant un petit cri de joie car il venait de gagner le match.
— Vraiment ?
— Ouais, tout ce qu’elles veulent, c’est un autographe de mon père.
— Ça doit pas être facile pour toi.
— On en fait une autre ? Demanda Henry en haussant les épaules.
— Si tu veux.
— Tu sais, reprit-il après un moment de silence, je crois bien que t’es la première que mon père amène ici.
— Je ne comprends pas, avoua Valérie en penchant inconsciemment sa manette à gauche pour que sub-zero fasse la même chose.
— Ben la dernière petite amie de mon père savait parler que de deux choses : ses régimes et ses seins.
— Pardon ? Fit Val en croyant avoir mal entendu.
— Elle voulait se faire refaire les seins et arrêtait pas d’en parler. Une véritable obsession et elle voulait me faire manger des trucs horribles.
— Un exemple ?
— Des algues, fit Henry avec une moue de dégoût.
— Berk… je t’ai eu ! S’écria-t-elle en voyant son adversaire KO.
— Y a pas de quoi se réjouir, je t’ai battu les cinq derniers matchs !

Valérie eut une moue dépitée et se concentra pour réitérer son exploit. Elle ne prêta pas attention aux bruits provenant de la cuisine et sursauta quand elle sentit une main se poser sur son épaule.

— Comment ça se passe ?
— Je suis en train de l’écraser, répondit Henry avec fierté à son père.
— Hélas… c’est la stricte vérité, confirma Valérie en poussant un soupir.
— Si tu allais aider ta grand-mère, suggéra Viggo.
— Papa, tu peux le dire si tu veux rester seul avec elle. Je peux comprendre, tu sais, j’ai plus 5 ans, répondit Henry en se levant.
— Il a du répondant.
— Un peu trop parfois, concéda l’acteur en s’asseyant près de sa compagne. Je crois que Christine est levée, rajouta-t-il en entendant des voix dans la cuisine.
— Super, marmonna Valérie qui n’avait aucune envie de rencontrer l’ex-femme de Viggo. Il faut que j’appelle ma mère.
— J’imagine qu’elle n’a pas été ravie de ce voyage.
— Détrompe-toi, elle m’a… surprise. Il n’empêche que de me savoir en Europe n’est pas fait pour la rassurer.
— Me connaître l’aurait peut-être tranquillisé ?
— Euh… c’est à dire que…
— Réponse éloquente s’il en est.
— Tu as envie de faire sa connaissance ?
— Oui, de même que celle de Raf dont je ne connais pour l’instant que le superbe pyjama Snoopy et l’ex petit-ami. J’ai envie de connaître les gens qui t’entourent, expliqua Viggo avant de l’embrasser tendrement.

Un raclement de gorge les fit se séparer quelques minutes plus tard. Valérie devint pivoine tandis qu’elle se levait en même temps que son compagnon pour être présenter à Christine et Hank. Si la première semblait plutôt agréable avec son physique légèrement « enrobé », ses cheveux bruns attachés en queue de cheval et ses yeux noisettes rieurs, le second l’était beaucoup moins. Hank avait des cheveux longs, roux, qui descendaient au milieu de son dos, une barbe de deux jours et des yeux gris perçants. Il portait un vieux jean troué et un t-shirt qui proclamait « Je suis le meilleur ». Valérie perçut un froid glacial entre Viggo et lui, de toute évidence les deux hommes ne s’appréciaient pas outre mesure. Elle s’excusa et sortit sur la terrasse de devant pour passer son coup de fil.

— Mignonne, concéda Christine en la regardant par la baie vitrée.
— Ouais, renchérit Hank d’un ton lascif avant de se diriger vers la cuisine.
— Tu l’as rencontrée comment ?
— Dans une galerie où j’exposais, répondit Viggo. Et Hank ?
— Un concert.
— Je pensais que tu viendrais seule.
— J’en ai parlé à ta mère qui m’a assuré que cela n’était pas un problème. Il ne te plait pas, hein ?
— Je préfère réserver mon opinion pour le moment.
— Viggo, je te connais. Tu détestais déjà avoir affaire à ce genre de type quand on était marié, fit Christine avec un sourire en coin.
— Peut-être pas pour les mêmes raisons, répondit-il sèchement avant d’être interrompu par l’arrivée de son père.
— Alors comment marche ton groupe ? Demanda celui-ci en s’installant dans un fauteuil.
— Pas mal, on va donner une série de concerts cet été et on a un nouvel album en préparation.
— Eh bien, tu ne dois pas avoir le temps de t’ennuyer.
— Pas du tout et…
— Le déjeuner est prêt, l’interrompit Grâce.
— Je vais chercher Valérie, répondit Viggo en se levant.

***



— Maman, je t’assure que tout va bien.
Tu me le dirais si…
— Oui, tout ce que j’ai à te dire, c’est que le paysage est magnifique et que tout le monde a été très agréable.
Et comment va ton… ami.
— Viggo va bien. Son fils est… stupéfiant et ses parents charmants, autre chose ? Demanda Val en omettant sciemment la présence de Christine.
Comment peux-tu me parler ainsi ? Je m’inquiète pour toi, je suis ta mère et…
— Et tu t’inquiéteras toute ta vie pour ta pauvre fille qui n’a pas un vrai métier, pas de mari, ni d’enfant, récita-t-elle d’un ton ironique.
Ne te moque pas de moi !
— Tu aurais sans doute préféré que je sois fille-mère ?
Valérie !
— Bon, d’accord, je n’ai rien dit. Tom et Lou vont bien ?
Oui, ils t’embrassent. J’ai vu Raf aussi ce midi, elle demandait de tes nouvelles.
— Je l’appellerai ce soir.
Très bien. Prends soin de toi.
— Oui, maman. Au revoir, conclut la jeune femme en raccrochant et en laissant son regard se perdre sur la vallée en contre-bas.
— Tout va bien ? Demanda Viggo en entourant sa taille de ses bras.
— Oui, New York est toujours à la même place, le Newday n’a pas bougé, la routine quoi. La vue est superbe.
— Je suis d’accord, murmura-t-il tandis qu’il déposait des baisers dans le cou de sa compagne.
— Tu es déjà blasé ?
— Non, j’ai quelque chose de beaucoup plus intéressant à contempler, répondit Viggo d’un ton charmeur. En fait, je venais te chercher pour le déjeuner.
— Oh… dis-moi, il y a des règles particulières au Danemark pour les repas ?
— Mmmm… évite de manger avec les doigts, la taquina-t-il tout en l’entraînant à l’intérieur.

Le repas fut délicieux et l’ambiance plutôt chaleureuse. Grâce avait préparé un véritable festin danois : du stegt svinekam med æbler og svesker (carré de porc rôti aux pommes et aux pruneaux), des frikadeller (genre de boulettes de viande) et beaucoup d’autres choses dont Valérie ne put retenir les noms. La mère de Viggo était un cordon bleu remarquable et elle la complimenta poliment. Après ces plats gargantuesques, arrosés de bière, vint le dessert national : le wienerbrod (à base de pâte feuilletée, de pâte d'amandes et de cannelle). Valérie se sentit sur le point d’exploser après avoir goûté à toutes cette nourriture. La conversation avait roulé des études d’Henry aux projets de Viggo, et à ceux de Christine. Val se demandait si elle aurait droit à un interrogatoire en règle, un peu plus tard dans un lieu sinistre, ou si elle allait y échapper. Au moment même où elle se fit cette réflexion, Christine lui demanda d’où elle était.

— New York mais j’ai vécu plusieurs années en France.
— Ah c’est un pays que j’aime beaucoup, fit Christine avec un sourire. Vous y retournez de temps en temps ?
— Oui, j’y ai encore de la famille.
— J’ai connu une française une fois, intervint Hank qui n’avait presque pas parlé de tout le repas, semblant beaucoup trop absorbé par la dégustation de la bière locale, elle avait une paire de roberts !
— Hum… je vais débarrasser, fit Grâce en lui jetant un regard noir tandis que Christine lui écrasait le pied sous la table.
— Hey, j’ai rien…
— C’est quoi des roberts ? Demanda Henry à son grand-père.

Hank se leva en jetant un regard mauvais à Christine et disparu par la porte d’entrée. Un silence pesant régna jusqu’au moment ou Grâce, en parfaite maîtresse de maison, reproposa du wienerbrod que tout le monde refusa. Valérie et Christine l’aidèrent à débarrasser tandis que Viggo, son père et Henry passaient au salon.

— Je suis désolée, s’excusa l’ex-femme de l’acteur dès qu’elles furent seules.
— Ce n’est pas bien grave, la rassura Grâce.
— Tout de même. Je ne sais pas ce qui lui a pris.
— Allons, tout ceci sera vite oublié. Si vous alliez rejoindre ces messieurs pour discuter de vos projets pour l’après-midi ?
— On ne va pas vous laisser faire la vaisselle toute seule, protesta Christine.
— Parfaitement, renchérit Val avec un sourire en prenant le torchon que lui donnait Chris pendant que Grâce remplissait son évier.
— J’imagine qu’il ne me servirait à rien de me battre contre vous deux ? Soupira cette dernière en regardant les deux femmes.
— Vous avez tout compris, répondit Christine avec un clin d’œil à sa complice.
— Bien, alors au travail. Vous ne nous avez quasiment pas parlé de vous, entama Grâce en tendant une assiette à essuyer à Valérie.
— Il n’y a pas grand chose à dire, j’en ai peur.
— Je suis certaine du contraire, fit Chris, sinon Viggo ne vous aurait pas invité ici.
— Ma vie se résume à peu de chose, avoua-t-elle, je suis serveuse dans un café tenu par ma mère et j’habite avec ma meilleure amie.
— Mon petit doigt m’a dit que vous écrivez aussi ? S’enquit Grâce.
— Un petit doigt d’un mètre quatre-vingt-cinq, commenta Christine en riant.
— Je viens de publier mon deuxième roman, concéda Valérie en sentant le rouge lui monter aux joues.
— Vous comptez en faire votre métier ?
— Oui et non. J’aime bien travailler, cela me permet de rencontrer des gens de toutes sortes et de passer du temps avec ma mère mais je ne refuserais pas l’opportunité de vivre de mes écrits.
— Que fait votre père ? Demanda Grâce en constatant que la vaisselle était bientôt finie.
— Il est décédé il y a plusieurs années.
— Excusez-moi, je ne savais pas.
— Vous pouviez pas le deviner, fit Valérie en haussant les épaules.
— Et comment cela se passe avec Viggo ? S’enquit Christine.
— Pardon ? S’étouffa Val en croyant avoir mal entendu.
— Je veux dire, vous arrivez à gérer le coté homme public ? Les paparazzis, les journalistes, …
— Euh… je ne suis pas sûre que l’on arrive à s’y faire un jour mais ce n’est qu’un faible désagrément comparé à… notre relation. Vous êtes le leader d’un groupe de rock si j’ai bien compris, vous devez subir le même genre de pression, non ?
— C’est un peu différent, expliqua Christine. La carrière de Viggo vient de faire un pas énorme grâce au seigneur des anneaux. X est assez peu connu en dehors des USA.
— Et votre musique est un peu… spéciale, intervint Grâce avec douceur.
— Vous connaissez, Valérie ?
— Non, pas du tout.
— On va faire une série de concerts cet été, vous devriez venir. New York fait partie de la tournée.
— Avec plaisir.
— Christine, vous voulez bien m’aider à ranger la vaisselle ? Vous pourriez emmener ces bouteilles dans la poubelle, demanda Grâce à Valérie. Elle se trouve sur le coté de la maison.

Val posa son torchon et récupéra les nombreuses bouteilles de bière qui avaient été bues durant le repas. Elle sortit par la porte de la cuisine et descendit les quelques marches qui menaient au local qu’elle trouva assez facilement. Elle allait remonter quand elle entendit du bruit derrière elle.

— Ils vous ont jeté dehors aussi ? Fit Hank d’un ton goguenard.
— Non.
— Quel bande d’enfoirés, continua-t-il en tirant sur sa cigarette.
— Excusez-moi, je dois rentrer.
— Pourquoi, t’es pas bien ici ? Demanda-t-il en approchant un peu plus.

Val fit une grimace en sentant l’haleine fétide de Hank. Comment Christine, qui semblait si sympathique, pouvait-elle sortir avec un type pareil ? Alors qu’elle faisait quelques pas pour le contourner, il lui barra le passage.

— Aller, t’as bien deux minutes. Comment tu t’y es pris pour sortir avec l’autre ? L’interrogea-t-il en jetant sa cigarette dans la neige.
— Vous feriez mieux d’aller cuver votre bière quelque part, Hank.
— Ouhhhh, c’est que tu vas me faire peur, ma belle ! S’écria ce dernier en lui caressant la joue.
— Ne me touchez pas, fit Valérie sèchement en ôtant sa main d’une bourrade.
— Ben quoi ? J’ai rien fait de mal ! Se plaignit-il en la touchant de nouveau.
— Je vous aurais prévenu, répondit la jeune femme en donnant un coup de pied bien placé à Hank.

Celui-ci couina comme un goret en portant ses mains à son entrejambe. Au même moment, Viggo apparut au coin de la maison en compagnie d’Henry. Ils ne prirent pas tout de suite conscience de la situation car Hank tentait de garder sa « dignité » en s’efforçant de rester à peu près droit.

— Tout va bien ? S’enquit Viggo une fois à leur hauteur.
— Ou… oui, grommela Hank avant de fuir en direction du devant de la maison.
— Un problème ?
— Non, aucun. Il doit avoir quelques engelures à un endroit particulièrement douloureux, répondit Valérie avec un sourire énigmatique qui fit sourire Henry.
— Que dirais-tu d’une balade en moto-neige ?
— Avec vous deux ?
— Oui, mes parents ne veulent pas sortir et Christine va aller faire un tour à Hillerod, expliqua Viggo.
— Sauf si je dérange, fit Henry.
— Pas du tout. Je t’avoue même que je suis rassurée de te savoir à mes cotés. Vu ce que tu sais faire avec Rayden, je ne crains rien avec toi !
— D’autant plus qu’il y aura le génialissime Aragorn avec nous, renchérit Henry avec un regard empli de fierté pour son père.
— Pourquoi, tu penses qu’on va croiser Saroumane dans les bois ? S’amusa Val.
— Au lieu de dire des bêtises, si tu allais vérifier que le plein est fait, suggéra Viggo à son fils.
— A vos ordres, monseigneur ! Fit ce dernier en s’inclinant légèrement. Je vais préparer votre destrier de ce pas.
— Il est génial, commenta Valérie explosée de rire devant l’air sérieux d’Henry.
— Que s’est-il passé avec Hank ? S’enquit Viggo une fois que ce dernier fut hors de portée de voix.
— Rien.
— Valérie, insista l’acteur.
— Quoi ? Tu crois qu’il n’y a que toi qui sais te défendre ?
— A ce que j’ai pu constater, c’est loin d’être le cas. Je ne peux pas m’empêcher de le plaindre quelque part, fit Viggo avec une moue de douleur.
— Je te promets de jamais utiliser ce genre… de talent sur toi, j’en connais de bien plus agréable, déclara Valérie avant de l’embrasser tendrement.
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 18:11

La balade fut une réussite, comme le reste du séjour durant lequel Viggo fit visiter l’un des trois pays où il avait ses racines à Valérie. Ils passèrent deux jours supplémentaires au chalet des parents de l’acteur, évitant autant que possible Hank. Ce dernier n’avait pas pipé mot depuis l’incident du déjeuner mais Val sentait qu’il préparait un mauvais coup. Ce séjour, qui l’avait tant inquiétée, se déroulait finalement assez bien si on occultait la présence de Hank. Les parents de Viggo étaient des gens délicieux, simples et très ouverts d’esprit. Christine, bien loin d’être la harpie décrite par certains journaux, était une maman poule et une femme attentionnée. Elle fit découvrir la musique de son groupe à Valérie qui resta dubitative, encore plus qu’après avoir écouté certains morceaux de Viggo, chose qu’elle ne lui avait pas encore avoué. Le midi du deuxième jour, la maisonnée eut la visite d’un inspecteur de Hillerod. Hank s’était disputé avec Christine le matin-même et avait emprunté la voiture de la jeune femme. Il avait eu un accident assez sérieux qui l’obligeait à rester alité quelques jours même si sa vie n’était pas en danger. Il avait défoncé la vitrine d’une boulangerie sans, heureusement, faire de victime. Viggo joua les interprètes et accompagna son ex-femme au poste de police ainsi qu’à l’hôpital. Le lendemain matin, Valérie fit ses adieux aux Mortensen, à Henry et Christine. Il lui restait trois jours à passer au Danemark et Viggo avait décidé de lui faire visiter la capitale danoise.

Il est bien connu que lorsque l’on se sent bien, le temps passe beaucoup plus vite. Il en fut de même pour ces trois jours que Val passa en tête-à-tête avec Viggo. Ils visitèrent le Musée National du Danemark, principalement la section sur la période Viking que connaissait très peu la jeune femme qui apprécia les commentaires amusants de son compagnon. Ils se baladèrent le long de la stroget, une longue rue piétonne au cœur de la ville, se promenèrent dans les quartiers Christiania et Christianhavn, sur les places Grabrodretorv et Amalienborg et assistèrent à un concert de Jazz au Glass Hall Theater du parc de Tivoli, un immense espace vert qui proposaient maintes activités et de superbes jardins bordés de tulipes multicolores. Henry vint les rejoindre le troisième jour. Christine désirait rester avec Hank, qui n’était pas encore autorisé à prendre l’avion, et avait repoussé son retour à Los Angeles. Ils visitèrent, bien que le fils de l’acteur y soit déjà allé plusieurs fois, le château de Rosenborg, qui regroupent les plus fabuleux trésors du Danemark dont les emblèmes et la couronne, bordée de pierres précieuses, du Roi. Ils passèrent une partie de l’après-midi au parc de Tivoli. Henry en profita pour s’amuser sur plusieurs manèges tandis que Valérie et Viggo paressaient à l’un des nombreuses terrasses du parc. Le sentiment du départ se faisait plus proche, inexorable. L’acteur s’était arrangé pour aller jusqu’à Paris avec la jeune femme avant de prendre un vol direct pour Los Angeles tandis qu’elle regagnerait New York. Afin de prendre ces quelques jours de vacances, il avait dû charger son emploi du temps pour les prochaines semaines et n’avait aucune idée du jour où il pourrait la revoir. Ces longues périodes de séparation étaient de plus en plus difficiles à vivre pour Viggo, même s’il refusait de se l’avouer. Il avait été seul trop longtemps et aimait son indépendance. Ils parlèrent de tout et de rien, évitant les sujets trop personnels dont leur couple et son possible avenir.

Henry se rendit compte de ce qu’il se passait mais ne voyait que dire ou faire pour changer l’inéluctable. Il fut profondément touché par les adieux que Viggo et Valérie furent contraints de se faire à l’aéroport Charles de Gaulle. Son père garda un visage fermé jusqu’à leur arrivée à Los Angeles. Il l’aimait. Ca crevait les yeux, comme n’avait cessé de se répéter intérieurement Henry durant une partie du vol, alors pourquoi ne faisait-il rien ? Finalement, il préféra garder le silence. Son père devait se sentir assez mal sans qu’il n’en rajoute mais il se promit de lui en toucher un mot si les choses ne s’arrangeaient pas. Valérie lui avait plu. Elle était simple, timide et discrète à la fois. Elle ne se sentait pas supérieure parce qu’elle sortait avec une star et il devait avouer qu’elle se défendait pas mal à la PS. Si seulement sa mère pouvait tomber sur un type dans ce genre et pas un crétin comme Hank !

***

New York – 17h plus tard – Aux alentours de midi

Valérie ouvrit, avec soulagement, la porte de son appartement. Elle était épuisée, n’ayant pas réussit à dormir dans l’avion à cause d’un voisin qui ronflait comme un camion. Elle tira sa valise dans l’entrée et referma la porte avant de s’affaler, avec un profond soupir, sur le canapé. Alors que l’appartement aurait dû être silencieux, puisque Rafaela était censée être à son travail, la jeune femme entendit des rires provenant de la chambre de cette dernière.

— Raf ?

Les bruits se turent soudainement et, quelques secondes plus tard, la porte de la chambre de sa meilleure amie s’ouvrit.

— Val, qu’est-ce que tu fais là ? S’exclama la jeune femme en tirant sur le bas de sa nuisette bleue.
— Je peux repartir si tu veux, grommela-t-elle en se levant. Bonjour à toi aussi, au fait.
— Non… enfin… tu ne devais pas rentrer demain ? Demanda Raf d’un air gêné.
— Tu es sûre que ça va ? Je t’ai eu hier au téléphone et je t’ai prévenu que j’arrivai aujourd’hui. Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Depuis mon départ, on dirait que tu as la tête ailleurs.
— Ben… euh…
— Pitié, ne me dis pas que tu as remis ça avec Bryan, supplia Valérie.
— Non… ce n’est pas Bryan, avoua Rafaela dont les joues prirent une jolie couleur pourpre.
— Oh.
— Oui, comme tu dis.
— Et il est…
— Dans ma chambre, termina Raf avec un petit sourire ravi.
— Je vois.
— Mais c’est bien que tu sois là. Je voulais que tu sois la première à savoir.
— A savoir quoi ? S’enquit Valérie qui commençait à perdre le fil.
— Elle est armée ? Demanda une voix masculine depuis la chambre de Rafaela.
— Non.
— Elle n’a pas d’objets tranchants à portée de main ?
— Non plus, répondit Raf avec un rire étouffé.

Valérie avait l’impression d’être tombée dans la 4e dimension. Sa colocataire était resplendissante et semblait beaucoup plus heureuse que lorsqu’elle l’avait laissée une semaine plus tôt. La voix de l’homme ne lui était pas inconnue mais elle n’arrivait pas à la resituer. La porte s’ouvrit et l’inconnu pénétra dans le salon vêtu d’un simple boxer noir moulant.

— Mon dieu ! S’exclama Val soufflée par l’apparition.
— Ça va ? S’inquiéta Raf en la voyant pâlir.
— Comment… quand… où ? Balbutia-t-elle incapable de prononcer autre chose.
— Eh bien, commença Orlando en glissant un bras autour des épaules de Rafaela, ...
— Non, le coupa Valérie. Pas maintenant. Je vais aller dormir une bonne dizaine d’heures et vous me direz tout ensuite. Ma tête menace déjà d’exploser, termina-t-elle en faisant une grimace.
— Je vais y aller, fit Orly.
— Tu n’es pas obligé de fuir à cause de moi, le rassura Val. Tu restes combien de temps à New York ?
— Deux jours.
— Alors on a tout le temps de discuter et vous avez encore le temps de faire… ce que vous voulez, bredouilla-t-elle en se rendant compte qu’il avait dû se passer des choses peu catholiques dans l’appartement ces derniers jours.
— Bonne nuit, lança Raf en la voyant entrer dans sa chambre. Tu crois qu’elle a été choquée ?
— Ça n’en avait pas l’air, la rassura Orlando, elle semble surtout épuisée et Viggo doit lui manquer.
— Sans doute, commenta-t-elle néanmoins déçue du manque d’enthousiasme de sa meilleure amie.

Une vingtaine d’heures plus tard, Valérie fut d’attaque pour écouter l’histoire de ses deux amis. Elle apprit que pendant son absence Orlando avait tenté de la contacter par msn. Raf avait utilisé son ordinateur, car le sien avait fait un court séjour chez le réparateur, et avait ainsi été en contact avec l’acteur. Protégée par son écran, Rafaela avait été beaucoup plus loquace et avait accepté de dîner avec Orlando le lendemain soir. Le séjour à New York de l’acteur avait été prolongé à la suite de ce dîner qui s’était déroulé dans une ambiance beaucoup plus détendue que leur première rencontre. Raf, qui était généralement distante, avait cédé aux avances d’Orlando. Ils avaient passé la nuit ensemble à regarder des vieux films qu’ils affectionnaient tous deux. Une chose en amenant une autre… Rafaela ne pouvait empêcher un sourire, qu’elle qualifiait d’idiot, d’orner constamment ses lèvres. Elle se sentait bien avec l’acteur, même si elle se doutait que leur relation ne durerait pas éternellement. Elle pensait qu’elle n’était pas assez bien pour un homme dans son genre mais avait, pour une fois, décidé de profiter de la vie et de rompre momentanément sa solitude.



***

16 Février 2002 – New York

Rafaela voyait Orlando assez souvent car ce dernier était en train de négocier sa participation dans une pièce qui se jouerait à New York l‘été suivant. Elle continuait de travailler chez Brenda, la libraire, et vivait son nouveau bonheur avec circonspection, s’attendant à chaque appel d’Orly qu’il lui annonce que le rêve était terminé. Elle comprenait un peu mieux les sentiments de Valérie et la difficulté de vivre une relation « longue distance ». Cette dernière gardait toujours un contact journalier avec Viggo mais sa présence lui manquait de plus en plus. Elle lui avait d’autant plus manqué lors de son anniversaire qu’elle avait fêté au Newday en compagnie de sa mère, Lou, Tom, Raf, Orlando, ainsi que Dom et Billy qui avait fait le voyage spécialement pour cet évènement. Valérie en avait été touchée et les avait chaleureusement remerciés lors de la remise des cadeaux. Orly avait été chargé par Viggo, qui ne pouvait se déplacer, de lui remettre le sien. La jeune femme l’avait ouvert avant d’aller fondre en larmes dans l’arrière-cuisine. Billy l’avait rejointe sous le regard approbateur de Dom. Si quelqu’un était capable de comprendre ce que la jeune femme ressentait, c’était bien son Billy.

— Hey ! Fit ce dernier en s’asseyant sur une caisse près de Valérie.
— Tu devrais retourner là-bas, murmura-t-elle en évitant de le regarder.
— Il te manque, n’est-ce pas ?
— C’est si visible que ça ?
— Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces. Il est magnifique, rajouta-t-il en contemplant le bracelet de diamants que Val tenait entre ses mains.
— Oui, acquiesça-t-elle. Tout comme l’énorme bouquet de fleurs et les chocolats qu’il a fait livrer pour la Saint-Valentin.
— Des témoignages de son affection, dit Billy. Il rajouta après un long silence, je sais ce que c’est de vivre une relation où l’autre est loin. On se sent constamment privé d’une partie de soi quand il n’est pas là. On se réveille la nuit pour constater que le lit est vide, la vie devient ennuyeuse, mais dès qu’il réapparaît, tout change.
— Je vois que tu connais le sujet, constata Val.
— Oui, j’ai eu beaucoup de mal avec Dom au début.
— Toi et…, murmura-t-elle stupéfaite. J’avais remarqué quelques petites choses mais je pensai que votre relation se limitait à une profonde amitié.
— C’était le cas, au début. Peu de gens connaissent la vérité.
— Pourquoi…
— Pourquoi je te le dis ? Parce que j’ai confiance en toi. Il viendra un jour où tu n’auras plus besoin d’être séparé de Viggo.
— A moins que tout ne s’arrête, dit-elle en sentant son cœur se serrer.

Billy poussa un léger soupir avant de la regarder de ses yeux émeraudes. Malgré ses larmes, elle était belle et il comprit, même s’il n’était plus enclin aux charmes féminins, ce que Viggo aimait chez elle. Son ami serait fou s’il la laissait quitter sa vie or Viggo était un original mais il était loin d’être fou.

— Ne dis pas de bêtise.
— Est-ce que… combien de temps a-t-il fallu pour que…, commença Valérie avant de songer qu’il s’agissait d’une question sans doute trop personnelle.
— Pour faire quoi ?
— Pour qu’il te dise qu’il t’aimait, poursuivit-elle dans un souffle.
— Ce n’est pas parce qu’il ne te l’a pas encore dit, tenta de la rassurer Billy, qu’il ne le pense pas, ne le ressent pas. Il a peut-être besoin d’un peu de temps. Et pour répondre à ta question, nous avons mis du temps à nous trouver et aussi à nous dire « je t’aime ». Dom était ma première… expérience.
— Cela dû être difficile pour toi.
— Le plus dur a été d’accepter mes sentiments pour lui. Je ne me suis jamais senti attiré par les hommes mais avec Dom… j’ai eu l’impression de trouver mon double, ma moitié. C’est un peu compliqué, concéda-t-il avec un léger sourire.
— Je…
— Tu n’as rien à dire, l’interrompit doucement l’Ecossais, juste besoin de savoir que tu as des amis et que tu peux compter sur eux. On ferait mieux d’y retourner si on ne veut pas qu’Orlando et Dom finissent ton gâteau d’anniversaire, proposa Billy en se levant et en lui tendant la main.

Val s’essuya les yeux, glissa sa main dans celle de l’acteur qui l’aida à se relever. Ils allaient passer en salle quand elle s’arrêta soudainement et prit Billy dans ses bras. Il répondit bien volontiers à son étreinte, sentant son besoin de tendresse.

— Merci, Billy.


***

Los Angeles – 1e Aout 2002

Elle était impatiente de descendre de l’appareil qui avait été retardé au départ à cause d’une valise suspecte. Que les gens semblaient avancer comme des tortues dans l’allée ! Cela faisait trois mois qu’ils ne s’étaient vus, à l’exception d’un bref week-end fin mai pendant lequel Viggo avait pu se libérer trois jours. Encore un pas de plus dans leur relation puisqu’il l’avait invitée chez lui, à Los Angeles, pour passer quelques jours de vacances bien mérités après avoir travaillé comme une forcenée au Newday, qui avait obtenu un regain de popularité après que le bouche à oreille avait fait savoir que des acteurs du seigneur des anneaux y passaient régulièrement, et achevé son troisième roman que son éditeur voulait publier en septembre. Enfin elle put s’engager sur la passerelle et suivre le long couloir menant aux arrivées. Elle vit son nom écrit sur une pancarte et suivit l’homme jusqu’à un salon privé en l’informant qu’il s’occupait de ses bagages. Valérie ne l’entendit pas, son regard venait de se poser sur Viggo qui conclut sa conversation téléphonique par un rapide « je te rappellerai plus tard » en l’apercevant. Ils se retrouvèrent avec la même passion, le même élan de joie que les autres fois. Leurs lèvres se rejoignirent avec le même besoin pressant, inconditionnel, partageant un baiser qu’ils auraient voulu sans fin.

— Hum… monsieur Mortensen, les interrompit l’inconnu qui avait accueillit Valérie, mettant ainsi fin à leur étreinte. Je suis désolé, je voulais juste vous avertir que les bagages de mademoiselle Beaumont ont été chargés dans votre voiture. Voici vos clés.

Viggo le remercia d’un signe de tête avant de porter son regard azur sur sa compagne. Elle était vêtue d’un débardeur blanc, d’un chemisier assorti noué à la taille et d’un pantacourt noir. Ses cheveux de feux étaient attachés en une haute queue de cheval qui laissait sa nuque dégagée et qu’il aurait aimé couvrir de baisers s’ils avaient été dans un endroit plus intime. Lui-même portait un t-shirt bleu, qui dévoilait discrètement son torse musclé, ainsi qu’un pantalon de toile beige. Il avait autour du cou une lanière de cuir noir au bout de laquelle pendait une pierre de la même couleur et un morceau de corne taillé en forme d’hameçon.

— Prête à affronter la meute ?
— Tu parles de journalistes ou du barbecue que Dom a organisé ?
— Des deux, j’en ai peur. Il y a toujours des paparazzis qui traînent à l’aéroport.
— J’affronterais Dieu en personne tant que tu es avec moi, assura Valérie en glissant sa main dans celle de l’acteur.

Il eut un sourire et lui vola un dernier baiser avant de la guider vers la seconde porte de la pièce. Ils regagnèrent la voiture de Viggo avec beaucoup plus de facilités qu’ils ne l’avaient craint. Le trajet jusqu’à la maison de Dominic ne prit pas plus de quarante minutes. Viggo se gara devant la maison d’un blanc immaculé. Ils entendaient des bruits venant de l’arrière de la demeure et se dirigèrent, main dans la main, vers le lieu de la fête.

— Enfin, les voilà, s’écria Peter en les voyant arriver.
— On commençait à désespérer, fit Dominic en allant accueillir ses deux invités.
— Il ne fallait pas, répondit Viggo en lui serrant la main.
— Laissez-moi passer, je veux être le premier à dire bonjour à la plus belle new-yorkaise que je connais, déclama Orlando en jouant des coudes pour passer.
— Toujours aussi charmeur, le taquina Val en se retrouvant dans les bras de l’Anglais.

Viggo salua les autres, qui s’étaient approchés à leur rencontre, et remarqua une jeune femme légèrement en retrait. Elle semblait gênée de se retrouver là et hésitait sur la conduite à tenir. Elijah vint à sa rescousse en allant la chercher pour la présenter aux nouveaux arrivants.

— Mes amis, voici Jessika O’Donnell.
— Ta dernière conquête, s’enquit Viggo en faisant rougir la jeune femme.
— Non, ma nouvelle voisine.
— Enchanté, fit Jess en serrant la main de l’acteur.
— Lij a osé vous amener ici et vous abandonner ensuite, s’exclama Valérie avec un air outré en regardant le comédien.
— Non, non, rassurez-vous. C’est juste que… je ne voulais pas m’imposer dans vos… retrouvailles, expliqua Jessika que la couleur tomate semblait ne pas vouloir quitter.
— N’hésitez pas à me le dire si l’un de ces garnements vous embête, déclara Val avec chaleur.
— Merci, répondit Jess avec soulagement de trouver quelqu’un qui semblait comprendre ce qu’elle ressentait.
— Hey, gronda une voix masculine derrière eux, tu es là depuis dix minutes et tu ne m’as pas encore dit bonjour !
— Pardonne-moi, Ô grand Billy ! Répliqua Valérie hilare en voyant l’air faussement offusqué de l’Ecossais.

Elle eut droit à une étreinte chaleureuse de sa part avant d’être conduite vers le buffet sur lequel Sean venait enfin de poser un plat de viandes. Ian ne put s’empêcher de raconter les malheurs de ce dernier pour allumer un simple barbecue. Le repas se fit dans une ambiance chaleureuse. Valérie et Jessika firent un peu plus connaissance et furent heureuses de découvrir qu’elles pouvaient s’exprimer dans leur langue maternelle, au grand dam de Dom et Orlando qui crurent qu’elles se moquaient d’eux en les voyant leur jeter des regards qu’elles espéraient pourtant discrets. Les deux jeunes femmes débattaient en fait du rôle de Merry et Legolas dans le seigneur des anneaux. Jessika soutenant que Orlando aurait pu faire un hobbit convenable tandis que Dom aurait pris sa place. L’image de Dominic pourvu de longs cheveux blonds les fit éclater de rire.

L’après-midi était déjà bien avancé quand ils paressèrent autour de la piscine. Peter s’était excusé pour aller faire sa sieste rituelle. David et Karl disputaient une partie d’échecs acharnés et Ian et Fran discutaient des scènes que voulait retourner Peter lors du second tournage tandis que les autres occupaient les chaises longues. Jess écoutait avec ravissement les anecdotes que lui racontaient Dom et Billy, ponctuées par moments de réflexion de Sean qui observait la Québécoise avec intérêt. Valérie et Viggo s’étaient installés sur le même transat, légèrement en retrait des autres, et discutaient à voix basse en se tenant la main.

— Tu trouves pas ça « écœurant », soupira Elijah qui regrettait, en les voyant, d’être célibataire.
— Ça fait un moment qu’ils ne se sont pas vus, répondit Orlando en observant le couple.
— Pourquoi je peux pas trouver une fille comme ça ? J’avais déjà du mal avant mon rôle de Frodon mais depuis, c’est encore pire ! Se plaignit Lij.
— Mon pauvre petit hobbit, le taquina Orly avec un sourire en songeant que sa vie sentimentale n’était pas mieux avant sa rencontre avec Raf. Sa pseudo liaison avec Kate n’était qu’un subterfuge pour booster leur carrière qui était en train de s’éventer.
— Pfff personne ne m’aime, bouda Elijah en faisant la moue.
— Mais bien sûr que si, s’écria Dom en se levant et en faisant mine de lui donner un baiser passionné sur la bouche.
— Ah mon Dominic, y a bien que toi qui me comprends, fit Lij en riant sans apercevoir le regard triste de Billy.
— Vous ne trouvez pas que c’est un peu calme ici ? Demanda Orly qui avait une idée derrière la tête.
— A quoi tu penses ? L’interrogea Dominic toujours partant pour un mauvais coup.
— J’irais bien embêter les tourtereaux.
— Orlando, le prévint Elijah, ça va être pire qu’un peu de crayon si tu… ok, j’ai rien dit.

L’Anglais eut un sourire taquin et fit signe à Dom de le suivre. Ils firent le tour de la piscine pour se retrouver derrière la chaise longue où discutaient Viggo et Valérie qui n’avaient rien remarqué de leur manège. Dominic comprit aussitôt le plan de son comparse et l’aida à faire rouler le transat dans la piscine à son signal. Billy, Jess, Lij et Sean éclatèrent de rire en voyant les deux amoureux tomber dans l’eau au plus grand plaisir de Dom et Orly.

— Ça fait du bien, non ? Demanda ce dernier en voyant Viggo remonter à la surface.
— Approche si tu veux le savoir, répondit-il en essayant d’attraper la cheville d’Orlando qui se recula vivement.

Dominic le regarda remonter sur le bord en gardant un œil sur le fond de la piscine. Valérie n’était toujours pas réapparue et Orlando eut peur qu’elle ne se soit blessée contre le rebord du bassin. Sans plus attendre, il sauta dans l’eau et alla la repêcher. Il la dégagea rapidement de la chaise longue et la remonta sur le bord avec l’aide de Dominic et Viggo qui lui lança un regard noir. Alors qu’Orlando venait de s’asseoir entre le bassin et la jeune femme tandis que Viggo vérifiait son pouls, Valérie se redressa soudain et, d’une brusque bourrade, envoya Orly dans la piscine.

— Tu as oublié de remonter le transat ! Lui cria-t-elle hilare en voyant son visage surpris.
— Tel est pris qui croyait prendre, dit Ian qui s’était approché avec Fran.

Chacun y alla de son commentaire et le pauvre Orlando fut repoussé maintes fois du bord jusqu’à ce qu’il remonte la chaise longue avec l’aide de Dom qui proposa un duel, deux contre deux, dans l’eau en réquisitionnant d’office Jessika comme partenaire avant que Sean ne puisse le faire. Viggo partit avec Dom qui lui avait offert de lui prêter des vêtements appartenant à son frère qui avait la même corpulence. Valérie retourna à la voiture chercher ce qu’il lui fallait dans sa valise et fut surprise de voir Billy venir avec elle.

— Tu n’as pas l’air bien, fit Val tout en cherchant son maillot de bain.
— Si, je voulais juste te tenir compagnie, répondit-il.
— Billy-boy, répondit-t-elle en le regardant droit dans les yeux, je sais que cela ne va pas. Tu veux en parler ?
— C’est rien, persista l’Ecossais en détournant le regard. Je me suis juste disputé avec Dom.
— A mon avis, c’est plus qu’une simple dispute. Viens, proposa Valérie en s’asseyant au bord du coffre.

Billy resta un moment debout avant de consentir à s’asseoir. Il avait envie de se confier mais en même temps rechignait à le faire de peur d’avoir raison concernant sa relation avec Dom. Quelque chose avait changé depuis quelques semaines, il était plus distant, moins à l’écoute et la scène du matin même prouvait que… Rien du tout, pensa-t-il en ayant conscience que Valérie attendait qu’il lui parle.

— C’était à propos de quoi cette dispute, commença-t-elle doucement pour l’inciter à le faire.
— On est allé faire quelques courses ce matin, confia Billy avec un soupir, et Dom a repéré un paparazzi quand nous sommes sortis du magasin. Tu le connais, quand il y a des journalistes, il faut qu’il se fasse remarquer.
— Oui, ça doit être son coté exhibitionniste.
— Il n’a rien fait de grave mais je n’aime pas cela. Je préfère rester discret et il n’a rien trouvé de mieux à faire que de me lécher le nez au moment où le paparazzi a pris une photo.
— Sa satanée langue ! Il va bien falloir qu’il apprenne à la ranger un jour, pesta Val ce qui fit naître un léger sourire sur les lèvres de son compagnon.
— En général, il s’excuse quand on se retrouve seuls mais…
— Il ne l’a pas fait, continua-t-elle en voyant que Billy se taisait.
— Non. Il a commencé à se fâcher quand nous sommes entrés dans la voiture, prétextant qu’il ne pouvait rien faire avec moi, que je l’empêchai de s’amuser, d’être lui-même. Je ne l’avais jamais vu dans cet état et nous n’avons pas pu en parler en rentrant parce que Peter, Fran et Karl nous attendaient devant la maison.
— Ce n’était sûrement pas grave, assura Valérie bien qu’elle en doutait quelque peu.
— Il n’y a pas que cela. J’ai vu son regard quand il a croisé celui de la Québécoise.
— Billy, tu ne crois pas que tu… enfin peut-être que ce n’était rien, se reprit Val qui avait aussi remarqué que Dominic semblait s’intéresser particulièrement à Jessika. Je suis certaine que cela va s’arranger, assura-t-elle en lui prenant la main.

L’Ecossais n’eut pas le temps de répondre car Orlando interrompit leur conversation en leur demandant s’ils voulaient participer au duel dans la piscine. Les équipes s’étaient formées et il manquait une personne. Valérie répondit qu’ils arrivaient en faisant signe à Orly qu’il gênait mais Billy ne lui laissa pas l’occasion de reprendre leur discussion, passant devant l’Anglais pour rejoindre le jardin.

— Qu’est-ce qu’il a ? Demanda Orlando.
— Rien de grave. Enfin, je l’espère. Alors quelles sont les équipes ?
— Elijah/Sean, Jessika/Dom, Karl/Viggo et nous deux.
— Tu es certain que…, commença Valérie en songeant au dos de son compagnon.
— Oui, on va les écraser !!! Ian et Fran sont nos arbitres.
— Et David ?
— Il ne veut pas participer. J’imagine que Billy non plus ?
— J’en doute.
— Alors file mettre ton maillot, partner ! Ordonna Orlando quand ils arrivèrent près de la piscine où Sean et Lij affrontaient Karl et Viggo qui avait l’avantage.

La bataille dura jusqu’à la fin de l’après-midi et les laissa aussi hilares que fatigués. Le couple vainqueur fut Karl/Viggo qui gagnèrent en demi-final contre Jessika/Dominic. Ian et Sean furent les premiers à partir, suivit de peu par Elijah qui proposa à Jess de la raccompagner. Cette dernière accepta et remercia chaleureusement Dom de lui avoir permis de passer l’après-midi avec eux. Dominic répondit que c’était un plaisir et qu’il espérait la revoir bientôt. Billy écouta mais ne pipa mot, son visage ne montrait pas la moindre émotion mais Valérie devina quelles étaient ses pensées. Viggo et elle prirent congés et la jeune femme murmura quelques mots à l’oreille de Billy qui hocha la tête gravement.

***

Valérie fut silencieuse durant le trajet jusqu’à la demeure de Viggo. Ses pensées étaient entièrement tournées vers Billy qui semblait si déprimé à cause de Dom. Leur relation était-elle vraiment sur le point de s’étioler ? Elle se demanda ce qu’elle ressentirait si la même chose arrivait entre elle et Viggo. Allait-il se lasser d’elle un jour et commencer à regarder d’autres femmes ? Elle en était là de ses pensées quand elle s’aperçut que son compagnon lui parlait.

— Quelque chose ne va pas ?
— Non… enfin… tu n’as pas trouvé Dom bizarre aujourd’hui ?
— Non, c’est Billy que j’ai trouvé renfermé. Il n’a quasiment pas dit un mot après que l’on ait commencé les duels.
— C’est… , souffla Valérie en découvrant, au détour d’une route poussiéreuse, la villa qui servait de résidence à Viggo. C’est là que tu habites ?
— Oui.

La jeune femme était stupéfaite devant l’imposante maison de style colonial qui trônait au centre d’un magnifique jardin verdoyant, en parfait contraste avec le sol aride de l’autre coté de la barrière blanche qui délimitait la propriété. Viggo emprunta le chemin menant à la demeure et salua d’un geste de la main un homme basané qui se trouvait près d’une dépendance située à gauche de la maison.

— Ce sont les écuries, indiqua l’acteur avec un léger sourire en voyant le regard ébahi de sa compagne.
— Euh… wow.
— C’est à peu près ce que j’ai dit la première fois que j’ai vu la maison.
— Il y a longtemps que tu y habites ?
— Je l’ai achetée il y a cinq ans. Je suis tombée dessus un peu par hasard. Elle est beaucoup trop grande pour moi mais j’ai eu un coup de foudre. En plus des écuries, il y a un immense kiosque à l’arrière qui me sert d’atelier, une piscine et une roseraie, expliqua-t-il en se garant devant la maison.
— C’est… magnifique. Je dois te sembler stupide.
— Pas du tout, j’avais peur que tu ne commences à être blasée mais tu as gardé toute ton innocence. Viens, je vais te faire visiter, offrit-il en l’invitant à descendre de voiture.

Viggo récupéra la valise de sa compagne dans le coffre et monta les quelques marches qui montaient au perron et étaient entourée de deux vastes colonnes blanches. Tout autour de la maison courrait une large terrasse pourvue de plusieurs fauteuils d’osier. Valérie se sentait comme une petite fille devant une maison de poupée grandeur réelle, une sorte d’Alice aux pays des merveilles. Ils pénétrèrent dans un vaste hall carrelé de marbre blanc et noir duquel partaient plusieurs portes à gauche et à droite tandis que, face à eux, se trouvait un double escalier, également de marbre avec une rampe en fer forgée, menant à l’étage. A peine eurent-ils fait quelques pas qu’une petite femme d’une quarantaine d’années, aux cheveux bruns coupés courts et vêtue d’un pantalon bleu marine et d’un chemisier assorti, vint à leur rencontre.

— Bonsoir Maria. Je voudrais vous présenter mon invité, Valérie Beaumont.
— Enchanté mademoiselle, répondit la femme avec un léger accent espagnol.
— De même.
— Maria s’occupe de la maison en mon absence et cherche à me gaver de ces délicieux plats quand je suis là.
— Si vous vous plaigniez, vous n’y aurez plus droit, le taquina la gouvernante avec un sourire. J’ai préparé un rôti pour ce soir et une salade et fait quelques courses.
— Elle a toujours peur que je meurs de faim quand elle n’est pas là, confia Viggo avec un sourire taquin. Ne vous inquiétez pas, profitez donc de ces quelques jours de congés avec Paolo.
— Oui, il est ravi de m’avoir pour quelques jours à la maison.
— J’allais oublier, fit Viggo avant de s’absenter pour revenir avec une enveloppe kraft à la main. Je lui avais promis une photo dédicacée de Liv, je l’ai reçue ce matin.
— Vous êtes beaucoup trop gentil avec lui, monsieur Mortensen, le réprimanda Maria en prenant néanmoins l’enveloppe.
— Il le mérite.
— Si vous avez besoin, je peux repasser dans la semaine pour faire quelques courses ou un peu de ménage.
— Vous êtes en vacances, Maria. Je ne veux pas vous voir avant le 10, lui rappela Viggo.
— Très bien mais appelez-moi si…
— Au revoir, répondit l’acteur en ouvrant la porte avec un sourire, amusé que la gouvernante le couve toujours autant.

Valérie avait observé la scène avec amusement. La relation de Maria et Viggo semblaient emprunte de respect et bien loin des rapports employés/employeurs habituels. Il se tourna finalement vers elle et la prit dans ses bras pour déposer un tendre baiser sur ses lèvres.

— Tu as faim ?
— Pas vraiment.
— Viens, je vais te faire visiter, proposa Viggo en lui prenant la main.

Ils empruntèrent le premier couloir sur leur droite et pénétrèrent dans un vaste salon meublé de profonds fauteuils de cuir, de tapis d’orient, d‘un large bar et d’une table de billard américain. Sur les murs étaient accrochés nombre de dagues, épées et autres armes blanches ainsi qu’une tapisserie représentant le couronnement d’un monarque.

— C’est magnifique, commenta Valérie en admiration devant la tapisserie.
— Je trouve aussi, répondit-il en observant sa compagne.
— Tu as dis que tu avais eu un coup de foudre pour cette maison, pourquoi ?
— En partie à cause de son histoire, répondit Viggo en lui faisant emprunter une porte communicante.

Ils entrèrent dans une pièce spacieuse dont trois des quatre murs étaient recouverts de livres anciens. Un énorme bureau trônait au centre de la pièce avec son fauteuil de cuir. La seule note moderne consistait en un fax, un ordinateur et un téléphone posés sur le bureau.

— La maison a été construite en 1877 par un banquier de Louisiane nommé Louis Garland. Après quelques affaires fructueuses à la Nouvelle-Orléans, il décida de prendre une femme mais sa réputation de Don Juan ne lui permit pas de conquérir une jeune fille de bonne famille là-bas, commença Viggo avant d’ouvrir la porte-fenêtre donnant sur la terrasse et d’inviter sa compagne à s’asseoir sur une balancelle. Notre banquier fit donc le long chemin de La Nouvelle-Orléans à Los Angeles, une petite ville en plein essor grâce à l’arrivée récente du chemin de fer. Il possédait une solide fortune et n’eut guère de mal à se faire accepter par les notables de la ville. Il se passa plusieurs mois avant que Louis ne trouve la femme qu’il espérait, jusqu’à ce qu’une nouvelle famille vint s’installer à Los Angeles, les De Meideros. Les parents avaient déménagé de Boston à cause de leur fille aînée, Sofia, qui s’était amouraché d’un homme indigne de son rang. Dès qu’il la vit, Louis en tomba profondément amoureux. Il alla voir Juan De Meideros pour lui demander la main de sa fille. Ce dernier la lui accorda mais imposa plusieurs conditions dont celle de faire construire une maison somptueuse, celle où nous nous trouvons, pour Sofia. Louis ne lésina pas sur les dépenses. Il fit venir le meilleur architecte de Louisiane, chercha le meilleur terrain, passa toutes ses journées ou presque sur le chantier pour être certain que la maison serait parfaite, à la hauteur de la femme qu’il aimait. Hélas pour lui, Sofia n’oubliait aucunement son premier amour. Elle dut néanmoins l’épouser mais cette maison, construite avec amour par Louis, devint un cénotaphe pour la jeune femme.
— C’est triste, commenta Valérie en songeant à tous les espoirs déçus du banquier.
— La fin en est tragique, reprit Viggo de sa voix suave. Sofia tomba enceinte lors de leur première année de mariage mais ne le supporta pas. Elle se jeta du toit de la maison et mourut, laissant un Louis inconsolable qui disparut quelques jours plus tard.
— Tu veux dire qu’il n’est jamais revenu ?
— Non. Au bout d’un certain temps, le juge l’a déclaré mort et son plus proche cousin a hérité de la maison qu’il a revendue, n’ayant aucune envie de s’y installer. Au fil des années, l’écurie a été ajoutée ainsi que le kiosque, les commodités d’usage et la roseraie le furent par le dernier propriétaire, un lord anglais qui ne vivaient que pour ses roses depuis la mort de sa femme.
— Cette maison a connu des jours tragiques.
— Oui mais aussi beaucoup de bonheur. Ce fameux lord y a vécu près de 50 ans avec son épouse et fondé une famille nombreuse.
— Et depuis tu es là… seul. Enfin j’imagine que je ne suis pas la première à venir ici, miss « algue et faux seins » a dû y séjourner, murmura Valérie avant de se rendre compte qu’elle avait parlé à voix haute.
— Miss « algue et faux seins » ? Reprit Viggo amusé.
— C’est… c’est ainsi qu’Henry l’a surnommée, répondit Val en piquant un fard, mais cela ne me regar...

Il l’empêcha de continuer en capturant ses lèvres avec ardeur, pénétrant le sanctuaire de sa bouche de sa langue. Valérie se soumit bien volontiers à ce baiser, poussant un soupir de plaisir quand elle sentit la main de son amant caresser l’un de ses seins à travers le tissu de son chemisier.

— Tu n’as toujours pas faim, demanda Viggo d’une voix rauque quand il rompit leur étreinte.
— Non.

Un sourire orna les lèvres de l’acteur qui se leva et prit la jeune femme dans ses bras pour la ramener à l’intérieur de la maison. Ils traversèrent la bibliothèque jusqu’au hall avant d’emprunter le double escalier. Viggo la conduisit jusqu’à sa chambre, donnant sur la roseraie à l’arrière de la maison, et la déposa sur le lit à baldaquin qui occupait le centre de la pièce. Valérie n’eut guère le temps d’apprécier la décoration simple, de style colonial, de la chambre. Son amant l’attira dans un monde de tendresse et de plaisir auquel elle ne chercha même pas à échapper, trop heureuse de sentir à nouveau le corps de Viggo contre le sien. La volupté vint les cueillir de ses bras bienveillants avant de les laisser glisser dans un sommeil paisible.

***


Le lendemain Valérie reçut un coup de fil de Billy. Il avait longuement hésité avant d’appeler la jeune femme mais il avait besoin de parler à quelqu’un et savait qu’il pouvait compter sur elle. L’Ecossais arriva une heure plus tard, les yeux rougis par ses larmes. Viggo serait bien resté pour aider son ami mais une douche prolongée, à cause d’une certaine jeune femme, l’avait déjà mis en retard pour une séance photo qu’il n’avait pu annuler. Val le conduisit dans la cuisine et leur prépara du thé sans dire un mot, laissant à Billy le temps de se remettre. Quand leur boisson fut prête, elle mit au moins cinq minutes à retrouver les tasses dans les placards. Incapable de trouver un plateau, elle tendit sa tasse à son compagnon et l’invita à la suivre. Ils s’installèrent sur la terrasse à l’arrière de la maison, profitant des rayons du soleil qui perçaient quelques nuages vagabonds.

— Tu as une tête de déterré, constata Valérie après l’avoir longuement observé.
— Je n’ai pas dormi.
— Billy-boy, je veux bien t’aider mais si tu ne me dis rien…
— C’est terminé, l’interrompit-il en sentant les larmes lui monter de nouveaux aux yeux.
— Je ne comprends pas, qu’est-ce qui est terminé ?
— Dom et moi. Nous avons eu… je ne sais pas trop si c’était une discussion ou une dispute.
— Je suis désolée, murmura Val en posant sa main sur celle de l’acteur.
— Il avait bu mais j’ai bien senti qu’il pensait chacune de ses paroles.
— Vous en avez reparlé ce matin ?
— Non. Je suis parti hier soir. J’ai roulé une partie de la nuit avant de me garer le long de la plage. J’avais besoin de réfléchir. S’il n’y avait pas le tournage à Wellington, je rentrerais immédiatement à Glasgow. Je ne sais même pas comment je vais faire pour tourner quelques scènes avec lui !
— Sa décision n’était peut-être pas irrévocable ?
— Ça ne changerait rien. Je ne peux pas oublier le mal qu’il m’a fait.
— Billy, les relations de couple sont toujours plus ou moins compliquées.
— Tu t’es déjà disputé avec Viggo ?
— Non mais c’est différent, nous ne vivons pas ensemble et cela arrivera forcement un jour ou l’autre. J’espère bien pouvoir venir m’épancher sur ton épaule quand cela se produira, rajouta-t-elle avec un tendre sourire.
— Bien sûr. J’aurais pas dû vous déranger mais… tu es la seule personne avec qui je peux parler ouvertement de ma relation avec Dominic.
— Tu as fini de dire des idioties ? Viens là, ordonna-t-elle en prenant Billy dans ses bras.

Celui-ci hésita quelques secondes avant de se laisser aller contre l’épaule de la jeune femme. Il n’arriva pas à empêcher de nouvelles larmes de couler. Il avait tellement mal. Son histoire avec Dom avait eu des débuts chaotiques mais jamais il n’aurait imaginé être repoussé par l’Anglais. Il s’en voulait de ne pas être plus exubérant, plus joueur, comme Dominic qui s’amusait de tout et ne manquait jamais une occasion de faire l’imbécile devant la presse. Billy préférait la discrétion, que leur histoire d’amour ne sorte pas d’un petit cercle d’intimes. Il avait l’impression d’être un papillon de nuit qui s’était brûlé les ailes en approchant trop près du bonheur. Tout à ses réflexions, il n’entendit pas qu’une troisième personne les avait rejoins. Valérie observa un moment en silence Dominic qui gardait obstinément la tête basse. Il s’en voulait visiblement mais avait du mal à trouver les mots.

— Comment…, demanda Val.
— Viggo, l’interrompit Dom, je l’ai appelé, je me doutais qu’il viendrait ici, continua-t-il en parlant de Billy comme s’il n’était pas présent.
— Nous n’avons rien à nous dire, fit ce dernier qui s’était redressé en entendant la jeune femme parler.
— Billy, ne…
— Non, Dominic, tu ne peux pas me jeter comme un kleenex usagé et me reprendre le lendemain matin comme si de rien n’était ! S’insurgeât l’Ecossais.
— Je vais vous laisser, déclara Valérie en se repliant dans la cuisine.
— Ne bouge pas, ordonna Billy d’un ton sec qui stupéfia la jeune femme qui en retomba lourdement sur sa chaise.
— Mais…
— Il n’y a rien à dire. Tu as été parfaitement clair cette nuit, Dominic, mais peut-être que tu ne t’en souviens pas ?
— Je suis venu pour m’excuser, tenta Dom. Laisse-moi t’expliquer…
— Je viendrais chercher mes affaires un peu plus tard.
— Tu ne peux pas, s’exclama-t-il horrifié à l’idée de perdre sa moitié.
— Je crois vraiment qu’il faut que je vous laisse en tête-à-tête, insista Valérie en s’éclipsant avant que Billy n’ait le temps de protester.

Les deux hommes restèrent un long moment silencieux, évitant de se regarder. L’un se demandait s’il allait arriver à camper sur ses positions tandis que l’autre réalisait à quel point il avait blessé la personne à qui il tenait le plus. Dom passa une main baguée dans sa tignasse havane, se demandant comment il devait commencer, avant de porter la main au collier qui ne le quittait jamais. Un vague sourire effleura ses lèvres en caressant la bague que lui avait offert la fille de Sean Astin en lui faisant promettre, le rouge aux joues, qu’il deviendrait son mari quand elle serait plus grande. Billy avait assisté à la scène et avait eu un sourire amusé. Où étaient ces jours heureux ? Pourquoi n’arrivait-il plus, à certains moments, à se contrôler ? Il savait pertinemment que Billy n’apprécierait pas qu’il le taquine devant le journaliste, pourtant il n’avait pas pu résister, tout comme il n’avait pas pu résister cette nuit quand son amant lui avait dit des mots amers. Ses souvenirs étaient assez flous mais il savait qu’il avait dépassé les bornes. Quand il s’était réveillé ce matin, Billy n’était plus là et il n’aurait pas quitté la maison sans une bonne raison. Il releva finalement la tête et croisa le regard émeraude de l’Ecossais. Un regard dur, triste, sombre. Ses yeux étaient encore rougis par les larmes qu’il lui avait fait verser et Dom sentit son cœur se serrer. Quoiqu’il ait pu faire ou dire, il se promit d’effacer ces tristes souvenirs de la mémoire de Billy, ou du moins d’essayer.

— Je suis désolé.

Billy l’observa sans dire mot. Pensait-il réellement que ces trois petits mots allaient tout changer ? Il n’était pas aussi idiot pour le croire. Non, le Dominic qu’il connaissait et appréciait le savait, l’autre, celui qui avait surgit cette nuit, il en était moins sûr. Des images de leur dispute revinrent à son esprit. Il avait certainement dépassé les bornes, lui aussi, mais cela ne justifiait pas que Dom ait essayé de le frapper. Dans le brouillard alcoolique dans lequel il était, il l’avait manqué d’une bonne vingtaine de centimètres mais le geste restait le même. Ce Dominic là lui avait fait peur.

— Parle-moi, supplia l’Anglais avec un regard de chien battu.

Pour dire quoi ? Se demanda Billy. Qu’est-ce qu’il lui prouvait que Dom ne recommencerait pas et, cette fois, toucherait sa cible ? Ce dernier avait un air lamentable sur le visage, sachant très bien que l’Ecossais ne pouvait longtemps rester fâché contre lui mais aussi parce qu’il ne voulait pas le perdre. Après tout, quel couple ne vivait pas une dispute de temps à autre ? Il était prêt à faire toutes les concessions nécessaires pour se faire pardonner. Toutes.

— Je ne sais pas quoi te dire, murmura finalement Billy la tête basse.
— Pourquoi… es-tu parti ?
— Tu ne le sais vraiment pas ? Répliqua-t-il d’un ton ironique.
— Mes souvenirs sont confus, avoua Dominic la tête basse. Je crois que j’ai un peu abusé de la boisson.
— C’est le moins qu’on puisse dire, cingla l’Ecossais avec une moue dégoûtée.
— J’ai du te dire des mots…
— Tu as failli me frapper, Dom, déclara Billy d’un ton grave.
— Te… je n’aurais jamais…

Il s’interrompit brusquement en songeant qu’il n’avait aucune raison de lui mentir. Il avait une fois de plus perdu le contrôle. C’était de plus en plus fréquent mais généralement il parvenait à maîtriser ses crises sans faire de mal autour de lui. Que lui arrivait-il ?
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 18:13

— Je… je ne sais pas ce qu’il se passe, Billy. Il y a une telle colère en moi par moments… je ne sais même pas pourquoi, expliqua Dominic d’un ton grave. J’ai l’impression de devenir fou, besoin de détruire tout ce qui est à portée de main.
— Ce qui explique certaines choses, murmura son compagnon en songeant aux meubles et bibelots qui avaient mystérieusement disparus de chez l’Anglais entre deux visites.
— Je suis si désolé…, souffla Dom en détournant le regard pour que Billy ne voie pas les larmes qui perlaient à ses yeux.

Il sut, dès qu’il leva le regard sur lui, qu’il ne pouvait pas l’abandonner. Dominic avait besoin d’aide, il avait besoin de lui. Avec lenteur, il se leva et contourna la table pour le rejoindre. Il avait l’air tellement malheureux, tellement… Billy le prit dans ses bras et le laissa se raccrocher à lui, comme un marin perdu dans une tempête qui s’accrocherait aux restes de son bateau englouti par les flots. Dom se laissa aller contre l’épaule de l’Ecossais avant de reprendre plus ou moins contenance et de relever la tête pour le regarder.

— Je ne veux pas te perdre, Billy.
— Je ne le veux pas non plus mais… je ne peux pas vivre ainsi. Il faut que tu te fasses aider, Dom.
— Tu veux dire…
— Tout se passera bien, je serais avec toi, le rassura Billy d’un léger sourire.
— Tu promets ?
— Oui, Dom, je te le promets.

Valérie avait discrètement observé la scène de loin, sans pouvoir entendre ce qu’ils se disaient, et fut soulagée quand elle les vit échanger un baiser timide et hésitant. Depuis qu’elle les connaissait, ils lui semblaient former un couple équilibré. La discrétion de Billy compensant le coté extraverti de Dom. Ils étaient complémentaires et une grande complicité les unissait, ils ne pouvaient pas y mettre fin pour une simple dispute. Elle sourit en les voyant rejoindre le devant de la maison, main dans la main, pour s’éclipser discrètement.

***

La matinée avait passé relativement vite. Après le départ de Dominic et Billy, Valérie avait appelé sa mère et Rafaela. Sa colocataire était relativement déçue de ne pas avoir pu l’accompagner mais elle écouta avec intérêt le résumé détaillé que son amie lui fit du barbecue. Elle ne put s’empêche de s’esclaffer en imaginant Orlando pousser Viggo et Valérie dans la piscine. Raf lui avoua avoir revu l’inspecteur Kelly, ce dernier l’avait appelée car Bryan était recherché pour trafic de drogues et il espérait que la jeune femme aurait eu de ses nouvelles, ou connaîtrait un endroit où il serait susceptible de se réfugier. Elle n’avait pu répondre que par la négative mais lui avait fait une liste des différents endroits qu’ils avaient fréquentés durant leur liaison. Les deux amies se quittèrent finalement après près d’une heure de conversation. Valérie fit le tour de la maison qui semblait immense et vide mais d’une certaine manière assez chaleureuse. Après avoir errer sans but un long moment, elle décida « d’envahir » la cuisine après être passée chercher un cd dans sa valise.

Viggo se gara devant l’énorme bâtisse blanche. La séance photo avait duré un peu plus longtemps que prévu mais le résultat était parfait. Il songeât que sa vie était beaucoup plus tranquille avant la notoriété que lui avait procurée le seigneur des anneaux. Certes, être reconnu pour son travail était plaisant mais cela comportait aussi de nombreux inconvénients. Il repoussa au loin ses pensées pour se concentrer sur la jeune femme qui l’attendait à l’intérieur. Dès qu’il ouvrit la porte, il entendit de la musique provenir de la cuisine. Il n’en comprit pas les paroles qui étaient en français, à ce qu’il crut deviner. Il parvint rapidement sur le seuil de la pièce et s’adossa à l’encadrement avec un sourire. A la voix du chanteur, se mêlait celle de Valérie qui dansait tout en préparant quelque chose qu’il ne pouvait voir sur le plan de travail. Il s’aperçut rapidement que la chanson tournait en boucle mais n’eut aucune envie d’interrompre ce moment de tranquillité.

— Elle a comme une p'tite douleur dans l'regard, cette ombre qui rend les gens fréquentables. Elle m'est tombée dessus sans trop crier gare. J'voudrais qu'elle me garde un p'tit peu plus taaaaaaaard !!!!!!!!!!!! Chanta Val inconsciente de la présence derrière elle.

Après avoir donner un dernier tour de cuillère dans sa pâte, elle alla en se dandinant jusqu’au tiroir situé sous le four et en sortit un moule en verre qu’elle beurra avant de le remplir de sa préparation au chocolat. Elle ne put résister et lécha la cuillère une fois qu’elle eut finie, ne s’apercevant pas qu’elle avait déposé un peu de pâte sur le bout de son nez.

— Et j'aime aussi comme elle se passe de moi. Comme elle est fière et secrète parfois. Comme elle donne tout à chaque fois. Elle met des petits chapeaux et moi ça me vaaaaaa !!!!! Continua-t-elle enfournant son gâteau avant de se retourner et de rester figée en voyant Viggo lui sourire. Ça fait longtemps que… tu es là ?
— Assez pour avoir entendu ta chanson au moins une fois, répondit-il en approchant.
— Je vois, fit-elle gênée.
— Qu’est-ce que tu as préparé ?
— Un gâteau. J’avais besoin de m’occuper un peu. Je vais ranger, ne t’inquiètes, le rassura-t-elle en voyant le désordre qui avait envahi le plan de travail.
— Ça peut attendre, répondit Viggo d’une voix légèrement rauque en la prenant dans ses bras. Tu as quelque chose… là, continua-t-il doucement avant de lécher la trace de chocolat sur le nez de sa compagne.
— Je… merci…, eut-elle à peine le temps de murmurer qu’il était déjà passer à ses lèvres tentantes.
— Combien… de temps pour… ton gâteau ? S’enquit-il entre deux baisers.
— Trente minutes.
— Ça va être un peu juste, déclara Viggo d’un ton taquin.
— Juste ? Répéta Valérie sans comprendre.

Au lieu de répondre, il la souleva et la porta jusqu’à la longue table de cuisine, l’asseyant avec douceur au bord avant de se glisser entre ses cuisses entrouvertes. La bouche gourmande de l’acteur déposa une kyrielle de baisers sur le visage de sa compagne. Il glissa ses mains sous son débardeur pour les faire lentement remonter, emmenant le vêtement devenu superflu avec elles. Valérie ferma les yeux quand il taquina les pointes tendues de ses seins. Elle ne comprenait pas comment mais il avait un immense pouvoir sur elle, celui de déclencher milles et une sensation de plaisir dans son corps, d’allumer un feu que lui seul pouvait éteindre. Elle ne put retenir un cri rauque de franchir ses lèvres quand la main de Viggo glissa sous la ceinture de son jean à la recherche de son bouton d’or. Leurs bouches étaient avides de se redécouvrir l’une et l’autre. Val glissa les mains dans la chevelure brune de son amant qui continuait de la caresser, attentif aux moindres gémissements, aux moindres gestes de sa compagne. Il ressentait une chaleur intense et coutumière à son entrejambe mais essaya de s’en désintéresser, sentir Valérie vibrer de plaisir sous ses caresses était presque aussi jouissif que de lui faire l’amour. Elle se raidit brièvement avant de pousser un râle de plaisir qu’il vint cueillir sur ses lèvres encore humides de leurs baisers.

— Viggo…, murmura-t-elle en essayant de reprendre contact avec la réalité.

La sonnerie du four retentit avant qu’elle n’ait le temps de formuler une phrase cohérente. Viggo descendit de la table et l’aida à se relever, exigeant un dernier baiser avant d’aller sortir le gâteau du four. Elle le regarda, incapable de faire un geste, encore sous le coup des émotions qu’elle venait de ressentir.

— Il a l’air parfait.
— Il l’est, assura Valérie en songeant non au gâteau mais à l’homme qui était devant elle.
— Comment…, demanda Viggo avant de comprendre l’allusion.
— Je meurs de faim, fit-elle avec un sourire tout en remettant son débardeur. On s’installe sur la terrasse ?
— Si tu veux.

***


Les trois jours suivants défilèrent tranquillement. Viggo lui fit visiter Los Angeles et ses environs, sans oublier la célèbre colline avec ses grandes lettres blanches qui signifiaient tant pour tous les débutants de l’art cinématographique. Ils firent aussi une longue promenade à cheval sur la propriété, pique-niquant au bord de l’étang qui s’y trouvait, avant de passer l’après-midi à paresser en contemplant le ciel clair et les quelques nuages qui prenaient des formes variées selon le bon vouloir des deux amoureux. Le soir suivant, un Orlando survolté, et accompagné d’une bouteille de champagne, vint sonner à leur porte.

— Vous n’allez jamais le croire ! S’extasia-t-il avec un sourire immense sur le visage.
— Tu as rencontré la femme de ta vie ? Demanda Valérie avant de se reprendre, ah non, c’est déjà fait !
— Mieux que ça !
— Il y en a une qui ne va pas être heureuse, commenta Viggo en invitant Orlando à s’asseoir sur la terrasse où les deux amants aimaient se réfugier le soir.
— Je vais tourner avec Johnny Depp ! Annonça Orly comme un gamin qui déballe ses cadeaux le matin de Noël.
— Tu as finalement revu ta position ? S’étonna Viggo qui avait cru comprendre que son ami était fatigué des tournages et comptait prendre quelques mois de repos.
— Eh bien, Geoffrey a tellement insisté… et puis, c’est quand même une occasion à ne pas manquer, tu ne crois pas ?
— Geoffrey ? Répéta Val qui n’avait aucune idée de qui cela pouvait être.
— Rush. Je viens de tourner Ned Kelly avec lui, un film dans lequel je joue un hors-la-loi. Il va aussi jouer dans « Pirates des Caraïbes ».
— Tu vas jouer un pirate ? S’étonna Valérie.
— Oui et comme je voulais fêter cela avec des personnes qui me sont chers… je viens vous embêter un peu et puis, je trouve que Viggo t’accapare un peu trop. Tu as des coupes ?

La soirée se finit assez tard mais dans une ambiance bon enfant. Dominic, Billy et Elijah qui les avaient rejoint furent ravis pour Orlando et portèrent un toast pour chacun d’entre eux connaissent le même succès. Valérie remarqua, avec plaisir, que les choses semblaient s’être arrangées entre Dom et Billy. Ce dernier n’eut pas la possibilité de discuter tranquillement avec la jeune femme mais le sourire qui illuminait son visage en disait long.

***

6 août 2002


La matinée débuta paresseusement pour Viggo et Valérie qui passèrent une bonne partie de celle-ci dans la chambre de maître. Alors qu’ils se demandaient s’ils allaient se lever ou non, le portable de Viggo sonna. Ce dernier consenti à répondre en reconnaissant l’identité de sa correspondante.

— Allô.
— Viggo j’ai un problème. Je voudrais savoir si tu peux prendre Henry ce soir.
— Que se passe-t-il ? S’enquit ce dernier en se redressant contre la tête de lit.
— Tu te souviens de Peter Kenerson ?
— Pas du tout.
— Il avait produit mon premier album et me propose d’en refaire un en solo cette fois. Il veut en discuter ce soir.
— Je vois sauf que je suis pris.
— Tu ne peux pas reporter ? Demanda Christine d’un ton suppliant.
— Attends un instant.
— Un problème ? S’enquit Valérie quand il se tourna vers elle.
— Je ne devais pas avoir Henry mais Christine a un rendez-vous imprévu.
— Je vois. Tu n’as pas quelque chose toi aussi ce soir ?
— Si, justement.
— Eh bien, proposa la jeune femme, je pourrais peut-être m’en occuper ? Enfin si Christine et toi êtes d’accord.
— Vraiment ?
— Je n’ai pas de diplôme officiel de baby-sitter mais je pense qu’on pourra s’entendre, Henry et moi, pour une soirée.

Viggo fit part de sa proposition à son ex-femme qui se montra plutôt enthousiasme. De toute façon, comme lui fit remarquer Valérie une fois qu’il eut raccroché, elle n’aurait pas pu l’accompagner à son rendez-vous professionnel et Henry était plutôt de bonne compagnie. Le reste de la journée se passa tranquillement au bord de la piscine. Viggo avait réussi à joindre son fils qui semblait assez content d’échapper à sa mère pour la soirée et lui promit d’attendre Valérie devant son lycée après son entraînement de basket. Cette dernière fit remarquer à son compagnon qu’elle était dépourvue de voiture et n’avait pas vraiment l’habitude de conduire. Viggo lui prêta la jeep qu’il utilisait lors de ses virées dans le désert et lui fit un plan pour qu’elle puisse trouver l’école sans problème. Ils se séparèrent une heure plus tard devant la maison, l’un allant à un dîner d’affaire et l’autre ne sachant pas trop comment elle allait occuper un adolescent de quatorze ans.

***


— Désolée, s’excusa Valérie sitôt garée devant l’endroit où l’attendait Henry, malgré les indications de ton père, je me suis perdue.
— Pas grave, répliqua l’adolescent en grimpant dans la jeep. Quel est le programme ?
— Le… programme ? Répéta la jeune femme qui ne comprenait pas.
— Tu veux dire qu’on va bêtement rentrer et attendre sagement que mon père ou ma mère revienne ?
— Euh… à quoi tu penses ?
— Y’a un match des Lakers ce soir, à moins que tu préfères le hockey ?
— Basket ou hockey, ça aurait pu être pire comme choix.
— T’as pas l’air enthousiaste, constata Henry déçu.
— Si, si. Tu préfères quoi toi ?
— Le hockey ! Le stade est pas loin et j’connais l’un des vigiles, il pourra certainement nous faire entrer gratos.
— Si ton père est ok, ça marche mais à une condition.
— Laquelle ? S’enquit l’adolescent en levant un sourcil interrogateur.
— Après on regarde un film de mon choix.
— Pitié pas un truc sentimental.
— Tu verras bien. C’est donnant-donnant, ça marche ?

N’ayant réussi ni à joindre Viggo, à qui elle laissa un message, ni Christine, Valérie décida de prendre les choses en main. Quand ils arrivèrent à la patinoire, une foule se pressait devant les guichets mais Henry repéra l’ami dont il parlait qui les fit rapidement entrer et les installa, d’après lui, aux meilleures places. Val constata vite qu’il s’agissait en fait de l’endroit où les hockeyeurs venaient le plus souvent s’exploser contre les vitres. A la fin de la 1e période, Henry et elle allèrent faire le plein de hot dogs et coca avant de revenir à leurs places. La jeune femme trouva le temps assez long, malgré qu’Henry tente de lui inculquer quelques règles de bases, et fut ravie de voir l’arbitre siffler la fin du match. Elle n’avait aucune idée de l’équipe qui avait gagné. Pour elle, ils étaient aussi blessés les uns que les autres.

Ils regagnèrent tranquillement le parking pendant qu’Henry commentait les moments forts du match. Valérie s’amusa plusieurs fois des intonations qu’il prenait, imitant à la perfection les commentateurs sportifs du match et leur excitation chaque fois qu’un joueur approchait des cages. Tout à leur discussion, ils ne prêtèrent aucune attention aux gens qui les entouraient ni au fait qu’ils étaient seuls dans le parking. Valérie déverrouilla les portes et allait monter quand elle sentit quelque chose de dur entre ses omoplates. Une voix grave lui parla rapidement.

— Dis au gosse de monter sans faire d’histoire.
— Qui…
— Obéis ! Ordonna la voix en enfonçant plus profondément ce que la jeune femme supposa être le canon du arme.
— Henry, fit Val d’une voix qui lui parut beaucoup plus sereine qu’elle ne l’était, tu vas m’écouter attentivement et faire ce que je te demande sans poser de question, ok ?
— Y’a un problème ? Demanda l’adolescent qui remarqua l’homme.
— Sauve-toi ! Cours le plus loin possible, hurla Valérie tandis que l’inconnu pestait dans son dos.
— Espèce de garce, rugit-il en donnant un coup de crosse à la jeune femme qui s’effondra à ses pieds.

Un van noir venait juste de se garer devant la jeep. Un homme en descendit et prit rapidement conscience de la situation. Il ordonna à son comparse d’installer la femme dans le van tandis qu’il partait à la suite d’Henry. L’adolescent slaloma aussi vite qu’il le pouvait entre les voitures. Il pesta quand il s’aperçut que le parking était entouré d’un haut grillage qu’il ne pouvait pas franchir. Henry jeta un coup d’œil derrière lui et constata qu’il était suivit. Il s’agenouilla entre deux voitures et sortit son portable.

— Aller, répondez, marmonna-t-il tandis que le répondeur de la police lui indiquait que son appel était en attente. Bon sang, c’est pas vrai.

Alors qu’il venait juste de raccrocher, son téléphone fit entendre sa sonnerie. Henry pesta contre son correspondant mais décrocha néanmoins en changeant de cachette.

— Bonsoir chéri, je voulais savoir si tout allait bien.
— Maman ?
— Oui, qui crois-tu que se soit ? Tu as une drôle de voix, fit Christine avec inquiétude.
— Ecoute, j’ai pas beaucoup de temps, dit Henry en surveillant les alentours. Valérie s’est fait agresser et y’a un type qui est après moi.
— Henry mais qu’est-ce que tu…
— Appelle les flics maman et dis leur qu’on est… ahhhhhhhh

L’adolescent se débattit comme un beau diable mais son assaillant était beaucoup plus fort. Il le maîtrisa sans peine et le jeta dans le van que son comparse avait rapproché.

***

— Henry ? Henry ! S’écria Christine insouciante des gens qui l’entouraient. Mon dieu, dites-moi que ce n’est qu’une stupide plaisanterie !

Christine composa de nouveau le numéro de son fils mais tomba sur sa messagerie. Elle pesta avant de faire celui de son ex-mari. Viggo décrocha dès la première sonnerie, son rendez-vous venait de se terminer et il l’avait rallumé pour prendre connaissance de ses messages.

— Oui ?
— Où est Henry ? Attaqua immédiatement Christine.
— Pardon ?
— Bon sang Viggo, est-ce que tu sais où est ton fils, oui ou non ?
— Avec Valérie, ils sont allés voir un match de hockey au Wilkinson.
— Non, je crois qu’ils n’y sont plus.
— Je ne comprends pas, fit Viggo en faisant signe à Orlando, qui venait de le rejoindre dans le hall de l’hôtel où il se trouvait, de patienter.
— J’ai appelé Henry à l’instant et il était bizarre. Je crois que… je crois qu’ils ont été enlevés.
— C’est absurde.
— Viggo, je ne suis pas folle. Henry m’a demandé de prévenir la police avant que nous en soyons coupés.
— Je n’en suis pas loin, je vais y aller. En attendant, je vais tenter de joindre Valérie sur son portable. Je te tiens au courant, annonça-t-il en raccrochant.
— Un problème ? S’enquit Orlando en voyant l’air inquiet de son ami.
— Si Christine a raison, un gros, oui.

Les deux hommes ne perdirent pas de temps en vaines paroles. Ils rejoignirent la voiture de Viggo tandis qu’Orlando essayait de joindre, sans succès, la jeune femme. Le trajet leur prit moins de temps que d’habitude en partie à cause de la conduite rapide de l’acteur mais aussi du fait que les rues étaient quasiment vide à cette heure. La pendule de la voiture indiquait 22h quand ils se garèrent devant le parking dont la grille était encore ouverte. Les deux hommes s’engouffrèrent à l’intérieur en cherchant des traces de la jeep.

— Et merde, jura Viggo entre ses dents une fois qu’il l’eut retrouvée la portière conducteur ouverte.
— Ils ont peut-être…, commença Orly avant de s’arrêter brusquement en songeant que l’hypothèse de Christine semblait vérifier. Il faut appeler la police.

Alors que Viggo allait répondre, son portable sonna. Il décrocha et commença à parler, s’attendant à avoir son ex-femme au bout du fil mais une voix d’homme le coupa brusquement.

— Ecoutez-moi bien, monsieur Mortensen, je ne vais pas le répéter deux fois. Je tiens votre fils et votre petite-amie, chacun d’eux vaut, selon mes estimations, la modique somme de cinq millions de dollars. Je vous donne deux heures pour réunir cette somme en petites coupures dont les numéros ne se suivent pas, bien entendu.
— Les banques sont fermées, comment puis-je réunir cette somme ? Demanda Viggo qui se demandait s’il avait le bon kidnappeur au bout du fil.
— Et merde, grommela ce dernier avant de mettre la main sur le combiné.
— Qu’est-ce qu’il se passe, murmura Orlando.
— Alors vous avez jusqu’à demain matin, 10h, reprit l’inconnu d’un ton sec. Je vous recontacterai.
— Attendez, s’écria Viggo alors que son interlocuteur faisait mine de raccrocher. Comment puis-je être sûr que vous détenez Henry et Valérie ?
— Vous avez dû retrouver leur voiture, non ?
— Qu’est-ce qui me prouve que vous ne les avez pas tués ? Insista Viggo qui entendit des bruits bizarres.
— Papa… ?
— Henry, ça va ?
— Oui, je vais bien mais Valérie elle est…
— Ça vous suffit ? Pas la peine de vous dire que je veux pas voir de flics dans les parages, conclut l’inconnu en raccrochant.

Viggo passa une main rageuse dans ses cheveux avant de se tourner vers Orlando qui le fixait. Il lui résuma en quelques mots la situation.

— Qu’est-ce que tu vas faire ?
— Réunir l’argent.
— Tu sais que…
— Oui, selon les statistiques, la moitié des kidnappés ne sont jamais retrouvés vivants. Il faut que j’appelle Christine.

***


— Descends !

Henry poussa un soupir et jeta un regard noir à l’homme avant d’obtempérer. Il n’avait aucune idée de l’endroit où ils étaient. Ils avaient roulé pendant une vingtaine de minutes, selon lui, avant qu’ils ne s’arrêtent pour téléphoner à son père avant de repartir pour un court voyage. Il devait être mort d’inquiétude, songea l’adolescent tout en se laissant guider jusqu’au fond d’une sorte d’entrepôt. Le second kidnappeur suivait avec Valérie, encore inconsciente, qu’il jeta plus qu’il ne posa sur un vieux matelas, dans une pièce dépourvue de fenêtre.

— Ça devrait pas durer longtemps alors fais pas le mariole ! Lâcha-t-il avant de claquer la porte derrière lui.


***

Il lui avait tout expliqué au téléphone mais Viggo prit le temps de le refaire de vive voix après que Christine l’eut rejoint sur le parking. Des traces de larmes étaient visibles bien qu’elle tentait de garder contenance.

— Il faut appeler la police, répliqua-t-elle une fois qu’il eut répété les exigences des kidnappeurs.
— Je crois que c’est une mauvaise idée, répondit calmement Viggo.
— Mais… tu ne vas pas leur laisser Henry tout de même !
— Bien sûr que non. Si la police est au courant, il y aura forcement des fuites dans la presse, Chris, et tu sais aussi bien que moi que cela signera leur arrêt de mort !
— Qu’est-ce qu’on va faire ?
— Payer et espérer qu’ils les libèrent, fit Viggo furieux d’être réduit à l’impuissance.
— J’ai peut-être une idée, intervint Orlando s’attirant les regards du couple. Quelqu’un que je connais qui pourrait nous aider.
— Qui cela ?
— Un type du FBI.
— Du FBI ? Non mais tu es malade, Orlando, s’écria Christine avec vigueur, si jamais…
— Laisse-le finir, la coupa Viggo avec intérêt.
— C’est un ami de ma mère. Il travaille à la VCTF mais je ne doute pas qu’il pourrait nous aider discrètement.
— Appelle-le.
— Mais… Viggo ! Protesta son ex-femme avec vivacité.
— Christine, je t’ai dit que je réunirais l’argent dès l’ouverture de la banque mais je veux avoir un plan de secours au cas ou ces types ne seraient pas honnêtes.

***

— Malone.
— Bailey, c’est Orlando.
— Hey, comment ça va, petit ? Demanda l’agent ravi d’avoir des nouvelles de son ancien protégé.
— Pas très bien. J’ai besoin de ton aide, ou plutôt un ami a besoin de toi. Son fils et sa compagne viennent de se faire enlever.
— Los Angeles ?
— Oui.
— Je peux y être dans moins de deux heures. Je viens de terminer une enquête à Phœnix. Donne-moi ton adresse.

Orlando lui donna celle de Viggo et lui expliqua rapidement ce qu’il s’était passé. Bailey insista pour que personne ne touche à la voiture pour le cas ou il y ait quelques empreintes intéressantes.

***

— Bon dieu, grommela Valérie en portant la main à sa tête.
— Comment tu te sens ? Demanda Henry soulagé de la voir se réveiller.
— J’ai l’impression que les cloches de Pâques ont élu domicile dans mon cerveau ! Ça fait combien de temps que j’ai perdu connaissance ?
— Près de deux heures.
— Ça a pas l’air génial ici, commenta la jeune femme en s’asseyant.
— Y’a mieux. On devrait y rester jusqu’à demain matin.
— Comment tu sais ça ?
— Il l’a dit quand il a appelé mon père.
— Combien ?
— Dix millions, répondit Henry en se demandant s’ils allaient s’en sortir vivant.
— Hey, t’inquiètes pas, ça va aller.
— Comment diable peux-tu le savoir, s’emporta l’adolescent en faisant les cent pas dans la pièce.
— Parce que je connais ton père et qu’il ne laissera jamais rien t’arriver s’il peut l’éviter.

Henry lui tourna volontairement le dos. Il savait qu’elle avait raison mais cela ne l’empêchait pas d’avoir peur. Ces types étaient des amateurs, que se passerait-il s’ils paniquaient ? Il avait vu leur visage et pourrait les identifier. Dans tous les films qu’il avait vus, c’était un détail qui incitait les kidnappeurs à tuer leurs victimes.

***

L’agent Malone, un homme brun d’une quarantaine d’années, au visage marqué par les ans, accompagné de Grâce Alvarez – une métis aux longs cheveux bruns bouclés et aux yeux noirs perçants - médecin légiste, et de George Fraley – brun également, au physique passe-partout - informaticien, arriva deux heures et demie après l’appel d’Orlando. Ce dernier fut soulagé de le voir tant l’ambiance était tendue entre les deux ex-époux. Après avoir été présenté aux Mortensen, Bailey demanda à Orly de conduire Grâce au véhicule pendant que George installait un système d’écoute sur le portable de Viggo et le téléphone de la maison.

— Vous pouvez réunir la rançon ?
— Dès que la banque sera ouverte.
— Est-ce que votre fils a reçu des menaces, ou l’un d’entre vous ?
— Non, rien, répondit Christine qui avait repris son calme.
— Nous sommes divorcés depuis près de cinq, expliqua Viggo. Henry passe la majeure partie de son temps chez mon ex-femme. Il n’a rien reçu ici, et moi non plus.
— La jeune femme qui a été enlevée n’en a pas eut non plus ?
— Valérie est de New York, elle est en vacances ici et je pense qu’elle m’en aurait parlé.
— Quel est votre lien avec elle ? S’enquit Bailey qui connaissait déjà la réponse à cette question.
— C’est ma fiancée, répondit Viggo sans aucune hésitation.
— Tu t’es enfin décidée, commenta Christine avec un faible sourire.
— Dans un premier temps, nous allons voir ce que va donner le relevé d’empreinte. Ensuite George essayera de localiser l’appel de demain matin. Quelles impressions avez-vous eu sur le kidnappeur ?
— C’est un amateur.
— Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
— Il n’avait même pas réalisé que les banques étaient fermées. Il a fallu que je le lui fasse remarquer, expliqua Viggo.
— Effectivement, ce n’est pas l’attitude d’un pro, commenta Bailey. Ce qui peut être une bonne, comme une mauvaise chose.
— Que voulez-vous dire par-là ? S’enquit Christine inquiète.
— Qu’ils pourraient paniquer si les choses ne tournaient pas comme prévues. Mais ce n’est qu’une hypothèse parmi tant d’autres. Vous auriez du café ? Je pense que la nuit va être longue.
— Je vais m’en occuper, répondit-elle avant que Viggo n’ait pu dire un mot, je suppose que les choses n’ont pas changé de place.

Bailey attendit qu’elle disparaisse avant de reprendre la discussion. Les affaires de kidnapping étaient toujours délicates. Plus le temps passait, moins il y avait de chance de retrouver les kidnappés en vie. L’agent Malone avait toujours autant de mal à énoncer ce fait dans ce genre de situation.

— Je sais ce que vous allez me dire, le devança Viggo. Si je paye, je risque de ne jamais les revoir vivants.
— Exact.
— Vous feriez quoi à ma place ?
— La même chose que vous, je suppose, répondit Bailey en dévisageant gravement l’acteur. Je vous suivrais quand vous irez porter la rançon et George va disposer un émetteur dans le sac.
— Vous ne craigniez pas qu’il le découvre ?
— C’est une possibilité qui me fait nettement moins peur que de les voir disparaître sans qu’ils ne nous rendent votre fils et votre fiancée.

***

Pour la cinquième fois de la soirée, Rafaela composa le numéro de portable de Valérie et tomba de nouveau sur sa messagerie. Elle détestait les répondeurs et raccrocha sans laisser de message. Cela fait deux jours qu’elle n’avait aucune nouvelle de son amie, ce qui n’aurait somme tout pas du l’inquiéter puisqu’elle était avec Viggo mais, ce soir, un sentiment d’inquiétude s’était emparé d’elle sans qu’elle ne puisse l’expliquer. En désespoir de cause, elle composa le numéro d’Orlando. Rafaela savait qu’il était assez proche du couple et pourrait sans aucun doute lui donner des nouvelles.

Orly venait juste d’arriver sur le parking en compagnie de Grâce. Il la regarda sortir une paire de gants de la mallette qui ne la quittait jamais et se diriger vers la jeep qui était seule sur le parking. Le gardien avait rechigné à les laisser entrer mais la vue d’une plaque du FBI l’avait soudain rendu plus conciliant. Orlando eut une moue ennuyée en voyant le numéro de Rafaela s’afficher sur son portable. Il décrocha néanmoins, se demandant s’il valait mieux la mettre au courant ou lui cacher l’enlèvement.

— Salut Rafy ! Lança-t-il d’un ton qu’il espérait naturel.
— Bonsoir. Je ne te réveille pas au moins ?
— Non, non, il est à peine minuit.
— Vous pouvez me passer les sachets qui sont dans la mallette ? Demanda une voix lointaine que Rafaela ne reconnut pas.
— Oui, bien sûr, répondit Orly.
— Qui était-ce ?
— Euh…
— Orlando, il se passe quelque chose et j’aimerai savoir ce que c’est.
— Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, tenta-t-il de la rassurer.
— Laisse-moi en juger ! Répliqua Raf qui sentait sa colère monter peu à peu.
— Très bien, céda-t-il finalement avec un soupir résolu. Henry et Valérie ont été kidnappés.
— Que… c’est une plaisanterie, s’écria Raf qui comprenait soudain la raison de son angoisse.
— Non, pas du tout. Ecoute, je ne peux pas trop te parler, je suis avec un agent du FBI qui examine leur voiture. La rançon doit être versée demain à 10h.
— Mais… mais comment est-ce que…, balbutia la jeune femme qui s’était assise sur le canapé sous le choc. Peu importe, j’arrive !
— Rafy, tu sais aussi bien que moi que cela ne servira à rien, reprit Orlando avec douceur. Je t’assure que nous faisons tout ce que nous pouvons pour les retrouver.
— Est-ce que vous avez prévenu sa mère ?
— Non. Pour l’instant, il est préférable de garder l’enlèvement secret le plus longtemps possible.
— Mais elle a le droit de savoir que… Dieu du ciel, si jamais ils les tuent au lieu de…, sanglota Rafaela.
— Chérie, je t’assure que tout va bien se passer. Je t’appellerais dès que j’ai du nouveau.
— Pourquoi a-t-il fallu qu’elle rencontre Viggo, se plaignit Raf d’une voix cassée.

Orlando lui parla encore quelques minutes avant de couper leur communication. Il comprenait parfaitement ce que devait ressentir la jeune femme, seule, à l’autre bout du pays, aussi impuissante qu’ils l’étaient eux-même face à ce kidnapping. Grâce lui annonça qu’elle avait finit. Ils quittèrent le parking et allèrent retrouver les autres.

***


Valérie consulta sa montre. Cinq heures du matin. Henry avait réussi à s’endormir près d’elle, la tête posée sur ses jambes étendues. Elle glissa une main distraite dans les cheveux bruns de l’adolescent. Si seulement il avait pu fuir dans le parking, songea-t-elle en soupirant. Ils n’avaient pas revu leurs ravisseurs depuis qu’ils étaient enfermés et le silence environnant inquiétait la jeune femme. Des larmes lui vinrent en songeant à l’inquiétude de Viggo et Christine mais surtout à la bêtise dont elle avait fait preuve. Elle aurait dû se douter qu’Henry était en danger et faire ce qu’il fallait pour le protéger. Val se mordit la lèvre inférieure pour repousser ses larmes. Henry ne devait pas la voir dans cet état. Elle devait être forte et lui montrer qu’elle avait confiance en son père. Viggo n’hésiterait pas une seule seconde à payer ce que les kidnappeurs demandaient, de cela elle en était certaine, mais allaient-ils les laisser recouvrer la liberté ?

***

— Alors ? Demanda Bailey en s’asseyant près de George.
— Je n’ai rien. Les empreintes que Grâce a relevé appartiennent à Mortensen, son fils et à la jeune femme qui a été enlevée.
— Ce qui veut dire que les ravisseurs n’ont pas touché le véhicule.
— Ils ont dû les enlever alors qu’ils allaient monter dedans, déduisit Grâce en venant prendre place face à ses deux collègues. Qu’est-ce qu’on a sur mademoiselle Beaumont ?
— Pas grand chose, répondit George en ouvrant un fichier sur son ordinateur. Valérie Elisabeth Beaumont, 27 ans, née en France. Son père était français, plombier et est décédé il y a 12 ans. Sa mère, Elisabeth, nationalité américaine, est revenue à New York suite à ce décès et a ouvert un café avec l’argent de la police d’assurance. Elle vit avec une colocataire, Rafaela Velasquez, 30 ans, née à Boston, rien à signaler à part un ex-petit ami recherché pour trafic de drogue et contre lequel elle a porté plainte l’année dernière.
— C’était forcement le petit la cible, déclara Bailey. Soit ils le suivaient depuis un moment et ont profité du fait qu’il était avec une personne étrangère pour le kidnapper, soit ils sont allés voir le match, ont reconnu le gosse et ont décidé de tenter leur chance.
— Quelle solution est la moins préjudiciable pour eux ? Demanda Viggo qui avait entendu une partie de la conversation.
— J’ai bien peur de ne pas avoir de réponse, monsieur Mortensen.
— Vous pouvez m’appeler Viggo, répondit l’acteur en s’asseyant avec les trois agents.
— Votre femme…, s’enquit Grâce.
— Mon ex-femme tente de dormir un peu, corrigea-t-il.
— Vous devriez… excusez-moi, reprit la jeune femme qui comprenait parfaitement que le sommeil le fuyait.
— Vous avez traité combien d’affaires d’enlèvement ?
— Une bonne cinquantaine, annonça Bailey. Nous en avons retrouvé plus de la moitié.
— En vie ? Questionna Viggo bien qu’il se doutait de la réponse.

Le silence de l’agent fut plus qu’éloquent. George tenta de le rassurer mais l’acteur fit un geste de la main pour lui dire que ce n’était pas la peine. Il préférait la vérité à des paroles creuses. Il repassa en revue avec l’équipe ce qui était prévu pour le lendemain, ou plutôt pour les heures suivantes constata Viggo en regardant sa montre qui indiquait déjà 7h.

***

— C’est bientôt l’heure.
— Doug, t’es sûr que…
— Bon sang, tu vas arrêter de chouiner comme un gosse ! S’énerva l’homme en jetant son mégot sur le sol sans même l’éteindre.
— Si jamais ils nous attrapent…
— Pense aux 10 millions, Bill. On va s’en tenir au plan. Je reste avec eux pendant que tu vas téléphoner d’une cabine pour qu’il puisse pas repérer l’appel au cas ou il ait prévenu les flics. On prend le fric et on s’envole pour le Mexique.
— Et le gosse et la fille ?
— On les appellera de l’aéroport pour leur dire où ils sont, répéta Doug pour la vingtième fois au moins.
— Ouais. Ouais, ça va marcher, tenta de se convaincre Bill qui n’en menait pourtant pas large.

Doug passa la main dans ses cheveux filandreux. A l’exception de leurs cheveux bruns et de leurs yeux marrons, ils ne se ressemblaient absolument pas. Doug était costaud, toujours à chercher le bon plan qui le sortirait de sa misère, tandis que Bill était plutôt chétif et avait peur de tout. Doug avait toujours pensé que sa mère avait couché avec un autre gars pour avoir un gosse aussi débile par moments que Bill et l’avait fait passer pour celui de son vieux. Qu’il repose en paix celui-la, songea-t-il en se rappelant son père et sa fichue ceinture qu’il aimait faire claquer sur leur dos. Enfin, jusqu’à ce que Doug soit assez fort pour s’en occuper et l’envoie valser dans l’escalier. Un accident qu’ils avaient dit les flics. Le vieux puait l’alcool et il avait manqué une marche. Ça avait été tellement facile. Il cracha près de la porte avant de se décider à jeter un œil à ses pensionnaires. Le gamin l’intéressait pas mais la fille. Y avait longtemps qu’il avait pas passé un peu de temps avec une nana, peut-être qu’il pouvait…

***

— Henry, écoute-moi bien.

L’adolescent s’était réveillé quelques minutes plus tôt et avait déjà écouté une première fois ce qu’elle allait lui répéter. C’était de la folie pure et simple mais elle ne voulait pas en démordre.

— Je peux pas te laisser ici, protesta-t-il.
— Tu dois aller chercher de l’aide. J’ai bien réfléchi et je préfère te dire la vérité. Même si ton père les paît, on a aucune certitude qu’ils vont nous laisser filer.
— Je sais, j’y ai pensé aussi mais…
— Alors tu sais aussi bien que moi qu’on a pas le choix. Je vais essayer de te donner l’occasion de t’enfuir et je veux que tu en profites. Cours aussi loin que tu peux, trouve un téléphone ou mieux, la police et explique-leur la situation.
— Mais ils risquent de te…
— Non, ils ne feront rien s’ils veulent avoir leur argent, répondit Valérie absolument pas convaincue par ce qu’elle disait. Henry, je sais que tu as peur mais on ne peut pas rester là sans rien faire. Ecoute, ordonna-t-elle en tendant l’oreille.
— On dirait un bruit de moteur.
— J’espère que…

Alors même qu’elle allait prononcer son souhait, un bruit de pas se fit entendre derrière la porte close. Valérie fit signe à Henry de se tenir prêt. Si l’un de leurs ravisseurs était parti, il avait une chance supplémentaire de réussir à fuir. Doug déverrouilla la porte tranquillement. Après une nuit enfermée sans manger ni boire, il ne s’attendait pas à la moindre résistance de la part des deux otages aussi fut-il surpris quand Valérie tira violemment la poignée de la porte vers elle, déséquilibrant Doug qui s’étala de tout son long sur le sol.

— Fonce, Henry ! S’écria la jeune femme en le poussant dans le dos et en claquant la porte derrière lui.
— Espèce de garce, hurla Doug en la dévisageant méchamment. Bouge de là !
— Certainement pas, le défia-t-elle en se demandant comment elle allait pouvoir le repousser.

Il ne lui laissa pas l’occasion de réfléchir trop longtemps, emprisonnant le cou de la jeune femme dans une de ses mains. Valérie sentait ses doigts autour de sa gorge qui, peu à peu, l’empêchait de respirer. Elle se débattit comme elle pouvait, le griffant, essayant de le mordre et de lui donner des coups mais Doug tint bon. Il la relâcha quelques minutes avant qu’il ne soit trop tard. Elle tomba sur le sol, aspirant de grandes goulées d’air tandis qu’il l’enfermait de nouveau pour partir à la recherche d’Henry.

***

Tout le monde était réuni dans le salon. Orlando avait préparé quelques sandwichs auquel personne n’avait touché, préférant le pichet de café. George vérifia une nouvelle fois que son
installation était correcte. Sa montre indiquait 9h50. Grâce avait prit place sur le canapé, à côté de Christine, le visage défait, tandis que Viggo regardait d’un air absent par la fenêtre et que Bailey, appuyé contre l’encadrement d’une porte, se demandait comment tout cela allait finir. L’agent avait accompagné Viggo quand il était allé à la banque pour retirer le montant de la rançon. L’argent attendait dans un sac de sport noir près du canapé. George avait installé un émetteur dans la doublure du sac ainsi qu’une petite surprise pour les ravisseurs. Les minutes leur parurent des heures mais enfin le portable de l’acteur sonna. Tout le monde fut sur le qui-vive.

— Essayez de le faire parler le plus longtemps possible, rappela Bailey avant qu’il ne décroche.
— Allô ?
— Vous avez l’argent ?
— Oui, confirma Viggo. Dix millions en petites coupures usagées.
— Parfait. Vous allez prendre la I86, direction Death Valley, je vous recontacterai.
— Attendez, supplia l’acteur mais déjà son correspondant avait raccroché.
— Trop court, commenta George d’un ton déçu.
— Merde, laissa échapper Bailey. Je vous suis, rajouta-t-il pour Viggo qui venait déjà de prendre le sac de sport contenant la rançon.

Les deux hommes sortirent dans un silence pesant. Christine ne put arrêter les larmes qui la submergeaient. Grâce la consola comme elle le put tandis qu’Orlando et George restaient silencieux.

***

Henry avait parcouru plusieurs mètres dès que Valérie l’avait poussé hors de leur prison. Il avait été un instant décontenancé mais s’était vite repris et avait foncé vers la sortie pour découvrir, avec désespoir, qu’ils étaient dans une zone industrielle abandonnée. Il avait songé à rebrousser chemin pour sauver sa compagne mais il savait qu’elle comptait sur lui et il ne voulait pas la décevoir après le risque qu’elle venait de prendre. L’adolescent couru entre les magasins abandonnés, il essayait chacune des portes dans l’espoir qu’une serait ouverte et qu’un téléphone utilisable aurait été oublié dans un bureau. Il venait d’essayer une nouvelle fois quand une voix se fit entendre assez loin derrière lui.

— Où tu crois aller, gamin ? Y a rien ici, ricana Doug en se mettant à sa recherche.

Henry sentit son sang se glacer dans ses veines. Valérie. Est-ce qu’il l’avait… Tu dois te reprendre, lui cria une voix dans son esprit. L’adolescent reprit sa course et continua de s’éloigner de l’entrepôt où il avait passé la nuit. De temps à autre, il entendait Doug bougonner plus ou moins près de lui. Henry eut finalement de la chance. L’un des magasins n’était pas fermé. Il s’y engouffra rapidement et ferma la porte derrière lui. Des étals abandonnés s’étendaient de part et d’autres d’une allée centrale qu’il suivit. Un panneau, qui ne tenait plus qu’à un fil, lui montra la direction des bureaux du personnel. Henry fonça et pria pour qu’il y ait un téléphone.

***

Elle avait finalement pu reprendre sa respiration. Sa gorge la faisait souffrir mais le silence environnant l’inquiétait d’avantage. Il était parti depuis un moment déjà et Valérie espérait qu’Henry avait trouvé un endroit où se cacher ou mieux, qu’il avait pu s’enfuir. Elle tendit l’oreille et entendit Doug crier au loin. Il se passa encore une longue période avant que les pas de son ravisseur ne retentissent derrière la porte close.

— T’es contente, hein, salope ? L’apostropha-t-il une fois qu’il eut ouvert.
— S’il a pu vous échapper, oui, répondit Valérie avec morgue.
— P’tet que tu vas moins l’être d’ici quelques minutes.

La jeune femme le regarda approcher. Plus il avançait, plus elle reculait. Elle se retrouva bientôt coincée dans un angle de mur, Doug eut un sourire vicieux en la contemplant d’un regard lubrique.

— Ouais… p’tet aussi que tu vas aimer.

Il tendit la main vers elle et lui caressa la joue. Valérie se dégagea d’un geste brusque mais Doug l’attrapa par les cheveux et l’obligea à le regarder avant de forcer l’entrée de sa bouche, insinuant sa langue moite entre ses lèvres fermées. L’odeur d’alcool mélangée à celle de cigarette donna envie de vomir à Val et ce fut encore pire quand il posa une main sur sa poitrine. Elle tenta de se dégager mais ne réussit qu’à mordre Doug qui la gifla violemment, laissant une marque rouge sur sa joue endolorie. Il la déséquilibra pour la faire tomber sur le sol et se mit à califourchon sur sa proie, bloquant ses jambes de tout son poids. Doug eut un sourire narquois en constatant qu’elle cherchait à se débattre. Il la gifla une nouvelle fois et profita des quelques secondes qu’elle mit à réagir pour arracher les pans de son chemisier et pétrir sans douceur ses seins offerts.
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 18:15

Orlando faisait les cent pas devant la fenêtre. George suivait Viggo sur son ordinateur, tout en communiquant régulièrement avec Bailey et en suivant leurs voitures grâce à un satellite qu’il avait légèrement piraté. Christine était toujours silencieuse, assise sur le canapé en priant tous les saints qu’elle connaissait, et ceux qu’elle ne connaissait pas, pour qu’on lui ramène son fils vivant. Grâce, quant à elle, était en ligne avec le bureau d’Atlanta.

— Ils viennent d’atteindre l’autoroute, annonça George.
— Des nouvelles ? Demanda Christine d’une voix inquiète.
— Pas encore mais ils vont appeler.

***

Viggo suivait la route avec attention. Cela faisait plus de vingt minutes qu’il avait quitté sa maison et il n’avait toujours aucune nouvelle des ravisseurs. Le sac de sport était posé sur le siège passager, son portable était à côté, beaucoup trop silencieux à son goût. Il s’engagea enfin sur la I86, s’incrustant dans le flot des voitures qui se dirigeaient au Nord de Los Angeles. Il pouvait voir, à une certaine distance dans son rétroviseur, la voiture de l’agent du FBI qui, comme il l’avait promit, le suivait discrètement. Il poussa un soupir agacé au bout de dix minutes, inquiet de ne pas recevoir ce coup de fil tant attendu. Et s’ils avaient changé d’avis ? Et s’il s’était passé quelque chose et qu’Henry et Valérie étaient morts ? Alors qu’il ruminait ses sombres pensées, son téléphone sonna. Le kidnappeur lui ordonna de continuer sur l’autoroute jusqu’à la seconde sortie avant de raccrocher.

***


Il fallait qu’elle fasse quelque chose mais une sorte d’engourdissement avait pris possession de Valérie depuis que Doug avait posé les mains sur elle. Il s’était enhardi de ce manque de résistance et lui mordilla l’oreille avant de capturer de nouveaux ses lèvres.

— J’t’avais dit que t’aimerais ça !

Elle ne répondit pas. Toutes les fibres de son corps se révoltaient contre ce qu’il lui faisait subir mais elle ne bougeait toujours pas. Ce ne fut que lorsqu’un mot pénétra son cerveau embrumé qu’elle réalisa l’horreur de la situation. Viol. Si elle se laissait faire, il allait la violer ! Avec l’énergie du désespoir, elle le repoussa de ses mains qu’il ne tarda pas à maîtriser en les bloquant au-dessus de la tête de la jeune femme.

— Tu peux pas savoir à quel point ça m’excite quand une nana se débat, grogna Doug avec un sourire ravi.

Il se pencha et la mordit sauvagement en haut du sein. Val ne put réprimer un cri sous la douleur, ce qui amusa Doug. Il allait passer au moment qu’il préférait le plus quand un coup sur la tête le fit basculer en avant, écrasant de son poids Valérie.

— Qu’est-ce que…
— Ça va ? Demanda Henry en l’aidant à pousser le corps de Doug sur le côté.
— Bon sang, tu devais…, explosa Valérie avant de prendre l’adolescent dans ses bras. Excuse-moi… merci… si tu n’avais pas été là.
— Il faut partir, répondit-il légèrement gêné par l’étreinte de la jeune femme.
— Oui mais pourquoi… ?
— Parce qu’il n’y a rien ici. Je n’ai même pas réussi à trouver un téléphone. Par contre, j’ai repéré une route pas très loin. On devrait pouvoir l’atteindre avant qu’il ne se réveille.
— Allons-y, acquiesça Val en attachant les pans de son chemisier déchiré.

***

Le ravisseur rappela Viggo peu avant qu’il n’atteigne la sortie indiquée. Il lui donna un ordre contraire et l’invita à continuer sur quelques kilomètres, jusqu’à une aire de repos appelée Cactus Day. Il lui indiqua aussi la manière dont se déroulerait le versement de la rançon. Une fois ce dernier coup de fil passé, Bill remonta dans le van et retourna retrouver son frère. Il le découvrit à moitié-inconscient dans la pièce où avaient été enfermés les otages. Doug grogna plusieurs fois, portant la main à l’arrière de sa tête, avant de s’asseoir et de regarder son frère avec colère.

— Où ils sont ? Rugit-il.
— Je sais pas. Je viens d’arriver.
— Bordel, c’est pas vrai ! Jura Doug en se relevant avec l’aide de Bill.
— Il va arriver d’ici vingt minutes à l’aire de repos.
— On y va. Il est pas censé savoir qu’on a plus ces putains de…

Le reste de sa phrase se perdit dans le bruit de la radio qui hurla quand Bill mit le contact. Il coupa précipitamment le poste, sachant que son frère n’aimait pas le hard rock, et se dirigea vers Cactus Day.

***

Henry et Valérie avaient eu de la chance. Ils avaient atteint sans encombre la route et avaient trouvé un routier qui les avait déposés dans une station-service sur la I86. Sitôt arrivés, Valérie avait attrapé le premier téléphone public et appelé la villa de Viggo. Elle était tombée sur Orlando qui avait été à la fois surpris et heureux de l’entendre. Val lui avait brièvement parlé de leur fuite et lui avait assuré qu’Henry allait bien quand elle avait entendu la voix de Christine l’interroger. George avait aussitôt appelé Bailey et l’avait informé de la situation. Ce dernier fut soulagé et avertit aussitôt Viggo qui sentit un poids immense tomber de ses épaules. L’acteur écouta attentivement l’agent Malone qui lui conseilla de continuer comme prévu, afin de ne pas éveiller les soupçons des kidnappeurs et pouvoir ainsi les capturer sachant les otages en sécurité. Viggo acquiesça, sachant qu’il ne serait pas tranquille si les ravisseurs étaient en liberté dans la nature. Valérie raccrocha finalement, rassurée. Orlando l’avait avertie qu’il venait les chercher. Le cauchemar tirait à sa fin.

***

— Espèce de demeuré ! Pesta Doug en donnant un coup sur la tête de son frère.
— J’suis désolé, s’excusa celui-ci en empruntant l’accès à la station-service. J’avais pas vu que le réservoir était vide.
— Si jamais tu nous fais manquer la chance de notre vie, je te bute !
— On a encore le temps. Cactus Day est à cinq minutes d’ici, assura Bill. De toute façon, il va attendre. Il croit qu’on a les otages.
— Dépêche-toi, grogna Doug en descendant du van.

Il regarda Bill mettre la pompe dans le réservoir d’essence avant de laisser son regard errer aux alentours. Son cœur manqua un battement quand il les vit. Comment diable ils étaient arrivés là, il n’en savait rien mais il allait s’empresser de les récupérer. Il récupéra l’arme qu’il avait planqué dans la boite à gant et se dirigea vers eux.

***

Valérie observait les voitures qui passaient devant eux. Elle avait trouvé refuge avec Henry près de la station de lavage, guettant Orlando qui ne devait plus tarder à arriver. La jeune femme n’avait pas fait attention au van qui était passé devant eux quelques minutes plus tôt, sachant qu’Orly ne possédait pas ce genre de véhicule. Ce fut Henry qui repéra Doug le premier. Valérie sentit un froid glacial la pénétrer. Elle mit quelques secondes pour décider ce qu’il convenait de faire. Sa première priorité était Henry. Elle s’en voudrait toute sa vie s’il lui arrivait malheur.

— Tu vas à l’intérieur et tu demandes de l’aide, ordonna-t-elle d’un ton sans appel.
— Ça va pas recommencer ! Protesta l’adolescent.
— Henry, il a une arme et, après ce qu’on lui a fait, je ne doute pas qu’il s’en serve. Je ne veux pas qu’il y ait de blessé alors tu fais ce que je te dis. Dès qu’Orlando arrive, tu le mets au courant.

D’un geste sec, elle le poussa en direction de la cafétéria qui jouxtait la station-service et attendit Doug. Il fit mine de se diriger vers Henry mais Valérie l’interpella en secouant la tête.

— Tu veux vraiment te sacrifier pour ce mouchard ?
— Un otage sur deux, c’est mieux que rien, non ?
— J’comprendrais jamais rien aux nanas, grommela Doug dans sa barbe. Avance !

Bill venait de finir de faire le plein. Il ouvrit des yeux ronds quand son frère revint en compagnie de la jeune femme.

— T’attends quoi pour ouvrir la porte, rugit Doug en voyant que ce dernier ne bougeait pas, que les flics viennent nous cueillir ?
— Mais comment… ?
— On dirait qu’on a eu de la chance. Monte, toi, et t’as pas intérêt à tenter quoi que se soit parce que je me servirais de ça, indiqua-t-il en montrant son arme.

***

Moins de dix minutes plus tard, Orlando arrivait à la station-service en compagnie de Grâce. Ils venaient juste de se garer sur le parking quand Henry apparu sur le seuil de la cafétéria et se précipita sur l’acteur.

— Ils l’ont pris !
— Qui a pris quoi ? Demanda Grâce.
— Où est Valérie ? Le questionna Orly en même temps.
— C’est elle qu’ils ont pris ! On vous attendait quand ils sont arrivés de je sais pas où. Elle m’a dit de me mettre à l’abri. Le type qui a essayé de la violer l’a emmenée au van et ils sont partis.
— De la violer ? Répéta Orlando incrédule.
— Bon sang, il faut se bouger, on peut encore les rattraper ! S’emporta Henry devant la mine étonnée de l’ami de son père.
— Tu peux me décrire le van ? S’enquit Grâce.
— Ouais, noir, vitres teintées et l’immatriculation c’est CROW 666.

Grâce leur fit signe de monter en voiture. Orlando reprit le volant tandis qu’elle joignait George pour lui donner ces précieuses informations.

***

Viggo venait juste d’arriver sur l’aire de repos de Cactus Day. L’endroit était désert à l’exception d’une famille qui se préparait à repartir dans un vieux break surchargé. Il se gara devant les toilettes publiques et observa les alentours. Derrière le bâtiment, qui comportait deux ailes et était légèrement délabré, s’étendait un boqueteau, comme si les architectes avaient voulu réparer le mal qu’ils avaient fait à la nature en plantant quelques arbres. La pendule de la voiture indiquait 10h38 quand il descendit, le sac de sport contenant la rançon à la main. Il se dirigea d’un pas assuré vers les toilettes pour homme, suivit de loin par Bailey qui n’avait pas quitté sa voiture. Les vapeurs pestilentielles qui se dégageaient du lieu arrachèrent une grimace de dégoût à l’acteur. Il avança néanmoins et ouvrit la dernière porte des toilettes, dévoilant une cuvette qui avait connu des jours meilleurs. Il se demanda brièvement dans quel état d’esprit il aurait été, s’il n’avait su Henry et Valérie en sécurité. Viggo posa le sac sur le réservoir et referma la porte. Il attendit quelques secondes, dans l’espoir de croiser les ravisseurs, avant de sortir et de retourner à sa voiture. Il remarqua Bailey qui faisait semblant de chercher sa route sur une carte sans pour autant quitter les alentours du regard, l’oreillette de son kit main libre vissée à l’oreille gauche.

— Toujours rien ? Demanda-t-il à George qui voyait la position du sac sur son écran.
— Non. Il est toujours là. Grâce vient de m’appeler, il y a du nouveau.
— Ils ont récupéré le gamin et la femme ?
— Juste l’enfant. Il semblerait que l’un des kidnappeurs est capturé de nouveau mademoiselle Beaumont.
— Bon sang, pourquoi tout ne se déroule jamais normalement, grommela Bailey entre ses dents.
— Ça bouge ! L’avertit George.
— Il n’y a personne, répondit l’agent qui n’avait pas quitté la porte des toilettes des yeux. A moins que…

Il s’élança hors de sa voiture et couru vers le bâtiment. S’engouffrant dans les toilettes des hommes, il ouvrit la porte de la cabine au moment où le sac disparaît par l’ouverture qu’avait prévu les architectes pour l’aération - qui n’était pas une réussite selon Bailey. Il sortait des toilettes quand Viggo le rejoint.

— Restez derrière moi ! Ordonna-t-il tandis qu’il faisait le tour du bâtiment. George, guide-moi !
— Deux mètres devant vous, indiqua ce dernier en se référant à l’image satellite. Il y a un véhicule de garé.
— Le sac bouge ?
— Non, la personne qui l’a pris est entrée dans le véhicule avec.
— Parfait, déclara Bailey en sortant la télécommande qui était dans la poche droite de sa veste.
— Qu’est-ce que c’est ? Demanda Viggo intrigué.
— Une petite surprise pour nos kidnappeurs, répondit l’agent Malone qui ne l’avait toujours pas prévenu que Valérie avait été reprise.

Viggo ne comprit pas tout de suite ce que voulait dire Bailey. Il se passa quelques minutes avant que la porte latérale du van ne s’ouvre et libère une opaque fumée rose vif. Deux hommes émergèrent de l’habitacle en toussant. Au même moment la porte arrière s’ouvrit et Valérie en sortit, sans chercher à comprendre la situation elle se mit à courir vers le bosquet. Doug la repéra et sortit l’arme qu’il avait mit dans sa ceinture. Une première détonation résonna. La jeune femme fut touchée en plein course et s’écroula sur le sol.

— Valérie !!!!!!!!! Ne put s’empêcher d’hurler Viggo en la voyant immobile.

La deuxième détonation, rapprochée, se fit entendre. Doug fut propulsé contre le van, il porta une main à son cœur avant de glisser lentement sur le sol. Billy le regarda en ayant du mal à comprendre que son frère venait de mourir. Bailey s’entraînait depuis des années et ne manquait jamais sa cible. Billy s’agenouilla près de Doug et le prit dans ses bras en pleurant.

***

Viggo s’était approché en courant de Valérie et agenouillé près d’elle. Une tâche de sang grandissait dans son dos sans qu’il n’arrive vraiment à situer la plaie. Il se demandait s’il devait la retourner ou non, ayant peur de lui faire plus de mal que de bien, quand il la vit relever lentement la tête. Elle fut surprise de découvrir quelqu’un à ses côtés. Val tenta de se relever mais son bras gauche se déroba sous elle. Viggo la soutint et l’aida à s’asseoir avant qu’elle ne se jette dans ses bras.

— J’ai cru que….
— Je sais, murmura-t-il en caressant son visage d’une main.
— Comment… ?
— C’est une longue histoire, répondit Viggo avant de lui voler un baiser. C’est fini maintenant.

Il vit des larmes perler au coin des yeux de sa compagne. Il en essuya une du pouce tout en la dévorant des yeux. Quand il l’avait vu s’effondrer après avoir été touchée, il avait cru l’avoir perdue mais elle était là, pleurant des larmes de soulagement entre ses bras. Elle se blottit contre lui et se laissa submerger par ses émotions avant de songer à Henry.

— Où est ton fils ? Demanda-t-elle en relevant la tête.
— En sécurité, répondit Bailey, qui s’était rapproché, à la place de l’acteur. Je viens d’appeler la police et une ambulance.
— Qui êtes-vous ?
— Bailey Malone, agent du FBI qui aime quand une affaire se finit bien, déclara-t-il avec un léger sourire en voyant une voiture approcher d’eux.

Henry fut le premier à bondir du véhicule, suivit de près par Orlando et Grâce. La jeune femme alla voir son supérieur tandis que les deux hommes entouraient le couple qui venait de se lever. Viggo lâcha sa compagne le temps de serrer son fils dans ses bras et de lui ébouriffer les cheveux. Orlando fit de même avec Valérie, heureux qu’elle soit saine et sauve ou presque, constata-t-il en découvrant sa main tachée de sang.

— Vous nous avez fait une peur bleue, tous les deux ! Déclara l’Anglais.
— Il y a eu… quelques rebondissements, répondit Valérie avant de sombrer lentement dans l’inconscience.
— Val ! S’écria Orlando en rattrapant la jeune femme et attirant ainsi l’attention de Viggo et de son fils.

Grâce se précipita vers le petit groupe qu’elle rassura rapidement. La jeune femme avait juste perdu connaissance. L’ambulance se fit entendre dans le lointain. Viggo partit avec Valérie tandis qu’Orlando ramenait Henry à sa mère qui devait être morte d’inquiétude de ne pas avoir de leurs nouvelles.

***

Elle ouvrit lentement les yeux, légèrement éblouie par la lumière du néon au-dessus d’elle. Une main se glissa sous la sienne et un visage lui sourit avec bienveillance. Une grimace tordit les traits de son visage quand elle s’appuya sur ses bras pour se redresser dans le lit qu’elle occupait.

— Ça fait longtemps que je suis là ? Demanda Valérie en observant les traits fatigués de son compagnon.
— Environ trois heures.
— Que s’est-il passé ?
— Tu as perdu connaissance sur l’aire de repos, expliqua Viggo. Un médecin a ôté la balle qui était dans ton épaule. D’après lui, tu ne devrais pas avoir de séquelle et la douleur devrait disparaître dans quelques jours.
— Ça semble être une bonne nouvelle. Où est Henry ?
— Chez Christine, ils sont passés pendant que tu dormais.
— Il va bien ?
— Physiquement, oui, psychologiquement, il est trop tôt pour le dire mais une chose est certaine, tu es devenue héroïque à ses yeux, déclara-t-il en se rappelant la lueur d’admiration qu’il avait lue dans le regard de son fils quand il lui avait parlé de ce qu’il s’était passé.
— Je n’ai rien fait de spécial, répondit la jeune femme en haussant les épaules, ce qui lui tira une moue de douleur. Si j’avais été plus…
— Tu ne l’as donc pas protégé au mépris de ta propre sécurité ? S’enquit Viggo.
— J’ai fait ce que j’avais à faire, éluda-t-elle. C’est un gamin, je n’allais pas le laisser entre les mains de ses brutes.
— Tu as faillis le payer cher.
— Henry est bien ton fils. On lui dit quelque chose et il n’en fait qu’à sa tête, plaisanta Val avant de continuer plus sérieusement, il est vrai que sans lui… Où est l’agent… je ne me rappelle plus de son nom, demanda-t-elle pour changer de sujet.
— Malone. Il vient de sortir, il repart à Atlanta avec son équipe. Il s’est longuement entretenu avec les policiers, nous devons passer les voir pour ta déposition quand tu iras mieux.
— Il vient de sortir… tu veux dire qu’il était là ? S’étonna la jeune femme.
— Oui, il y a moins de deux minutes.

Viggo la regarda se lever précipitamment et ouvrir la porte de sa chambre, simplement vêtue de sa blouse d’hôpital.

— Agent Malone, l’interpella Valérie en l’apercevant presque au niveau des ascenseurs.

Bailey s’arrêta et fit demi-tour, George et Grâce à ses cotés. Il vit avec surprise la jeune femme approcher rapidement et s’arrêter à quelques centimètres de lui.

— Je… je voulais vous remercier avant que vous ne partiez, déclara rapidement Val.
— Ce n’était pas nécessaire.
— Si, je crois que si au contraire, répliqua-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue parcheminée de Bailey. Si jamais vous faites escale à New York… je suppose que vous savez où je travaille et où j’habite, je serais ravie de vous inviter à dîner pour vous remercier. C’est valable pour vous trois, rajouta Valérie en apercevant enfin Grâce et George.

Elle se retourna sans attendre de réponse. Bailey la suivit des yeux tandis qu’elle regagnait sa chambre au bout du couloir. Il la vit y entrer et se blottir dans les bras de Viggo qui avait assisté à toute la scène de loin. George et Grâce échangèrent un regard entendu tandis qu’ils s’engouffraient dans la cabine. Bailey passa rapidement la main sur sa joue, encore étonné du geste de la jeune femme, tandis que les portes de l’ascenseur se refermaient.

— Viggo… je voudrais rentrer, murmura Valérie dans le cou de l’acteur.
— Je ne suis pas certain que le médecin…
— Je me moque de ce qu’il pense, répliqua la jeune femme en se collant un peu plus contre lui pour murmurer à son l’oreille. Je veux rentrer et faire l’amour avec toi.

***

Après avoir signé une décharge, Valérie put sortir contre l’avis de son médecin. Il lui restait trois jours à passer à Los Angeles et il était hors de question pour la jeune femme de les passer clouée à l’hôpital. A son grand désarroi, une foule de journalistes les attendait sur le parking pour l’interviewer. Viggo lui murmura que ce n’était pas nécessaire si elle ne le désirait pas mais elle sentait qu’il valait mieux faire une déclaration s’ils ne voulaient pas être ennuyés par la suite. Son compagnon fut surpris par sa capacité à gérer la situation, car c’était la première fois qu’elle répondait ainsi directement à des journalistes. Elle réclama le silence et fit une courte proclamation dans laquelle elle résuma l’enlèvement et son soulagement qu’Henry et elle s’en soient sortis sans dommage. Deux vigiles de l’hôpital les avaient rejoins quand Viggo décida de mettre un terme à cette mascarade. Le couple regagna sa voiture et se dirigea vers la maison de l’acteur.

Le trajet fut silencieux mais bien loin de ces silences pesants qui empêchent toute discussion. Ils avaient besoin d’un peu de calme après la tempête de ces vingt-quatre dernières heures. La radio diffusait en sourdine Lady in red de Chris Deburgh. Viggo se gara devant la grande maison coloniale et arrêta le moteur. Val descendit et lui prit la main quand il vint la rejoindre. Ils grimpèrent, sans un mot, les quelques marches menant à la porte qu’il déverrouilla. Sitôt entrés, Valérie n’y tint plus et embrassa son compagnon avec toute la fougue et la passion qui l’habitait. Viggo répondit aussi intensément à son baiser. D’un geste distrait, il tendit la main pour poser ses clés mais manqua le guéridon d’une bonne dizaine de centimètres. Le bruit du trousseau tombant à terre ne les fit pas réagir. Ils avaient tellement eu peur de se perdre que plus rien n’avait d’importance hormis eux.

De sa main valide, Valérie s’appliqua à défaire les boutons de la chemise de son amant qui dénoua les pans de son chemisier et l’aida à le retirer. Il eut un regard sombre quand ses doigts glissèrent sur la morsure que lui avait faite Doug. Si cet homme n’avait pas été interrompu par son fils, elle aurait été immanquablement salie, violée. Cette idée le fit frissonner d’horreur. Valérie le remarqua et plongea dans ses yeux émeraudes. Elle voulait oublier, effacer les dernières heures de sa mémoire, et il était le seul à pouvoir le faire. Avec tendresse, elle traça les contours de son visage d’une main qu’il baisa quand elle fut à sa portée. Il sembla comprendre ce qu’elle attendait de lui et reprit ses lèvres avec ardeur. Ils traversèrent le hall, ôtant leurs vêtements au fur et à mesure qu’ils avançaient sans pour autant rompre leur baiser, pour arriver au pied d’un des deux escaliers. Leur désir était si intense qu’ils n’en gravirent que quelques marches. Valérie s’allongea sur le marbre froid tandis que Viggo déposait une kyrielle de baisers de son cou à son ventre, s’arrêtant un moment sur les pointes tendues de ses seins. Il la sentait vibrer sous lui, impatiente d’être sienne, de s’unir à lui d’une manière des plus primitives mais que le temps ne rendait pas moins intense. Il s’immisça dans la moiteur de son intimité avec vigueur, faisant pousser un cri de surprise à sa maîtresse qui s’accrocha à lui de son bras valide, caressant son dos, ses fesses, tandis qu’il la menait au paroxysme du plaisir. Ses coups de reins puissants lui firent perdre la raison. Elle ne sentait plus le marbre dur dans son dos, la fatigue et la douleur, rien que le bonheur de se retrouver entre les bras de l’homme qu’elle aimait, d’être comblée par lui, de se laisser envahir par sa présence en elle, par son odeur, ses baisers. La jouissance fut aussi intense que leur union, dévastatrice, les laissant provisoirement repus, haletants. Viggo échangea leur position en gardant sa compagne serrée contre lui, déposant de légers baisers sur son épaule quand elle se blottit contre son torse. Il sentit son corps trembler contre le sien et comprit qu’elle pleurait. Il ne sut pas vraiment comment réagir, ayant peur, dans sa précipitation, de l’avoir blessée.

— Je t’ai fait mal, demanda-t-il d’une voix douce tout caressant ses cheveux fauves.
— Non… non, assura Valérie en relevant la tête et en lui dédiant un tendre sourire. C’est juste que… je… j’aie eu tellement peur.
— J’aurais aimé t’éviter cette épreuve.
— Je sais. Viggo, je…, commença-t-elle avant de s’arrêter net. Il faut que je te dise quelque chose, reprit Val au bout d’un long moment, plongeant dans les iris d’une couleur indéfinissable de son compagnon, mais cela ne t’oblige à rien. Cela fait un moment que je voulais te le dire mais je ne veux pas que tu te sentes piégé ou contraint de répondre si tu n’en as pas envie. Je… j’ai besoin de te le dire parce que pendant que nous étions enfermés avec Henry, j’ai eu peur de ne plus pouvoir le faire.
— De quoi… ?
— Laisse-moi finir, s’il te plait…pendant que j’en ai le courage. Tu as pris une place considérable dans ma vie ces derniers mois, tu l’as même complètement chamboulée à vrai dire, reprit-elle avec un léger sourire. Je ne m’en plains pas mais j’ai l’impression de t’apporter si peu en comparaison de ce que tu me donnes.
— Valérie, tu te trompes, ne put-il s’empêcher de l’interrompre.
— Non, mais… peu importe. Je suis incapable d’expliquer pourquoi ni comment mais… je t’aime, Viggo. Je n’ai jamais ressenti des sentiments aussi forts pour quelqu’un et ça me terrifie parce que… j’ai peur que tu ne les partages pas, avoua-t-elle en sentant de nouvelles larmes tenter de franchir le barrage de ses paupières.
— Ne pleure pas, mon amour, murmura-t-il en baisant les larmes qui coulaient maintenant le long des joues de sa compagne. Valérie… Dire qu’il aura fallu que tu te fasses kidnapper pour que je prenne conscience de ce que je ressentais. Je t’aime, tu entends… je t’aime, Valérie.

Ces mots furent bien loin d’apaiser les pleurs de la jeune femme qui ressentait un tel bonheur qu’elle n’arrivait plus à les arrêter. Viggo l’embrassa avec passion, réveillant le désir de leurs deux corps enlacés.

— Dis-le encore, chuchota-t-elle tandis qu’il se levait en la portant pour regagner la chambre de maître.
— Je t’aime, répéta volontiers Viggo d’une voix rauque.

Ils refirent l’amour dans le grand lit à baldaquin avec beaucoup plus de tendresse et de douceur qu’ils n’en avaient fait preuve la première fois. Une fois leur désir apaisé, Valérie s’endormit dans les bras de son amant qui, lui, n’arriva pas à trouver le sommeil. Il y renonça au bout d’une heure et se leva silencieusement. Laissant sa compagne endormie dans la chambre, il descendit au rez-de-chaussée après avoir passé un boxer noir. Viggo eut un sourire en voyant les vêtements qui parsemaient le hall, preuve de leur précipitation à se retrouver. Il les ramassa rapidement et les posa sur les marches avant de se diriger vers la cuisine. Il but un verre de lait avant de sortir sur la terrasse pour rejoindre son atelier. Il n’avait pas touché à ses pinceaux depuis qu’elle était là, préférant se consacrer entièrement à elle mais aussi parce que l’inspiration le fuyait. Il en était autrement ce soir, il le sentait dans chaque fibre de son être. Peut-être parce qu’elle lui avait dit qu’elle l’aimait. Peut-être parce qu’il le lui avait dit. C’était des mots qu’il avait peu utilisés dans sa vie pourtant il lui était venu naturellement avec elle. Il renonça à sonder les tréfonds de son âme et commença à composer sa toile, se laissant guider par son instinct.

***


Le réveil indiquait 19h30 quand Valérie s’éveilla. Elle bâilla et s’étira avant de constater qu’elle était seule dans le grand lit à baldaquin. Son épaule la lançait un peu aussi se décida-t-elle à se lever et, ayant passé la nuisette qui l’attendait sagement sur un des fauteuils, à descendre au rez-de-chaussée. La maison était tranquille, aucun bruit ne venait trouver le silence. Elle se dirigea machinalement vers la cuisine et constata que la porte menant au jardin était ouverte. Les dalles furent fraîches sous ses pieds nus mais ne l’empêchèrent pas d’avancer. Le chemin se séparait en deux, l’un allait vers l’écurie tandis que l’autre menait à l’immense kiosque qui servait d’atelier à Viggo. Elle s’y dirigea en voyant la porte entrouverte. Le kiosque était composé d’un mélange savant de bois peint en blanc et de vitraux aux couleurs pastels qui permettaient à une lumière douce d’éclairer l’intérieur. Jetant un coup d’œil à l’intérieur, elle l’aperçut un pinceau à la main.

Valérie l’observa un long moment, il était totalement concentré sur son œuvre. Elle admira les courbes de son corps à peine cachées par son boxer, sourit en découvrant quelques traînées de peinture sur son torse nu, ses bras et même son front. Viggo laissa tomber son pinceau dans un pot qui en contenait d’autres et fit quelques pas en arrière pour mieux apprécier ce qu’il venait de créer. Il sembla satisfait mais décida de rajouter une dernière chose à sa toile. Il fit un mélange de peinture dont il avait le secret et trempa sa paume dans l’assiette avant de l’appliquer sur le tableau. La jeune femme retourna silencieusement sur ses pas, ne voulant pas l’interrompre. Elle réintégra la cuisine et prépara une salade composée pour le dîner, grignotant quelques carottes et tranches de concombres au passage pour apaiser sa faim. Viggo vint la rejoindre moins d’une heure plus tard. Il la trouva au téléphone et en profita pour aller prendre une douche pendant qu’elle finissait sa conversation. Rafaela l’avait tout d’abord invectivée car elle ne l’avait pas appelé plus tôt, avant de lui dire à quel point elle était soulagée que tout se soit bien terminée. La jeune femme avait eu des nouvelles par Orlando mais cela ne lui avait pas suffit pour se convaincre que sa meilleure amie était toujours en vie. Le premier coup de fil de Valérie avait été pour sa mère. Elle s’attendait à ce que celle-ci se mette en colère à cause de son imprudence mais il n’en fut rien. A la grande surprise de Val, sa mère fut même étonnée qu’elle l’appelle si vite. La jeune femme comprit rapidement pourquoi elle n’était pas plus inquiète. Viggo l’avait appelée de l’hôpital et lui avait clairement expliqué la situation. Mme Beaumont rajouta que son ami était charmant et qu’elle serait ravie de l’avoir à dîner lors de son prochain passage à New York. Valérie crut être tombée dans la 4e dimension. Viggo la rejoignit alors qu’elle disait au revoir à Rafaela.

— Tout va bien ? Demanda-t-il en la prenant dans ses bras pour lui voler un baiser.
— Oui… je crois. Tu as appelé ma mère ?
— Il ne fallait pas ?
— Si… c’est juste que… que lui as-tu dit ?
— Je lui ai expliqué ce qu’il s’était passé, les raisons pour lesquelles je ne l’avais pas prévenue plus tôt et que tu étais en salle de réveil.
— Et elle n’a rien dit ?
— Si, elle m’a invité à dîner, rajouta Viggo en fronçant les sourcils. Cela pose un problème ?
— Non, pas du tout mais… peu importe, se résigna la jeune femme en haussant les épaules. Si nous dînions ?

***

Orlando et Billy étaient passés voir Valérie pendant que Viggo allait à un rendez-vous de dernière minute. Les trois amis avaient paressé au bord de la piscine, une boisson fraîche à la main, parlant de tout et de rien. Orly avait reçu un appel important et s’était éloigné de ses comparses, permettant à Billy de s’entretenir en privé avec Valérie. Il la rassura sur le comportement de Dom à son égard qui s’était montré beaucoup plus tendre et affectueux que jamais. La jeune femme en fut soulagée et ne résista pas à échanger un câlin avec l’Ecossais. Alors qu’il venait juste de commencer, le téléphone de Valérie sonna. Elijah commença à lui parler avant même qu’elle n’ait eu le temps de placer un mot. Il semblait surexcité. L’acteur lui expliqua brièvement qu’il fallait organiser une fête le soir-même pour l’anniversaire de Jessika. Val comprit qu’il était avec elle dans un magasin et qu’il avait profité de ce que la jeune femme soit dans une cabine d’essayage pour l’appeler. Il raccrocha avant qu’elle ne put lui demander plus de précision. Elle regarda son téléphone en fronçant les sourcils avant de se tourner vers Billy et Orlando, qui était revenu entre temps. A eux trois, en moins de deux heures, ils réussirent à tout organiser. Billy se chargea de prévenir Ian, Dom et Viggo, Orlando de trouver un restaurant qui accepterait de les accueillir dans un laps de temps aussi court et Valérie des cadeaux pour la jeune femme. Elle envoya aussi un sms à Elijah pour lui donner le lieu et l’heure de la fête. Tout se déroula à merveille, Jessika fut tellement émue en voyant ses nouveaux amis s’être donné tant de mal pour son anniversaire qu’elle fondit en larme. L’ambiance était bon enfant et chacun passa un bon moment. Ian, qui avait amené sa dernière conquête, un italien répondant au nom de Julio, se laissa porter par l’ambiance et chanta plusieurs chansons paillardes qui firent rougir les deux serveuses qui s’occupaient du petit groupe. Ils se séparèrent vers trois heures du matin, Valérie et Jess se promettant de garder le contact.

***

Les adieux furent d’autant plus déchirants cette fois-ci qu’ils savaient ne pas pouvoir se retrouver avant le mois de novembre, Viggo devant rejoindre la Nouvelle-Zélande pour le second tournage du seigneur des anneaux. Peter n’était pas satisfait de plusieurs scènes et avait réquisitionné sa brochette d’acteurs pendants les trois mois suivants. C’était une chose de savoir Viggo à l’autre bout du pays mais s’en était une autre de le savoir à l’autre bout du monde. Valérie regagna New York le cœur lourd mais aussi apaisé par les derniers mots de l’acteur qui l’avait assurée de son amour avant de la laisser monter dans l’avion.

Une fois de retour, la vie reprit vite son cours entre les journées passées à travailler au Newday, les soirées cocooning avec Raf et les coups de fil de Viggo et d’Orlando qui rythmaient la vie de deux femmes. Rafaela avait été d’autant plus déçue qu’Orly n’avait pas pu faire escale à New York avant son départ pour Wellington. Elle ne l’avait pas vu depuis plusieurs semaines et ne pouvait s’empêcher de se demander si le bel Anglais ne l’avait pas remplacée par une dénommée Kate dont les journaux à scandales parlaient dès que le nom d’Orlando y était évoqué. Valérie avait tenté de la rassurer mais les peurs anciennes ne cessaient de refaire surface. Elle se sentait désarmée face à l’attitude de Rafaela car elle connaissait Orly et savait qu’il n’était pas le genre d’homme à tromper sa bien-aimée. Du moins l’espérait-elle car, dans le cas contraire, elle sortirait volontiers son rouleau à pâtisserie pour taper sur l’acteur, comme disait Raf quand elle était en colère contre quelqu’un. Le mois d’août se termina, emmenant une bonne partie des touristes européens avec lui, septembre vint tranquillement prendre sa place, faisant chuter la température de quelques degrés. Avec octobre, les premières feuilles commencèrent à tomber en même temps que le moral des deux amies qui se languissaient du jour où elles allaient pouvoir revoir Viggo et Orlando. Tout changea quand ce dernier appela Valérie vers le 15 octobre pour lui faire une proposition qu’elle ne pouvait qu’accepter.

***

16 octobre 2002

Billy dégrafa rapidement la broche en forme de feuille qui tenait sa cape et poussa un lourd soupir avant de se laisser tomber sur la banquette de la caravane qu’il occupait. Depuis toujours il essayait, quand les caméras tournaient, d’oublier tout ce qui faisait sa vie pour se concentrer sur le personnage qu’il interprétait et son histoire. Cela n’avait pas été le cas ce matin. Il avait été incapable d’entrer dans le rôle de Pippin et Peter Jackson l’avait remarqué, comme tous ceux qui étaient sur le plateau d’ailleurs, songea Billy en jetant d’un geste rageur un magazine qui traînait sur la table. Il se prit la tête entre les mains, se souciant peu d’abîmer les prothèses de plastique qui recouvrait ses oreilles et laissa ses larmes couler. Il avait mal… tellement mal. Quand on frappa à la porte de sa caravane, il sursauta avant de rapidement s’essuyer les yeux et de prononcer, d’une voix qu’il voulait calme, « c’est ouvert » alors qu’il aurait préféré envoyer l’importun au diable. La porte s’ouvrit sur une jeune femme qui lui dédia un sourire timide.

— Je peux entrer ? Demanda-t-elle d’une voix douce.
— Qu’est-ce que tu veux ? Répondit Billy plus sèchement qu’il ne l’avait voulu.
— Eh bien, commença-t-elle en grimpant les quelques marches qui menaient à l’intérieur, Peter m’a dit que tu ne tournais plus aujourd’hui alors…
— Tu es venue récupérer mon costume, compléta l’Ecossais dont la colère était totalement retombée en contemplant les yeux bleus de la jeune femme.
— Oui… Tu connais Leann…

Billy hocha la tête. L’image de la chef costumière apparut à son esprit. C’était une petite bonne femme brune, aux cheveux mi-longs et aux yeux verts perçants, qui faisait preuve d’une autorité sans pareil pour diriger ses nombreuses assistantes, et s’assurer tous les jours que chaque costume était complet et attribué au bon acteur. Il se rappelait encore la colère qu’avait piqué Leann quand Orlando s’était retrouvé avec le pantalon de l’acteur qui jouait Haldir. Orly avait trouvé amusant, bien sûr, de parader devant sa caravane avec le-dit pantalon qu’il devait tenir à la taille pour ne pas qu’il tombe. Leann n’avait pas trouvé cela drôle, bien au contraire. Billy releva les yeux et vit qu’Ariane le regardait toujours de ses yeux céruléens. Il l’aimait bien et, malgré la timidité de la jeune femme, un début d’amitié était né entre eux. Ses cheveux bruns étaient noués en queue de cheval et elle était vêtue d’une salopette beige et d’un tee-shirt noir des deux tours.

— Je repasserais plus tard, fit Ariane en se rendant compte qu’elle gênait. De toute façon, tu n’es pas changé alors…
— Tu ne veux pas rester un peu ? Demanda Billy d’une voix douce. Juste quelques minutes.

Elle n’eut pas le cœur de refuser en voyant les yeux encore humides de l’acteur. Elle s’assit sur la banquette qui lui faisait face et attendit sagement qu’il se décide à parler. Mais Billy ne dit pas un mot, il puisa de nouvelles forces dans la présence apaisante de la jeune femme et, au bout de longues minutes, s’excusa pour aller se changer dans la chambre. Ariane le regarda disparaître et se demanda ce qui ne tournait pas rond avec lui. Il était toujours souriant et enjoué d’habitude, bien moins que Dominic, Orlando ou Elijah, mais ce silence ne lui ressemblait pas. Elle jeta un œil sur l’intérieur de la caravane qui était impeccablement rangée, à l’exception d’un magazine qui avait échoué sur le sol. Au-dessus de la banquette où s’était tenu Billy, était accroché plusieurs cartes postales qu’elle contempla avant de porter son regard sur les photos qui étaient à coté. Elle reconnut la tribu des « hobbits en folie », comme les surnommait parfois Chris, une maquilleuse avec qui elle s’était liée d’amitié, Orlando, Peter, Fran et Viggo enlaçant une jeune femme qu’elle ne connaissait pas. La plupart des clichés semblaient avoir été pris pendant une fête. Elle n’eut pas le temps de s’interroger plus en avant car déjà la porte de la chambre s’ouvrait sur Billy qui avait passé un tee-shirt blanc et un jeans et ôté les prothèses qui le transformaient en hobbit.

— Tout est là, dit-il en lui donnant un tas de vêtements.
— Ok, murmura Ariane en les récupérant.
— Il y a la cape aussi.
— Tu… tu es sûr que ça va ? Osa-t-elle demander en prenant une teinte pivoine.
— Oui, j’ai besoin de prendre un peu l’air, répondit-il d’un ton distrait en prenant ses clés de voiture sur le comptoir et en ouvrant la porte de la caravane à sa compagne qu’il ferma ensuite à clé. A plus tard.
— Oui, répondit Ariane en se dirigeant vers le département costume en se demandant ce qui le tracassait.

Ce dernier rejoignit rapidement la voiture de location qui était sur le parking et partit sans vraiment avoir de destination précise. Il avait besoin de s’éloigner du studio, besoin de s’éloigner de lui, tout simplement. Sans vraiment s’en rendre compte, il se retrouva sur la plage où il venait avec ses amis pour surfer. Il coupa le moteur et se laissa envahir par le bruit du ressac et le cri des mouettes, les mains crispées sur le volant, indifférent aux larmes qui avaient de nouveau envahit ses yeux. Un cri étranglé franchit ses lèvres. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il que tout recommence et surtout, pourquoi maintenant ?

— Tu m’avais promis, Dominic ! Cria-t-il d’un ton rageur.

Ses mots furent emportés par la brise tandis qu’il sanglotait, la tête posée contre le volant. Il resta un long moment ainsi. Il y avait peu de gens sur la plage et ceux qui étaient là ne lui prêtèrent aucune attention. Des images affluèrent quand il ferma les paupières. C’était le retour d’une soirée qu’il avait passé avec Elijah, Sean, Dom, Orlando et Viggo. Comme Dominic et lui ne tournaient pas le lendemain matin, ils avaient décidé de rester passer la nuit à Wellington tandis que les autres regagnaient leurs caravanes, près du studio. Ils avaient bu ce soir là mais assez raisonnablement comparé à d’autres. Dominic avait été des plus agréables jusqu’à ce qu’ils arrivent chez Billy. Il l’avait embrassé sauvagement, lui murmurant des mots crus à l’oreille tandis qu’il s’attaquait à la fermeture éclaire de son pantalon. Billy l’avait repoussé. L’attitude de son compagnon le répugnait. Il faisait preuve de tellement de tendresse et de douceur d’habitude. Dom ne l’avait pas entendu de cette oreille et avait insisté, se collant contre lui. Une lueur de folie semblait avoir envahi ses yeux et Billy avait prit peur. Il ne faisait pas le poids contre Dominic et ce dernier le savait. En proie à une panique grandissante, l’Ecossais avait saisit la première chose qui lui était tombée sous la main, en l’occurrence un vase de porcelaine, et l’avait frappé. Il s’était maudit pour son geste aussitôt qu’il l’avait accompli et s’était penché sur Dom qui gisait, inconscient, à ses pieds. Fort heureusement, à part une belle bosse, l’Anglais n’était pas blessé. Billy avait fui et s’était réfugié dans la caravane d’Elijah pour ne pas rester seul au cas où Dom reviendrait dans la nuit, refusant de lui dire ce qu’il s’était passé. Quand Dominic était apparu sur le plateau en fin de matinée, il était allé vers lui mais l’Anglais l’avait ignoré. Ils ne s’étaient pas parlés depuis l’incident et cela avait empêché Billy de se concentrer sur son jeu. Il essuya son visage et se moucha. Il ne s’était pas sentit aussi seul depuis des années. Il envisagea appeler Valérie mais avec le décalage horaire, il songea qu’il devait être le milieu de la nuit à New York. Il se résigna donc et resta seul sur la plage avant de rentrer directement dans sa caravane, sans aller manger à la cafétéria de peur de tomber sur Dominic.

***
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 18:17

20 octobre 2002

Valérie et Rafaela étaient épuisées. Elles étaient parties deux jours plus tôt de New York, avaient fait escale à Los Angeles, où elles avaient passé la nuit, avant de reprendre un autre vol qui devait les mener, en un peu moins de dix heures, à Wellington, Nouvelle-Zélande. Elles descendirent de l’avion avec soulagement, ayant hâte de se dégourdir les jambes et de dormir un peu. Orlando avait tout prévu et quelqu’un les attendait dans le hall. L’homme se présenta sous le nom de Jack et, après avoir récupéré les bagages des deux femmes, les conduisit à l’Intercontinental où deux suites voisines leur avaient été réservées. Les chambres étaient à la fois luxueuses et simples, dans des tons beiges et ocres, mais ni l’une ni l’autre ni prêtèrent attention tant elles étaient fatiguées. Jack les avertit qu’il viendrait les prendre vers 18h, heure locale, pour les emmener au studio avant de prendre congé. Valérie appela la réception pour qu’on les réveille à 17h avant de se laisser tomber sur le lit et de s’endormir. Rafaela avait fait de même quelques minutes plus tôt. Elle serrait le nounours avec lequel elle dormait toujours et qui provoquait tant de taquineries de la part d’Orly.

***

Quand Jack vint les prendre à l’hôtel, les deux femmes étaient encore un peu perturbées par le décalage horaire mais tellement nerveuses et excitées à l’idée de revoir leurs compagnons qu’elles n’y firent guère attention. Jack fut un guide parfait, il leur désigna quelques endroits intéressants de la ville quand ils passaient devant dont le musée Te Papa, le jardin botanique, le Parlement et le Westpac Trust Stadium. Rafaela l’écoutait d’un air distrait tout en se demandant comment elle allait réagir en revoyant Orlando. Elle avait été enthousiasmée par la proposition de ce dernier qui, voyant son cher Viggo se « morfondre » dans son coin, avait décidé de lui organiser une surprise pour son anniversaire et elle avait sauté sur l’occasion pour venir en même temps que Valérie. Raf avait réussi à convaincre sa patronne de lui octroyer une semaine de vacances afin de pouvoir partir. C’était court mais mieux que rien, tentait-elle de se convaincre avant leur départ. Maintenant qu’elle était en Nouvelle-Zélande, elle ne regrettait absolument pas ce voyage. Valérie était aussi silencieuse qu’elle, assise à ses cotés, plongée dans ses pensées. Elle sentit son cœur battre plus rapidement quand la voiture s’engagea à l’intérieur d’un gigantesque studio après avoir passé le contrôle de sécurité. Jack leur nomma les noms des différents entrepôts devant lesquelles ils passaient et qui regroupaient les costumes, prothèses, armes,… Ils arrivèrent enfin à un espace plus dégagé. Sur leur droite se trouvait une immense toile de tente kaki que Jack désigna comme « la cafétéria », sur leur gauche s’étendait une longue rangée de caravanes derrière laquelle se trouvait un boqueteau. Le jeune homme les déposa devant l’une d’elle en leur disant de patienter un moment. Obéissantes, Valérie et Rafaela descendirent de voiture et regardèrent, les yeux ronds, une bande de figurants déguisés en orcs. L’un d’eux leur fit un sourire grotesque en passant près d’elle. Ils furent suivit par deux elfes qui s’entretenaient avec animation. Les deux jeunes femmes se crurent transportées dans un autre temps. Plusieurs des personnages secondaires du seigneur des anneaux passèrent ainsi près d’elle, ainsi qu’une bonne partie du staff habillé civilement. La majorité d’entre eux eurent un sourire en les voyant. Raf, qui avait légèrement abusé des jus d’orange frais qu’on leur avait servi à leur réveil malgré les recommandations de son amie, chercha des yeux des toilettes. Elle s’excusa auprès de sa compagne une fois qu’elle les eut localisées. Valérie eut un sourire amusé en constatant qu’elle avait eu raison de ne pas imiter Rafaela. Elle resta donc seule, s’appuyant sur la caravane, pour regarder les gens regagner les départements costumes, et autres, où ils allaient être retransformés en de simples humains. Alors qu’elle commençait à trouver le temps long, une voix familière parvint jusqu’à elle. Val se redressa. Elle ne pouvait pas voir l’homme qui parlait car il était derrière le coin de la caravane, discutant avec d’autres personnes pour autant qu’elle puisse l’entendre au bruit des pas qui rythmait leur marche.

— Je t’assure, affirma Orlando travesti en Legolas.
— Non, rien ne vaut une bonne vieille voiture de collection, protesta John Rhys-Davies qui portait, quant à lui, la tenue de Gimli.

Viggo les écoutait se chamailler d’un air distrait tout en caressant la garde de son épée. Ils venaient de reprendre une scène de la bataille de Minas Tirith dont il ne se sentait pas vraiment satisfait. Peter l’avait longuement écouté mais n’avait rien trouvé de particulier et leur avait donné congé pour la soirée. Il retournait donc à sa caravane en compagnie d’Orlando et John qui se chicanaient pour savoir lesquelles des voitures neuves ou anciennes étaient les mieux. Tout à ses pensées, il avait tourné au coin de sa caravane, les yeux baissés vers le sol, quand il se rendit compte qu’Orlando s’adressait à lui. Il releva la tête et vit un immense sourire sur le visage de son compagnon qui répéta la même phrase pour la troisième fois de suite.

— Joyeux anniversaire !
— Pardon ? Fit Viggo qui ne voyait pas ce que cela venait faire dans la conversation.
— On est le 20 octobre aujourd’hui, c’est donc ton anniversaire, non ? Déclara Orly avec une pointe d’agacement.
— Pour un rôdeur, il est bien distrait, commenta John avec un sourire qui était au courant, comme la majorité des gens du studio, de l’arrivée de Valérie.
— De quoi…

Et soudain il la vit. Les mots se bloquèrent dans sa gorge. Viggo dévisagea Orlando avec surprise avant de porter de nouveau son regard sur la jeune femme qui était devant sa caravane, à moins de 5 mètres de lui. Il tenta de parler mais il en fut incapable. Son cœur battait maintenant à un rythme fou tandis qu’il la voyait lui sourire et hésiter à avancer vers lui.

— Tu attends quoi, le déluge ? Le taquina Orly.
— Aragorn était beaucoup plus prompt à embrasser Arwen lors du couronnement, nota John amusé par l’ébahissement qui pouvait se lire sur le visage de Viggo.

Ce dernier n’y avait pas prêté attention mais Dominic, Elijah, Billy, Sean, Ian, Karl, et même Peter et Fran, avaient envahi, par un curieux hasard, les alentours et suivaient attentivement les réactions des deux amoureux. Après un dernier regard à Orlando, Viggo avança à pas mesurés vers la jeune femme. Rafaela, qui était revenue, observait la scène en retrait le sourire aux lèvres. Il fut rapidement devant Valérie qui avait les yeux brillants de larmes de bonheur contenues. Viggo caressa sa joue pour être certain qu’il ne rêvait pas avant de laisser son épée tomber au sol pour prendre la jeune femme dans ses bras et échanger avec elle un baiser digne des plus grands films hollywoodiens sous les applaudissements de leurs amis. Leurs cœurs battaient à l’unisson, beaucoup trop rapidement, tandis que leurs langues se cherchaient, oubliant le monde extérieur. Ils finirent, front contre front, incapables de prononcer le moindre mot mais échangeant des regards tellement intenses qu’ils savaient d’instinct ce que l’autre pensait.

Rafaela les regardait, se demandant si elle était capable d’être aussi exubérante dans ses retrouvailles avec Orlando. Ce dernier venait enfin de l’apercevoir et la jeune femme se sentit fondre quand il lui sourit. Il la rejoignit en quelques rapides enjambées et lui murmura quelques mots à l’oreille qui la firent rosirent de plaisir. Le couple rejoignit Viggo et Valérie, qui s’étaient finalement remis de leurs retrouvailles, et discutaient avec Elijah et Dom.

— Départ dans trente minutes, annonça Orlando.
— Interdiction de refuser l’invitation, rajouta Elijah avec un sourire.
— Mais…
— Les « mais » sont interdits les jours d’anniversaire, répondit Dominic hilare en voyant l’expression frustrée de Viggo.
— Je crains que nous ne devions capituler, déclara Valérie d’un air résigné.
— Vous êtes encore là, fit une voix derrière le petite groupe. Mais c’est que je ne vais pas passer la nuit ici, moi !

Orlando leva les yeux au ciel avant de se tourner vers Leann et de lui dédier un gigantesque sourire. Viggo et Orly rejoignirent donc leurs caravanes avec leurs compagnes tandis que Leann soupirait en regagnant son département sous les regards amusés de Billy, Dom, Sean, Ian et Elijah.

Valérie pénétra dans la caravane, observant le décor avant que deux bras ne viennent se glisser sur sa taille tandis qu’une bouche gourmande jouait avec le lobe de son oreille. Elle ferma les yeux et se laissa enivrer un moment par de délicieuses sensations avant de les rouvrir et de réprimander Viggo d’une voix douce.

— Je croyais que nous étions attendus…
— Mmmm, répondit-il distraitement en descendant dans son cou, caresse qu’il savait la faire frémir.
— Tu sais, je vais rester quelques jours et vu l’humeur de la femme qui vous a parlé tout à l’heure…
— Tu as raison, Ariane ne va pas tarder, admit Viggo qui consentit à relâcher sa compagne.
— Ariane ?
— Une des assistantes de Leann, la costumière que tu as vue.

Valérie s’assit sur la banquette qui était derrière elle et observa Viggo qui enlevait les protèges-bras qu’il portait. Elle bénéficia ainsi d’un charmant strip-tease improvisé, sans savoir s’il se déshabillait devant elle pour lui montrer ce qu’elle avait raté en lui rappelant ses obligations ou par pure distraction. La jeune femme eut du mal à déglutir quand il ôta son pantalon, dernier vestige de sa tenue d’Aragorn. Elle avait déjà remarqué, en visionnant de nombreuses fois la communauté de l’anneau, que la plupart des acteurs portaient des pantalons moulants. La question avait été posée, sur un groupe de fans de Viggo sur Internet, de savoir si les comédiens portaient quelque chose dessous. Elle avait la réponse à cette question et se demanda brièvement comment les filles avec qui elle discutait auraient réagi en découvrant Viggo vêtu d’un simple string noir qui soulignait ses formes parfaites. Elle n’eut pas le temps de se reprendre que des coups retentirent à la porte. Viggo lança un bref « entrez » tout en réunissant la pile de vêtements qu’il venait d’ôter. Ariane ouvrit la porte et croisa le regard de Valérie. Elle murmura un bref bonjour avant de se tourner vers l’acteur qui était à sa gauche. Prenant les vêtements d’un geste distrait, elle se sentit rougir en constatant que Viggo, contrairement à son habitude, était presque entièrement nu. Ariane ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais aucun son ne sortit. Elle battit précipitamment en retraite sous le regard amusé du couple.

— Je n’aurais jamais cru que tu portais… ce genre de chose, fit Valérie en s’approchant de l’acteur avec une lueur espiègle dans les yeux.
— En théorie, non mais les pantalons sont si serrés que c’est le seul moyen qu’a trouvé Leann pour qu’on ne voie pas les marques des sous-vêtements.
— Tu veux dire que tout le monde en porte ? S’étonna la jeune femme.
— Principalement les hommes et les elfes.
— Et, continua Valérie en admirant le minuscule bout de tissu, tu penses en remettre après le tournage ?
— C’est possible, répondit-il avec un sourire amusé.
— Mmmm… intéressant, murmura-t-elle en ne résistant pas à glisser un doigt sous l’élastique posé sur la hanche de son amant.

Viggo se contraignit à ne pas bouger. Il sentait le souffle de Valérie sur son torse tandis qu’elle glissait son autre main sur sa hanche. Elle fit lentement glisser ses doigts sous l’élastique, de ses flancs à son dos, qui se rejoignait pour descendre entre les fesses de l’acteur qui frémit quand elle les caressa. N’y tenant plus, il l’embrassa sauvagement.

— Nous n’avons pas… beaucoup de temps, murmura Val quand il fit glisser les bretelles de sa robe de ses épaules.
— Ils attendront, assura Viggo en la guidant vers la salle de bain.

***

A quelques mètres de là, dans une autre caravane, une scène à peu près similaire se déroulait. Dès qu’ils étaient entrés à l’intérieur, Orlando avait conquis les lèvres tendres de Rafaela qui avait fondu de plaisir entre ses bras. Elle avait complètement perdu pied et s’en moquait royalement. Tous ses doutes et ses peurs avaient brusquement fuient sous les assauts du jeune Anglais. Quand Galou, une des autres assistantes de Leann qui s’occupait d’Orlando, avait frappé à la porte pour récupérer son costume, il avait pesté contre l’importune avant de se déshabiller rapidement devant une Raf médusée en découvrant le string qu’il portait. Il avait noué une serviette sur ses hanches avant d’ouvrir à la jeune femme pour lui confier ses affaires.

— Si nous reprenions où nous en étions restés, murmura Orly sitôt l'intruse disparue.
— Euh… tu ne crois pas que…
— Je crois que j’ai envie de toi, Rafaela, déclara-t-il d’un ton charmeur. Et je crois aussi que tu as envie de moi.

Pour toute réponse, elle captura ses lèvres avec timidité. Ils se dirigèrent maladroitement vers la chambre où ils rattrapèrent le temps passé loin l’un de l’autre en unissant leurs deux corps affamés.

***

Elijah attendait dans sa voiture depuis près de dix minutes. Dominic était assis à ses cotés et Billy à l’arrière. L’ambiance était tendue entre les deux hommes. Lij n’avait toujours aucune idée de ce qu’il s’était passé mais le problème semblait loin d’être résolu.

— Qu’est-ce qu’ils font, grommela-t-il avant de reprendre avant que Dom ne parle, ça va, j’ai pas besoin d’un dessin !

L’Anglais eut un sourire amusé avant de lui montrer Viggo et Valérie qui approchaient. Billy était toujours silencieux et aurait préféré ne pas venir mais il ne pouvait manquer l’anniversaire de Viggo. Ce dernier se penchait justement du coté de la fenêtre de Dom pour connaître leur destination, l’hôtel Intercontinental. Orlando et Rafaela les rejoignirent quelques instants plus tard. Le couple monta avec les trois garçons –la voiture d’Orly étant en panne – tandis que Viggo rejoignait la sienne avec Val. Elijah démarra rapidement et alluma la radio. Rafaela se sentait intimidée entre Billy et Orlando qui lui caressait tendrement la main. Soudain une musique que les quatre garçons connaissaient bien se fit entendre dans l’habitacle. Elijah entonna en chœur avec Orlando et Dom les paroles.

Everybody needs somebody
Everybody needs somebody to love
Someone to love (Someone to love)
Sweetheart to miss (Sweetheart to miss)
Sugar to kiss (Sugar to kiss)
I need you, you, you
I need you, you, you
I need you, you, you in the morning
I need you, you, you when my soul's on fire


Viggo venait juste de démarrer quand Fran apparut en faisant de grands gestes. Elle rejoignit rapidement la voiture et sourit à l’acteur.

— Dis-moi, j’ai un service à te demander, commença-t-elle avec un sourire. Comme tu vas en ville, tu pourrais récupérer des photos pour moi avant de rejoindre les autres ?
— Bien sûr, répondit-il en regardant sa montre, mais le magasin ne va pas être fermé ?
— Ils ferment à 20h le jeudi. C’est la boutique qui est à coté du Te papa.
— Pas de problème.
— Merci, fit Fran. Au fait, avec Peter on s’est arrangé pour que tu ne tournes qu’après demain, en fin de matinée.
— Il est malade ? Demanda Viggo qui connaissait le programme rigoureux que suivait le réalisateur.
— Disons que c’est ton cadeau d’anniversaire, répondit Fran avec un clin d’œil complice. Amusez-vous bien.

Elle les regarda partir avec un sourire amusé. Il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait. Fran s’en voulait un peu de lui avoir mentit mais savait qu’il ne lui en voudrait pas. Elle retourna rapidement à la caravane qu’elle occupait avec Peter, ils avaient peu de temps devant eux.

***

— Vous êtes certain ? Demanda Viggo pour la seconde fois.
— Oui, affirma la vendeuse qui jubilait déjà à l’idée de raconter à ses amis que Viggo Mortensen était venu dans sa boutique. Il n’y a rien au nom de Fran Walshes.
— Fran Jackson, suggéra-t-il même s’il savait qu’elle utilisait rarement son nom d’épouse.
— Non plus, désolée.
— Elle a dû se tromper d’endroit. Excusez-moi pour le dérangement, fit Viggo avant de tourner les talons.

La vendeuse eut un sourire encore plus large quand elle le regarda sortir, l’œil rivé sur son joli postérieur. Elle se précipita sur son téléphone pour appeler sa meilleure amie tout en le regardant monter dans sa voiture.

— Alors ? Demanda Valérie en le voyant revenir bredouille.
— Soit Fran s’est trompée de boutique, soit… je ne sais pas, grommela-t-il en démarrant.

***

Ils arrivèrent quelques minutes plus tard à l’Intercontinental. Le patron de l’hôtel, Viktor Gromleski, les attendait dans le hall. Il les salua et les invita à le suivre le long d’un des immenses couloirs de l’hôtel.

— Vos amis vous attendent ici, affirma le directeur en ouvrant la porte d’un salon privé.

Viggo et Valérie se regardèrent. Ils faisaient face à une pièce plongée dans la pénombre. Alors que l’acteur se tournait vers le directeur pour lui demander ce que cela signifiait, la lumière s’alluma tandis qu’un chœur d’une centaine de voix criait avec joie.

— Surprise !!!!!!!!!!!!!!

Orlando et Dom, qui étaient sur l’estrade avec quelques musiciens, entonnèrent la traditionnelle chanson « joyeux anniversaire ». Viggo eut un sourire gêné quand toute la salle reprit la chanson. Ses plus proches amis étaient réunis devant lui. Billy, Elijah, David, Karl, Ian, Andy. Il aperçut aussi Fran et Peter, Rafaela, Ariane, Chris et plusieurs autres membres du staff qu’il côtoyait tous les jours.

— Bon anniversaire, lui murmura Valérie à l’oreille avant de l’embrasser tendrement.
— Tu étais au courant ?
— Absolument pas, assura la jeune femme qui le laissa ensuite rejoindre les nombreuses personnes qui voulaient le féliciter tandis qu’elle-même retrouvait son amie de toujours.

La soirée se déroula agréablement. Une piste de danse avait été aménagée au milieu de la salle, l’orchestre joua une bonne partie de la fête et accepta bien volontiers de jouer « Everybody needs somebody » quand Elijah le leur demanda. Il monta sur scène avec Orlando, Dom et Sean qui s’en donnèrent à cœur joie pour le plus grand plaisir de tous. Peter se laissa prendre au jeu et leur fit une imitation de Sinatra qui en laissa plus d’un pantois. Rafaela et Valérie discutaient tranquillement un verre à la main quand cette dernière remarqua que Billy avait disparu. Elle le chercha des yeux dans l’assistance mais ne le vit nul part, par contre elle croisa le regard intimidé d’Ariane à qui Andy parlait avec animation. Val eut un sourire en voyant la jeune femme rougir. Elle savait que l’interprète de Gollum était en instance de divorce même si elle n’était pas très proche de lui. Sa femme, après quinze années d’un mariage presque parfait, avait demandé le divorce, ne supportant pas la pression incessante qu’elle, et leurs trois enfants, subissait de la part des journalistes. Elle était heureuse de sa réussite dans ce métier qu’il adorait mais préférait de loin vivre « une vie normale ». L’orchestre s’arrêta soudain de jouer et la lumière fut tamisée. Tous les regards se tournèrent vers le fond de la salle où deux serveurs poussaient un gâteau sur un chariot. Viggo chercha Valérie des yeux. Elle le rejoignit tandis que l’assemblée se rassemblait autour d’eux. L’acteur eut un regard amusé en découvrant que le gâteau était à l’image d’Aragorn levant son épée de ses deux mains. Il souffla ses 44 bougies sous les applaudissements avant de dire quelques mots pour remercier les instigateurs de cette soirée riche en surprise.

Deux heures plus tard la majorité des invités s’étaient éclipsés. La journée avait été rude pour tous sur les plateaux de tournage et une autre journée, aussi intense, les attendait le lendemain. Une seule table était maintenant occupée par la petite bande habituelle. Dom, Elijah, Sean, Orlando, Rafaela et Viggo. Les plaisanteries allaient bon train quand Valérie rejoignit la salle après avoir raccompagné Ian, légèrement ivre, qui ne voulait pas lâcher la jeune femme. Elle allait s’asseoir sur une chaise près de Viggo quand celui-ci l’assit d’autorité sur ses genoux, glissant un bras autour de sa taille.

— Arf, grommela Dom taquin, ça fait quoi… un an que vous vous fréquentez et déjà il te fait faire ce qu’il veut !
— Tu es jaloux, Dominic ? Rétorqua Val en lui lançant une serviette qui traînait sur la table.
— Il a raison, renchérit Elijah incapable de garder son sérieux en voyant son ami tirer la langue à la jeune femme.
— Et un autre jaloux de plus, fit Orlando l’air de rien.
— Dis-moi, comment se fait-il que tu ne nous aies pas parlé avant de cette charmante jeune femme qui a eut le malheur de croiser ta route ? Demanda Sean en posant un regard scrutateur sur Rafaela.
— C’est vrai ça, reprit Lij, je te croyais avec Kate !

Raf grinça des dents en entendant le nom de cette femme qu’elle ne connaissait pas. Elle échangea un bref regard avec sa meilleure amie qui lui fit signe de ne pas faire attention à ce qui se disait.

— Parce que, commença Orlando avec un rictus canaille, je voulais la garder pour moi le plus longtemps possible.
— Comment vous vous êtes rencontrés ? L’interrogea Elijah.
— C’est ma meilleure amie, expliqua Valérie.
— Mmmm… tu en as d’autres des amies aussi jolies ?
— Oui mais je ne te les présenterais pas, Lij, je ne veux pas qu’elle m’appelle pour me dire que tu leur as brisé le cœur !
— Moi ? Qui suis aussi pur et innocent que l’agneau qui vient de naître ?
— C’est ça et Dominic est un saint ! Ricana Orly en levant les yeux au ciel.
— Pfff on ferait mieux de finir la soirée ailleurs, grommela ce dernier en faisant mine de se lever.
— Je vais rentrer, annonça Sean. Il est près de trois heures du matin et on refait une scène de la montagne du destin demain… enfin tout à l’heure.
— L’avantage, c’est que l’on aura pas besoin de faire semblant d’être fatigué, plaisanta Elijah en l’imitant. Je ramène qui ?
— Nous, répondit Orlando en prenant la main de Rafaela qui se sentait beaucoup moins impressionnée qu’au début de la soirée mais n’arrivait pas à vaincre sa timidité.
— Sean ?
— J’ai ma voiture.
— Dom ?
— Je vais encore profiter de ton inénarrable gentillesse.

Le petit groupe se sépara dans le hall de l’hôtel, ne manquant pas de se faire remarquer par les veilleurs de nuit qui eurent un sourire amusé en voyant Dom sauter dans les bras d’Elijah. Viggo et Valérie restèrent à l’Intercontinental où la jeune femme avait une suite. Ils prirent l’ascenseur, ignorant le groom après qu’ils eurent indiqué leur étage.

— Tu sais que je l’ai toujours, murmura-t-il d’un air coquin à l’oreille de sa compagne.
— Tu veux dire que…, commença Val avant de passer discrètement la main sur le postérieur de son compagnon pour vérifier ce qu’il disait. Elle sentit une bouffée de plaisir se concentrer dans ses reins quand elle constata qu’il disait vrai. Mmmm j’aurais droit à un second strip-tease ?
— C’est mon anniversaire, rétorqua-t-il amusé de la voir passer sa langue sur ses lèvres à cette idée.
— Tout est négociable, susurra la jeune femme peu avant que le groom ne leur signale qu’ils étaient arrivés.

***

Elle était là depuis deux jours, observant de loin la ruche que représentait un plateau de tournage. C’était un sentiment étrange que de voir l’envers du décor. Elle ne sursautait quasiment plus en croisant des orcs ou d’autres créatures sorties de l’imagination de Tolkien. La solitude lui pesait un peu car Orlando passait la majeur partie de son temps sur le set et Valérie était toujours à Wellington avec Viggo. Ils devaient rentrer en fin de soirée, Fran avait réussi à grappiller quelques heures de plus pour que le couple passe plus de temps ensemble. Rafaela soupira en allant jusqu’à la cafétéria qu’elle savait quasiment déserte au milieu de l’après-midi. Elle salua d’un signe de tête Lenny, le cuisinier de service, et prit un chocolat avant de s’installer à une table vide. Bien sûr, elle savait qu’Orly devait travailler mais elle avait espéré passer un peu plus de temps avec lui. Elle soupira en touillant distraitement son chocolat, ne remarquant pas qu’une jeune femme, brune aux yeux noirs expressifs, était entrée sous l’immense tente.

— Je peux ? Demanda Chris après s’être servie un café au lait.
— Si vous voulez, répondit Raf en haussant les épaules.
— Mal du pays ?
— Pas vraiment. Sans doute le décalage horaire qui ne me réussit pas.
— C’est vrai qu’il faut plusieurs jours pour s’habituer. Au fait, je m’appelle Chris White, je suis maquilleuse.
— Rafaela Velasquez, se borna à répondre cette dernière qui avait failli ajouter « petite amie, provisoirement abandonnée, d’Orlando ».

Elles se plongèrent dans leurs pensées un long moment avant que Chris ne reprenne la parole devant l’air attristé de la jeune femme qui lui faisait face. Elle ne savait pas vraiment pourquoi mais elle lui faisait de la peine.

— Ce n’est pas facile, hein ?
— Pardon ? Fit Raf en relevant la tête.
— Les relations longues distances.
— Cela se voit tant que ça ?
— Que vous souffrez ? Oui mais j’avoue que j’ai de l’expérience dans ce domaine, déclara Chris avant de boire une gorgée de café.
— Vraiment ?
— Je sors depuis quelques mois avec l’ancien chanteur de Savage Garden, Darren Hayes, qui est souvent en tournée. Entre mon métier et le sien, on n’a pas beaucoup l’occasion de se voir.
— J’imagine, répondit Raf qui n’avait aucune idée de qui il s’agissait.
— Vous savez, l’important je ne crois pas que cela soit la durée des rencontres mais l’intensité et la façon dont on passe du temps ensemble.
— J’ai bien peur de ne pas comprendre.
— Il faut faire en sorte que chaque moment soit exceptionnel, unique, créer la surprise chez l’autre, continua Chris avec un sourire rêveur en se rappelant sa dernière nuit avec Darren.

Raf la considéra un moment en silence. La jeune femme semblait à des milliers de kilomètres de la cafétéria. Peut-être avait-elle raison. Peut-être que, pour une fois dans sa vie amoureuse, elle pourrait agir au lieu de subir. Un sourire éclaira soudain son visage.

— Merci, bredouilla-t-elle vivement en finissant son chocolat, qui lui brûla la langue, et en se levant.
— De rien, répondit Chris avec un sourire amusé.

Rafaela discuta un long moment avec Lenny qui lui assura qu’il n’y aurait pas de problème, tout serait prêt à temps. Restait un problème de taille que la jeune femme ne savait pas comment résoudre. Elijah, qui était tombé sur elle quand elle sortit de la cafétéria, lui donna la solution. Il eut un sourire amusé en voyant l’enthousiasme de Raf qui avait momentanément abandonné sa timidité pour lui planter un énorme baiser sur la joue.

Il était presque 19h quand Orlando put enfin abandonner le costume de Legolas pour redevenir lui-même. Il regagna rapidement sa caravane après être passé entre les mains de la maquilleuse qui lui avait ôté perruque et prothèse. Raf, qui l’avait guettée, sortit à sa rencontre et déposa un baiser sur la bouche rosée de son amant.

— Mmmm quel accueil.
— J’ai encore mieux si tu veux, répondit Raf d’un ton charmeur.
— Je n’ai rien contre, répliqua l’Anglais en serrant un peu plus sa compagne contre lui.

Rafaela se laissa faire avant de rompre leur baiser et de lui prendre la main pour le guider vers le parking.

— Où on va ? L’interrogea Orlando qui n’aspirait qu’à une soirée tranquille.
— C’est une surprise.
— Ce n’est pourtant pas mon anniversaire.
— Il y a besoin d’une raison particulière pour une surprise ? S’amusa Raf en le guidant jusqu’à la voiture d’Elijah.
— C’est…
— Oui, monte.

Orly eut une moue étonnée mais obéit et s’installa sur le siège passager tandis que Rafaela prenait place derrière le volant, se rappelant qu’il fallait rouler à gauche et non à droite. Le trajet leur prit environ vingt minutes pendant lesquelles Orlando harcela sa compagne de question. Raf n’y répondit pas, éludant lesdites questions en lui en posant sur sa journée. Il reconnu les lieux quand elle emprunta un chemin de terre qui menait à la plage, celle où il était souvent venu surfer avec Billy, Dom et les autres. La jeune femme se gara et récupéra un panier dans le coffre ainsi qu’une couverture.

— Mmm… je vois où tu veux en venir.
— Damned, tu as percé mon secret ! S’esclaffa Raf en descendant vers la plage de sable fin.

Orlando la rejoignit alors qu’elle déposa couverture et panier sur le sable et la prit dans ses bras. Il l’embrassa longuement, explorant la bouche offerte de sa langue avide. Il se sentait bien, sa fatigue s’en était allée tandis qu’il cheminait vers cet endroit quasi-paradisiaque. Une mouette passa au-dessus d’eux et poussa un cri perçant comme pour leur souhaiter la bienvenue. L’horizon prit une jolie couleur orangée tandis que le soleil descendait lentement pour faire place à sa consœur et amie de toujours. Le couple se sépara au bout d’un long moment, heureux d’être ensemble, presque seuls au monde.

— Je meurs de faim, déclara Orlando.
— Au menu de ce soir : poulet froid, salade de pommes de terre et… tu devras attendre pour savoir ce qu’il y a comme dessert, fit Raf d’un air mutin.
— La patience n’a jamais été mon fort.
— Quel dommage, pouffa-t-elle en s’installant sur la couverture qu’il venait de poser.

Ils dînèrent tranquillement, bercés par le bruit des vagues qui venaient s’abandonner sur le sable, bavardant de tout et de rien, jusqu’à ce qu’Orlando remarque que sa compagne était redevenue silencieuse.

— Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-il en posant la main sur son épaule.
— Non.
— Rafy… à quoi penses-tu ?
— Rien d’important, éluda-t-elle en détournant la tête.
— Tu pleures ? S’étonna Orlando en la forçant à le regarder. Ai-je dis quelque chose qui…
— Non, je t’assure que cela n’a rien à voir avec toi. C’est moi qui… excuse-moi, conclut-elle en se levant pour s’éloigner de quelques pas.

Il la contempla un long moment, ne sachant que faire. Jamais il ne l’avait vue dans cet état et Orly se demandait s’il ne risquait pas plus d’aggraver les choses en insistant. Ils avaient pourtant passé un bon moment alors pourquoi ces larmes ?

— Si nous rentrions, proposa Rafaela qui se sentait un peu mieux.
— J’aimerai comprendre.
— Orly, il n’y a rien à…
— Je crois au contraire que si, tu n’es pas heureuse ?
— Si… c’est justement le problème, avoua-t-elle à mi-voix.
— Tu pleures de joie ?
— S’il te plait, ne fais pas attention.
— Chérie, regarde-moi et dis-moi ce qui ne va pas.

Elle ne leva ses yeux céruléens sur lui qu’après un long moment d’hésitation. Elle aurait aimé lui parler de ces doutes et ces peurs qui avaient ressurgi alors qu’elle se sentait si bien sur cette plage avec lui. Ils étaient plus proches qu’ils ne l’avaient été depuis plusieurs semaines et cela lui faisait peur. C’était ridicule, se morigéna-t-elle mentalement. Orlando sentit son malaise et la prit dans ses bras. Ils restèrent enlacés quelques minutes avant que la voix de Rafaela ne lui parvint.

— J’ai peur, murmura-t-elle contre son épaule.
— Peur de quoi ?
— De te perdre… que tu ne veuilles plus de moi, que ce que je lis dans certains journaux ne se révèlent exact.
— Tu parles des articles disant que les petits hommes verts nous ont déjà envahis ? Plaisanta Orlando.
— Je parlais de toi et cette Kate, de la distance qui nous sépare, de… nous ne faisons pas partie du même monde… je ne sais même pas pourquoi tu es avec moi, déclara-t-elle en plantant ses iris bleus dans celles, noisettes, de l’acteur.
— Il n’y a rien avec Kate, juste un coup de pub de la part de nos agents respectifs. Et si je suis avec toi, c’est parce que je tiens à toi.
— Alors pourquoi est-ce que… pourquoi est-ce que je me sens si mal ?
— J’aimerai pouvoir passer plus de temps près de toi, assura Orlando, mais tu savais, quand nous avons commencé à nous fréquenter, que cela ne serait pas forcement possible.
— Je ne crois pas que j’arriverai à me contenter d’aussi peu, répondit-elle gravement.

Orlando resta silencieux quelques minutes. Devait-il comprendre qu’elle désirait qu’ils se séparent ? Il était vrai qu’il n’avait pas pu passer beaucoup de temps avec elle mais de là à rompre… Il n’eut pas le temps d’aller plus loin dans ses réflexions, elle se détacha de lui et commença à rassembler leurs affaires.

— Je voudrais rentrer.
— Ok mais…
— Tu peux conduire ? S’enquit Rafaela en cherchant les clés.
— Bien sûr.

Le trajet du retour se passa dans un silence pesant. Rafaela ne savait pas quoi dire pour détendre l’atmosphère. Elle se sentait idiote d’avoir gâchée un aussi bon moment mais l’intimité n’avait jamais été son fort et tout lui avait semblé « trop parfait ». C’était un sentiment ridicule que celui de se sentir si heureuse que l’on ne trouve pas cela normal, comme si la moindre parcelle de bonheur devait être chèrement payée par la suite. Orlando gara la voiture et s’apprêtait à dire quelque chose quand Raf prit les devants. Saisissant le panier, elle bredouilla rapidement qu’elle allait à la cafétéria. Orly la regarda partir à regret, il ne savait pas comment briser le mur qu’elle avait soigneusement dressé autour d’elle. Il songea à aller rendre immédiatement ses clés à Lij mais il n’y avait aucune lumière dans sa caravane. Il était prêt de 22h30 et il se doutait que l’interprète de Frodon était déjà en train de faire de merveilleux rêves, le tournage sur la montagne du destin devant être éprouvant. Il allait faire demi-tour pour rejoindre ses pénates quand il aperçut de la lumière chez Viggo. Il n’y avait qu’une seule personne qui pouvait lui expliquer ce qui n’allait pas avec Rafaela et elle s’y trouvait.

***


— Comment peux-tu avaler cela ?
— Question d’habitude, je suppose, répondit Viggo en posant sur la table une sorte de petite tasse en bois de laquelle sortait le manche d’une cuillère creuse qui permettait de boire. Café ?
— Oui, s’il te plaît.
— Tu sais que le maté a été importé en Amérique du Sud par une tribu du Paraguay. Certains membres des Guarani ont immigré parce qu’ils croyaient en la venue du dieu Pa’i Shume. Ce dieu leur aurait appris à cultiver et utiliser les arbres à maté en leur affirmant que le breuvage leur donnerait santé, vigueur et longévité.

Valérie l’écoutait avec attention, elle appréciait le ton qu’il prenait quand il lui racontait une histoire et les milles et unes choses qu’il lui apprenait. Il avait un talent d’orateur impressionnant qui fut interrompu par deux brefs coups frappés à la porte. Viggo alla ouvrir, la casserole qu’il allait utiliser pour faire chauffer le café à la main.

— Orly ?
— Ne me frappe pas, fit ce dernier en faisant semblant de lever les bras pour se protéger.
— Ne sois pas idiot, entre, répondit Viggo en faisant mine de lui donner un coup de casserole sur la tête.
— Je ne vous dérange pas ?
— Laisse-moi réfléchir… non, assura Valérie qui s’était levée pour embrasser leur visiteur.
— Sinon je peux…
— Tu le frappes, je l’attache, proposa la jeune femme à Viggo avec un sourire amusé.
— Tu veux boire quelque chose, offrit ce dernier en posant sa casserole, j’allais faire chauffer du café.
— Plutôt une bière, si tu as, répondit Orlando en s’asseyant sur la banquette face à Valérie.
— Ça n’a pas l’air d’aller.
— Vous avez passé un bon week-end ? Eluda l’Anglais en prenant la bouteille que lui tendait son ami.
— Où est Raf ? Demanda Val d’un ton suspicieux.
— Certainement de retour dans ma caravane, fit Orly avant de boire une longue gorgée de bière.

Valérie et Viggo échangèrent un regard intrigué. Quelque chose ne tournait pas rond et Orlando n’était certainement pas venu chez eux simplement pour s’enquérir de leur week-end, qui s’était fort bien passé à l’exception d’un léger incident avec des paparazzis.

— Tu peux m’expliquer ce qui ne tourne pas rond avec elle ? Demanda Orly à Val.
— Pardon ?
— Elle avait prévu un pique-nique romantique sur la plage, tout se passait bien et d’un coup elle est devenue aussi froide qu’un glaçon !
— Euh… je ne crois pas que se soit avec moi que tu doives parler de…
— Alors avec qui ? S’énerva Orlando. C’est ta meilleure amie oui ou non ?
— Oui mais… c’est compliqué.
— Je devrais vous laisser, intervint Viggo.
— Non, tu peux rester, fit Orly. De toute façon, elle ne va rien me dire !

Valérie évita le regard de l’Anglais qui termina sa bière et la posa sèchement sur la table. Avait-elle le droit de lui parler du passé de la jeune femme ? Comment allait-il réagir en apprenant la vérité ? Elle détestait être prise entre deux feux et savait d’expérience, même si cela allait aider Orlando à mieux la comprendre, que Rafaela lui en voudrait.

— Je suis pitoyable, marmonna Orly la tête basse, j’avais l’intention de lui demander de venir à Los Angeles avec moi mais maintenant…
— Elle ne peut pas quitter New York pour le moment, répondit Valérie à mi-voix.

Orlando releva brusquement la tête et la dévisagea de ses yeux noisettes. Allait-elle enfin se décider à parler ? Val jeta un regard à Viggo qui lui montra son soutien en passant un bras derrière sa taille.

— Raf ne peut pas quitter New York à cause de sa sœur.
— Une sœur ? Elle ne m’en a jamais parlé, s’exclama Orly qui se demandait si son amie n’inventait pas des histoires.
— Je suis la seule qui connaisse toute l’histoire.
— Pourquoi est-ce que je ne l’ai jamais vue ?
— Orlando, combien de fois es-tu allé à New York depuis que tu fréquentes Rafaela ? Deux, peut-être trois fois, et je suis certaine que vous aviez autre chose à faire que de vous raconter vos secrets les plus intimes.
— Tu n’as pas tort, avoua l’acteur à voix basse.
— Elle s’appelle Angela, c’est la sœur jumelle de Raf. Elles ont eu une enfance assez heureuse jusqu’à ce que… je ne crois pas que je devrais t’en parler.
— Pourquoi ?
— Depuis toujours elle pense que son secret va repousser les gens autour d’elle. Tu ne peux pas imaginer le temps que j’ai mis à devenir amie avec elle et à apprendre la vérité !
— Continues, l’encouragea Orly, s’il te plait.
— Quand… quand elles avaient 8 ans, Angela a tenté de la tuer le soir de Noël. Leurs parents ont préféré les séparer. Raf est restée avec eux tandis qu’Angie était placé en hôpital psychiatrique.
— A 8 ans ? S’étonna Viggo.
— Il s’est avéré, d’après plusieurs psychiatres, qu’Angela était incapable de faire la différence entre le bien et le mal. Elle jalousait sa sœur qui, d’après elle, était la préférée de leurs parents. Elles étaient très unies et la séparation a fragilisé Rafaela qui l’adorait. Depuis elle a peur de s’attacher aux gens, elle craint qu’ils ne l’abandonnent comme sa sœur.
— C’est affreux, commenta Orlando.
— La suite n’est guère mieux. Les parents de Raf sont morts il y a cinq ans dans un accident de la route, elle a été désignée tutrice d’Angela qui se trouve au Saint James Hospital…
— A New York, compléta l’Anglais songeur.
— Oui. Elle a besoin d’être rassurée en permanence sur l’amitié, ou l’amour, que lui portent les gens et, en même temps, ne peut s’empêcher de douter. Je ne pensais pas quand je vous ai présenté que votre histoire… enfin je suis contente que vous soyez ensemble mais je ne suis pas sûre que tu puisses la combler émotionnellement parlant.
— Je comprends mieux certaines choses.
— Je… j’ai été aussi surprise que toi quand j’aie appris la vérité mais cela n’a rien changé pour moi. C’est ma meilleure amie et plus encore, elle est comme ma sœur. Je ne voudrais pas que mes confidences te fassent…
— Il faut… il faut que je rentre, bredouilla précipitamment l’acteur en se levant.

Val le regarda partir les larmes aux yeux. Si jamais il décidait de quitter Raf, il briserait à jamais leur amitié. Viggo la prit dans ses bras. Il n’était quasiment pas intervenu, écoutant avec attention le récit de sa compagne, et comprenant mieux l’attitude de rejet qu’avait adopté Rafaela à son égard au début de sa relation avec elle.

***

Pourquoi les femmes étaient-elles aussi compliquées ? Il se doutait bien qu’elle ne pouvait pas lui révéler la vérité sur sa famille dès le premier jour mais elle aurait dû savoir qu’elle pouvait lui faire confiance. Est-ce que les révélations de Valérie changeaient ses sentiments pour Raf ? Non, il l’aimait, il en était certain, mais il ne pouvait pas vivre dans le mensonge. Il avait besoin, envie, de tout connaître sur elle. Il savait ce que cela faisait de perdre un être cher. Il n’avait que quatre ans lorsque son père était décédé. Il savait aussi ce que c’était que de se raccrocher au dernier membre de sa famille. Sa mère était tout pour lui. Elle l’avait soutenu, aidé et encouragé quand il avait décidé de s’inscrire à la Guildhall School of Music and Drama. Et elle avait été une des seuls à croire qu’il pourrait remarcher après son accident en 1998, quand il était tombé d’un toit pour choir trois étages plus bas. Il pénétra dans la caravane comme un ouragan. Ayant constaté qu’elle n’était pas dans le coin-salon, Orlando se dirigea vers la chambre. Rafaela s’y trouvait, contemplant le plafond sans vraiment le voir. Elle se redressa lentement en le sentant s’asseoir près d’elle.

— Pourquoi tu ne m’as rien dit ?
— Je… de quoi diable parles-tu ? S’enquit Raf en palissant brusquement.
— Je parle de ta sœur, de toi, de ce que tu ressens et de ce que tu n’oses pas avouer.
— Elle a osé, souffla la jeune femme avec colère.
— Uniquement parce que j’ai insisté, expliqua Orlando, je voulais comprendre ce qu’il t’arrivait.
— Elle n’avait pas le droit ! Cela ne te regarde pas et… comment a-t-elle pu alors que je lui ai fait confiance ?
— Valérie m’a tout raconté parce qu’elle t’aime et qu’elle s’inquiète pour toi, protesta-t-il avec véhémence.
— Bien sûr, c’est pour cela qu’elle va raconter mon histoire au premier venu !
— C’est ainsi que tu me considères ?
— Je suis fatiguée, battit en retraite la jeune femme.
— Raf, tu ne peux pas refuser de me parler !
— Pourquoi ? Je n’ai pas besoin de ta pitié, Orlando ! Je vivais très bien avant de te rencontrer et je survivrai à une séparation.
— Parce que je t’aime… je t’aime vraiment et je n’ai aucune envie de te quitter, répondit-il avec sincérité.
— Comment peux-tu…, murmura Rafaela les larmes aux yeux, comment peux-tu m’aimer alors que tu connais la vérité sur ma famille ?
— Je ne sais pas mais c’est ce que je ressens, là, affirma-t-il en prenant la main de sa compagne et en la posant sur son cœur.
— Tu ne peux pas…
— Si… et je sais que tu m’aimes aussi.
— Non, je…

Mais Orlando ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase. Il captura ses lèvres et mit tout son amour, toute sa passion dans le baiser qu’il lui donna. Il sentit des larmes couler sur les joues de sa bien-aimée et s’empressa de les effacer en les embrassant avec douceur. Ses lèvres glissèrent ensuite dans le cou offert avant d’atteindre la naissance de la poitrine. Avec mille précautions, il déboutonna les quelques boutons du chemisier de sa compagne. Il en écarta les pans et lui prouva, de la seule façon dont il le pouvait sur le moment, à quel point il tenait à elle. Il l’emmena à la découverte d’un monde riche en plaisir, baisers et caresses. Un monde qu’elle avait peu exploré avant sa rencontre avec Orlando, un monde qui lui paraissait presque trop beau pour elle. Il s’endormit à ses cotés tandis que Rafaela se révélait incapable de trouver le sommeil. Elle se sentait trahie par les confessions de Valérie et à la fois heureuse et apaisée.

***
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Mar 14 Sep - 18:20

Elle n’avait pas pu fermer l’œil de la nuit. Renonçant, à trois heures du matin, à essayer de dormir, elle s’était levée et avait ouvert son portable dans l’espoir d’avancer un peu sur le chapitre suivant de son livre. Cela avait été peine perdue. Le curseur l’avait nargué de son clignotement jusqu’à ce qu’elle en ait eu assez et éteigne son ordinateur. Elle était restée assise, sur la banquette, attendant que les heures passent, jusqu’à ce que Viggo ne se lève à 6h. Il n’avait pas eu besoin de lui demander ce qu’elle faisait là, il la connaissait trop bien et savait qu’elle regrettait d’avoir parlé à Orlando.

— Tu devrais aller lui parler.
— A 6h du matin ? Tu veux qu’elle me tue ?
— Tu sais très bien ce que je veux dire, reprit calmement Viggo en se préparant une tasse de maté.
— Excuse-moi, je ne voulais pas…
— Je sais, répondit-il en se glissant sur la banquette près d’elle.

Valérie posa la tête sur son épaule tandis qu’il entourait ses épaules d’un bras protecteur. Elle aurait voulu qu’il reste là, avec elle, pour la protéger du monde extérieur mais surtout de la colère de Rafaela.

— Peut-être qu’elle sera soulagée de ne pas avoir à parler à Orlando, suggéra Viggo.
— Tu ne la connais pas. Elle ne me pardonnera jamais.
— Je crois que tu dramatises un peu la situation, non ?
— Je ne sais pas. Tu crois qu’Orly va la quitter maintenant qu’il sait ?
— Je ne pense pas... Je dois me préparer, annonça Viggo en regardant la pendule au-dessus de la porte. Orlando sera avec moi sur le plateau peut-être que…

Trois coups frappés à la porte l’empêchèrent de poursuivre. Il alla ouvrir et salua Ariane qui lui apportait son costume. Il s’habilla rapidement une fois celle-ci partit et embrassa Valérie avant de quitter la caravane. Elle attendit d’être certaine qu’il ne reviendrait pas avant de fondre en larmes.

***

Rafaela s’éveilla quelques heures plus tard. Elle s’étira dans le lit qu’elle découvrit vide. Avait-il fui après qu’elle se fut assoupie aux premières lueurs de l’aube ? Elle se rappela soudain avec soulagement qu’il travaillait de bonne heure ce matin-là. Elle se tourna sur le coté, dans l’espoir de pouvoir se rendormir, quand elle découvrit une rose et un mot sur l’oreiller voisin.

Aie confiance en moi, je t’aime.
Orly


C’était tout mais cela suffit à rassurer la jeune femme. Un sourire envahit son visage et une bouffée d’espoir la traversa. Tout n’était peut-être pas perdu. Elle inspira profondément tout en fermant les yeux. La journée commençait bien, songea-t-elle jusqu’à ce qu’un intrus ne frappe à la porte de la caravane. Elle commença par ignorer les coups mais son visiteur insista tant et si bien qu’elle dût se lever. Elle s’apprêtait à annoncer à ce dernier qu’Orlando était sur le plateau quand elle se figea soudainement en découvrant l’identité de l’opportun.

— Salut, fit Valérie avec douceur.
— Que veux-tu ?
— Te parler.
— Tu ne crois pas que tu l’as assez fait hier soir ? Demanda Rafaela d’un ton vindicatif.
— Raf, laisse-moi te…
— Non, je ne crois pas. Nous n’avons rien à nous dire.
— Je voudrais t’expliquer pourquoi…
— Je sais que cela partait d’une bonne intention mais cela ne change rien au fait que tu m’aies trahie. Comment oses-tu même te présenter devant moi ?
— Au nom de notre amitié, laisse-moi entrer quelques minutes, supplia Val.

Rafaela poussa un soupir avant de consentir à la laisser entrer. Elle ne lui proposa pas de s’asseoir, ni de boire quelque chose. Elle ne souhaitait qu’une chose : en finir au plus vite.

— Tu vas m’expliquer qu’il a insisté pour savoir, qu’en tant que « meilleure amie » tu ne pouvais pas faire autrement pour la survie de notre couple ?
— Je…
— Ou alors qu’Orlando t’a supplié à genoux pour t’entendre raconter la triste et sordide histoire de ma vie et que tu n’as pas pu résister à ses yeux noyés de larmes ?
— Je comprends que tu sois en colère mais…
— Non, je ne crois pas que tu saches à quel point ce que tu as fait m’a blessé. J’avais confiance en toi, Valérie !
— Et tu peux toujours, se défendit-elle.
— Sors d’ici ! Rugit Raf en ouvrant la porte de la caravane. Je pars dans deux jours, je ne veux pas te voir d’ici là et je ne sais pas si je serais encore à l’appartement quand tu rentreras.
— Tu ne vas pas…, commença Val les larmes aux yeux. Je ne voulais pas…
— Dehors !

La colère qui brillait dans les yeux azurs de Rafaela ne laissait aucun doute quant à la véracité de ses paroles. Valérie sortit et s’apprêtait à dire quelque chose quand la porte se ferma brusquement. Elle sentit son cœur se briser en mille morceaux. Elle venait de perdre sa meilleure amie. Les yeux noyés de larmes, et ne voulant pas regagner la caravane dans le cas où Viggo serait rentré pour déjeuner, elle se dirigea vers le bois qui s’étendait devant elle.

***


Viggo frappa deux brefs coups à la porte de la caravane d’Orlando. Il avait quitté son condisciple trois heures plus tôt, après que Peter eut enfin été satisfait de la scène qu’ils avaient tourné. Il avait été étonné de trouver sa caravane vide. Après s’être changé, il était passé à la cafétéria mais Valérie était introuvable. La nuit commençait à tomber et il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour elle. Il avait vérifié au parking, sa voiture était toujours là. Où diable avait-elle pu passer ? En dernier recours, il avait eu l’idée d’aller voir Rafaela.

— Oui, fit Orly en étouffant un bâillement quand il ouvrit la porte. Viggo, s’étonna-t-il, que fais-tu là ?
— As-tu vu Valérie ?
— Non, j’ai passé la journée avec toi, je te le rappelle.
— Et Raf ?
— Je ne sais pas, avoua l’Anglais, elle ne m’a rien dit.
— Demande-lui, s’il te plait, s’obligea à dire Viggo poliment alors qu’il bouillait de l’interroger.
— Entre.

Il obtempéra tandis qu’Orly disparaissait dans la chambre. Viggo l’entendit parler à travers la cloison sans comprendre ce qu’il disait. Il consulta sa montre qui indiquait presque 22h. Cela ne ressemblait pas à la jeune femme de disparaître ainsi. Il repoussa au loin l’idée qu’elle avait pu être victime d’un nouvel enlèvement.

— Que se passe-t-il ? Demanda Raf en pénétrant dans le salon avec Orlando.
— Est-ce que tu as vu Valérie aujourd’hui ?
— Oui, répondit-elle laconiquement.
— Quand ?
— Je sais pas, fit-elle en haussant les épaules, il devait être pas loin de midi.
— Que lui as-tu dit ?
— Ça, cela ne te regarde pas, siffla Rafaela avec colère.
— Ecoute, je me fous que tu sois vexée parce qu’elle a fait, répliqua Viggo qui commençait à en avoir assez de l’attitude distante de la jeune femme. Tu es apparemment la dernière personne à l’avoir vue vivante et j’aimerai bien savoir si vous vous êtes réconciliées ou non !
— Non.
— Bon dieu, mais qu’est-ce que tu as dans la tête, explosa-t-il en imaginant ce qu’avait dû ressentir sa compagne.
— Viggo, ça suffit, intervint Orlando qui trouvait que son ami allait un peu loin.
— Orly, tu sais autant que moi à quel point Valérie tient à elle, que crois-tu qu’elle ait pu faire si Rafaela l’a rejetée ?
— Tu ne penses pas que…
— Si, justement ! Je pense qu’elle a très bien pu faire une bêtise et… je ne sais même pas où chercher, s’effondra Viggo en passant la main dans ses cheveux emmêlés.
— Elle ne ferait jamais cela, assura Raf d’un ton qu’elle voulait sûr.
— Tu en es certaine ? Comment aurais-tu réagi si la situation avait été inversée ? L’interrogea-t-il en plantant ses yeux aciers dans ceux de la jeune femme.

Rafaela resta silencieuse un long moment, se remémorant les paroles cruelles et l’attitude revêche qu’elle avait adopté dès qu’elle avait vu sa meilleure amie. Etait-il possible que… non, pas Valérie. Elle avait toujours été forte, surmontant chaque obstacle avec le sourire.

— Je viens d’avoir Fran, déclara Orlando. Elle arrive avec deux vigiles. Peter va essayer de contacter ceux qui étaient là ce midi.
— Ce n’était pas la peine de…, protesta pour la forme Viggo.

Moins de dix minutes plus tard, Fran frappait doucement à la porte. Orlando, Rafaela et Viggo sortirent pour s’entretenir avec elle et les deux gardes qui leur apprirent qu’ils n’avaient pas vu Valérie sortir. Dom, Billy, Elijah et Sean émergèrent de la caravane de ce dernier où ils disputaient une partie de jeu vidéo acharnée jusqu’à ce qu’ils entendent leurs amis discuter.

— Que se passe-t-il ? S’enquit Lij.
— Est-ce que l’un de vous a vu Valérie aujourd’hui ? Demanda Fran qui avait décidé de prendre les choses en main.
— Non, répondirent en chœur Dom, Sean et Elijah.
— Si, en allant à la cafétéria ce midi.
— Tu es sûr, Billy ? Demanda aussitôt Viggo avec espoir.
— Oui, elle se dirigeait… vers la forêt, se rappela-t-il soudain. Je l’ai appelée pour l’inviter à déjeuner mais elle m’a ignoré.
— Allez chercher des torches, ordonna Fran à l’un des vigiles.

Le petit groupe attendit silencieusement le retour de ce dernier avant de s’enfoncer dans les bois en ligne, chacun à portée de voix de ses deux voisins. Des images plus affreuses les unes que les autres s’imposaient à l’esprit de Viggo. Et si elle avait été victime d’un pervers qui se cachait au sein du staff ? Quelqu’un qui aurait profité de son état de faiblesse pour la violer et peut-être même pire, la tuer. Alors qu’il s’imaginait déjà retrouvant le corps de sa compagne, nue, dans une position grotesque au fond du bois, la voix de Billy parvint jusqu’à lui. Tout le monde se dirigea vers l’Ecossais qui les appelait de nouveau. Dominic fut le premier à le rejoindre. Il le trouva au bord d’un ravin qui descendait à pic.

— Je crois que j’ai vu quelque chose en bas.
— Je vais voir, éclaire-moi, dit Dom en donnant sa torche à Billy.
— Fais attention, ne put s’empêcher de dire l’Ecossais à son compagnon.

L’Anglais évita le regard de Billy et s’aida de plusieurs racines pour descendre les quelques mètres qui le séparaient du fond du ravin. Les autres attendaient, inquiets, éclairant Dom aussi bien qu’ils le pouvaient. Ce dernier se laissa tomber sur le sol et chercha des yeux ce qui avait pu alerter l’Ecossais.

— Elle est là, annonça-t-il en se penchant au-dessus de la forme inanimée de Valérie.

L’un des deux vigiles retourna au poste médical. Viggo ne perdit pas une minute et rejoignit Dom tandis que les autres membres du groupe n’osaient poser la question fatidique. Dominic retourna la jeune femme et chercha son pouls comme il l’avait appris en suivant un stage de survie avec son frère Matthew. Il aperçut une plaie sur le front de Valérie mais préféra éviter de se perdre en conjecture.

— Elle est inconsciente mais j’ai un pouls régulier, les informa Dom.
— Qu’est-ce qui lui a pris de venir ici, grommela Viggo qui pouvait enfin laisser sa colère s’exprimer.
— Elle a dû se perdre et glisser, supposa Dominic. L’essentiel, c’est de l’avoir retrouvée, non ?
— Elle ne serait jamais venue ici si…

Il s’interrompit avant d’en dire trop. Dom n’avait pas besoin d’être mis au courant des événements de la veille. Il avait raison, il l’avait retrouvée et c’était la seule chose importante. Il se promit néanmoins d’avoir une petite discussion avec Rafaela. Grâce à l’aide de l’équipe de secours qui restait en permanence au poste médical, la jeune femme fut rapidement conduite à l’hôpital de Wellington.

***

Un bip régulier résonnait dans la chambre aux teintes pastelles. Le front de la jeune femme allongée sur le lit était ceint d’un bandage. Assis à ses cotés, Fran Walshes attendait le réveil de la malade. Il n’avait pas été aisé pour la scénariste de convaincre Viggo de retourner au studio à l’aube. Elle avait dû lui promettre de ne pas quitter la chambre et de l’appeler dès que sa compagne se serait réveillée. Fran soupira en se demandant ce qu’il se passait depuis quelques jours entre les acteurs. Billy et Dominic, qui avaient été si proches autrefois, semblaient complètement se désintéresser l’un de l’autre. Sean avait toujours autant de problème avec la jalousie de sa femme, et cela se ressentait dans son travail, et voilà maintenant que Valérie avait un accident. Il ne restait qu’un mois de tournage mais il risquait de s’annoncer catastrophique si les choses continuaient ainsi. Un bruissement la fit se tourner vers le lit. Elle eut un léger sourire en constatant que la jeune femme avait ouvert les yeux.

— Bienvenue parmi nous, déclara Fran avec un sourire.
— Où suis-je ?
— A l’hôpital. Il semblerait que vous ayez fait une mauvaise chute dans les bois.

Valérie grimaça tout en se redressant pour s’asseoir. Elle avait mal à la tête et fut à peine surprise de découvrir un bandage quand elle porta la main à son front. Les évènements lui revinrent brusquement en mémoire alors que Fran la rassurait sur son état. La véhémence avec laquelle Rafaela l’avait sortie de sa vie, les mots cruels qu’elle avait eus à son égard. Certes, son amie avait des raisons d’être en colère mais elles auraient pu discuter au lieu de…

— Vous vous sentez bien ? Répéta le docteur qui était entré dans la pièce entre temps.
— Oui… un peu mal à la tête.
— C’est normal vous souffrez d’une commotion cérébrale. D’ici quelques jours les choses devraient être redevenues normales mais vous devez être attentive aux moindres symptômes, tel que fièvre ou nausée, pouvant indiquer une hémorragie interne.
— Je pourrais sortir dans combien de temps ?
— Nous en reparlerons demain, répondit le médecin qui se retint de pousser un soupir devant la précipitation de la jeune femme à quitter les lieux.

Il salua Fran avant de sortir de la chambre. Fidèle à sa promesse, la scénariste s’éclipsa le temps de passer un appel à Viggo. Il était presque une heure et elle ne fut pas surprise qu’il décroche dès la première sonnerie. Elle lui narra rapidement ce que le médecin avait dit. Viggo lui promit un magnifique bouquet de roses blanches, ses fleurs préférées, pour la remercier de sa gentillesse. Alors qu’elle retournait dans la chambre, Fran eut la surprise de voir Billy dans le couloir.

— Salut.
— Bonjour Billy, ça va ?
— C’est plutôt à toi qu’il faut demander cela, tu n’as pas presque pas dormi.
— J’aurais tout le temps de me reposer quand je serais morte, plaisanta Fran.
— Comment va-t-elle ?
— Bien, du moins physiquement. Tu comptes rester un moment ?
— Oui, j’en ai fini pour aujourd’hui.
— Très bien alors je vais rentrer, fit Fran en étouffant un bâillement.

Elle passa dans la chambre pour dire au revoir à Valérie et récupérer sa veste. Billy la salua d’un signe de tête avant de s’asseoir sur le lit près de la malade.

— Salut toi !
— Tu n’es pas censé être en train de tourner ?
— Si je t’embête…, la taquina l’Anglais en faisant mine de se lever.
— Non, je ne veux pas que tu es d’ennui, c’est tout.
— Rassure-toi, notre bien-aimé bourreau Peter m’a donné congé pour l’après-midi…
— Et comme tu n’avais rien de mieux à faire, tu t’es dit que tu pourrais visiter l’hôpital de Wellington, compléta Val avec un sourire.
— Tu connais mon goût pour l’architecture, renchérit Billy avec un clin d’œil malicieux.
— Fran m’a dit que c’était toi qui m’as trouvé.
— Peu importe. L’essentiel, c’est que tu sois en un seul morceau. Je… je t’ai vu quand tu es partie vers le bois, reprit-il après un silence. Je t’ai appelé mais… Il s’est passé quelque chose ?
— Non, rien, répondit-elle trop rapidement.
— Valérie… tu te rappelles quand je me suis confié à toi après que je sois parti de chez Dom.
— Oui, acquiesça la jeune femme qui ne voyait pas où il voulait en venir.
— Tu m’as dit qu’un jour je te rendrais la pareille.
— Cela n’a rien à voir avec une dispute… enfin si mais Viggo n’a rien à voir la-dedans.
— Alors qui ?
— Si tu me disais plutôt où tu as disparu le soir de la fête, s’enquit Valérie pour détourner la conversation.
— J’étais fatigué, j’ai pris un taxi et…
— Pas à moi, Billy. Tu as changé… je n’arrive pas à savoir quoi mais il y a quelque chose de différent en toi.
— Je croyais que c’était moi qui posais les questions, répliqua l’Anglais avec une petite moue.
— Ce qui m’a le plus choqué, c’est que Dominic n’a même pas paru s’apercevoir de ta disparition.
— Sans doute parce que nous ne sommes plus ensemble, avoua-t-il en se levant et en allant à la fenêtre, tournant ainsi le dos à la jeune femme.
— Je croyais que les choses s’étaient arrangées.
— Je le pensais aussi mais… cela n’a pas d’importance. J’ai fait une croix sur notre histoire.
— Tu as rencontré quelqu’un d’autre ?
— Non, répondit Billy avec un léger sourire en se tournant vers elle.
— Désolée, cela aurait pu expliquer ta disparition.
— Je vais y aller, tu dois être fatiguée.

Il s’approcha pour déposer un baiser sur la joue de Valérie qui lui prit la main et planta ses yeux émeraudes dans ceux de l’acteur. Quelque chose le tourmentait, elle le sentait et en aurait mis sa main au feu. Billy se sentit gêné par le regard scrutateur de son amie. Il détourna les yeux mais elle ne le lâcha pas pour autant. Il ne pouvait tout de même pas lui avouer la vérité. Elle serait déçue, il en était certain.

— Parle-moi, murmura-t-elle d’une voix douce. Fais-moi confiance.
— Je…

Les mots se coincèrent dans sa gorge. Dieu comme il souffrait depuis que Dominic l’avait rejeté ! Il avait enfoui cette douleur au plus profond de lui, préférant montrer un visage neutre plutôt que d’avouer au monde entier à quel point il dépendait de Dom. Ce dernier l’ignorait la plupart du temps, préférant aller s’amuser avec Elijah quand il avait un peu de temps libre. Cela faisait un mois qu’il était redevenu célibataire, un mois qu’il trompait son monde mais il n’avait pas fallu plus de cinq minutes à Valérie pour comprendre qu’il n’allait pas bien. Et ce mal être s’accompagnait d’un vice auquel il s’était pourtant juré de ne jamais plus céder. Et soudain, sans savoir comment, il se rendit compte que des larmes roulaient sur ses joues et qu’il était incapable de les arrêter. Sans un mot, Valérie le serra contre elle. Il se blottit bien volontiers contre la jeune femme et laissa libre cours à son chagrin, repassant dans sa tête tous les moments douloureux de ces dernières semaines dont le pire était sans conteste Dominic qu’il avait trouvé en compagnie d’un assistant lumière. Billy avait senti son cœur s’effriter en les voyant s’embrasser devant la caravane de son compagnon. Cela avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase, ça et le fait que Dom ait refusé de suivre une thérapie.

— Si je suis parti l’autre soir, c’était… j’ai recommencé à jouer, murmura Billy la tête basse.
— Recommencer ?
— Il y a quelques années, déclara-t-il en se redressant pour la regarder, j’ai été atteint par le «démon du jeu ». Le poker était devenu une obsession. J’y jouais jusqu’à l’aube tous les week-ends, presque tous mes cachets partaient dans ce jeu jusqu’à ce que… je doive une somme trop importante.
— Et comment cela s’est fini ?
— Deux types m’attendaient en bas de chez moi. Ils m’ont fait comprendre que je ferais mieux de payer si je ne voulais pas finir… enfin tu imagines.
— Pas vraiment, non. Pourquoi… je veux dire…
— Je sais ce que tu veux dire, Val et la réponse c’est, je ne sais pas. Au départ, j’avais besoin de me changer les idées après le tournage. Je partais le soir et revenais assez tard dans la nuit. C’est arrivé une fois, deux et puis maintenant…
— Tu ne peux plus t’arrêter.
— En quelque sorte mais les choses ont quelque peu changé, je n’ai quasiment pas perdu une partie depuis que j’ai recommencé.
— Billy-boy, soupira Valérie en levant les yeux au ciel, tu n’as pas compris comment ça marche ? Cela fait quoi, un mois que tu as replongé ?
— Environ oui.
— Je n’y connais pas grand chose, bien sûr, mais si je voulais être certain de gagner gros, je choisirai un acteur de ton genre, je le laisserai gagner pendant un certain temps avant de le mettre sur la paille.
— Antonio n’est pas comme ça.
— Que sais-tu de lui ?
— Eh bien… quasiment rien, avoua l’Anglais après avoir pris quelques secondes de réflexion.
— Il faut que tu arrêtes, Billy, avant qu’il ne soit trop tard.
— Je ne sais pas si…

Des coups frappés à la porte l’empêchèrent de terminer sa phrase. Une infirmière d’une trentaine d’années pénétra dans la chambre en annonçant qu’elle devait changer le pansement de Valérie. Son visage s’éclaira quand elle aperçut Billy assis sur le lit près de sa patiente, visiblement elle l’avait reconnu et hésitait à lui demander un autographe.

— Je repasserais plus tard.
— Promets-moi d’y réfléchir et n’y va pas ce soir, s’il te plait.

Il s’éclipsa sans rajouter un mot, se contentant d’adresser un sourire charmeur à la pauvre infirmière qui se retenait à grand peine pour ne pas inonder sa blouse de bave.

***


Il n’avait qu’une hâte, la rejoindre pourtant avant de quitter le studio, il devait parler avoir une sérieuse discussion avec Rafaela. Viggo remercia intérieurement les maquilleuses qui allaient passer près d’une heure à « déselfer » Orlando. Cela lui laissait largement le temps de s’entretenir avec la jeune femme.

— Oui ? Fit Raf en allant ouvrir la porte.
— J’ai besoin de te parler, déclara Viggo quand elle lui fit face.
— Je n’ai rien à te dire, protesta-t-elle en essayant de refermer le battant mais il fut plus rapide qu’elle.
— Au contraire, nous avons énormément de choses à nous dire.

Rafaela le foudroya du regard mais accepta néanmoins de le laisser entrer. Elle resta debout, les bras croisés, attendant qu’il se décide à lui apprendre la raison de sa visite.

— Que s’est-il passé pour que Valérie s’enfuie dans la forêt ?
— Aucune idée.
— Raf, je sais qu’elle est venue te parler avant de partir. Je ne connais pas encore la teneur de votre conversation mais je m’en doute.
— Cela ne te regarde pas, s’entêta la jeune femme.
— Bon sang, s’emporta Viggo, tu sais ce qu’il lui serait arrivé si on ne l’avait pas retrouvé à temps ? Tu es à ce point en colère que sa mort t’aurait laissé indifférente ?
— Tu exagères.
— Tu n’as pas été la voir, je pense.
— Non.
— Tu comptes le faire ?
— Je comprends que tu t’inquiètes pour elle, répliqua sèchement Raf qui commençait à en avoir assez, mais je n’ai pas de compte à te rendre ! De quel droit viens-tu ici pour me parler comme tu le fais ? Tu n’as aucune idée de ce qui me liait à elle, tu ne sais pas ce que nous avons traversé avant que tu ne débarques comme une fleur à New York et que tu la rencontres !
— Explique-moi, je ne demande pas mieux, la défia-t-il.
— Je… Tu veux savoir la vérité ? Tu me l’as volée ! Tu m’as pris ma meilleure amie, la seule personne importante de ma vie, Viggo ! S’écria Rafaela qui avait perdu son sang froid. Il a suffi d’une seule rencontre pour qu’elle ne voie plus que par toi, ne penses plus qu’à toi !
— Et qu’étais-je censé faire ?
— Disparaître, retourner dans ton monde et nous laisser vivre tranquilles ! Mais non, il a fallu que tu flirtes avec elle, dès le premier soir, que tu la couvres de cadeaux, que tu l’invites en week-end et que sais-je encore… Je te déteste pour cela, je te déteste et en même temps je ne peux m’empêcher d’être contente pour elle. C’est… pitoyable, conclut Raf en s’effondrant sur la banquette.

Viggo l’observa un long moment, incapable de faire un geste ou de dire le moindre mot. Il se doutait de l’affection profonde qui liait les deux femmes mais n’avait jamais vu la situation sous cet angle. Il allait enfin se décider à parler quand la porte s’ouvrit sur Orlando. L’Anglais fut stupéfait de découvrir Rafaela en train de pleurer, semblant complètement avoir occulté la présence de Viggo, et ce dernier la regarder avec compassion.

— Qu’est-ce qui se passe ici ? Demanda-t-il en les regardant tour à tour.
— Rien… nous discutions.
— On a souvent « discuté », Viggo mais tu ne m’as jamais mis dans cet état !
— Il… il dit la vérité.
— Raf, dis-moi ce qui ne va pas, l’interrogea Orly tout en se glissant à ses cotés.
— Rien, je…
— Je suis désolée, intervint Viggo, je n’avais jamais réalisé que tu pouvais souffrir de cette situation.
— Quelle situation ?
— Tu ne pouvais pas savoir, répondit Rafaela en haussant les épaules. J’ai l’impression d’être stupide par moments mais depuis que je la connais… ma vie est différente.
— Je comprends mais je ne vois pas ce que je peux faire pour changer la situation.
— J’ai bien peur qu’il ne soit trop tard. Elle est amoureuse de toi et j’imagine que c’est réciproque ?
— Oui mais cela ne veut pas dire que vous ne devez plus avoir le moindre contact.
— Sois réaliste, d’ici quelque temps elle va quitter New York et je vais me retrouver seule, à nouveau, constata Raf avec tristesse.
— Hey, je suis là moi, assura Orlando en passant la main sur les épaules de la jeune femme.
— Pour combien de temps ? Et cela ne changera pas le fait que tu habites l’autre bout du pays, quand tu ne voyages pas pour ton travail.
— Je suis certain que tu pourrais venir avec moi. Il y a des établissements sur la côte Ouest où ta sœur pourrait être accueillie et…
— Non, c’est impossible, l’interrompit Rafaela. De toute façon, j’ai l’habitude, je finis toujours seule. J’ai besoin de prendre l’air, annonça-t-elle en se levant avant de quitter la caravane.
— Que lui as-tu dis ? Attaqua Orlando sitôt la porte fermée.
— Rien de spécial, je voulais savoir ce qu’il s’était passé avec Valérie au lieu de cela… je ne pensais pas lui avoir fait autant de mal.
— Explique-toi !
— Elle pense, et d’une certaine façon ce n’est pas faux, que je lui ai volé sa meilleure amie.
— C’est ridicule, souffla Orly.
— Non, pas quand tu sais qu’elles vivent depuis trois ans ensemble et qu’elles partagent tout. Elles sont encore plus liées que nous ne le sommes et j’ai rompu cet équilibre... Il faut que j’aille à l’hôpital, déclara finalement Viggo en regardant sa montre.

***

Mille pensées tourbillonnaient dans son esprit. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point ? Elle était arrivée quatre jours plus tôt, accompagnée de sa meilleure amie, heureuse de revoir Orlando, de ce voyage et voilà qu’elle s’était gravement disputée avec Valérie, qu’elle venait de dire ce qu’elle ressentait réellement à Viggo et qu’elle fuyait l’homme qu’elle aimait. Rafaela donna un coup de pied rageur dans un caillou qui alla frapper l’arrière d’une caravane.

— Aie ! Qui s’amuse à… oh salut, fit Dominic en reconnaissant la petite amie d’Orlando.
— Désolée.
— Pas grave. Vous ne pouviez pas deviner que j’étais là. David, attends…

Raf le regarda s’éloigner pour rejoindre un jeune homme qui s’était éclipsé dès qu’elle était apparue. Etrange, songea-t-elle tout en continuant de marcher sans avoir de destination précise. Jamais elle n’aurait dû s’emporter de la sorte, que cela soit contre Valérie ou Viggo. Ce n’était pas dans sa nature mais la première l’avait trahie et le second lui avait volé quelque chose de si précieux qu’il ne se passait pas un jour sans qu’elle n’ait peur de le perdre. Ce jour était arrivé et elle ne savait pas comment réagir. Elle avait l’impression de perdre ses repères, qu’une brèche immense s’était ouverte sous pieds et qu’elle chutait sans aucun espoir de prendre pied quelque part. Elle s’arrêta finalement au milieu d’une petite clairière et s’assit sur le tronc d’un vieil arbre que la foudre avait fait tomber. Il se passa de longues minutes pendant lesquelles ses pensées se firent par moments plus claires et d’autres plus confuses. Elle sursauta quand une main se posa sur son épaule, elle n’avait pas entendu Orlando approcher.

— Tu vas prendre froid, dit-il en se rendant compte de la banalité de sa phrase.
— Peu importe.
— Rafy… je sais que cela doit être dur pour toi mais…
— Quoi ? Tu vas m’annoncer que tu préfères rompre avec moi plutôt que de subir cette situation qui pourrait mettre en danger ta carrière ?
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Dès que la presse aura eu vent de mon passé, ils se déchaîneront, tels des fauves affamés, et que cela n’arrangera pas ta côte de popularité.
— Crois-tu vraiment que je me soucie de mon image à ce point ?
— Je ne sais pas… je ne sais plus. Je croyais pouvoir faire confiance à Valérie et regarde ou cela nous a menés.
— Je comprends ta déception mais j’étais perdu au retour de notre pique-nique. Tout allait bien et, sans que je ne comprenne pourquoi, tu as changé, tu es devenue distante. Je voulais comprendre et, si je t’avais posé la question, je savais que tu ne m’aurais pas répondu.
— Cela, tu ne pourras jamais le savoir, répondit la jeune femme plus sèchement qu’elle ne le voulait.
— Je t’en prie, Rafaela ! Dès qu’il y a une discussion sérieuse entre nous, tu fuies.
— Ce n’est pas…
— Ne le nie pas… s’il te plait. Comment aurais-je pu savoir ce qui te tourmentait dans ces conditions ? Je ne suis même pas certain de le savoir malgré ce que j’ai appris sur toi.
— Je refuse de parler de…
— Regarde ! Une fois de plus, tu préfères la fuite ! S’énerva Orly qui ne comprenait pas l’entêtement de la jeune femme à éviter les discussions sérieuses. Arrête de douter de toi, de moi et de tous les gens qui t’entourent.
— Je ne sais pas faire autrement, s’écria Raf en se levant, prête à partir.
— Laisse-moi t’apprendre, reprit-il doucement, laisse-moi te montrer que je suis sincère quand je dis tenir à toi.
— Je ne peux pas… la seule fois où j’ai fait cela, on m’a arraché ma sœur ! Du jour au lendemain, je n’avais plus ma confidente, ma meilleure amie, mon double. Mes parents ont fait comme si elle n’avait jamais existé, je suis devenue fille unique alors que nous étions deux, comment puis-je encore faire confiance à long terme ? Il a fallu près d’un an à Valérie pour m’approcher, pour que j’accepte de lui laisser de la place dans mon cœur sans avoir peur d’avoir mal. Tu sais ce que c’est que d’avoir peur de tout et de tous, d’être constamment seule, de n’avoir personne à qui se confier, ou même avec qui rire ou parler quelques minutes dans la journée ?
— Non, je ne sais pas, avoua Orlando avec douceur.
— J’ai encore du mal à croire qu’elle a fait le voyage de New York à Philadelphie le jour de mon anniversaire parce que l’on correspondait par Internet et que je lui avais dit que je serais seule à cette occasion. Elle a débarqué dans ma vie ce jour là et n’en est plus jamais ressortie… jusqu’à maintenant.
— Tu vas vraiment laisser votre amitié s’achever ainsi ?
— Que devrais-je faire d’après toi ?
— Lui parler, lui demander pourquoi elle a agi comme elle l’a fait bien que tu connaisses la réponse, déclara Orlando, et me croire quand je dis que j’ai de profonds sentiments pour toi. J’ignore comment te montrer mon amour et je n’y arriverais pas si tu ne m’aides pas.
— Ce n’est pas aussi simple, protesta-t-elle.
— Cela peut le devenir si tu me laisses t’aider.
— Qui me dit que tu ne vas pas en avoir assez de mes peurs et de mes doutes ?
— Il n’y a qu’un moyen de le savoir, Rafaela, essayer. Fais-moi confiance, murmura-t-il d’une voix tendre.

Elle plongea son regard dans ses yeux noisettes et sut qu’il n’essayait pas de la berner. Ses prunelles exprimaient un profond amour et une telle confiance en elle que Raf se sentit troublée. Et s’il avait raison ? Et si le risque était moins grand qu’elle ne l’avait cru ? Et s’il te mentait, fit une voix insidieuse dans sa tête, et si tout cela n’était que prétexte pour profiter de toi ? Elle repoussa sa peur au plus profond d’elle-même, que pouvait-elle lui offrir pour qu’il se joue d’elle ? La réponse était simple : rien. Elle n’avait aucune fortune, aucun prestige, aucune renommée. Elle ne s’expliquait pas l’attirance qu’il avait pour elle mais il était sincère. Son cœur le lui disait et s’il ne l’était pas… cela serait la dernière fois qu’elle ferait confiance mais, au moins, elle ne regretterait pas de ne pas avoir essayer. Avec lenteur, elle posa ses lèvres contre celles d’Orly qui la prit avec douceur dans ses bras.

***

25 octobre 2002

Cela faisait deux jours qu’elle était rentrée pour découvrir que Rafaela était partie plus tôt que prévu. Orlando avait paru désolé mais cela ne changerait rien au problème. Sa meilleure amie était décidée à l’oublier, à faire une croix sur trois ans de complicité. Les plateaux n’avaient plus la même magie sans Raf pourtant elle s’obligeait à participer à la vie du studio. Elle prenait ses repas avec Billy, Dom, Elijah, Orlando et Viggo, restait de temps en temps avec le staff quand ils tournaient mais rien n’arrivait à lui ôter de l’esprit l’image de Rafaela mettant un terme à leur amitié. Elle avait été dure mais juste. Val connaissait ses peurs depuis longtemps, elle avait plusieurs fois du batailler pour lui faire comprendre qu’elle serait toujours là pour elle. Raf la croyait, pendant quelques semaines, avant que le doute ne reprenne possession d’elle. Elle était justement assise à la cafétéria, entourée de Billy, Dominic et Orlando costumés, en train de prendre un café après un déjeuner rapidement expédié. Elijah et Sean s’ajoutèrent à la tablée mais Val ne les remarqua pas, trop plongée dans ses pensées. Soudain Orlando s’adressa à elle en posant sa main sur son bras.

— Alors, qu’en penses-tu ?
— Hein ?
— Hey, faut dormir la nuit au lieu de faire des bêtises avec Viggo, la taquina Lij.

Les cinq garçons pouffèrent de rire en voyant la tête offusquée de Valérie. De jolies couleurs rosées avaient envahi ses joues et elle manqua de renverser sa tasse.

— Moi, je suis d’avis que c’est une très bonne idée, déclara Dominic avec un sourire taquin.
— Je suis aussi pour, renchérit Sean.
— De quoi parlez-vous ?
— Mes amis, l’heure est grave, déclama Orly d’un ton théâtral en montant sur sa chaise.
— Mais qu’est-ce qu’il fait ? Demanda la jeune femme à Billy.

Ce dernier haussa les épaules tout en ayant du mal à cacher un sourire malicieux. Il allait beaucoup mieux. Depuis sa discussion avec elle, il était reparti sur de bonnes bases en abandonnant le poker, au grand déplaisir de son « ami » Antonio qui avait vu la poule aux œufs d’or s’envoler. Dom n’était plus avec lui, et alors ? Si l’Anglais avait un fort pouvoir de séduction, Billy en avait un aussi et une aventure sans lendemain l’aiderait peut-être à lui redonner goût à la vie. C’était dans cette optique qu’il avait commencé des manœuvres d’approches discrètes avec un des accessoiristes.

— Moi, Legolas Greenleaf, ainsi que mes amis hobbits Frodon, Sam, Merry et Pippin, déclarons, en ce jour du 22 octobre 2002, que Dame Valérie ici présente sera désormais notre « porte-bonheur » et, qu’en tant que tel, elle devra soutenir chacun des membres de notre Communauté.
— Hourra, s’écrièrent en cœur le reste du groupe tandis que les gens présents dans la cafétéria se demandaient si Orlando n’avait pas perdu la tête.
— Et maintenant, une épée, afin que nous adoubions notre nouvelle égérie ! S’écria Orly en regardant autour de lui.
— Cela fera-t-il l’affaire ? Demanda Viggo en proposant Anduril.

Au grand dam de Valérie, il venait d’arriver et n’avait rien manqué de la scène à laquelle elle participait bien involontairement. Dom, Billy, Elijah et Sean applaudirent à tout rompre, imités par quelques membres de l’assistance dont Chris, Galou et Ariane qui avaient beaucoup de mal à se retenir de rire tellement Orlando était parti dans son délire.

— Cela conviendra parfaitement, seigneur Aragorn, vous êtes une fois de plus notre sauveur, déclara Orly en faisant une courbette censée être une révérence.
— Je ne suis là que pour vous servir, Legolas, répondit Viggo amusé.
— Et maintenant, dame Valérie, veuillez vous agenouiller devant moi afin que nous procédions à… la suite.
— Il est hors de question que…, commença la jeune femme.
— Elle en sera ravie, assura Elijah en venant se placer près d’elle et en prenant un air menaçant.
— Oh que oui, sinon elle risque d’avoir affaire à Gollum, déclara Sean avec sérieux, je l’emmènerai moi-même dans sa tanière, dussé-je sentir à nouveau cette atroce puanteur qui l’accompagne partout !
— Quelle bonne idée, mon préccccccccieux, susurra Andy, qui n’avait rien perdu de la scène, à l’oreille de Valérie qui sursauta.
— Mais…, protesta-t-elle en lançant un regard désespéré à Viggo qui contemplait ses amis avec amusement.
— Allons, tu ne voudrais pas décevoir la compagnie, fit Billy en lui dédiant le fameux regard qu’il avait fait à Dom dans la scène où Pippin abandonne Merry pour partir avec Gandalf.

A contre-cœur, et après avoir lancé un regard noir à Orlando qui trônait toujours, majestueux sur sa chaise, elle se leva et se mit devant lui en espérant que son siège cède.

— Ainsi que le prédira Nostradamus dans quelques années, la fin du monde arrivera en l’an de grâce… zut, mauvais discours, s’excusa Orly, faisant rire l’assemblée, avant de reprendre d’un ton sérieux. Moi, Legolas Greenleaf, porte-parole de cette audience et avec l’accord de dame Galadriel, qui se cache derrière notre cher agent Smith, pardon, le vénérable Elrond, je te nomme protectrice et gardienne de notre Communauté jusqu’à ce que celle-ci soit dissoute, trucidée ou ne réussisse sa mission.

Une pluie d’applaudissements fusèrent tandis qu’Orlando touchait l’épaule gauche, puis la droite et enfin la tête de Valérie avec Anduril.

— Je vais te tuer, murmura-t-elle à l’oreille pointue d’Orly.
— Souris au lieu de dire des bêtises.
— Je ne sais pas encore comment mais je te jure que je me vengerai.
— Oui… oui, répondit-il avant de mettre un genou à terre devant elle une fois descendu de sa chaise.
— Orlando, non !

Malheureusement pour elle, Dominic, Billy, Elijah, Sean, et même Viggo, l’imitèrent, bientôt suivit par tous les gens présents à la cafétéria. Peter et Fran arrivèrent à ce moment-là et restèrent quelques secondes bouches bées devant la scène.

— Que se passe-t-il ici ? S’écria le réalisateur malgré tout amusé de voir Valérie écarlate. Vous n’avez pas du travail ?

***

— Je voudrais te parler de quelque chose, commença Viggo après qu’ils furent rentrés d’une soirée de tarot chez Elijah.
— Ce n’est pas ce que nous avons fait jusqu’à maintenant ? Demanda Valérie avec malice en faisant allusion à la discussion qu’ils avaient eu en rentrant et qui concernait la soirée.
— Si, bien sûr mais… viens-la, proposa-t-il en s’asseyant sur la banquette du coin-salon et en la faisant asseoir sur ses genoux.
— Tu me fais peur, avoua la jeune femme qui voyait soudain sonner le glas de leur liaison.
— Ce n’est pas mon intention, assura Viggo en prenant les mains de sa compagne dans les siennes. Tu dois repartir dans deux jours et… j’aimerais beaucoup que tu restes.
— Moi aussi mais…
— Je sais ce que tu vas me dire, la coupa-t-il doucement, mais je ne veux pas que tu restes quelques jours de plus.
— J’ai bien peur de ne pas comprendre.
— Je voudrai que tu acceptes de rester jusqu’à la fin du tournage, déclara-t-il d’une voix grave et chaude à la fois.
— Que je… mais…, bredouilla Val incapable de trouver les mots justes.
— Je sais que tu as des obligations à New York, que d’une certaine manière c’est égoïste mais j’ai apprécié plus que je ne saurais le dire la semaine que tu as passé avec moi. J’aime m’endormir près de toi et me réveiller en sentant ta main posée sur mon torse, pouvoir t’embrasser et te faire l’amour quand…
— Viggo, tu n’es pas sérieux ? Je ne peux pas abandonner mon travail, ma mère, mon appartement, Raf, répondit Valérie dont le dernier mot mourut lentement sur ses lèvres.
— Tu pourrais te consacrer entièrement à l’écriture de ton prochain livre et je suis certain que ta mère acceptera ta décision. Il n’est pas difficile de comprendre que je t’aime et que je veux te garder près de moi.
— Non mais… au risque de paraître bassement matérielle, reprit-elle en se levant car leur proximité la gênait quelque peu, j’ai besoin de mon travail au Newday pour régler mon loyer et… plein d’autres choses. Je ne peux pas partir du jour au lendemain, même si je sais que maman s’en sortira au café.
— Cela ne doit pas t’inquiéter, je m’occuperai de payer ton appartement et…
— Tu proposes de m’entretenir ?
— Le mot est un peu fort, je trouve mais oui, je pourvoirais à tes besoins. L’argent n’est pas un problème.
— J’ai bien peur que si, au contraire. Je ne peux pas, Viggo... Crois bien que je le regrette mais je ne peux pas vivre à tes crochets.
— Valérie, je gagne bien ma vie et…
— Le problème n’est pas là ! Je sais que je ne gagnerai jamais autant d’argent que toi mais je refuse de vivre ainsi. Je n’ai pas été élevé de cette façon et que diront nos amis, la presse si jamais cela venait à se savoir ?
— Bon sang, ne mélange pas tout ! Je me contrefous de ce qu’ils peuvent penser ! S’exclama-t-il, déçu qu’elle n’ait pas accepté immédiatement son offre. Je te propose de vivre avec moi, pas de comparer nos comptes en banque !
— Ce n’est pas ce que…
— Je pensais que tu serais heureuse mais apparemment je me trompais.
— Tu me demandes d’abandonner tout ce qui fait ma vie depuis des années !
— Pour un mois, parce que je t’aime et que je souffre de plus en plus de nos séparations, avoua-t-il à mi-voix, mais il semble que cela ne soit pas réciproque.
— Comment peux-tu dire cela ? Je suis venue jusqu’ici pour te voir, je…
— Je devrais peut-être te remercier, fit-il amer.
— Non, tout ce que j’essaye de te faire comprendre, c’est que…, commença-t-elle tout en cherchant des mots pour ne pas le blesser.
— Tu ne m’aimes pas assez pour sauter le pas.
— Tu me demandes de perdre le peu de contrôle que j’ai sur ma vie, de m’en remettre entièrement à toi, comme si j’étais une gamine qui a besoin d’un tuteur ! J’ai besoin de mon indépendance, de mon travail et de ma famille.
— Je vois.
— Non, tu ne vois pas. Comment réagirais-tu si je te demandais d’abandonner Los Angeles, Henry et ton travail ?
— Ce n’est pas la même chose.
— Pourquoi ? Tu me demandes de faire ce sacrifice sans te soucier de ce que je peux bien penser ou ressentir ! T’es-tu posé la question de savoir ce que je voulais, si j’étais prête à tout quitter pour toi ? Je suis certaine que non. Je ne suis pas un objet qu’on prend quand on en a envie, Viggo, je ne suis pas non plus l’une de ces filles qui feraient n’importe quoi pour la « grande star » du seigneur des anneaux, déclara Valérie avant de sortir brusquement en claquant la porte de la caravane.
— Et merde, jura-t-il en envoyant valser un cendrier vide qui se fracassa contre un placard.

***

Rafaela entra dans l’appartement vide qui était tel qu’elle l’avait laissé en partant avec Valérie. Ses yeux se posèrent involontairement sur un cliché posé sur le buffet les montrant toutes les deux, souriantes, sur un des manèges de Central Park. Elle détourna rapidement son regard. Elle était trop fatiguée pour penser. La jeune femme avait été incapable de trouver le sommeil dans l’avion qui la ramenait aux États-Unis, ses pensées la ramenant sans cesse à sa meilleure amie. Orlando avait pu l’accompagner à l’aéroport de Wellington. Leurs adieux avaient été déchirants. Raf souffrait d’autant plus qu’elle le savait sincère. C’était une pensée étrange et agréable à la fois de savoir qu’il l’aimait, sans condition, sans restriction, comme elle était. Il ne voulait rien changer à son caractère qu’il jugeait néanmoins bourru car elle avait refusé de venir avec lui à l’hôpital. Il était trop tard. Elle n’avait plus rien à dire à Valérie. Leur amitié était finie. Elle laissa sa valise près de son armoire avant de s’allonger sur son lit, au milieu de plusieurs peluches qui la regardaient de leurs yeux vitreux, un sourire à jamais figé sur leurs bouches. Raf attrapa un husky que lui avait offert Val pour son dernier anniversaire. Le chien sembla l’observer silencieusement et lui reprocher d’avoir fui.

— Qu’aurais-je pu faire d’autre ? Murmura Rafaela en envoyant la peluche à l’autre bout de la pièce.

Elle ne réprima pas ses larmes, bien au contraire elle en laissa un torrent se déchaîner en elle. Elle était seule, de nouveau. Ses sanglots résonnèrent dans l’appartement vide un long moment avant que la fatigue ne prenne le dessus et qu’elle ne s’endorme sur son lit.

***


— Tu veux une bière ? Proposa Billy en faisant face à son invité.
— Ecoutez, je… je devrais pas être là, bafouilla Jack de plus en plus mal à l’aise d’avoir accepté l’invitation de l’acteur.
— Pourquoi cela ?
— Eh bien, je…
— Je ne vais pas te sauter dessus, assura l’Ecossais avec un sourire amusé, je te propose juste une bière et j’aimerai te connaître un peu mieux.
— Pourquoi ? Enfin je veux dire…
— Pourquoi pas ? Renchérit Billy avec un sourire taquin.
— Effectivement, capitula Jack qui ne put s’empêcher de lui rendre son sourire.

Billy alla jusqu’au frigo et prit deux bouteilles qu’il posa sur le comptoir le temps de les ouvrir. Il jeta un œil discret à son compagnon qui observait la décoration de sa caravane. C’était un des accessoiristes qui s’occupait des armes des hobbits. Il était un peu plus grand que Billy, avec des cheveux bruns mi-longs qu’il attachait le plus souvent en catogan et des yeux noisettes tachés d’or. C’était la première chose qu’avait remarqué Billy quand il lui avait été présenté. Ses yeux et… son adorable postérieur quand il s’était retourné. Cette pensée le fit sourire tandis qu’il tendant sa bière à Jack. Il savait que le jeune homme était homosexuel et qu’il n’avait personne en ce moment. De son coté, l’accessoiriste avait entendu des rumeurs concernant la séparation de Billy et Dominic et il se demandait s’il devait l’invitation à cet évènement. Non pas que l’acteur lui déplaise mais il se sentait gêné, sans vraiment savoir pourquoi. Sûrement parce que d’habitude c’est toi qui « attaque », fit une petite voix dans sa tête.

— Tu es de Wellington ? Demanda Billy le faisant revenir à l’instant présent.
— Non, en fait j’y vis depuis trois ans maintenant. J’ai quitté Dallas sur un coup de tête.
— C’est courageux de tout abandonné pour aller vivre à l’autre bout du monde.
— Vous… tu admettras, reprit Jack en se rappelant que Billy l’avait invité à le tutoyer, qu’il y a plus désagréable comme endroit pour vivre.
— C’est sur, acquiesça l’Ecossais mais je ne pense pas que je pourrais tout quitter du jour au lendemain.
— Je… A la mort d’Anthony, sa famille m’a jeté à la rue. Ils me toléraient uniquement parce qu’il avait posé un ultimatum à ses parents. Il m’acceptait ou ne le revoyait plus.
— Je suis désolé, murmura Billy. De quoi…
— Une leucémie. Cette saloperie de maladie me l’a enlevé en moins d’un an.

Un long silence s’instaura entre les deux hommes. Jack revoyait des images heureuses de sa vie avec Anthony tandis que Billy se demandait comment il réagirait dans ce genre de situation.

— Mais c’est le passé tout ça, assura Jack en finissant sa bière d’une traite. Si j’étais pas venu ici, j’aurais jamais travaillé sur ce film merveilleux.
— Tu es un fan de Tolkien ?
— Pas vraiment, j’ai jamais réussi à finir le dernier bouquin.
— Faut dire qu’il a une manière d’écrire particulière, approuva Billy.
— Ouais et puis l’histoire des hobbits du premier livre est un peu longue.
— Oserais-tu dire que tu n’aimes pas les hobbits, le taquina-t-il en prenant un faux air offusqué.
— Ça dépend lesquels, répliqua Jack avec un sourire sibyllin en se rapprochant de son compagnon sur la banquette.

Billy sentit son cœur manquer un battement tandis que l’accessoiriste se rapprochait ostensiblement de lui. Il plongea dans les prunelles noisettes quand Jack s’approcha assez près pour qu’il sente son souffle sur ses lèvres. Il y eut un moment d’hésitation, comme si chacun se demandait si c’était une bonne idée de succomber, avant qu’ils ne se rapprochent assez pour échanger un léger baiser. Si fugace que Billy se demanda s’il ne l’avait pas imaginé quand la langue de Jack vint caresser ses lèvres. Avec beaucoup douceur, ce dernier pénétra lentement la bouche de son compagnon, partant à la recherche de sa langue tandis qu’une de ses mains remontait le long du dos de l’Ecossais qui poussa un gémissement de plaisir. Les minutes passaient tandis que les deux hommes continuaient leur exploration mutuelle, bientôt gênés par l’étroitesse de la banquette. Ils se séparèrent à contre-cœur. Billy se leva et tendit la main pour inviter Jack à le suivre dans sa chambre. Si ce dernier avait pu avoir encore quelques objections, elles furent balayées par le regard intense de désir que lui lança son amant. Il se redressa et prit la main tendue. Billy sentit un frisson le parcourir quand Jack l’embrassa dans le cou une fois arrivée dans la chambre. Les bras de son compagnon vinrent encercler sa taille avant que ses mains ne se glissent sous son tee-shirt pour aller agacer les pointes tendues de ses seins. Billy tourna la tête pour capturer de nouveau la bouche de Jack dont une des mains descendaient à la rencontre de sa virilité qu’il caressa longuement, aiguisant son propre désir en sentant son amant frissonner à cette caresse contre son torse. N’en pouvant plus, Billy se dégagea de cette étreinte et déshabilla Jack, léchant chaque parcelle de peau qu’il découvrait, avant de le pousser tendrement sur le lit. Ils échangèrent un sourire quand il vint s’allonger près de lui avant de reprendre là ou ils étaient restés. Leurs deux corps ne leur laissèrent de répit qu’une fois la passion apaisée. Jack s’endormit, la main posée en travers du torse de son amant. Billy sentit les larmes lui venir aux yeux. Jack avait été tendre et doux mais il n’avait rien à voir avec Dominic.
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Lun 25 Oct - 20:28

— Je ne pensais pas trouver quelqu’un ici aussi tard, déclara Ian en découvrant Valérie assise à une des tables de la cafétéria, mais que cela ne vous fasses pas fuir surtout.
— Je n’en ai nul envie, rassurez-vous.
— Accepterez-vous de boire un thé avec moi cela vous aidera peut-être à vous remettre de votre dispute avec Viggo ?
— Comment savez-vous que…, fit Val interloquée.
— Ma chère, il est près de minuit et je ne vois que cette explication pour justifier votre présence ici.
— D’accord pour le thé, répondit la jeune femme en se disant que Ian aurait fait un très bon Sherlock Holmes.

L’acteur revint rapidement avec deux mugs qu’il posa sur la table. Valérie le détailla du regard tandis qu’il s ‘asseyait face à elle. Malgré ses 62 ans, il se dégageait encore de sa personne un charisme certain. Il était vêtu d’un simple t-shirt blanc et d’un jean, il passa la main dans sa chevelure argentée avant de lever sa tasse en guise de toast. Val lui répondit d’un sourire discret avant de l’imiter et recracher la moitié de sa gorgée dans sa tasse sous le regard amusé de Ian.

— Vous voulez me tuer ? S’exclama la jeune femme en toussant.
— Oh j’aurais sans doute dû préciser que j’améliorai mon thé avec une goutte de whisky.
— Une goutte, fit-elle d’un ton suspicieux.
— Une rasade ?
— Sir Mckellen, avouez que vous avez vidé votre flasque dans nos deux tasses !
— Pour commencer, appelez-moi Ian. Ce « Sir » me donne l’impression d’avoir atteint un age canonique. Ensuite, il se peut que j’aie eu la main lourde mais il me semblait que vous en aviez besoin, ma chère.
— Ce n’est pas faux, admit Valérie en avalant une longue gorgée du breuvage qui lui arracha une grimace mais la réchauffa.
— Si je peux vous aider de quelque manière que se soit…
— Sans vouloir vous offenser, je ne crois pas que vous puissiez faire grand chose.
— Vous pourriez profiter de ma longue expérience d’observateur du comportement humain, hétéro et homosexuel confondus.
— Si, reprit Valérie après un long moment, je me confiais à vous, Ian, aurais-je la garantie que notre conversation resterait privée ?
— Bien sûr, ma chère.

Elle but une autre gorgée de thé, qui ne lui semblait plus du tout mauvais, et réfléchit longuement avant de reprendre. La tête lui tournait un peu mais cela n’en serait que plus facile de se confier.

— Viggo m’a demandé de rester jusqu’à la fin du tournage.
— Et où est le problème ? Demanda Ian qui se disait que n’importe quelle autre femme aurait sauté sur l’acteur… non, l’occasion rectifia-t-il avec un sourire intérieur.
— Pour commencer, mon travail.
— Il me semble que vous pouvez écrire n’importe où du moment que vous avez un ordinateur, ou au pire du papier et un stylo, non ?
— Non, mon autre travail. Je suis serveuse.
— Je l’ignorais. Et vous ne pouvez pas quitter cet emploi ?
— Si mais… je n’arriverai pas à vivre sans mon salaire.
— J’imagine que Viggo vous a proposé un… arrangement financier, fit Ian en choisissant bien ses mots.
— Oui, il prendra tout en charge.
— Je ne comprends pas, avoua l’acteur en dévisageant sa compagne, il vous veut près de lui, vous offre de payer vos frais et vous refusez parce que…
— Euh…
— Vous ne l’aimez pas ?
— Si !
— Alors pourquoi ?
— La vérité, c’est que… j’ai peur, confessa Valérie en baissant les yeux sur son mug.
— Peur de quoi ?
— De tout quitter pour lui et que cela ne marche pas.
— Cela vous ne le saurez pas si vous n’essayer pas.
— C’est vrai mais… nous n’avons jamais passé plus d’une semaine ensemble. Que se passera-t-il s’il s’aperçoit que je ne lui conviens plus ? Est-ce qu’il ne va pas se lasser de moi à force de m’avoir en permanence avec lui ? Peut-être que c’est parce que notre relation est en pointillée qu’il tient à moi.
— Et peut-être que le soleil ne va pas se lever demain matin, renchérit Ian avec un sourire.
— Pardon ?
— Il vous aime, cela crève les yeux, assura-t-il en posant une main sur celle de la jeune femme. Demandez à n’importe qui, il n’est plus le même depuis que vous êtes arrivée. Oh bien sûr, il est trop professionnel pour que cela n’ait transparu dans son travail mais en dehors…
— Je ne comprends pas.
— Il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets, j’en sais quelque chose. Ma vie aurait pu être différente si j’avais suivi mon instinct et… mais je ne veux pas vous ennuyer avec mon histoire.
— Continuez… s’il vous plait, demanda Val d’une voix douce.
— Eh bien, dans ma jeunesse, je suis tombée amoureux d’une femme. Nous avions 20 ans, étions insouciants, simplement heureux d’être ensemble mais elle était de condition plus modeste que celle de ma famille. Notre liaison a été découverte par mon père qui m’a enjoint de quitté Margareth. J’ai tout d’abord refusé car elle venait de m’apprendre qu’elle était enceinte. J’étais stupide, continua Ian après un court silence. J’ai affronté mon père en lui assurant que j’allais épouser ma douce Maggie et que je prendrais soin de l’enfant. Il a tempêté et j’ai fini par céder. Ma mère est allée la trouver et lui a offert une certaine somme pour qu’elle aille voir une faiseuse d’anges. Elle a refusé et on l’a retrouvée morte le lendemain matin. Elle avait préféré mettre fin à ses jours que de vivre sans moi. Dieu que j’ai regretté, et je regrette encore, de ne pas avoir eu la force de m’opposer à mon père. Sans lui, j’aurais une femme, un enfant et je ne serais sans doute pas devenu l’homme pitoyable que je suis devenu par la suite.
— Vous n’êtes pas…, protesta Val.
— Non, plus maintenant mais il y a peu de temps que je me suis assagi. Je suis parti dès la fin de l’enterrement de Margareth, j’ai été recueilli par une troupe de théâtre avec laquelle j’ai sillonné l’Angleterre en jouant du Shakespeare et en apprenant à boire jusqu’à ne plus penser.
— Je suis désolée.
— Il ne faut pas. Avec le temps, je me dis que je n’étais sans doute pas fait pour avoir une relation hétérosexuelle. J’aurais sans doute rendu ma chère Margareth malheureuse. Ce que j’essaye de vous faire comprendre, c’est que l’on ne peut pas savoir ce que l’avenir nous réserve et qu’il ne faut pas que vos peurs vous empêchent de vivre. Si vous l’aimez sincèrement, acceptez sa proposition. L’argent ne doit pas entrer en ligne de compte, c’est secondaire.
— Je… merci, Ian, dit Valérie en se levant pour faire le tour de la table.

Elle déposa un baiser sur la joue de l’acteur avant de sortir précipitamment de la cafétéria, elle savait ce qu’elle devait faire. Ian soupira en caressant distraitement sa joue. Il ferma les yeux et le visage de Margareth s’imprima sur ses paupières. Elle était si belle…

***

Viggo répéta une fois de plus les mouvements qu’il avait appris avec le maître d’armes et qui allait lui servir pour la scène du lendemain. Il avait tourné comme un lion en cage pendant quelques minutes après le départ de Valérie avant de décider de venir sur le terrain d’entraînement, situé à quelques mètres des caravanes. Sa lourde épée tournoyait aisément dans sa main tandis qu’il reprenait l’enchaînement. Il avait quitté son t-shirt pour être plus à l’aise malgré la fraîcheur de la nuit.

Tandis qu’il esquissait ses mouvements, il essayait tant bien que mal de vider son esprit mais les dernières paroles de sa compagne revenaient sans cesse le hanter. Il avait tellement cru qu’elle serait heureuse de rester avec lui qu’il n’avait pas pris en ligne de compte le caractère farouchement indépendant de la jeune femme. Il aurait dû savoir qu’elle refuserait. Non pas parce qu’elle ne l’aimait pas assez, comme il le lui avait reproché, mais parce que depuis le début de leur relation elle n’avait réagi comme aucune de ses conquêtes précédentes. Cela le déstabilisait d’une certaine manière. N’importe laquelle de ses dernières petites amies auraient sauté de joie à la simple idée de partager sa vie. Comment avait-elle dit… « Je ne suis pas un objet qu’on prend quand on en a envie ». La considérait-il vraiment ainsi ? Il n’en avait pas l’impression mais peut-être se trompait-il. « Je ne suis pas non plus l’une de ces filles qui feraient n’importe quoi pour la « grande star » du seigneur des anneaux ». Star, il l’était devenu grâce à ce rôle, assurément, et cette popularité internationale l’agaçait par moments. Des femmes qui auraient fait des folies pour lui, il en connaissait, s’était amusé avec certaines quand la solitude lui pesait trop mais Valérie n’était pas comme cela. Elle était différente et il l’avait su dès qu’il l’avait croisée dans cette galerie de New York. Il ne voulait plus d’aventure sans lendemain, il la voulait, elle. Elle l’avait obsédée dès leur première rencontre et il ne mentait pas quand il disait que leurs séparations le faisaient souffrir. Lui qui s’était pourtant juré, après son divorce avec Christine, de ne jamais retomber dans le piège de l’amour était tombé sous le charme de cet ange roux que le destin avait mis sur sa route. Il sortit de ses pensées en entendant un craquement derrière lui, et fit volte-face, son épée à la main, prêt à frapper. Valérie poussa un cri de surprise tout en faisant un bond en arrière.

— Excuse-moi, je…
— Il faut que nous parlions, l’interrompit-elle doucement.

Il hocha la tête avant de se diriger vers le banc où se trouvaient ses affaires. Valérie le suivit des yeux tandis qu’il essuyait son torse en sueur avec une serviette. Quelques mèches de cheveux collaient à son front, son buste se soulevait au rythme de sa respiration. Elle préféra détourner les yeux, cette vision risquait de lui rendre la tâche plus difficile. Viggo prit le temps de se désaltérer avant de se tourner vers la jeune femme. Elle détourna les yeux dès que leurs regards se croisèrent, baissant la tête pour trouver le courage de lui parler.

— Je suis désolé…
— Je n’aurais pas dû…

Un léger sourire effleura les lèvres de Val, ils venaient de parler en même temps. Elle releva la tête et se traita mentalement d’imbécile. Elle n’avait qu’une seule envie : se jeter dans ses bras et lui demander de lui pardonner mais leur dispute avait certainement changé la donne.

— J’aurais dû te demander ton avis, reprit l’acteur qui ne voyait qu’une explication au mutisme de sa compagne, elle avait décidé de le quitter.
— Viggo, je…
— Non, laisse-moi finir. J’ai vraiment agi comme un imbécile.
— Non, c’est moi qui… je n’aurais pas dû m’emporter mais si je l’ai fait c’est parce que… j’ai eu peur.
— Peur ? Mais de quoi, s’étonna l’acteur en se rapprochant ostensiblement.
— Je… l’idée de tout abandonner, même pour un mois mais surtout… j’ai peur que tu te lasses de moi. Apres tout, on n’a jamais vécu ensemble plus d’une semaine et…
— Chérie, murmura Viggo en la prenant dans ses bras, crois-tu que je veuille te garder près de moi pour ensuite t’abandonner ?
— Je n’ai pas dit…
— Je comprends que tu aies peur… Je ne suis pas certain que cela te rassure mais j’ai aussi peur.
— Toi ?
— Oui. Peut-être que c’est toi qui ne vas pas supporter la vie que je mène, peut-être que tu vas me trouver maniaque, désorganisé, …
— Et peut être que le soleil ne va pas se lever demain matin, l’interrompit Valérie avec un sourire.
— Pardon ?
— Je repensais au conseil d’un ami... J’ai envie d’essayer.
— Tu en es sûr ?
— Je ne vois qu’une manière de te le prouver, murmura la jeune femme en frôlant ses lèvres d’un léger baiser.

Il l’attira un peu plus contre lui tandis que la langue de sa compagne partait à la recherche de la sienne. Il n’avait pas conscience de la fraîcheur de la nuit, juste du corps serré contre lui, des lèvres qui s’étaient jointes aux siennes et des mains de Valérie qui se glissèrent dans sa chevelure ébène. Elle poussa un gémissement quand il laissa l’une de ses mains partir à la recherche de la douceur de sa peau sous son débardeur. Val avait totalement perdu pied dès lors qu’il avait répondu à son baiser. Elle ne savait pas qu’elle était le secret du pouvoir qu’il détenait sur elle mais elle aimait cette sensation de se donner entièrement à lui. Aussi ne résista-t-elle pas quand il la plaqua contre l’écorce d’un vieil arbre et qu’il lui fit l’amour, inconsciente d’être observée et du léger sourire qui ornait les lèvres du voyeur. Ian fit rapidement demi-tour. Il était heureux pour eux et songea une nouvelle fois à Margareth en regagnant sa caravane.

***

Quand Jack se réveilla, Billy était déjà parti. Il n’y avait aucun mot sur l’oreiller près de lui, rien qui ne laissait présager au jeune homme qu’il allait revoir l’acteur. C’était plus simple et en même temps, cela laissa un goût amer à Jack qui, bien qu’il se doutait ne pas entretenir une liaison à long terme avec Billy, aurait aimé recevoir un peu plus de considération. Ce dernier ne se sentait guère mieux que l’homme qu’il avait lâchement abandonné dans son lit mais il n’avait pas vu d’autre solution. Billy Boyd avait lamentablement ramené un garçon dans sa caravane pour le séduire, faire l’amour avec et s’apercevoir ensuite qu’il ne valait pas mieux que Dom. Il se détestait pour son geste et n’avait pas eu le courage d’affronter Jack. Il ne savait pas qui, de Dominic ou de lui-même, il détestait le plus. Heureusement, cela n’avait pas eu de grandes conséquences sur la scène qu’il avait joué le matin même, certainement parce que Dom n’était pas près de lui. Quand Peter cria enfin « coupez », Billy se sentit soulagé et repartit directement vers sa caravane. Il était près de midi et il était quasiment certain que Jack était parti. Si cela n’était pas le cas… il aviserait, tenta-t-il de se convaincre en ouvrant la porte de son refuge.

***

Orlando, travesti en Legolas, tentait de se concentrer sur sa scène avec Viggo et John mais son esprit le ramenait sans cesse à la même chose : Raf et son départ précipité. Il avait tenté, sans succès, de joindre la jeune femme et ne pouvait s’empêcher d’être inquiet.

— Non, non, non ! S’écria Fran en fronçant les sourcils. Ca ne va pas du tout. Je peux savoir ce que tu me fais Orlando ?
— Rien, je…
— C’est justement ça le problème ! Reprit-elle. Cinq minutes de pause !

Orly baissa son arc et quitta le plateau, tête basse. Il lui faudrait plus de cinq minutes pour comprendre ce qui arrivait à Raf. Il s’isola et tenta une nouvelle fois de rappeler la jeune femme mais seul le répondeur lui répondit. Où pouvait-elle être ? Il n’avait pas le numéro de téléphone de son travail et se demandait si Valérie le connaissait. Elle se trouvait justement sur le set, en train de parler à John et Viggo. Orlando s’approcha et lui dédia un léger sourire pour attirer son attention.

— Je peux te parler ?
— Bien sûr. N’empêche que vous avez tort, John.
— Nous en reparlerons plus tard, répondit ce dernier avec un clin d’œil.
— Tu as des nouvelles de Rafaela, attaqua directement Orly dès qu’ils se furent un peu éloignés.
— Non.
— Tu n’en as pas ou tu n’as pas essayé d’en avoir ? S’emporta l’Anglais en voyant son amie détourner les yeux.
— Orlando, elle m’a clairement fait comprendre qu’elle ne voulait plus rien avoir à faire avec moi que…
— Ne me dis pas que tu as pris cela pour argent comptant ! S’indigna-t-il.
— Si tu me disais plutôt ce qu’il se passe ?
— Il se passe que je ne sais pas où elle est, si elle est bien rentrée ni même si elle est toujours vivante et, contrairement à toi, cela m’inquiète !
— Comment peux-tu… que…, bafouilla Val qui en avait le souffle coupé.
— Oh laisse tomber, tout ce que j’attends de toi, c’est le numéro de téléphone de son travail.
— Bon dieu, Orlando, c’est à cause de toi si j’en suis là avec elle ! S’écria Valérie attirant le regard de plusieurs membres du staff. Qui m’a incité à lui parler du passé de Raf ? Qui voulait connaître la raison de ses peurs et de ses angoisses ? Qui m’a fait perdre ma meilleure amie ?

L’acteur se sentit soudain mal. Elle avait raison, c’était son insistance qui avait débouché sur cette situation. Il allait s’excuser pour son comportement quand il s’aperçu que Valérie n’était plus devant lui. Il voulu lui emboîter le pas mais Fran battit le rappel des troupes. Il fut contraint de retourner sur le set, pas plus avancé qu’avant mais se sentant encore plus mal. Heureusement pour lui, Viggo n’avait rien remarqué de la scène, occupé à discuter avec le maître d’arme. Il tenta de se concentrer sur son personnage, d’évacuer tout sentiment quand Fran cria « action » mais ce n’était pas aussi facile que cela ne l’avait été au début du tournage.

***

Rafaela contempla l’écran d’un œil morne. Un lion était en train de poursuivre un gnou dans les plaines africaines. Malheureusement pour le pauvre animal, le prédateur l’avait rattrapé et l’avait saisi à la gorge. Le gnou remua encore deux ou trois fois avant de s’immobiliser, vaincu. Le lion poussa un rugissement victorieux avant de commencer à dévorer son repas. Elle prit un mouchoir dans la boite posée près d’elle sur le canapé, se moucha bruyamment avant de le jeter dans la corbeille qu’elle manqua, comme les vingt fois précédentes. Le téléphone sonna mais elle ne répondit pas. Cela ne pouvait être que Valérie qui appelait pour la dixième fois de la journée et elle n’avait rien à lui dire. Que cherchait-elle en insistant de la sorte ? Lui présenter à nouveau des excuses ? Raf n’en avait cure et, si elle n’avait pas pris froid durant le voyage et du rester cloué au lit depuis son retour, elle aurait déjà fait le tour des agences pour trouver un autre appartement. Nouvelle sonnerie du téléphone. Rafaela l’ignora en regardant le lion dont le menton était couvert de sang.

— Raf, je sais que tu es là, fit la voix familière de sa colocataire. J’ai besoin de te parler alors décroche ce fichu téléphone… je ne voulais pas… bon sang, tu ne peux pas te conduire comme quelqu’un de normal et me parler afin que nous puissions régler le problème ?

Au grand soulagement de Rafaela, Valérie coupa la communication. Elle ne voyait sans doute pas quoi rajouter pour le moment, oscillant entre la colère de parler à un répondeur et la culpabilité. Les choses étaient tellement plus simples avant que Viggo n’entre dans leur vie, songea Raf en éteignant la télévision. Elle contempla la table basse sur laquelle s’étalait pêle-mêle mouchoirs usagés, bols de soupe vide, bouteille d’eau, magazines,… et décida de s’en occuper plus tard. Pour l’heure, elle avait besoin de faire un somme, oublier le gâchis qu’était devenue sa vie.

***

Valérie referma son portable d’un geste sec. Que Raf soit en colère contre elle, elle pouvait le comprendre, mais elle estimait que son amie aurait pu leur donner des nouvelles, au moins à Orlando puisqu’elle ne voulait visiblement pas lui parler. Elle rouvrit son téléphone et composa le numéro de la librairie de Brenda, peut-être pourrait-elle apprendre quelque chose par la vieille dame. Cette dernière décrocha dès la deuxième sonnerie et l’informa qu’elle n’avait pas vu Rafaela, celle-ci avait appelé le jour où elle devait reprendre son travail pour la prévenir qu’elle avait une sérieuse bronchite et était arrêtée pour la semaine. Valérie la remercia rapidement, ne sachant pas qu’elle conclusion en tirer. Raf était-elle vraiment malade ou n’avait-elle pas trouvé la force d’aller travailler ? Elle en était là de ses pensées quand elle entendit quelqu’un l’appeler. A sa grande surprise, Peter Jackson lui fit un signe de la main et la rejoignit rapidement.

— Je voulais vous voir, vous avez le temps de prendre un café ? L’interrogea le réalisateur avec un sourire.
— Euh…oui, répondit Val qui se demandait ce qu’il lui voulait.

Ils se dirigèrent vers la cafétéria en échangeant des platitudes. Peter leur apporta deux tasses de café tandis qu’elle s’installait dans la cafétéria quasiment vide.

— Je ne vais pas y aller par quatre chemins, déclara-t-il avec son franc parler habituel, je sais que vous êtes écrivain par Viggo et surtout Fran qui a adoré votre dernier livre.
— Exact mais…
— Je n’ai pas eu le temps de m’en occuper avant le second tournage. C’est la raison pour laquelle cela n’a pas pu se faire mais j’ai appris que vous alliez rester jusqu’à la fin du tournage et je me suis dis, enfin Fran s’est dit pour être honnête, que vous accepteriez peut-être. Je suis conscient qu’un mois c’est un délai assez court mais je ne doute pas de vos capacités.

Valérie le regarda sans comprendre. De quoi diable parlait-il ? Elle savait que Peter était un homme fourmillant d’idées et de projets et se demandait s’il ne s’était pas trompé d’interlocuteur.

— L’idée principale serait d’avoir le point de vue de tous les gens qui ont travaillé sur le tournage, au lieu des acteurs comme cela avait été fait la première fois. Il faudrait bien sûr orner les textes de photos. J’aimerais beaucoup avoir le point de vue des maquilleuses, coiffeurs, etc… mettre en avant le staff, sans eux Le seigneur des anneaux n’aurait pas eu une aussi grande notoriété, vous comprenez ?
— Euh… je ne suis pas sûre d’avoir saisi ce que…
— Pour les photos, je pensais que vous pourriez vous en charger ou que vous connaîtriez quelqu’un que cela pourrait intéresser ? New Line a été enthousiasmé par le projet et, vu les ventes du premier livre, cela se comprend aisément donc vous n’aurez pas de problème de ce coté-là. Quant à votre rémunération…
— Attendez une minute, l’interrompit Valérie en levant la main pour attirer son attention tellement il était pris par son projet, vous êtes en train de me demander d’écrire un livre sur le tournage du Seigneur des anneaux ?
— Plutôt de rassembler des témoignages, des anecdotes, ce genre de chose. De prendre des photos pendant les prises, sans déranger les acteurs bien entendu, etc…
— Mais…
— Bien sûr, New Line et moi-même, nous aurons un droit de regard sur votre travail et nous serons susceptibles de changer le contenu s’il ne convient pas à l’éthique de la société mais je pense que vous le comprenez aisément. D’autre part, ils insistent pour que vous rajoutiez quelques interviews de nos héros pour savoir comment ils vivent « l’après » Seigneur des anneaux.
— Je ne comprends pas pourq…
— Alors qu’en dites-vous ? Je suppose que vous travaillez déjà sur votre prochain roman mais j’espère que vous allez accepter cette proposition. J’ai préféré vous en parler directement et laisser Viggo en dehors de cette histoire mais je ne doute pas qu’il sera ravi de cette opportunité, ne croyez-vous pas ?
— Oui mais…
— Et puis, je crois savoir que vous vous êtes fait de nombreux amis ici, que se soit parmi les acteurs ou le staff, ce qui, je pense, vous aidera dans votre travail. De plus, vous semblez savoir parler aux gens, ils doivent se confier facilement à vous, c’est un plus indéniable, continua Peter.
— Bien sûr mais…
— Si vous êtes d’accord, je vais demander à notre avocat de se mettre en rapport avec votre agent qui est… à New York, je crois.
— Oui, Connie Hillerman, répondit machinalement la jeune femme.
— Très bien. Si vous avez besoin de quoi que se soit, n’hésitez pas. Fran et moi nous sommes là pour vous aider. Donnez-moi rapidement le nom du photographe, que nous puissions planifier sa venue, conclut Peter en se levant.

Valérie s’apprêtait à dire quelque chose mais le portable du réalisateur sonna et il s’éloigna rapidement après l’avoir saluée d’un signe de tête. Elle le regarda disparaître de la cafétéria et repensa à ce qu’il venait de lui dire. Elle avait l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur. Elle observa la tasse de café à laquelle elle n’avait pas touché, se leva et regagna lentement la caravane où elle allait passer le prochain mois à écrire un livre sur le film dans lequel tournait l’homme qu’elle aimait. Etrange coïncidence ?

***

Elle n’avait pas bougé de la banquette où elle s’était assise quand Viggo rentra trois heures plus tard. Il la trouva ainsi, les yeux dans le vide, les mains posées l’une sur l’autre sur la table. Elle ne leva pas son regard vers lui quand il entra et il craignit aussitôt le pire. Posant rapidement son épée à sa place habituelle, il s’assit près de la jeune femme et posa sa main sur son bras.

— Valérie ?
— Oh… tu es là, fit-elle en s’apercevant enfin de sa présence.
— Quelque chose ne va pas ?
— Non… rien, répondit Val d’un air absent.
— Tu as l’air… d’avoir vu un fantôme.
— J’ai parlé à Peter, dit-elle comme si cela expliquait tout.
— Et…
— Je crois qu’il m’a proposé du travail.
— Tu crois ?
— Oui.
— Chérie, tu commences vraiment à m’inquiéter, déclara Viggo en captant son regard.
— Il ne faut pas… enfin… je ne sais pas. J’ai mis deux ans avant de trouver un éditeur pour Les sables d’automne et là… je ne sais pas si je dois sauter de joie, si c’est dû à ta notoriété ou… à autre chose…
— Que viens-je faire dans cette histoire ?
— Peter m’a demandé d’écrire un livre sur le tournage, expliqua Valérie qui se sentit mieux en exprimant à voix haute la pensée qui occupait son esprit depuis trois heures.
— Ce n’est pas une bonne nouvelle ? Demanda Viggo qui ne savait pas s’il devait se réjouir ou non de la proposition du réalisateur.
— Ben… tu as déjà vu, même si tu n’aimes pas la télévision, des dessins animés où un personnage se prend un piano sur la tête au-dessus de laquelle dansent des petits canaris jaunes ?
— Oui, quand j’étais gosse.
— C’est un peu l’impression que j’ai. C’est complètement irréel, fou, imprévu, …

Le portable de la jeune femme sonna, l’interrompant. Elle se décida à décrocher quand elle reconnut le numéro de son agent.

— Je ne sais pas ce que tu as fait mais tu as décroché le gros lot, déclara la voix un peu trop aiguë de Connie Hillerman.
— De quoi tu parles ?
— De ton contrat avec New Line, ma belle, je viens d’en recevoir une ébauche et si tu réagis ainsi, c’est que tu ne sais pas combien ils te proposent.
— Non.
— 100 000$ ma chérie !
— Pardon ? S’étrangla presque Valérie en omettant, pour une fois, de reprendre Connie qui adorait l’affubler de surnoms ridicules.
— Oui, oui, j’ai bien dû relire la somme deux fois quand j’ai vu cela ! J’espère que tu vas accepter !
— Je te rappelle.
— Valérie, ne fais pas une….

Mais les derniers mots de Connie ne parvinrent pas à la jeune femme. 100 000$. Le chiffre tournait dans sa tête et elle dut fermer les yeux pour que les murs de la caravane arrêtent de bouger autour d’elle.

— Bois, l’incita Viggo en posant un verre d’alcool devant elle, je crois que tu en as besoin.

Elle lui dédia un sourire reconnaissant avant de boire le verre cul sec. L’alcool lui brûla la bouche tout en distillant une chaleur intense dans son corps. Valérie releva les yeux sur son compagnon et lui sourit avant de partir dans un franc éclat de rire. Il parut inquiet de la voir passer de la catatonie à un fou rire à peine contrôlable mais fut encore plus stupéfait quand elle se jeta dans ses bras et l’embrassa sauvagement.

— Val… tu n’es pas… dans ton état… normal, tenta de dire Viggo entre plusieurs baisers passionnés.
— Je ne me suis jamais sentie aussi bien, répondit-elle en le faisant reculer jusqu’à la chambre tout en s’appliquant à le dévêtir en chemin.
— Je ne crois pas…
— Viggo, on vient de me proposer 100 000$ pour écrire un livre, j’ai le droit d’être un peu… folle, non ? Demanda-t-elle avec un sourire aguicheur avant de constater que le corps de son amant réagissait avec toujours autant d’ardeurs à ses avances.

A suivre...
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Dim 7 Nov - 16:42

Jessica poussa un gémissement dans son sommeil. Elle se retourna et enserra son oreiller entre ses bras nus. Son rêve était des plus agréables et elle se replongea dedans. Dominic l’avait invitée à déjeuner et maintenant elle faisait les boutiques avec lui. Il la couvrait d’éloges tandis qu’elle passait des robes aussi extravagantes les unes que les autres. Quand une sonnerie persistante pénétra peu à peu les brumes de son rêve, son premier réflexe fut de tendre le bras pour éteindre son radio-réveil. Il lui fallu quelques secondes pour réaliser que cela n’avait servi à rien. A contre-cœur, elle ouvrit un œil et regarda l’affichage vert de son réveil. 5h15. Qui était l’imbécile qui la réveillait en plein cœur de la nuit ? Elle craignit un instant qu’il ne soit arrivé malheur à sa grand-mère et c’est avec appréhension qu’elle décrocha son portable qu’elle avait posé sur la table de nuit.

— Allô ? Dit-elle d’une voix ensommeillée.
— Jess, c’est Valérie… oh zut, je me suis trompée dans le décalage horaire !
— Valérie, répéta Jessika en essayant de remettre ses idées en ordre.
— Mmmm je vois que je t’ai fais grande impression. Je disparais quinze jours à l’autre bout du monde et tu m’oublies déjà ?
— Hey, il est à peine cinq heures du matin ici ! Protesta-t-elle avec un sourire dans la voix. Je me serais bien inquiétée de ne pas avoir de tes nouvelles mais te sachant avec Viggo et les autres…
— Pfff loin des yeux, loin du cœur, le proverbe avait raison, la taquina Val.
— Si tu me disais plutôt pourquoi tu me réveilles alors que je faisais un rêve des plus agréables.
— Oh du genre interdit au moins de 18 ans ?
— C’est ça, moque-toi, moi je n’ai pas un apollon avec qui partager mes nuits !
— Intéressant comme comparaison… je devrais faire passer une toge à Viggo, il serait très sexy, tu as raison.
— Je ne veux pas savoir ce que tu fais comme folie avec ton cher Aragorn, déclara Jess qui commençait à bien connaître la jeune femme et savait qu’elle était capable de faire ce qu’elle disait.

Jessika devait bien avouer qu’elle aurait adoré assister à la séance et prendre une tonne de photos de Viggo ainsi vêtu. Peut-être même qu’elle pourrait convaincre un certain Dominic de… Jess interrompit le fil de ses pensées. Valérie attendait manifestement une réponse à sa dernière phrase qu’elle n’avait absolument pas écoutée, perdue dans son fantasme. La québécoise était ravie de l’amitié naissante qui se liait avec cette dynamique rouquine qui partageait nombre de ses passions et points de vue sur la vie. Après leur première rencontre lors du barbecue organisé par Dom, elles s’étaient revus pour un déjeuner et, depuis, avait pris l’habitude de s’appeler régulièrement en plus de papoter de longues heures sur internet.

— Houston on a un problème, la Terre ne répond plus, dit Val qui venait de répéter une seconde fois sa question.
— Je suis là.
— Je te soupçonne de m’avoir piqué mon idée de toge pour la transférer sur le type de ton rêve.
— Je n’ai jamais dit qu’il y avait un homme dans mon rêve ! Protesta Jess pour la forme.
— Bien sûr… donc je répète ma question, as-tu des engagements pour le mois à venir ?
— C’est pour ça que tu m’appelles à cinq heures du matin ?
— C’est surtout parce que j’ai un job à te proposer.
— Un job ?
— Oui, un mois à Wellington, pour prendre photos du tournage, des acteurs, du staff…
— Hein ? S’exclama Jessika en se redressant brusquement dans son lit. C’est quoi cette histoire ?
— Figure-toi que Peter Jackson vient de m’engager pour écrire un bouquin sur le tournage et que j’ai besoin d’un photographe mais si cela ne t’intéresse pas…, fit Valérie sachant très bien qu’elle serait la réaction de son amie.
— C’est sérieux ?
— Oui, très. J’ai bien du mettre quatre heures avant de m’en remettre, expliqua-t-elle en omettant le « viol » consentant de son cher Viggo. Donc, tu es dispo ou pas ?
— Eh bien, j’ai une séance avec Eminem dans… trois heures mais je dois pouvoir partir en début d’après-midi.
— J’espérais que tu dirais ça. Je m’occupe de ton voyage, ton billet t’attendra à l’aéroport et je vais donner ton numéro de fax à Peter qui te transmettra un premier jet pour ton contrat.
— Dis-moi, je suis en train de rêver là ? Demanda Jessika qui trouvait que tout allait un peu vite.
— Pas du tout, Jess. Dans environ 30h, tu entreras dans le monde magique et merveilleux du Seigneur des anneaux. Je ne sais pas si tu repartiras indemne de la Nouvelle-Zélande, mais je peux t’assurer qu’on va passer un bon moment et que tout le monde sera ravi de te revoir. (Mmm… j’arrive…) il faut que j’y aille. Je viendrais te chercher à l’aéroport, ok ?
— Euh… oui.
— Encore une fois désolée d’avoir écourté ta nuit mais cela en valait la peine, non ?
— Plutôt oui.
— A demain, Jess.
— A demain. Au fait, la rappela-t-elle avant qu’elle ne raccroche, merci d’avoir pensé à moi.
— Les amis sont fait pour ça.

Jessika raccrocha et resta un long moment assise dans son lit, le regard dans le vide, assimilant tout ce que lui avait dit Valérie. Puis elle se leva, prit son agenda et commença à redistribuer mentalement ses engagements pour le mois à deux photographes qui faisaient la même chose avec elle en cas de coup dur. Un mois en Nouvelle-Zélande. C’était un contrat inespéré, d’autant plus qu’elle allait revoir Elijah, Valérie, Viggo mais aussi Dominic. Son cœur battit un peu plus vite à l’évocation de l’acteur. Se sachant incapable de retrouver le sommeil, elle se prépara une tasse de café et passa dans sa chambre noire pour développer ses dernières photos.

***

Rafaela se tourna une énième fois dans son lit. Le sommeil la fuyait. Sa bronchite n’était pas guérie mais elle se sentait un tout petit peu plus alerte que la veille, les médicaments ayant fait effet. Il était près de 4h du matin. Elle poussa un soupir et s’allongea sur le dos, sachant qu’elle ne pourrait pas se rendormir avant un long moment. Ses pensées la menèrent insidieusement au dernier coup de téléphone de Valérie. Sa meilleure amie avait encore essayé de la joindre durant l’après-midi mais Raf n’avait toujours pas décroché. En désespoir de cause, Val avait laissé un message sur le répondeur. Un message qui avait conforté sa colocataire dans l’idée que leur amitié était définitivement perdue. Elle lui annonçait qu’elle prolongeait son séjour en Nouvelle-Zélande d’un mois prétendument pour écrire un livre mais Rafaela n’y croyait guère. Viggo avait demandé à la jeune femme de rester et cette dernière, éperdument amoureuse de l’acteur, n’avait pas refusé. C’était pitoyable comme situation, vieux comme le monde mais cela faisait toujours aussi mal, songea Raf. Valérie terminait en expliquant que sa mère allait passer durant les prochains jours pour prendre quelques affaires qu’elle devait lui envoyer. Elle ne s’était pas excusée cette fois, n’avait pas cherché de nouveau à convaincre sa meilleure amie qu’elle n’avait agi que pour son bien. N’était-ce pas la preuve qu’elle la faisait sortir de sa vie, se consacrant désormais à l’homme qui partageait ses nuits ?

Rafaela poussa un soupir. Le destin lui avait encore réservé un drôle de tour. Elle sursauta soudain en percevant le tonnerre qui venait de rugir non loin, un éclair perça à travers les volets. Elle entendit la pluie frapper contre ceux-ci et songea que cela lui faisait une raison de plus pour rester bien au chaud dans son lit. Il lui fallait cependant aller aux toilettes avant de pouvoir mettre son plan à exécution. Elle sortit de sous sa couette, passa ses chaussons et examina les dvd qui étaient rangés dans sa bibliothèque, avisant celui de La tour infernale, elle le glissa dans le lecteur avant de se diriger vers le salon.

L’appartement était plongé dans la pénombre. Les éclairs, plus réguliers, faisaient surgir des ombres étranges et difformes auxquelles elle ne prêta pas attention. Elle ne remarqua donc pas celle qui souriait, étrangement, dans un coin du salon quand elle la vit apparaître. Une petite flaque gisait à ses pieds, un sourire déformé éclairait le visage grave, encadré de cheveux humides. Raf décida de passer par la cuisine avant de retourner dans sa chambre. Petite fringale de nuit, comme disait Valérie ne put-elle s’empêcher de penser en se remémorant celles qu’elles avaient souvent partagés. Elle prit un paquet de cookies et une bouteille d’eau fraîche avant de retourner dans le salon. Alors qu’elle jetait un regard distrait dans la pièce, elle se figea brusquement et laissa échapper la bouteille sur le parquet.

— Salut ma belle, déclara une voix masculine qu’elle reconnu aussitôt.
— Que… comment…, bafouilla Rafaela avant de tenter de s’enfuir dans sa chambre.

Il fut plus rapide et lui bloqua le passage. La lumière provenant de la chambre éclaira le visage de Bryan et Raf sentit une peur profonde prendre possession d’elle. Il n’était pas dans son état normal, ayant probablement pris une dose d’une quelconque drogue qu’il vendait auparavant, et s’il était là, cela ne pouvait être que pour une seule raison : la vengeance.

— Cela faisait longtemps.
— Si tu me touches, je hurle, le menaça-t-elle.
— Ta copine te sauvera pas cette fois, déclara Bryan avec morgue, elle se trouve où déjà… ah oui, en Nouvelle-Zélande.

Raf pesta intérieurement. Elle était seule et plutôt en mauvaise position. Bryan fit quelques pas vers elle, admirant ses courbes à travers son big t-shirt à l’effigie de Droopy. Elle se sentit salie par ce regard et recula lentement, cherchant une arme quelconque pour se défendre. Il eut un sourire carnassier en constatant sa détresse. Cette fois, elle ne pourrait pas lui échapper, elle allait payer pour l’avoir rejeté et fait mettre en prison.
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Dim 7 Nov - 16:42

— Tu n’avais pas peur de moi avant.
— Avant que je ne découvre que tu étais marié ou avant que tu n’essayes de me violer ? Demanda Rafaela avec une assurance qu’elle était loin de ressentir.
— Nous avons passé de bons moments ensemble, Rafy.
— Je t’interdis de m’appeler ainsi !
— Ce n’était pas ce que tu disais quand je te murmurais ce surnom, et d’autres mots doux au creux de l’oreille, quand nous faisions l’amour. Tu te rappelles ?
— Bryan, je ne sais pas ce que tu veux mais va-t-en avant que…
— Avant que quoi, tu appelles les flics ? Pour cela, il faudrait que ton téléphone soit en état de fonctionner… ce qui n’est pas le cas.
— Tu veux de l’argent ?
— Serais-tu soudain devenue riche, Rafy ? Tu n’avais presque pas un rond quand tu bossais pour moi.
— Alors quoi ?
— Toi, répondit Bryan avec un rire cynique. C’est toi que je veux. Je veux te toucher, te sentir, te faire jouir, t’aimer… comme avant.

Rafaela était maintenant dos contre le mur, près de la porte de la cuisine. Elle songea un instant à se précipiter dans celle-ci mais la porte n’avait jamais fermé à clef et nul doute que Bryan la défoncerait rapidement. Elle opta plutôt pour le coin salon, en se réfugiant entre le canapé et la table basse contre laquelle elle se cogna en étouffant un juron. Le divan les séparait mais cela ne contraria pas Bryan, bien au contraire, cela l’excita d’avantage. Ils tournèrent lentement, chacun d’un coté du canapé, en se dévisageant gravement. Raf toucha une lampe du bout des doigts, posée sur un guéridon près du téléphone. Sans réfléchir plus longtemps, elle arracha l’abat-jour et tira avec force sur le cordon électrique qui se détacha de la prise. Bryan la regardait avec amusement, certain qu’elle ne pourrait pas lui faire grand mal avec cette stupide lampe.

— Ne sois pas idiote. On pourrait faire les choses en douceur… pour changer.
— N’approche pas.

Pour toute réponse, Bryan saisit un bout de la table basse et la projeta contre le mur. Rafaela sursauta quand il envoya un lourd bibelot dans l’écran de la télévision qui implosa en produisant mille étincelles. Elle recula, se rapprochant peu à peu de la porte d’entrée mais n’ayant pas remarqué que le trousseau de clés, qu’elle laissait toujours dans une corbeille sur le meuble à coté, n’était plus là.

— Tut tut, fit Bryan avec un nouveau sourire peu engageant. Tu ne comprends donc pas que tu n’as aucune chance ?

Elle l’ignora et continua de reculer tout en le menaçant avec la lampe. Bryan renversa les quelques objets qui ornaient le haut de la cheminée, le guéridon, tout ce qui se trouvait entre lui et sa proie dont il voyait la peur augmenter graduellement pour son plus grand plaisir. Raf était enfin arrivée où elle le voulait, le dos collé contre la porte. Tout en gardant les yeux sur son agresseur, elle fouilla la corbeille d’une main pour trouver les clefs. Son sang se glaça quand elle s’aperçu que le panier était vide et que Bryan lui montrait quelque chose d’un air triomphant. Il faisait tinter son trousseau de clés dans sa main droite, ravi de lui avoir laisser espérer une fuite alors qu’il la savait impossible.

— J’ai pris soin, après être entré avec un passe-partout, très utile ce genre de petite chose, de récupérer tes clés.
— Espèce de…
— Ne sois pas grossière, je déteste ça !

Tentant le tout pour le tout, Rafaela bondit sur Bryan et lui envoya un rude coup de lampe au visage. Elle sentit la porcelaine céder sous l’impact mais ne regarda pas les dégâts qu’elle avait causé. Sa seule chance d’échapper à Bryan était… dieu qu’elle détestait cette idée, pensa-t-elle en ouvrant à toute vitesse la fenêtre du salon. Elle n’était pas vraiment sujette au vertige mais il y avait mieux que de se retrouver sur une corniche, en plein orage, pour échapper à un fou furieux. Sans hésiter, elle grimpa sur le rebord de la fenêtre et posa un pied nu sur la corniche. Bryan poussa un gémissement de douleur qui l’incita à aller plus vite. Elle avait deux options : sur la gauche, essayer d’atteindre le balcon de l’immeuble voisin qui était un peu plus bas et séparé par un large espace qu’elle ne se sentait pas vraiment capable de franchir, la pluie rendant chacun de ses pas incertains. Sur la droite, passer devant la seconde fenêtre de l’appartement et tenter d’entrer chez leur voisin. Elle opta pour cette dernière solution. La pluie l’avait déjà complètement trempée, collant ses cheveux contre son visage. Raf avança lentement, pas après pas. Elle se trouvait au milieu des deux fenêtres quand le cri de rage de Bryan parvint jusqu’à elle.

— Espèce de garce !

Il avait le visage en sang, le coup lui ayant ouvert la tempe gauche et l’arcade sourcilière. Il essuya le sang qui coulait dans ses yeux et entreprit de suivre la jeune femme avant de se rendre compte de son plan. Il rentra dans l’appartement et renversa rageusement la bibliothèque avant de se diriger vers la seconde fenêtre et de l’ouvrir. Tout n’était pas perdu.

— Tu croyais vraiment que cela allait marcher ? Railla-t-il tout en regardant sa proie coincée entre les deux ouvertures.

Raf tremblait de froid et commençait à sentir ses doigts s’engourdir sur le rebord du mur. Elle avait espéré que Bryan serait inconscient assez longtemps pour lui permettre de passer mais elle s’était trompée et ne savait plus que faire. Plus moyen d’avancer ou de reculer. Elle sentit des larmes de désespoir se mêler aux gouttes de pluie. Elle était perdue.

— Dépêche-toi de rentrer, ordonna Bryan d’un ton sec, à moins que tu ne préfères que je vienne te chercher ?

Elle ne pouvait quand même pas obéir ! Tout son corps était maintenant engourdi mais répugnait à l’idée d’être touché par ce fou. Alors qu’elle réfléchissait, Raf vit Bryan s’engager sur la corniche. Il avait l’air d’un fou et n’hésiterait sans doute pas à la précipiter du haut des trois étages pour en finir avec elle. Il avançait, centimètre par centimètre, ayant repris la voix douce et tendre qu’elle aimait tant, essayant de l’amadouer. Il n’était plus très loin. Rafaela reculait mais l’exercice était périlleux car elle ne voulait pas le quitter des yeux. Il n’avait plus qu’à tendre le bras pour la toucher. Il avait imaginé les choses différemment mais autant en finir au plus vite, songea Bryan, déçu tout de même ne pas avoir pu profiter des charmes de sa proie avant de la tuer. Un sourire en coin apparu sur son visage avant de se figer brusquement. Des sirènes ! Quelqu’un avait prévenu la police ! La garce allait encore s’en sortir ! Raf poussa un gémissement de soulagement. Certes, elle n’était pas encore sauve mais que pouvait faire Bryan ? Elle comprit quand il fit un nouveau pas vers elle et lui attrapa le bras. Il allait les tuer tous les deux.

— Cette fois, tu reste avec moi, Rafy.

Elle le sentit peser de tout son poids pour l’entraîner dans le vide. Elle lutta malgré le froid, l’engourdissement, la peur. Son pied glissa et elle se retrouva soudain suspendue au-dessus du vide, Bryan s’accrochant tel une sangsue à son bras. Son destin, incertain, bascula dès qu’elle vit le visage d’un pompier à la fenêtre. Il la rejoignit en quelques mouvements agiles et lui prit la main. Rafaela hésitait à lâcher le rebord du mur, sa main était humide et le pompier risquait de la laisser tomber. Il lui sourit d’un air engageant, il lui parla aussi mais le tonnerre couvrit le bruit de ses paroles. Puis, sans qu’elle ne comprenne pourquoi, elle se sentit allégée de plusieurs kilos et pu reprendre pied sur la corniche avec l’aide du sauveteur. Il ne la lâcha pas tant qu’ils ne furent pas en sécurité à l’intérieur de l’appartement. A ce moment-là, Raf fondit en larmes dans ses bras, prenant conscience d’avoir été très proche de la mort. Elle sentit quelqu’un poser une couverture sur ses épaules tandis qu’une autre personne lui tendait une tasse de café chaud tout en la faisant asseoir sur le canapé. Rafaela ne songea même pas à protester en disant qu’elle ne buvait pas de café. Elle trempa ses lèvres avec reconnaissance dans le breuvage ébène et en avala une longue gorgée. Puis, elle releva les yeux et croisa ceux, céruléens, de l’homme qui venait de lui sauver la vie. Il lui dédia un sourire rassurant avant de reprendre sa conversation avec son chef. Le reste fut assez confus. Elle comprit à demi-mot que Bryan ne viendrait plus jamais la harceler avant d’être emmenée par deux ambulanciers. Elle n’avait pas le courage de protester et se laissa installer sans mot dire sur le brancard. C’était fini. Le cauchemar était fini. Ce fut sa dernière pensée cohérente avant de sombrer dans un profond sommeil artificiel dû au sédatif qui lui avait été donné.

***
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Cath
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Ven 10 Déc - 20:34

J'aime beaucoup ta fic et je trouve tes personnages très attachants en particulier Valérie. J'espère pouvoir bientôt lire la suite.
Smile
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Ven 10 Déc - 20:38

oh quelqu'un qui lit et qui laisse un message flower
mais non je vais pas te manger, au contraire ca me fait plaisir et pour feter ca je vais de ce pas mettre une suite ^_^
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Scilia
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MessageSujet: Re: Rencontre d'un certain type - Scilia   Ven 10 Déc - 20:53

Jessica poussa un gémissement dans son sommeil. Elle se retourna et enserra son oreiller entre ses bras nus. Son rêve était des plus agréables et elle se replongea dedans. Dominic l’avait invitée à déjeuner et maintenant elle faisait les boutiques avec lui. Il la couvrait d’éloges tandis qu’elle passait des robes aussi extravagantes les unes que les autres. Quand une sonnerie persistante pénétra peu à peu les brumes de son rêve, son premier réflexe fut de tendre le bras pour éteindre son radio-réveil. Il lui fallu quelques secondes pour réaliser que cela n’avait servi à rien. A contre-cœur, elle ouvrit un œil et regarda l’affichage vert de son réveil. 5h15. Qui était l’imbécile qui la réveillait en plein cœur de la nuit ? Elle craignit un instant qu’il ne soit arrivé malheur à sa grand-mère et c’est avec appréhension qu’elle décrocha son portable qu’elle avait posé sur la table de nuit.

— Allô ? Dit-elle d’une voix ensommeillée.
— Jess, c’est Valérie… oh zut, je me suis trompée dans le décalage horaire !
— Valérie, répéta Jessika en essayant de remettre ses idées en ordre.
— Mmmm je vois que je t’ai fais grande impression. Je disparais quinze jours à l’autre bout du monde et tu m’oublies déjà ?
— Hey, il est à peine cinq heures du matin ici ! Protesta-t-elle avec un sourire dans la voix. Je me serais bien inquiétée de ne pas avoir de tes nouvelles mais te sachant avec Viggo et les autres…
— Pfff loin des yeux, loin du cœur, le proverbe avait raison, la taquina Val.
— Si tu me disais plutôt pourquoi tu me réveilles alors que je faisais un rêve des plus agréables.
— Oh du genre interdit au moins de 18 ans ?
— C’est ça, moque-toi, moi je n’ai pas un apollon avec qui partager mes nuits !
— Intéressant comme comparaison… je devrais faire passer une toge à Viggo, il serait très sexy, tu as raison.
— Je ne veux pas savoir ce que tu fais comme folie avec ton cher Aragorn, déclara Jess qui commençait à bien connaître la jeune femme et savait qu’elle était capable de faire ce qu’elle disait.

Jessika devait bien avouer qu’elle aurait adoré assister à la séance et prendre une tonne de photos de Viggo ainsi vêtu. Peut-être même qu’elle pourrait convaincre un certain Dominic de… Jess interrompit le fil de ses pensées. Valérie attendait manifestement une réponse à sa dernière phrase qu’elle n’avait absolument pas écoutée, perdue dans son fantasme. La québécoise était ravie de l’amitié naissante qui se liait avec cette dynamique rouquine qui partageait nombre de ses passions et points de vue sur la vie. Après leur première rencontre lors du barbecue organisé par Dom, elles s’étaient revus pour un déjeuner et, depuis, avait pris l’habitude de s’appeler régulièrement en plus de papoter de longues heures sur internet.

— Houston on a un problème, la Terre ne répond plus, dit Val qui venait de répéter une seconde fois sa question.
— Je suis là.
— Je te soupçonne de m’avoir piqué mon idée de toge pour la transférer sur le type de ton rêve.
— Je n’ai jamais dit qu’il y avait un homme dans mon rêve ! Protesta Jess pour la forme.
— Bien sûr… donc je répète ma question, as-tu des engagements pour le mois à venir ?
— C’est pour ça que tu m’appelles à cinq heures du matin ?
— C’est surtout parce que j’ai un job à te proposer.
— Un job ?
— Oui, un mois à Wellington, pour prendre photos du tournage, des acteurs, du staff…
— Hein ? S’exclama Jessika en se redressant brusquement dans son lit. C’est quoi cette histoire ?
— Figure-toi que Peter Jackson vient de m’engager pour écrire un bouquin sur le tournage et que j’ai besoin d’un photographe mais si cela ne t’intéresse pas…, fit Valérie sachant très bien qu’elle serait la réaction de son amie.
— C’est sérieux ?
— Oui, très. J’ai bien du mettre quatre heures avant de m’en remettre, expliqua-t-elle en omettant le « viol » consentant de son cher Viggo. Donc, tu es dispo ou pas ?
— Eh bien, j’ai une séance avec Eminem dans… trois heures mais je dois pouvoir partir en début d’après-midi.
— J’espérais que tu dirais ça. Je m’occupe de ton voyage, ton billet t’attendra à l’aéroport et je vais donner ton numéro de fax à Peter qui te transmettra un premier jet pour ton contrat.
— Dis-moi, je suis en train de rêver là ? Demanda Jessika qui trouvait que tout allait un peu vite.
— Pas du tout, Jess. Dans environ 30h, tu entreras dans le monde magique et merveilleux du Seigneur des anneaux. Je ne sais pas si tu repartiras indemne de la Nouvelle-Zélande, mais je peux t’assurer qu’on va passer un bon moment et que tout le monde sera ravi de te revoir. (Mmm… j’arrive…) il faut que j’y aille. Je viendrais te chercher à l’aéroport, ok ?
— Euh… oui.
— Encore une fois désolée d’avoir écourté ta nuit mais cela en valait la peine, non ?
— Plutôt oui.
— A demain, Jess.
— A demain. Au fait, la rappela-t-elle avant qu’elle ne raccroche, merci d’avoir pensé à moi.
— Les amis sont fait pour ça.

Jessika raccrocha et resta un long moment assise dans son lit, le regard dans le vide, assimilant tout ce que lui avait dit Valérie. Puis elle se leva, prit son agenda et commença à redistribuer mentalement ses engagements pour le mois à deux photographes qui faisaient la même chose avec elle en cas de coup dur. Un mois en Nouvelle-Zélande. C’était un contrat inespéré, d’autant plus qu’elle allait revoir Elijah, Valérie, Viggo mais aussi Dominic. Son cœur battit un peu plus vite à l’évocation de l’acteur. Se sachant incapable de retrouver le sommeil, elle se prépara une tasse de café et passa dans sa chambre noire pour développer ses dernières photos.

***

Rafaela se tourna une énième fois dans son lit. Le sommeil la fuyait. Sa bronchite n’était pas guérie mais elle se sentait un tout petit peu plus alerte que la veille, les médicaments ayant fait effet. Il était près de 4h du matin. Elle poussa un soupir et s’allongea sur le dos, sachant qu’elle ne pourrait pas se rendormir avant un long moment. Ses pensées la menèrent insidieusement au dernier coup de téléphone de Valérie. Sa meilleure amie avait encore essayé de la joindre durant l’après-midi mais Raf n’avait toujours pas décroché. En désespoir de cause, Val avait laissé un message sur le répondeur. Un message qui avait conforté sa colocataire dans l’idée que leur amitié était définitivement perdue. Elle lui annonçait qu’elle prolongeait son séjour en Nouvelle-Zélande d’un mois prétendument pour écrire un livre mais Rafaela n’y croyait guère. Viggo avait demandé à la jeune femme de rester et cette dernière, éperdument amoureuse de l’acteur, n’avait pas refusé. C’était pitoyable comme situation, vieux comme le monde mais cela faisait toujours aussi mal, songea Raf. Valérie terminait en expliquant que sa mère allait passer durant les prochains jours pour prendre quelques affaires qu’elle devait lui envoyer. Elle ne s’était pas excusée cette fois, n’avait pas cherché de nouveau à convaincre sa meilleure amie qu’elle n’avait agi que pour son bien. N’était-ce pas la preuve qu’elle la faisait sortir de sa vie, se consacrant désormais à l’homme qui partageait ses nuits ?

Rafaela poussa un soupir. Le destin lui avait encore réservé un drôle de tour. Elle sursauta soudain en percevant le tonnerre qui venait de rugir non loin, un éclair perça à travers les volets. Elle entendit la pluie frapper contre ceux-ci et songea que cela lui faisait une raison de plus pour rester bien au chaud dans son lit. Il lui fallait cependant aller aux toilettes avant de pouvoir mettre son plan à exécution. Elle sortit de sous sa couette, passa ses chaussons et examina les dvd qui étaient rangés dans sa bibliothèque, avisant celui de La tour infernale, elle le glissa dans le lecteur avant de se diriger vers le salon.

L’appartement était plongé dans la pénombre. Les éclairs, plus réguliers, faisaient surgir des ombres étranges et difformes auxquelles elle ne prêta pas attention. Elle ne remarqua donc pas celle qui souriait, étrangement, dans un coin du salon quand elle la vit apparaître. Une petite flaque gisait à ses pieds, un sourire déformé éclairait le visage grave, encadré de cheveux humides. Raf décida de passer par la cuisine avant de retourner dans sa chambre. Petite fringale de nuit, comme disait Valérie ne put-elle s’empêcher de penser en se remémorant celles qu’elles avaient souvent partagés. Elle prit un paquet de cookies et une bouteille d’eau fraîche avant de retourner dans le salon. Alors qu’elle jetait un regard distrait dans la pièce, elle se figea brusquement et laissa échapper la bouteille sur le parquet.

— Salut ma belle, déclara une voix masculine qu’elle reconnu aussitôt.
— Que… comment…, bafouilla Rafaela avant de tenter de s’enfuir dans sa chambre.

Il fut plus rapide et lui bloqua le passage. La lumière provenant de la chambre éclaira le visage de Bryan et Raf sentit une peur profonde prendre possession d’elle. Il n’était pas dans son état normal, ayant probablement pris une dose d’une quelconque drogue qu’il vendait auparavant, et s’il était là, cela ne pouvait être que pour une seule raison : la vengeance.

— Cela faisait longtemps.
— Si tu me touches, je hurle, le menaça-t-elle.
— Ta copine te sauvera pas cette fois, déclara Bryan avec morgue, elle se trouve où déjà… ah oui, en Nouvelle-Zélande.

Raf pesta intérieurement. Elle était seule et plutôt en mauvaise position. Bryan fit quelques pas vers elle, admirant ses courbes à travers son big t-shirt à l’effigie de Droopy. Elle se sentit salie par ce regard et recula lentement, cherchant une arme quelconque pour se défendre. Il eut un sourire carnassier en constatant sa détresse. Cette fois, elle ne pourrait pas lui échapper, elle allait payer pour l’avoir rejeté et fait mettre en prison.

— Tu n’avais pas peur de moi avant.
— Avant que je ne découvre que tu étais marié ou avant que tu n’essayes de me violer ? Demanda Rafaela avec une assurance qu’elle était loin de ressentir.
— Nous avons passé de bons moments ensemble, Rafy.
— Je t’interdis de m’appeler ainsi !
— Ce n’était pas ce que tu disais quand je te murmurais ce surnom, et d’autres mots doux au creux de l’oreille, quand nous faisions l’amour. Tu te rappelles ?
— Bryan, je ne sais pas ce que tu veux mais va-t-en avant que…
— Avant que quoi, tu appelles les flics ? Pour cela, il faudrait que ton téléphone soit en état de fonctionner… ce qui n’est pas le cas.
— Tu veux de l’argent ?
— Serais-tu soudain devenue riche, Rafy ? Tu n’avais presque pas un rond quand tu bossais pour moi.
— Alors quoi ?
— Toi, répondit Bryan avec un rire cynique. C’est toi que je veux. Je veux te toucher, te sentir, te faire jouir, t’aimer… comme avant.

Rafaela était maintenant dos contre le mur, près de la porte de la cuisine. Elle songea un instant à se précipiter dans celle-ci mais la porte n’avait jamais fermé à clef et nul doute que Bryan la défoncerait rapidement. Elle opta plutôt pour le coin salon, en se réfugiant entre le canapé et la table basse contre laquelle elle se cogna en étouffant un juron. Le divan les séparait mais cela ne contraria pas Bryan, bien au contraire, cela l’excita d’avantage. Ils tournèrent lentement, chacun d’un coté du canapé, en se dévisageant gravement. Raf toucha une lampe du bout des doigts, posée sur un guéridon près du téléphone. Sans réfléchir plus longtemps, elle arracha l’abat-jour et tira avec force sur le cordon électrique qui se détacha de la prise. Bryan la regardait avec amusement, certain qu’elle ne pourrait pas lui faire grand mal avec cette stupide lampe.

— Ne sois pas idiote. On pourrait faire les choses en douceur… pour changer.
— N’approche pas.

Pour toute réponse, Bryan saisit un bout de la table basse et la projeta contre le mur. Rafaela sursauta quand il envoya un lourd bibelot dans l’écran de la télévision qui implosa en produisant mille étincelles. Elle recula, se rapprochant peu à peu de la porte d’entrée mais n’ayant pas remarqué que le trousseau de clés, qu’elle laissait toujours dans une corbeille sur le meuble à coté, n’était plus là.

— Tut tut, fit Bryan avec un nouveau sourire peu engageant. Tu ne comprends donc pas que tu n’as aucune chance ?

Elle l’ignora et continua de reculer tout en le menaçant avec la lampe. Bryan renversa les quelques objets qui ornaient le haut de la cheminée, le guéridon, tout ce qui se trouvait entre lui et sa proie dont il voyait la peur augmenter graduellement pour son plus grand plaisir. Raf était enfin arrivée où elle le voulait, le dos collé contre la porte. Tout en gardant les yeux sur son agresseur, elle fouilla la corbeille d’une main pour trouver les clefs. Son sang se glaça quand elle s’aperçu que le panier était vide et que Bryan lui montrait quelque chose d’un air triomphant. Il faisait tinter son trousseau de clés dans sa main droite, ravi de lui avoir laisser espérer une fuite alors qu’il la savait impossible.

— J’ai pris soin, après être entré avec un passe-partout, très utile ce genre de petite chose, de récupérer tes clés.
— Espèce de…
— Ne sois pas grossière, je déteste ça !

Tentant le tout pour le tout, Rafaela bondit sur Bryan et lui envoya un rude coup de lampe au visage. Elle sentit la porcelaine céder sous l’impact mais ne regarda pas les dégâts qu’elle avait causé. Sa seule chance d’échapper à Bryan était… dieu qu’elle détestait cette idée, pensa-t-elle en ouvrant à toute vitesse la fenêtre du salon. Elle n’était pas vraiment sujette au vertige mais il y avait mieux que de se retrouver sur une corniche, en plein orage, pour échapper à un fou furieux. Sans hésiter, elle grimpa sur le rebord de la fenêtre et posa un pied nu sur la corniche. Bryan poussa un gémissement de douleur qui l’incita à aller plus vite. Elle avait deux options : sur la gauche, essayer d’atteindre le balcon de l’immeuble voisin qui était un peu plus bas et séparé par un large espace qu’elle ne se sentait pas vraiment capable de franchir, la pluie rendant chacun de ses pas incertains. Sur la droite, passer devant la seconde fenêtre de l’appartement et tenter d’entrer chez leur voisin. Elle opta pour cette dernière solution. La pluie l’avait déjà complètement trempée, collant ses cheveux contre son visage. Raf avança lentement, pas après pas. Elle se trouvait au milieu des deux fenêtres quand le cri de rage de Bryan parvint jusqu’à elle.

— Espèce de garce !

Il avait le visage en sang, le coup lui ayant ouvert la tempe gauche et l’arcade sourcilière. Il essuya le sang qui coulait dans ses yeux et entreprit de suivre la jeune femme avant de se rendre compte de son plan. Il rentra dans l’appartement et renversa rageusement la bibliothèque avant de se diriger vers la seconde fenêtre et de l’ouvrir. Tout n’était pas perdu.

— Tu croyais vraiment que cela allait marcher ? Railla-t-il tout en regardant sa proie coincée entre les deux ouvertures.

Raf tremblait de froid et commençait à sentir ses doigts s’engourdir sur le rebord du mur. Elle avait espéré que Bryan serait inconscient assez longtemps pour lui permettre de passer mais elle s’était trompée et ne savait plus que faire. Plus moyen d’avancer ou de reculer. Elle sentit des larmes de désespoir se mêler aux gouttes de pluie. Elle était perdue.

— Dépêche-toi de rentrer, ordonna Bryan d’un ton sec, à moins que tu ne préfères que je vienne te chercher ?
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Rencontre d'un certain type - Scilia

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